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Full text of "Histoire naturelle des oiseaux : suivant a classification de M. Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, avec l'indication de leurs moeurs et de leurs rapports avec les arts, le commerce et l'agriculture"

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TROIS REGNES 

DE LA NATURE 


RÈGNE ANIMAL 


PARIS, IMPRIMERIE ADMINISTRATIVE DE PAUL DUPONT, 
45, RUE DK GRENELLE -SAINT- HONORÉ. 


L'éditeur propriétaire interdit toute reproduction 
et se réserve le droit de traduction 
en langue étrangère , et spécialement en langue anglaise. 




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HISTOIRE NATURELLE 


DES 

OISEAUX 

SUIVANT LA CLASSIFICATION 

DE 

M. ISIDORE GEOFFROY- SAINT-HILAIRE 

AVEC L’iNDICAÏiON DE LEURS MOEURS 

ET DE LEURS RAPPORTS AVEC LES ARTS, LE COMMERCE ET L’AGRICULTURE 

PAIS 

M. Emm. LE M VOLT 

DOCTEUR EN MÉDECINE. 



PARIS 

L. CURMER 

RUE RICHELIEU, 47 (au premier). 


M DGGC LUI. 



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L’observateur attentif, qui étudie dans les Animaux les conditions d’existence établies 
par le Créateur, ne tarde pas à pénétrer la mystérieuse sagesse qui a mis en corrélation 
parfaite leurs besoins, leurs instincts et leurs facultés. Mais s’il faut une étude appro- 
fondie pour reconnaître dans les diverses Classes du Règne animal l’équité paternelle d’un 
Dieu qui pourvoit avec une sollicitude impartiale au bien-être de toutes ses créatures, 
depuis le Tigre agile jusqu’à l’indolent Aï; depuis l’intelligent Éléphant jusqu’au Mouton 
stupide; depuis l’énorme Baleine jusqu’à l’imperceptible Monade, cette Bonté divine se révèle 


a 


Il 


I INTRODUCTION. 


manifestement à l’esprit le plus vulgaire, dans la grande Classe des Oiseaux. On serait même 
tenté, au premier coup d’œil, d’admettre que ces Êtres ont été l’objet d’une prédilection 
toute spéciale, à laquelle ils doivent les avantages de leur organisation. 

L’appareil locomoteur, qui leur donne pour domaine la terre, le ciel et les eaux; leur 
repos même, dont le mécanisme n’est pas moins admirable que celui de leurs mouvements; 
leur respiration, source abondante de chaleur et d’énergie, et puissant auxiliaire du vol et 
de la natation; la perspicacité de leur vue, qui s’accommode merveilleusement à la distance 
et à la petitesse des objets; leur reproduction par des œufs, qui abrège le temps de la 
gestation; la fabrication industrieuse de leurs nids; les minutieuses précautions, la vigilance 
infatigable, l’héroïque dévouement de la femelle, avant et après l’éclosion, (génie de l’amour 
maternel, qui veille à la conservation de l’Espèce dans l’Insecte connue dans le Vertébré, et 
qui a fait dire si heureusement que le cœur d’une mère est le chef-d’œuvre de la nature ) ; 
les allures vives et légères, le plumage, varié à l'infini, les cris d’appel et les chants d’amour 
de ces hôtes aériens, qui vivifient par leur présence nos jardins et nos campagnes, et sans 
lesquels les prés, les forêts, les rivages n’auraient à nos yeux que des beautés incomplètes; 
enfin leurs migrations périodiques, dont l’objet principal est l’alimentation qu’ils vont cher- 
cher dans des régions lointaines, à travers les solitudes des continents et des mers, sans 
autre guide que leur instinct; tout, chez les Oiseaux, est propre à charmer les méditations 
du philosophe et les rêveries du poète, aussi bien que la curiosité du naturaliste. 

Les anciens, qui ne possédaient sur les mœurs des Oiseaux que des notions isolées et 
incomplètes, avaient pour eux une vénération superstitieuse. Leurs voyages, commencés 
avant que la disette se fasse sentir, leur passage dans les diverses régions de l’élément gazeux 
qui les enveloppe et les pénètre , annonçant avec certitude les variations atmosphériques que 
leur exquise sensibilité perçoit longtemps avant qu’elles soient manifestes pour l’Homme, 
avaient porté nos pères à croire que cette divination , accordée à l’Oiseau dans l’unique intérêt 
de son Espèce, s’étendait aux destinées humaines : leurs cris, leur gazouillement, leur vol 
à droite ou à gauche, leur manière de boire et de manger, étaient autant de présages 
constituant une science occulte, (pii devint chez les Romains le privilège exclusif de quel- 
ques hommes: de là l’institution des augures, de là les auspices favorables ou sinistres, 
dont le peuple faisait dépendre le succès de toutes ses entreprises, et que les ambitieux 
surent trop souvent exploiter à leur profit. — Les mots exprimant ces croyances ont passé 
dans notre langue, en conservant métaphoriquement leur signification primitive. 

Les modernes, débarrassés de ces erreurs, ont observé les Oiseaux de plus près; et 
l’étude de leur organisation, jointe à la connaissance de leurs mœurs, est venue ajouter à 
cette dernière un attrait de plus, en nous montrant dans ses plus intimes détails la dépen- 
dance merveilleuse qui lie la fonction avec l’instrument chargé de l’exécuter. 

Voler et pondre des œufs, voilà ce qui, aux yeux du vulgaire, caractérise les Oiseaux; 
ce ne sont pourtant pas des attributs appartenant exclusivement à cette Classe du Règne 
animal. On observe le vol dans plusieurs Mammifères, et notamment chez les Chauves- 


INTRODUCTION. 


ni 


Souris, tandis q ne certains Oiseaux, tels que T Autruche et le Manchot, sont incapables de 
voler. Quant à la faculté de se reproduire par des œufs, nous verrons que la plupart des 
Animaux inférieurs n’ont pas d’autre mode de reproduction, et nous trouverons enfin des 
Familles nombreuses, dans les Insectes, qui sont à la fois volatiles et ovipares. Quel est donc 
le caractère extérieur que l’on puisse regarder comme la propriété exclusive des Oiseaux? 
— C’est d’avoir la peau garnie de plumes. Ainsi, la définition d’un Oiseau peut se formuler 
rigoureusement par trois adjectifs : vertébré, ovipare , emplumé. 


ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DES OISEAUX. 

Appareil circulatoire des Oiseaux. — Si nous considérons les Oiseaux sous le point 
de vue de leur structure intérieure, ils vont nous montrer une grande analogie avec les Mam- 
mifères ; le squelette, dans les deux Classes, se compose à peu près des mêmes pièces, et n’offre 
que de légères différences, qui reposent sur la forme et la disposition des os. La circulation 
est absolument semblable. Chez les Oiseaux comme chez les Mammifères, il y a deux cœurs : 
le cœur gauche envoie dans tous les organes du sang rouge, destiné à y déposer des matériaux 
nouveaux, et à les débarrasser des molécules vieillies et usées, qu’il charrie jusqu’au cœur 
droit: le cœur droit, à son tour, lance dans les poumons ce sang noirci et altéré par l’acide 
carbonique; c’est là que l’oxygène de l’air est absorbé pendant l’acte de la respiration; il se 
substitue à l’acide carbonique exhalé par la surface du poumon, et rend au sang sa couleur 
rouge et ses propriétés vivifiantes. Du poumon, il passe dans le cœur gauche, pour être de 
nouveau poussé dans les organes qu’il doit nourrir. En un mot, chez les Oiseaux, comme 
dans la Classe qui les précède, la circulation est double. Leur sang est plus riche en globules 
que celui des autres Classes, et ces globules sont elliptiques, au lieu d’être circulaires, comme 
dans les Mammifères. 

Respiration des Oiseaux. — Mais il y a une fonction importante qui distingue l’une de 
l’autre les deux Classes supérieures du Règne animal : c’est la respiration. On sait que , dans 
les Mammifères, Y arbre respiratoire se partage en deux branches principales, nommées bron- 
ches , et que les dernières subdivisions des rameaux nés de ces branches se terminent chacune 
par un petit sac qui se gonfle et se vide d’air à chaque respiration de l’Animal ; on sait que les 
feuilles creuses de cet arbre ( cellules du poumon ) ne s’étendent pas au delà de la poitrine, et 
qu’elles sont, ainsi que le cœur, séparées de la cavité de l’abdomen par un plancher mobile, 
qui se bombe et s’aplatit successivement, et auquel on a donné le nom de diaphragme . Chez les 
Oiseaux, ce plancher mobile n’existe pas; l’arbre respiratoire occupe la poitrine et l’abdomen. 
Mais là ne se bornent pas les organes de la respiration chez les Oiseaux : il y a des branches 
qui dépassent celles de l’abdomen et de la poitrine, vont se ramifier dans les mille sinuosités 
du tissu cellulaire, et ouvrent à l’air extérieur un passage entre les muscles, dans l’épaisseur 
des os, à l’intérieur même des plumes, en un mot dans toutes les parties du corps. 

11 résulte de cette disposition, que l’air qui , chez les Mammifères, n’est en contact qu’avec 
les derniers rameaux de l’arbre veineux dans la poitrine , envahit , chez les Oiseaux , la 
profondeur des organes, et va y baigner les derniers rameaux de l’arbre artériel : ce qui 
constitue, pour l’Animal, une respiration double. Aussi l’Oiseau consomme-t-il deux fois et 
demie plus d’oxygène qu’un Mammifère d’égal volume. 

Cette respiration privilégiée était une nécessité de la vie aérienne à laquelle la nature a 
destiné les Oiseaux. 11 leur fallait une grande rapidité de mouvement pour se soutenir dans 


IV 


I \ T J! 0 J) ICI I ON. 


les airs, et la physiologie nous apprend que la vivacité de l’Animal tient à la quantité d’oxy- 
gène qu’il a respiré; ils avaient besoin, eh outre, d’une température intérieure qui put résister 
au froid très-intense des hautes régions de l’atmosphère, froid contre lequel leur fourrure 
plumeuse ne les aurait pas suffisamment protégés; et l’on sait que la respiration est une des 
sources de la chaleur vitale : aussi la chaleur des Oiseaux surpasse-t-elle la nôtre de plusieurs 
degrés. Il leur fallait surtout le pouvoir de diminuer à volonté leur poids, pour se soustraire 
plus facilement aux lois de l’attraction, qui tend à faire tomber tous les corps vers le centre 
de la terre; or, il est facile de s’assurer par l’expérience qu’un corps plongé dans l’eau ou 
dans l’air perd de son poids précisément une quantité égale au poids de l’air ou de l’eau qu’il 
déplace : si ce corps pèse cent livres, et que, par son volume, il déplace quarante livres 
d’eau, il ne pèsera plus que soixante livres : c’est un allégement que l’on peut vérifier toutes 
les fois que l’on prend un bain. Si le corps est moins lourd que l’eau, le volume d’eau qu’il 
déplacerait ayant un poids supérieur au sien , ce corps surnagera : c’est ainsi qu’un morceau 
de liège ne peut rester au fond de l’eau. Il en est de même de l’air : si l’on gonfle dans l’air 
un ballon de gaz hydrogène, ce gaz, étant quatorze fois plus léger que celui qu’il a déplacé, 
tend à s’élever, avec une force à laquelle il est difficile de résister; et, lorsqu’on cesse de le 
retenir, il entraîne rapidement vers les régions supérieures de l’atmosphère le ballon, la 
nacelle et les aéronautes, qui, par eux-mêmes, étaient plus pesants que l’air. 

C’est ce qui arrive aux Oiseaux : leur corps, dilaté dans toutes ses parties par l’air qui a 
rempli les cellules respiratoires, perd une portion notable de son poids. Mais cet allégement 
ne leur suffirait pas pour se soutenir et se transporter dans l’atmosphère; et c’est ici qu’il 
convient d’offrir à nos lecteurs quelques explications succinctes sur le mécanisme du vol. 

Vol des Oiseaux. — Quoique l’air soit un fluide peu dense et peu résistant, on conçoit 
sans peine que, s’il est frappé rapidement par une surface large et solide, tout en se laissant 
refouler par cette surface, il lui opposera une certaine résistance; et cette résistance sera d’au- 
tant plus forte que la surface mettra plus de vitesse dans son mouvement. Maintenant, qu’on 
se figure un Oiseau suspendu au milieu des airs, immobile et les ailes étendues; s’il abaisse 
rapidement ses ailes vers sa poitrine, l’air, frappé par leur surface large et solide, va céder 
à cette impulsion; mais, comme il ne peut se déplacer assez promptement, parce que la 
vitesse des ailes surpasse la sienne, il résistera à ces ailes, et leur fournira un véritable point 
d’appui, au moyen duquel le corps de l’Oiseau sera poussé en sens contraire. 

Voilà la première condition du vol : or, chacun sait que si, après ce premier effort, les 
ailes restent immobiles, la gravitation, vaincue momentanément, va reprendre son empire, 
et l’Oiseau descendra vers la terre , absolument comme un animal retombe sur le sol après 
avoir fait un saut. 

Mais si, après avoir, en les abaissant vivement, rapproché ses ailes étalées, l’Oiseau les 
écartait avec la même rapidité, il est évident que l’air situé au-dessus d’elles leur opposerait 
la même résistance que l’air situé au-dessous, qu’elles ont refoulé un instant auparavant. Il 
en résulterait que le corps de l’Animal, soulevé dans le premier temps par la résistance de 
l’air inférieur, serait abaissé de la même quantité dans le second par la résistance de l’air 
supérieur, et que cette oscillation rapide le ferait, en définitive, rester toujours à la même 
place, en opérant un mouvement continuel de va et vient : c’est ce que fait, par exemple, 
l’Épervier, quand il plane et semble immobile dans les airs, avant de fondre sur sa proie. 

Que doit donc faire l’Oiseau pour se transporter dans l’espace! La première condition était, 
comme nous l’avons vu, de refouler l’air situé sous les ailes : la seconde sera de faire en sorte 
que , quand elles se disposeront à reprendre leur première position , l’air supérieur leur oppose 
le moins de résistance possible : c’est pour cela que l’Oiseau, après avoir donné son coup 
d’aile, la reploie pour rétrécir sa surface : puis il élève cette aile ainsi reployée, puis il l’étend 
et l’abaisse de nouveau , en accélérant ses battements selon le degré de rapidité qu’il veut 
donner à son vol. 


V 


ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. 

O s t k o i. o g i k des Oiseaux. — Ici doivent trouver leur place quelques détails sur le 
squelette de l’Oiseau v et notamment sur les instruments admirables qu’il emploie pour nager 
dans les diverses couches de l’océan gazeux au fond duquel les Mammifères sont, pour la 

plupart, condamnés à rester. Nous avons dit que la 
charpente osseuse des Oiseaux est presque semblable 
à celle des Mammifères; seulement les os des Oiseaux, 
étant creusés de nombreuses cellules remplies d’air, 
sont beaucoup plus légers. La tête présente deux 
mâchoires très-allongées, que l’on nomme aussi man- 
dibules ; la supérieure est unie au front, de manière à 
conserver un peu de mobilité ; l’inférieure, dont chaque 
branche se compose de deux pièces , ne s’articule pas 
avec le crâne par une saillie , mais elle est suspendue 
à un os mobile, nommé os carré ou os du tympan , 
et faisant partie du rocher dans la classe des Mam- 
mifères. Les mandibules sont recouvertes d’une sub- 
stance cornée , qui rend leurs bords tranchants , et 
c’est en cet état qu’elles constituent le bec. Ces lames 
cornées tiennent lieu de dents à l’animal; elles sont 
même quelquefois hérissées , de manière à présenter 
des dents , mais ce ne sont que des aspérités , desti- 
nées à retenir la proie autant qu’à la mâcher. 

La tête des Oiseaux peut opérer sur la colonne 
vertébrale un mouvement complet de rotation , parce 
qu’au lieu d’être articulée sur cette colonne par deux 
points latéraux, comme chez les Mammifères, elle 
l’est par une seule saillie, ou condyle , en demi-boule, 
reçue dans une fossette hémisphérique de la première 



Squelette d’Aigle Pygàrgue. 


M.S. Mandibule supérieure. — M. I. Mandibule inférieure. — 

N. Narine. — F. .N. Fusse nasale. — OU. Orbite. — CK. Crâne. 

— V.C. Vertèbres du cul. — CL. Clavicules. — O. C. Os coracoï- 
dien. — ST. Sternum. — C. Côtes. — A. C. Apophyses costales. x 

b. Bassin, coc. Coccyx, f. Ftfmur, os tie* îa cuisse. vertèbre , ou elle pivote avec la plus grande facilité. 

T. 1*. Tibia et Péroné. — T. Tarse. — 2. Pouce a deux phalanges. 1 

—3. Duigi inicrnc a trois phalanges.— -i. Doigt médian a quatre Le bec étant ordinairement le seul organe destiné à 

phalanges. — b. Doigt externe a cinq phalanges. — O. Omoplate. ° 

7. saisir la proie, les vertèbres du col sont très-mobiles 
rudimentaire. i(> s ull es sur les autres , et beaucoup plus nombreuses 

que chez les Mammifères, ce qui permet au col de se ployer en S, de s’allonger et de se rac- 
courcir rapidement, suivant les besoins de l’Oiseau. Il n’en est pas de même des vertèbres du 
dos, des lombes et du sacrum, qui presque toutes sont immobiles, afin de fournir aux cotes 
et aux ailes un point d’appui solide. Chacune de ces côtes présente sur son milieu une lame 
aplatie, qui remonte en arrière, et va s’appuyer sur la côte postérieure. 

Pour combiner la puissance des ailes avec la solidité de la poitrine, la nature a relevé en 
crête la face antérieure du sternum des Oiseaux. Cette crête ou carène longitudinale, nommée 
bréchet , fournit de larges points d’attache aux fibres des muscles vigoureux qui ont pour fonc- 
tion d’abaisser les ailes. Sur cette carène vient se poser la fourchette en forme de V, qui est la 
réunion des deux clavicules; ces clavicules tiennent aux omoplates, qui sont étroites, allon- 
gées, et parallèles à la colonne vertébrale. Enfin, à ces pièces se joint de chaque côté un os 
épais qui descend entre l’omoplate et la clavicule, s’appuie sur le sternum, et forme un pilier 
consolidant la voûte formée par les deux premiers os. Cet os est nommé os coracoïdien , parce 
qu’il est l’analogue de l’apophyse coracoïde de l’omoplate des Mammifères. 

Le membre supérieur des Oiseaux n’est destiné, ni à toucher, comme chez l’Homme, ni à 
saisir, comme chez l’Homme, les Singes et les Carnassiers, ni à marcher, comme chez tous 
les Quadrupèdes : ce sont des organes de translation , constituant des rames étendues nom - 
mées ailes. Les ailes sont formées de plumes roides, fixées par leur base au bras, à l’avant- 


VI 


Ï.NT RODUGTION. 



Sternum des Oiseaux 
Clavicules formant la fourchetle. — OC. Os 
coracoulien. — O. Omoplate. — CO. Origine des 
côtes. — BR. Bréchet. 


CI.. 


bras, à la main; et la main, au lieu d’être divisée en doigts, qui nuiraient à la solidité de 
l’aile, est peu développée, et ne présente que des rudiments de doigts. Les os du bras (humérus) 
et de l’avant-bras ( cubitus et radius) sont analogues à ceux 
de l’Homme; l’avant-bras est d’autant plus long, «pie le vol 
est plus puissant. Quant à la main, le poignet, ou carpe , se 
réduit à deux petits os placés l’un à côté de l’autre; le méta- 
carpe se compose de deux os soudés par leurs deux extrémités; 
à l’extrémité supérieure de ce métacarpe est un petit os qui 
représente le pouce. Les doigts sont seulement au nombre de 
deux, dont l’un, très-petit, représentant un doigt externe, el 
l’autre, assez long, composé de deux phalanges. 

Pendant que les ailes supportent dans les airs tout le poids 
du corps de l’Oiseau , celui-ci , pour se maintenir en équilibre , 
allonge le cou en avant, de manière à contrebalancer la partie 
postérieure du tronc ; le centre de gravité se trouve ainsi placé 
à peu près sous les épaules. En outre , pour faciliter l’équi- 
libre de l’Oiseau, la nature a donné aux muscles releveurs des 
membres thoraciques une disposition tout exceptionnelle, qui 
alourdit le thorax et y transporte le centre de gravité, lequel se 
trouve abaissé autant que possible : ces muscles , au lieu d’être 
placés sur le dos , comme chez les Mammifères , s’insèrent à 
la partie antérieure du thorax ; l’antagonisme des releveurs et 
des abaisseurs est conservé au moyen d’une sorte de poulie, 
sur laquelle passe le tendon des releveurs avant de parvenir à 
la partie postérieure de l’humérus. Cette déviation affaiblit leur énergie; mais comme il en 
faut peu pour relever les ailes, la perfection de l’équilibre compense amplement la diminution 
des forces. 

Station des Oiseaux. — Les membres inférieurs de l’Oiseau lui servent de soutien 
quand il se pose : il est donc réellement bipède ; aussi son bassin est-il large et fixé solidement 
à la colonne vertébrale. Les os des hanches sont très-développés , et ne forment qu’une seule 
pièce avec les vertèbres lombaires et sacrées; les vertèbres coccygiennes sont petites et 
mobiles , et la dernière supporte les grandes plumes de la queue. 

Comme l’Oiseau prend les objets à terre avec son bec , et que par conséquent son corps est 
penché en avant de ses pieds, il lui fallait, pour conserver son équilibre, des pattes qui 
pussent se ployer assez, et des doigts qui fussent assez longs pour avancer au delà du point 
où tomberait une ligne verticale passant par le centre de gravité : voilà pourquoi la cuisse est 
fléchie en avant, le tarse oblique sur la jambe, et les doigts allongés, afin de former une base 
de sustentation suffisante à l’Animal. L’os de la cuisse, ou fémur , est court; les os de la 
jambe sont plus allongés; le tibia est fort ; le péroné n’est qu’un stylet osseux ; le tarse et le 
métatarse sont représentés par un seul os, terminé en bas par trois poulies : le nombre des 
doigts ne dépasse jamais quatre. Ordinairement le pouce ou doigt interne est dirigé en arrière, 
et les trois autres en avant; le nombre des phalanges va ordinairement en augmentant, du 
doigt interne aux doigts externes : c’est-à-dire que le pouce, qui est le plus interne, ayant 
deux phalanges, le suivant en a trois, le doigt du milieu, quatre, et le plus externe, cinq. 
Quelquefois le pouce manque , quelquefois même le doigt externe manque aussi ; c’est ce que 
nous verrons dans l’Autruche , qui n’a en tout que deux doigts. 

L’Oiseau perche plus souvent qu’il ne pose à terre; et l’on en comprendra facilement la 
raison en se rappelant les conditions du vol. Il faut en effet que l’Oiseau, au moment où il 
donne son premier coup d’aile , trouve assez d’air au-dessous de lui pour lui résister et le 
pousser en sens contraire : voilà pourquoi les petits Oiseaux qui veulent s’élever de terre, com- 


ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. 


VII 


niencent par sauter sur leurs pieds ; voilà pourquoi les gros Oiseaux ne peuvent prendre leur 
vol que quand ils sont perchés sur un arbre, ou sur la saillie d’un édifice, ou sur le sommet 
d’un rocher : aussi leurs premiers mouvements sont-ils peu rapides ; leur vol paraît lourd , et 
n’a toute son agilité que quand la colonne d’air qui supporte l’Oiseau est assez considérable. 

Lorsque l’Oiseau est perché, il embrasse la branche avec ses doigts, et, par un mécanisme 
merveilleux , il la serre d’autant plus fortement , qu’il y est posé depuis plus longtemps : en 
effet, les muscles fléchisseurs des doigts passent sur les articulations du genou et du talon; 
et quand celles-ci, fatiguées par le poids du corps, viennent à se ployer, elles tirent sur les 
tendons des muscles en question; alors le doigt fléchi par eux serre avec plus de force la 
branche qui soutient l’Oiseau. 

Quant aux Oiseaux à longues pattes, qui, le plus souvent, posent à terre, la nature leur a 
épargné les fatigues d’une longue station, en empêchant la cuisse de se fléchir sur la jambe : 
lorsque le membre est étendu , l’extrémité inférieure du fémur, qui présente un creux, se pose 
sur une saillie du tibia , comme la boule d’un bilboquet sur son axe, et l’Animal , n’ayant pas 
besoin de contracter ses muscles , n’éprouve aucune lassitude. 

Quand nous exposerons l’histoire des Familles, on verra que la disposition des pattes est en 
rapport avec les mœurs de l’Oiseau ; ainsi les Oiseaux marcheurs , tels que l’Autruche , ont 
les pattes robustes, longues, et le pied petit; les Oiseaux de proie, comme l’Aigle, ont les 
pattes courtes et vigoureuses, les ongles crochus et tranchants; les Oiseaux qui vivent 'sur le 
bord des eaux , et y cherchent à gué leur nourriture , ont les pattes grêles , excessivement 
longues, et semblent montés sur des échasses ; chez les Oiseaux qui habitent les eaux pro- 
fondes, les pattes sont palmées , c’est-à-dire qu’entre les doigts s’étend une membrane qui ne 
les empêche pas de s’écarter ni de se rapprocher, et fait du pied une véritable nageoire. Enfin, 
chez les Oiseaux qui ont besoin d’une position verticale pour grimper le long des arbres , le 
doigt externe se porte en arrière, à côté du pouce, d’où il résulte qu’ils ont deux doigts seule- 
ment en avant : le Perroquet et le Pic-vert, sont dans ce cas. 



Plumes des Oiseaux. — Ces productions, qui sont, pour les Oiseaux, ce que sont les 
poils pour les Mammifères, ne diffèrent véritablement de ces derniers que par une structure 
plus compliquée. On sait que le cheveu naît à l’intérieur d’un petit sac , nommé capsule , 
creusé dans l’épaisseur du derme, et s’ouvrant au dehors par un orifice étroit : un petit bour- 
geon conique occupe le fond du sac, et reçoit un nerf, une artère et une veine; c’est sur lui 
que se moule le cheveu d’abord fluide, et se desséchant bientôt. C’est aussi dans une capsule 
que se forme la plume; mais cette capsule, au lieu de figurer une poche ovale, s’allonge en 
gaîne, que l’on voit quelquefois saillir de plusieurs pouces hors de la peau de l’Animal. 
Chaque plume se compose d’un tube corné, qui en constitue la base; d’une tige, qui surmonte 
ce tube, et enfin de barbes latérales, qui sont elles-mêmes barbelées sur leurs bords. Le bour- 
geon qui sécrète la plume est allongé , et forme l’axe de celle-ci ; c’est à la surface de cet axe 
que se moule la substance de la plume; il se dessèche dans la tige après y avoir déposé une 
matière blanche, spongieuse et élastique; il se dessèche aussi dans le tube qui s’est formé sur 
lui; ce sont ces petites pellicules, disposées en cornets emboîtés les uns dans les autres, que 
l’on extrait du tuyau quand on taille une plume. 


VIII 


INTRODUCTION. 


La plume nouvelle est d’abord renfermée dans la capsule; mais celle-ci se détruit par son 
extrémité dès que le bout de la plume a été formé : alors la plume se montre ; ses barbes se 
déroulent, s’étalent latéralement, et l’extrémité de son tuyau reste implantée dans le derme; 
mais il n’y est pas fixé solidement, et il tombe chaque année, souvent même deux fois par an, 
à l’automne et au printemps : cette époque de la vie de l’Oiseau se nomme la mue , et, pendant 
toute sa durée , l’Animal est triste et muet. La livrée des Oiseaux change donc suivant les 
saisons, et, pour beaucoup d’entre eux, le costume d’été n’a pas le même aspect que le 
costume d’hiver. Ils n’offrent pas dans leur jeunesse les couleurs qu’ils conserveront après 
l’àge adulte; les femelles ont un plumage moins riche que les mâles, et c’est surtout chez 
ces derniers que le plumage rivalise en éclat et en variété de tons avec les plus belles fleurs et 
les minéraux les plus brillants. 



Les grandes plumes des ailes et de la queue ont reçu le nom de pennes. Celles qui appar- 
tiennent aux ailes sont appelées rémiges, mot qui signifie rames. Les rémiges qui partent de la 
main, c’est-à-dire du carpe, du métacarpe et des doigts, sont au nombre de dix : on les 
nomme rémiges primaires ; en avant de celles-ci, naissent les rémiges bâtardes, qui sont 
fixées à l’os du pouce, et forment dans le pli de l’aile une sorte d’appendice supplémentaire; 
en arrière des rémiges primaires, sont les rémiges secondaires , dont le nombre varie; elles 
partent des os de l’avant-bras ; les pennes attachées à l’humérus sont moins fortes, et portent 
le nom d e pennes scapulaires. 

Nous avons dit que les Oiseaux, quoique tous emplumés, ne sont pas tous volatiles. 
L’existence des ailes , en effet , ne constitue pas un caractère général ; les quatre-vingt-dix- 
neuf centièmes de la Classe des Oiseaux , il est vrai , sont aptes au vol ; mais quelques autres 



ANATOMIE ET l'Il V S I O EO(i I E. 


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sont incapables de voler : telles sont les Autruches, tels sont surtout les Manchots, dont l’aile 
est aplatie, et porte des plumes réduites à de simples écailles. Ce membre est mis en mouve- 
ment par des muscles puis- 
sants , et devient un organe 
propre à nager, c’est-à-dire 
à repousser énergiquement 
un fluide bien plus résistant 
que l’air. Les Oiseaux dont 
l’aile est transformée en na 
geoire sont dits impennes 
(ailes milles) ; ceux dont 
l’aile , quoique garnie de 
plumes , est réduite à un 
moignon, sont dits rudi- 
pennes (ailes rudimentaires) ; 
tous les autres , organisés 
pour le vol , sont nommés 
aiipennes. 

Chez ces derniers, les ailes 
varient de longueur suivant 
les Espèces; et, outre les 
différences dans la longueur absolue de l’aile, il y a des différences dans la longueur relative 
des pennes de l’aile. Lorsque les plus longues pennes occupent le bord de l’aile, et qu’à 
partir de ce bord , elles vont en décroissant, l’aile est aiguë , et l’Oiseau est dit acutipenne ; 
lorsque, au contraire, les plus longues pennes correspondent au milieu de la main, l’aile est 
obtuse, et l’Oiseau est dit obtusipenne. Cha- 
cun de ces types peut offrir trois cas : quand 
la seconde penne de l’aile, à partir du bord, 


FIGURE d’aile 

T. Tectrices, ou couvertures. — PB. Pennes bâtardes. — RP. Rémiges primaire; 

secondaires. — PS. Pennes scapulaires. 


RS. Rémiges 


Aile obtuse. — livse. 


Aile aigue. — Faucon. 


est la plus longue, l’aile est simplement aiguë; quand la première penne est aussi longue 
ou plus longue que les autres, l’aile est sur-aiguë ; quand la troisième penne est égale à la 
seconde, l’aile est sub-aiguë. On a établi pareillement trois degrés dans l’aile obtuse : si c’est 

b 


INTRODUCTION. 


la quatrième penne qui est la plus longue, elle est simplement obtuse ; si c’est la troisième, 
elle est sub-obtuse ; si c’est la cinquième ou les suivantes , elle est sur-obtuse. 

Ces caractères ont une grande importance, 
en ce qu’ils expriment le degré de puissance 
du vol. L’Oiseau à ailes aiguës se meut avec 
plus d’agilité que celui dont les ailes sont 



\ni sur-aigue. — Engoulevent . 


Ailf. surSBgpe. — Hirondelle de mer. 


obtuses; l’aile obtuse n’est autre chose qu'une aile aiguë, dont l’extrémité a subi une section 
oblique. Or, plus l’aile, qui est le bras de levier de la puissance, a son extrémité éloignée du 



Mil. SVB-OBTUSl'. — COUCOU . 


point d’appui ou centre de mouvement, plus elle 
est énergique à repousser l’air, qui représente la 
résistance. Aussi, les manœuvres de l’Oiseau à 
ailes aiguës sont-elles plus rapides et plus va- 
riées que celles des autres Oiseaux : il peut se 
mouvoir dans toutes les directions , comme un 
navire à rames, et atteindre facilement une proie 
qui le fuit avec des ailes obtuses, et qui, comme 
un navire à voiles, est réduite à louvoyer. De là 
les noms d’Oiseaux voiliers et d’Oiseaux rameurs , 
donnés aux Oiseaux, suivant que leurs ailes sont 
obtuses ou aiguës. 

Puisque les ailes sont pour les Oiseaux des 
voiles ou des avirons, il fallait à ces navigateurs 
aériens un gouvernail qui pût diriger les mouve- 
ments de leur nacelle : ce gouvernail, c’est la 



Mie sur-obtuse. — (irai . 



Pennes de i.a queue, ou rixtrices. 

IC Toelriccs. ou couvertures de la quelle. 


ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. 


M 


queue. Elle se compose ordinairement de douze pennes, attachées au coccyx, et qui ont reçu 
de leur usage la dénomination de rectrices. Ce sont elles qui, en s’étalant, se relevant, 
s’abaissant, s’inclinant, diminuent ou augmentent l’obliquité de la marche; du reste, elles ne 
servent pas seules à diriger l’Oiseau , les rémiges des ailes y contribuent pour beaucoup. 
Enfin les plumes moins fortes qui recouvrent la base des rémiges et des rectrices ont reçu le 
nom de tectrices ou couvertures. 

Nutrition des Oiseaux. — L’énergie de vitalité que les Oiseaux doivent à leurs facultés 
respiratoires nécessite pour eux une alimentation abondante et presque continuelle. Leur 
appareil digestif présente des particularités remarquables : ils n’ont pas un voile du palais qui 
sépare la bouche du gosier, comme les Mammifères. Leur œsophage , vers la moitié de sa 
longueur, se dilate pour former un sac nommé jabot ; c’est leur premier estomac, et les ali- 
ments y séjournent pendant quelque temps : il est très-grand chez les Oiseaux qui vivent de 
graines. Cette cavité rappelle la panse, que l’on observe chez les Mammifères ruminants. Les 
Oiseaux ne ruminent jamais , mais , dans les premiers jours de la maternité , ils dégorgent 
dans le gosier de leur petits une nourriture qu’ils ont à moitié digérée, pour que l’estomac 
encore faible de ces débiles créatures puisse la supporter. 



Appareil digestif de la Poule. 


Oesophage. 


N enlricule sucwnluri 


Intestin grêle. 


Oros intestin. 


Uretère. 


Ovûlucte. 

Cloaque. 


Foie 

Vésicule biliaire. 
Canaux biliaires. 


Gésier. 


Après le jabot vient le ventricule succenturié , qui n’est autre chose qu’un renflement de 
1 œsophage , et dont la surface est garnie de nombreuses glandes , sécrétant une liqueur abon- 


\ Il 


INTRODUCTION. 


dante, véritable suc gastrique, qui imbibe les aliments. Ce second estomac s’ouvre à sa partie 
inférieure dans une troisième cavité nommée gésier, où s’achève la transformation de l’ali- 
ment en chyme : c’est l’organe le plus intéressant de l’appareil digestif des Oiseaux. Les parois 
sont d’une épaisseur énorme et d’une force prodigieuse; un épiderme cartilagineux les tapisse 
à l’intérieur, et les aliments sont broyés avec énergie par les muscles vigoureux qui les entou- 
rent. Pour aider à la puissance de cette trituration , les Oiseaux avalent de petites pierres; ces 
pierres , mises en mouvement par les muscles du gésier, peuvent sans peine broyer et moudre 
les graines avalées par l’Oiseau : ce sont de véritables dents , et l’on peut dire sans exagéra- 
tion que l’animal mâche sa nourriture , non pas avec ses mandibules , mais avec son gésier. 
Quant à l’intestin, il reçoit la bile du foie et la salive du pancréas , comme chez les Mammi- 
fères, et le chyle s’y forme delà même manière; les vaisseaux chylifères se réunissent en 
deux canaux , qui s’ouvrent dans les veines jugulaires , à la hase du cou. 

Les reins , organes sécréteurs de l’urine , sont volumineux et irréguliers ; ils occupent plu- 
sieurs fossettes, creusées le long du bassin, et ils diffèrent de ceux des Mammifères, en ce 
qu’ils ne possèdent pas de substance corticale. Les uretères n’aboutissent point à une vessie 
comme dans les Mammifères, ils se terminent dans l’intestin rectum, formant, près de son 
extrémité, une cavité nommée cloaque , et l’urine est évacuée avec les excréments. Ce liquide 
se compose principalement d’acide urique, lequel, combiné avec l’ammoniaque et la chaux 
contenus dans les excréments, forme un engrais très-riche , employé dans certains pays sous 
le nom de guano. 

Sens des Oiseaux. — Occupons-nous maintenant de la vie de relation dans les Oiseaux. 
Leur toucher est peu développé; il suffit, pour s’en convaincre, île considérer les plumes qui 
couvrent leur corps. La fonction du goût n’est guère plus favorisée chez eux que la sensibilité 
tactile; leur langue est ordinairement endurcie à sa pointe, et l’on peut croire qu’ils avalent 
leurs aliments sans les déguster; cependant, chez quelques Oiseaux, la langue est molle, 
et son sommet est terminé par des papilles nerveuses, qui doivent lui donner la faculté de 
distinguer les saveurs; cette faculté doit toutefois être fort restreinte, puisque les glandes 
sous-maxillaire et parotide, destinées chez les Mammifères, l’une à présider à la gustation, 
l’autre à faciliter la mastication, manquent chez les Oiseaux. Ils n’ont d’autres glandes sali- 
vaires que les glandes sub-linguales , qui sécrètent un liquide gluant et visqueux , uniquement 
destiné à favoriser la déglutition des substances alimentaires qu’ils n’ont ni goûtées ni 
mâchées. Quant à l’odorat, il semblerait qu’il doive être plus ou moins développé chez les 
Oiseaux , et surtout chez ceux qui vivent de matières animales , comme les Vautours , par 
exemple, que l’on voit arriver de distances considérables sur un champ de bataille, quelques 
heures après le combat. Cependant quelques expérimentateurs croient pouvoir assurer que , 
dans cette Classe d’Animaux, l’odorat est presque nul. L’organe de l’ouïe est aussi moins 
compliqué dans la Classe des Oiseaux que dans celle des Mammifères : le pavillon manque 
chez les Oiseaux; la conque , lorsqu’elle existe, se réduit à une ouverture non saillante, revêtue 
de plumes particulières; le conduit auditif n’est qu’un tube membraneux; la chaîne des osselets 
se compose d’un seul os, qui met en communication la membrane du tympan et la fenêtre 
ronde ; enfin, dans l’oreille interne, le limaçon est très-peu développé. 

Mais, si les sens du toucher, de l’odorat, du goût et de l’ouïe sont plus ou moins obtus 
chez les Oiseaux , en revanche celui de la vue est bien plus parfait et plus compliqué que chez 
les Mammifères. D’abord, le globe de l’œil est plus grand, comparativement au volume de la 
tête; la rétine ou membrane sentante, est très-épaisse, et du fond de l’œil part une autre 
membrane noire, plissée, qui s’avance vers le cristallin, et porte le nom d a peigne. Sa nature 
n’est pas bien déterminée , mais la plupart des savants la regardent comme un prolongement 
nerveux destiné à augmenter l’étendue de la faculté visuelle. L’iris a des contractions très- 
étendues, ce qui donne une grande mobilité à l’ouverture de la pupille , laquelle est toujours 
circulaire. La cornée transparente est très-bombée, et le cristallin esl aplati, surtout chez les 


« 


W A TOMIE ET PHYSIOLOGIE. 


\ 1 1 1 


Oiseaux de proie , qui s’élèvent à des hauteurs considérables ; mais ils ont le pouvoir de 
bomber ou d’aplatir les milieux transparents chargés de briser les rayons qui arrivent à leur 
rétine : des plaques osseuses, disposées en cercles, sont logées dans l’épaisseur de la cornée 
opaque, près de sa jonction avec la cornée transparente; les muscles qui font mouvoir l’œil 
tirent sur ce cercle quand l’Oiseau le veut : ce tiraillement distend et rend plus convexe la 
cornée transparente et peut-être le cristallin, ainsi que le corps vitré, ce qui produit une puis- 
sance de réfraction bien plus considérable : il résulte de là que l’Oiseau, qui est nécessaire- 
ment presbyte, pour découvrir d’une hauteur considérable les objets peu volumineux, devient 
myope 4 h. volonté quand, en s’abattant sur sa proie, il a besoin de la distinguer nettement à 
mesure qu’il se rapproche d’elle. Enfin, pour compléter cette riche organisation, la nature a 
donné aux Oiseaux, outre leurs deux paupières, dont l’inférieure est la plus grande, une troi- 
sième paupière, placée verticalement à l’angle interne de l’œil, 
qui peut recouvrir la cornée transparente comme un rideau, 
et garantir l’œil d’une lumière trop vive. On donne à cette 
paupière accessoire le nom de membrane clignotante. 

La masse du cerveau est beaucoup moins développée chez 
les Oiseaux que chez les Mammifères. Les hémisphères n’ont 
pas de circonvolutions et ne sont pas réunis par un corps cal- 
leux; les tubercules qui donnent naissance aux nerfs optiques 
sont en rapport , par leur développement, avec les facultés 
visuelles de l’Oiseau; on les voit saillir en arrière et en dehors 
in., iiiimispiières ctrébnui. — i.o. i.ubcs du cerveau , au lieu d’être petits et recouverts par les hémi- 

optiques. — C. Cervelet. — M. Moelle. 1 f 

sphères, comme dans les Animaux supérieurs. 

Chant des Oiseaux. — La voix des Oiseaux est, comme la nôtre, un souffle vibrant, 
mais leur larynx est bien différent du nôtre. Rappelons succinctement la structure de l’organe 
vocal dans l’espèce humaine : après l’arrière-bouche et avant la trachée, est une petite caisse 



indiquée extérieurement sur le col par la saillie que 
l’on nomme vulgairement pomme d'Adam. Sur cette 
caisse vient se poser, quand nous avalons nos ali- 
ments, une espèce de petite cuiller nommée épiglotte. 
La cavité de cette caisse, à laquelle on a donné le 
nom de glotte , est très-peu spacieuse; elle commu- 
nique avec la bouche en haut et avec la trachée en 
bas, par deux petites fentes longitudinales, dirigées 
horizontalement d’arrière en avant. Les deux lèvres 
de la fente inférieure se nomment les cordes vocales, 
et ce sont elles qui, tendues ou relâchées, produi- 
sent les sons variés de la voix humaine. 

Dans les Oiseaux, la fente supérieure est très- 
éloignée des cordes vocales. Cette fente , que l’on 
nomme larynx supérieur, a ses lèvres immobiles, 
et n’est pas recouverte par une épiglotte ; au bas 
de la trachée, c’est-à-dire au point où elle va se 
bifurquer pour former les bronches, est une traverse 
osseuse, surmontée d’une pellicule ou membrane en 
croissant; de chaque côté et au-dessous de cette 
traverse osseuse, c’est-à-dire à l’origine de chaque 
bronche, est une fente dont les deux lèvres sont de 
véritables cordes vocales. Le premier arceau des 
bronches esl séparé par une membrane du dernier 



Organe de la respiration et de la voix. 

FUjurc I. I.. Langue. — CS. Glollo supérieure. — M. Muscles 
«le nivoïde. — II. Os hynule. — CI- Glollo inférieure. — H. Bron- 
ches.— Ol*. Ouverture des Bronches. — R. Poumon. 

Fitjurr '1. (il. Glollo inférieure. — C. Membrane en crois 
saut.’ — 1». Bronche. — !>0. Bronche ouverle. 


XIV 


INTRODUCTION. 


osselet qui termine la trachée; c’est dans ce double tambour, nommé larynx inférieur, que 
se forme la voix des Oiseaux , grâce au jeu compliqué des muscles nombreux qui tendent ou 
relâchent les cordes vocales et les membranes de ce merveilleux appareil. L’on comprend sans 
peine que l’énorme volume d’air contenu dans tout le corps de l’animal contribue puissam- 
ment à la force et à l’étendue de la voix , et celui qui a nommé le Rossignol une voix emplu- 
mée , a exprimé très -poétiquement une vérité anatomique. 

En résumé, chez les Oiseaux, la trachée et le larynx ne font qu’un; la cavité de la glotte 
occupe toute leur longueur, et, au lieu d’une paire de cordes vocales, on en rencontre deux. 
Chez les Oiseaux dont le chant est peu modulé , la cloison en forme de croissant n’existe pas ; 
et chez ceux qui ne chantent point, les muscles du larynx manquent toujours. 

OEufs des Oiseaux. - — Le développement successif des organes du jeune Oiseau dans 
l 'œuf, offre des observations du plus haut intérêt. Les Oiseaux ont un ovaire unique, situé au 
devant de la colonne vertébrale; il se compose de petits sacs membraneux, arrondis et dis- 
posés en grappes; les parois de ces sacs sécrètent intérieurement les ovules , lesquels consis- 
tent en une matière jaune, enclose dans une fine pellicule. Ces ovules, grossissant rapidement, 
fendent le sac qui les renfermait, et tombent alors dans un entonnoir membraneux nommé 
oviducte , dont le pavillon s’applique sur l’ovaire, et dont l’orifice inférieur s’ouvre dans 
le cloaque. En ce moment, l’ovule ne se compose que du vitellus ou jaune de l’œuf ; sur 
un point du sac membraneux qui l’enveloppe on voit une petite tache blanchâtre, déjà très- 
organisée, à l’intérieur de laquelle doit se développer l’Oiseau. Le vitellus descend peu à peu 
dans l’oviducte, et, parvenu à la moitié de son trajet, il s’entoure d’une matière épaisse et 
glaireuse, sécrétée par les parois du canal, et nommée albumen ou blanc de l’œuf. Un peu 
plus bas, il se forme, autour du blanc, une membrane épaisse, dont le feuillet externe s’en- 
croûte bientôt d’un dépôt calcaire, et constitue la coquille. C’est dans cet état que l’œuf est 
pondu. Si alors il est maintenu à une température convenable par le contact du corps de la 
mère ou même par un moyen artificiel , tel que le séjour dans une enceinte modérément 
chauffée, oh circule librement un air pur, cet œuf devient le siège d’un travail d’évolution 
dont on peut suivre, heure par heure, au microscope, les progrès merveilleux. Pour les rendre 
intelligibles à nos lecteurs, nous allons exposer succinctement le développement de l’œuf de 
la Poule, en le suivant depuis sa formation dans l’ovaire jusqu’au moment oh il est pondu, et 
depuis la ponte jusqu’à l’éclosion du poulet. Cette partie de la physiologie des Animaux a été 
élucidée par les anatomistes des deux derniers siècles, et tout récemment par les précieux 
travaux de MM. Flourens, Serres, Coste, Martin-Saint- Ange , etc. Nous nous aiderons, pour 
rendre nos explications plus claires, de quelques-unes des figures insérées par M. Martin- 
Saint-Ange dans son beau Mémoire sur le développement du Fœtus, qui vient d’être couronné 
par l’Académie des sciences. 

L’ovaire de la Poule contient une multitude d’œufs, offrant tous les degrés de développe- 
ment; les plus petits sont accolés aux plus gros, et la partie de l’ovaire qui est en rapport 
avec ces derniers, est beaucoup plus riche en vaisseaux que les parties voisines; cette répar- 
tition inégale des vaisseaux ovariens révèle une intention physiologique du Créateur, ayant 
pour objet la ponte successive. Par cette disposition, chaque région du tissu ovarien est favo- 
risée à son tour; elle détourne à son profit l’activité vitale; ses vaisseaux se gonflent, se rami- 
fient, et donnent lieu à une sécrétion abondante; cette prévoyance de la nature a un double 
résultat, celui d’éviter un volume trop considérable de l’ovaire, et celui de ménager à l’ovi- 
ducte les moyens d’achever successivement la composition de chaque œuf. 

L’œuf, observé à son minimum de développement dans le tissu de l’ovaire, apparaît sous 
la forme d’une vésicule translucide. Lorsque la substance vitelline commence à s’accumuler 
dans son intérieur, le tissu ovarien qui lui correspond, fait peu à peu saillie sur la surface de 
l’ovaire, pour former une sorte de conceptacle, nommé calice ; les vaisseaux de ses parois 
prennent un volume énorme , et se terminent, sur la face interne du calice , par de petites 


A N A T 0 M 1 K E I' PH A S] 0 LOC I E. 


xv 


houppes villeuses, au milieu desquelles est déposé l’œuf. Il faut donc voir dans l’œuf un 
produit de sécrétion, et non, comme quelques anatomistes le croient, un bourgeon résultant 
de l’exfoliation de la cellule ovarienne. 

La vésicule translucide, premier rudiment de l’œuf, est constituée, dans le premier âge, par 
deux sphères concentriques; l’interne, qui formera le germe, est dite sphère germinative , et 
l’externe, qui renfermera le jaune ou vitellus, est dite sphère vitelline ; les rapports de ces deux 
sphères changent de très-bonne heure; la sphère germinative s’excentrise , et se trouve alors 
en contact avec la membrane vitelline. L’œuf est encore emprisonné dans l’ovaire quand ce 
déplacement s’est opéré; il laisse voir alors au microscope quelques granulations jaunâtres , 
placées sur un point seulement de sa périphérie; ce même œuf, écrasé entre deux lames de 
verre, représente une tache composée de grains vitellins, de particules huileuses et de vési- 
cules, soit simples, soit pourvues d’un noyau. Lorsque l’œuf a acquis le volume d’un grain 
de millet, un de ses hémisphères est transparent , et l’autre opaque et de couleur jaunâtre; au 
centre de ce dernier, on aperçoit un point clair qui semble toucher la membrane vitelline; ce 
point est la sphère germinative, autour fie laquelle les grains vitellins sont disposés en 
disque; cette sphère a l’aspect d’une bulle de savon, et l’on y aperçoit des vésicules simples. 

Bientôt le vitellus ou jaune remplit la cavité que circonscrit la membrane vitelline, et l’on 
distingue la vésicule germinative au centre du disque dont nous venons de parler : ce disque, 
formé de l’agglomération de gouttes huileuses et de grains vitellins , unis entre eux par une 
substance visqueuse, est de couleur blanchâtre ; on le nomme disque prolifère. Au-dessous de 
ce disque, et se continuant avec lui sous forme de membrane, on voit une couche granuleuse 
qui revêt peu à peu toute la face interne de la membrane vitelline. 

Quand tout le liquide de la sphère vitelline a été converti en vitellus, et que l’œuf a acquis 
un volume convenable, le calice se fend le long d’une zone demi-circulaire, nommée stigma , 
où se terminent les dernières ramifications des vaisseaux capillaires, et dont la déhiscence 
est facilitée par cette disposition. L’œuf, expulsé du calice, est saisi par le pavillon de l’ovi- 
ducte. 11 se compose alors de la vésicule germinative et du disque prolifère qui l’entoure , de 
la membrane vitelline et du vitellus ou jaune qu’elle contient. Ce jaune est formé presque 
entièrement de granules, les uns visibles à l’œil nu, les autres ayant un à deux millimètres de 
diamètre, et disposés de telle sorte que leurs dimensions vont en diminuant de la circon- 
férence au centre du vitellus : de là l’aspect grenu que présente extérieurement un jaune 
d’œuf après la cuisson , tandis que son milieu est presque fluide. Outre les granules, le jaune 
contient des vésicules huileuses : ces éléments sont destinés à fournir les matériaux du sang 
de l’Oiseau, ce qui établit leur analogie avec le lait des Mammifères, et justifie l’expression 
populaire de lait de poule , par laquelle on désigne l’émulsion préparée avec un jaune d’œuf 
délayé dans l’eau. 

Le disque prolifère offre une agglomération de grains vitellins et des vésicules huileuses 
aplaties, formant des plaques ou calottes qui se superposent jusqu’à leur point de contact 
avec la sphère germinative. Celle-ci contient un grand nombre de petites sphères transpa- 
rentes, représentant autant de petites bulles de savon, et simples, c’est-à-dire sans noyau 
central. 

Après la fécondation, qui a lieu vers le sommet de l’oviducte, et peut-être dans l’ovaire, 
l’œuf, composé, comme nous l’avons dit, de la membrane vitelline, du vitellus, de la vésicule 
germinative et du disque prolifère , s’engage dans le canal où il doit se compléter. Arrivé dans 
la première portion du tube ovarien, il y trouve une grande quantité d’albumine, sécrétée par 
la muqueuse, et s’en enveloppe. Cette première couche d’albumine se concrète en membrane, 
et à mesure que l’œuf, poussé par les contractions du tube musculeux qui le contient, avance 
en tournant sur son axe , cette membrane albumineuse se tord aux deux bouts , et forme deux 
prolongements nommés chalazes , qui s’enroulent en sens opposé, comme les extrémités d’un 
linge mouillé que l’on tord pour en exprimer l’eau. En continuant de cheminer dans l’oviducte, 


XVI 


IN T HO 1)1 CT 10 N. 


l’œuf y rencontre de nouveaux produits albumineux, s’en recouvre encore , et augmente de 
volume jusqu’à ce que, muni de tout le blanc , ou albumen proprement dit, il arrive à un 
point rétréci de l’oviducte, nommé isthme ; là s’arrête la fonction de la muqueuse, qui a pour 
objet de sécréter de l’albumine : la nouvelle sécrétion consiste en filaments déliés, (pii se 
tissent en membrane, et s’appliquent sur l’œuf à mesure qu’il traverse cette région de l’ovi- 
ducte. Ce tissu constituera deux membranes, entre lesquelles, et seulement du côté corres- 
pondant au gros bout de l’œuf, doit s’accumuler de l’air, après que l’œuf aura été pondu. 

L’œuf, parvenu vers l’extrémité de l’oviducte, y reçoit un dépôt calcaire qui se solidifie 
promptement, et de plus une couche épidermoïde, qui contient la substance colorante, 
homogène ou mouchetée, qu’on observe sur les œufs de certains Oiseaux. 


3 2 1 



Résumons en quelques mots la compo- 
sition de l’œuf au moment où il est pondu: 
la sphère germinative , occupant l’un des 
points de la périphérie de la sphère vitelline 
dont elle occupait primitivement le centre, est 
protégée par le disque prolifère , et par une 
enveloppe membraneuse, épaisse, nommée 
membrane chalaziennc ; par une couche albu- 
mineuse ( albumen condensé) , revêtue d’une 
• fine pellicule, que l’on nomme membrane de 
l’albumen ; par deux autres membranes fila- 
menteuses , dites membranes interne et ex- 
terne de la chambre à air ; par une substance 
calcaire solide , très-poreuse , nommée coque , 
et par une membrane épidermoïde. 

Pendant cette formation rapide des parties 
accessoires de l’œuf, la fécondation s’est 
opérée , et les parties essentielles ont été mo- 
difiées : la vésicule germinative, visible jus- 
que-là, disparaît : elle s’est rompue, et son 
contenu est reçu dans la concavité du disque 
prolifère. 

Ici commence la vie aérienne de l’Oiseau ; 


î-iGURE i™.'.— coupe tuéobique d’cü oeuf de poule. j| es j n p en réalité , et sa naissance date du 

1. Membrane épidermoïde de la coque. — 2. Coque. — 3 . Membrane •• . * 

externe de la chambre a air, tapissant la face interne de la coque. — lllOlîlGllt Cl6 Ici DOIllG ô SGS Or^clllGS, Il 6SI Vieil, 
4 , 4 . Membrane interne de la chambre a air, adossée a la précédente, . 0 

excepté dans la région du gros bout de l'OKuf. — 5. Chambre à air. — sont rODl’OSGlltOS Del 1111 dlSCjUG 111101*1116 5 HlâlS 
(î, G, G. Membrane enveloppant l’albumen liquide. — 7. Membrane chala- t i , 

zienne. —8, 8. Chala/.es - 9. Membrane vitelline, enveloppant le. jaune, :i troUVGl’ à Sa DOrtGG (tes IliateriaUX DlUS 

ou vitellus. — 10. Vésicule germinative, primitivement centrale. ii va mu 1 

que suffisants pour leur complet développe- 
ment; il n’a plus besoin que d’une température qui seconde 1 action assimilatiice , et dune 
certaine quantité d’oxygène qui favorise la sanguification. Cette double condition est i emplie 
par l’incubation maternelle, d’une part, et de l’autre par la chambre à air |5J , cavité qui 

s’est formée par suite de l’évaporation partielle de l’eau contenue dans l’albumen, et où I air 

ambiant a pénétré. La chambre à air, qui occupe toujours le gros bout de l’œuf, est limitée 
par les deux membranes, situées, l’une en dehors de l’albumen, 1 autre en dedans de la coque. 

Dès les premières heures de l’incubation , on peut constater un commencement de tiav ail 
dans l’évolution embryonnaire; vers la sixième heure, le disque prolifère se soulève au- 
dessus de la masse du jaune; trois heures après, il devient opaque, et son volume augmente 
rapidement ; il n’avait d’abord que trois millimètres de diamètre ; à la douzième heure , il en a 
déjà douze; sa configuration, primitivement circulaire, devient ovale, puis pjiifoune. 

Bientôt les globules vitellins et les vésicules huileuses accumulées dans le disque prolifère. 


ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. 


XVII 


et auxquelles la fécondation a imprimé un mouvement vital, s’arrangent de manière à former 
[ Fig. 2 ] deux régions bien distinctes , l’une périphérique , nommée aire opaque , l’autre 
médiane, formant une bande diamétrale, nommée aire transparente. Au commencement du 

deuxième jour, on voit les molécules accumulées sur 
les parties latérales de Faire opaque, obéir à une sorte 
d’impulsion, que M. Serres a nommée loi centripète, 
et se porter avec ensemble de la périphérie vers la 
ligne médiane de Faire transparente, où elles se grou- 
pent pour donner naissance à la colonne vertébrale ; à 
mesure que ce mouvement centripète se poursuit , il se 
forme deux séries parallèles de taches carrées ; ces 
taches carrées se superposent, et sont séparées l’une 
de l’autre par une lame pellucide. Elles doivent se 
réunir deux à deux par leur face interne pour consti- 
tuer le corps d’une vertèbre ; la ligne séparant les deux 
séries est occupée par un fluide transparent , .qui for- 
mera, en se condensant, la moelle épinière et le cerveau. 

L’axe cérébro-spinal s’infléchit bientôt, et la tête 
s’incline en avant : c’est alors que se creusent , des 
deux côtés du crâne, les orbites, oii s’accumuleront les 
liquides destinés à composer l’organe de la vue ; ensuite 
paraissent, à la partie postérieure, deux autres enfon- 
cements qui doivent recevoir les rudiments de l'organe 
de l’ouïe. Les os s’annoncent par l’apparition de canaux 
réunis en faisceaux, qui s’encroûtent de matière cal- 
caire. Les muscles n’apparaissent qu’après la formation 
du système osseux. D’abord se développent les muscles 
de la région dorsale; puis, dans les parties supérieures 
et inférieures , deux paires de moignons , qui s’allongent , se subdivisent en articulations et 



Figure 2. — Formation des vaisseaux 

ET DÉVELOPPEMENT DU POULET. 

Aire transparente et aire opaque, très-ampli liées, obser- 
vées après un jour et demi d’incubation. Le long du milieu 
de Faire transparente se voit la disposition du double 
cordon cérébro-spinal. La région céphalique est renflée , 
assez transparente pour laisser voir les cordons primitifs 
de la moelle épinière , déjà adossés en bas vers la région 
caudale, mais encore écartés en haut, quoique continus, 
et constituant une figure presque elliptique, qui ressemble 
a une tète de clef; vers le centre on voit le double cordon, 
flanqué h droite et ii gauche des corps vertébraux à l’état 
rudimentaire, et sur les côtés, d’innombrables granula- 
tions vitellines qui se groupent et se serrent les unes 
contre les autres pour entrer, en se métamorphosant, dans 
la composition des organes. 

Les globules de sang mis en mouvement par le vaisseau 
renflé qui est le rudiment du cœur, tracent Faire vascu- 
laire, en écartant les vésicules graisseuses; plus tard seu- 
lement, ce trajet sera limité par de véritables parois vas- 
culaires. 


deviennent les membres. 

Au commencement du troisième jour, le système vasculaire ne s’est pas encore manifesté. 
Toute la surface de Faire translucide paraît granuleuse ; ces granulations représentent d’in- 
nombrables globules transparents, qui abondent aussi dans Faire opaque, et là où sont les 
vésicules huileuses : ces globules et ces vésicules huileuses , sont renfermés dans un double 
feuillet ; c’est entre ces feuillets que se forme le sang. Il offre d’abord des bulles sphériques à 
peine colorées, et légèrement opaques au centre; puis, des globules elliptiques d’une couleur 
rouge clair, due ÿ un noyau central. Avec la multiplication des globules sanguins coïncide la 
diminution des vésicules huileuses et des grains globuleux ; ce qui a fait penser que ces der- 
niers entrent dans la composition des premiers. C’est vers la cinquantième heure de l’incu- 
bation que les globules du sang sont visibles ; si l’on observe le disque prolifère , on remarque 
que tous les globules se meuvent irrégulièrement , et cherchent à se frayer un passage à 
travers les vésicules huileuses : il est évident que les vaisseaux n’existent pas encore. Le sang 
se creuse donc d’abord un réseau dans les tissus, et ce n’est que plus tard, quand le trajet 
des globules sanguins est régulièrement établi , que les parois vasculaires se constituent pour 
contenir le sang. 

L’aire vasculaire [ Fig. 3 ] résultant de la formation des vaisseaux , qui doit suffire aux 
besoins de la circulation primitive , est un réseau circulaire, au centre duquel est un vaisseau 
recourbé, renflé et palpitant [ a. ] ; ce vaisseau est le cœur. Tout le réseau est limité par une 
veine, nommée veine primigé niai e | v. p.j , laquelle à son pourtour extérieur ne fournit aucune 
branche, mais dont le pourtour intérieur est constamment interrompu par des communica- 


r 


X V 1 1 1 


INTRODUCTION. 


lions, aboutissant toutes dans une trame de vaisseaux capillaires, qui donnent à l’aire vas- 
culaire l’apparence d’une dentelle à mailles très-petites, dans laquelle naissent les veinules et 
se terminent les artérioles. Les deux bouts de la veine primigéniale se rejoignent du côté qui 


v.? V.P. 



V?P. 


Figure 3. — Circula i ion primitive du Poulet, au troisième jour 

DE L’INCUBATION. 

Aire vasculaire très-amplitiée : le cœur, l’aorte et les artères latérales sont 
indiqués par la couleur grise; la veine primigéniale, la veine caudale et 
les veines latérales sont indiquées par la couleur noire. 

facilement, c’est-à-dire au-dessous de la 
chambre à air. C’est une simple circulation 
pulmonaire, analogue à celle des Poissons; sa 
durée est de deux jours environ. Cette brièveté 
d’existence vient de ce que les ramifications 
artérielles et veineuses, qui courent parallèle- 
ment les unes aux autres , s’ouvrent des com- 
munications entre elles , et que les veines pri- 
migéniale et caudale , recevant moins de sang , 
s’atrophient et se flétrissent. Alors commence 
une nouvelle circulation : Faire vasculaire , 
privée de ses principaux troncs veineux , de- 
vient presque impropre à la respiration ; mais 
ses fonctions nutritives se perfectionnent , elle 
s’étend de plus en plus sur le vitellus, où ses 
vaisseaux , à la manière des chylifères , puisent 
des matériaux abondants , destinés à l’accrois- 
sement de l’embryon. 

Mais comment le sang recevra-t-il de l’oxy- 
gne? Ici se révèle la loi de substitution orga- 
nique, établie par M. Flourens : à mesure que 
Faire vasculaire perd ses veines primigéniale , 
caudale et leurs affluents , on voit surgir sur 
un autre point un organe respiratoire nouveau. 


correspond à la tête de l’embryon , puis s’a- 
dossent , et finissent par confluer en un seul 
canal ; le tronc , qui résulte de leur jonction , 
reçoit à droite et à gauche des radicules venant 
du réseau capillaire, et aboutit au cœur; du 
côté diamétralement opposé , arrive au cœur 
un autre tronc veineux , nommé veine cau- 
dale [ v. c. ] ; trois autres veines , prenant 
naissance dans le réseau vasculaire , viennent 
également aboutir au cœur; celui-ci, qui a 
reçu le sang venu de la circonférence au 
centre , pousse à son tour le sang , par des 
artères , du centre à la circonférence. 

Le réseau vasculaire , théâtre de cette cir- 
culation primitive , peut être regardé comme 
un poumon que l’embryon déploie au-dessus 
de lui , et qui se trouve placé dans la partie 
de l’œuf où l’oxygène peut pénétrer le plus 


3 2 I 



Figure 4. — Deuxième coupe théorique d’un oeuf de Poule. 

Voyez, pour l’explication des n os 1 à 10, la figure Ire. — On ne voit 
qu’une des chalazes, l’autre se trouvant du côté opposé. — 9'. Couclie 
granuleuse interne de la membrane vitelline. — 10. Embryon commen- 
çant a se développer, et déprimant le vitellus pour s’engager sous un repli 
de la membrane vitelline, tendant h former les capuchons céphalique et 
caudal. — U. Veine primigéniale, déjà atrophiée, limitant l’aire vascu- 
laire qui s’étend de plus en plus à la place de la couche granuleuse du 
vitellus. — 13. Ilepli des capuchons céphalique et caudal sur le point de 
se joindre, et constituant l’ombilic de l’amnios. — 15, 15. Cavité de l’am- 
nios. — 14. Origine de l’allantoïde, correspondant au cloaque. 


ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. 


xix 


destiné, en outre, par son origine , à favoriser le développement, retardé jusqu’alors , des 
parties inférieures de l’embryon. 

Vers la fin du troisième jour, apparaît, sur la région abdominale, une vésicule que recouvre 
la membrane vitelline [Fig. 4, n° i 4 j ; quelques heures après, elle fait saillie; son pédicule, 
implanté sur l’intestin rectum, se dessine, et sa surface se recouvre de vaisseaux; bientôt 
elle refoule la membrane vitelline, tout en recourbant son double feuillet sur l’embryon 
[Fig. 5, n° 14]. Cette poche membraneuse se nomme allantoïde. 


3 2 1 



Figure 5. — Troisième coupe théorique d’un oeuf de Poule. 

10. Embryon plus développé (voyez dans les figures précédentes les nu- 
méros correspondants) , la veine priinigéniale n’existe plus, les artères et 
les veines vitellines sont arrivées à leur maximum de développement, et 
constituent le cercle vilcllin, 16. — 12, 12. Replis de la membrane vitelline 
qui forment les capuchons céphalique et caudal — 15, 15. Cavité de l’ain- 
nios qui s’agrandit de plus en plus par l’accumulation successive d’un 
liquide séreux transparent. — l 'i. Allantoïde commençant a se développer 
— 16. Cercle vitellin. 



Figure 6. — Quatrième coupe théorique d’un oeuf de poule. 

10. Embryon de onze jours, relevé sur le côté pour montrer le cordon 
ombilical, composé des vaisseaux vitellins et du pédicule de l’allantoïde. 

— 13. Point de jonction des parois de l’amnios a double feuillet vitellin. 

— l ï. Allantoïde très-dévcloppée , avant repoussé devant elle la membrane 
vitelline, celle des chalazes et celle de l’albumen externe, pour gagner la 
face interne de la coque et se mettre en contact immédiat avec les poro- 
sités de celle-ci — 15. Cavité de l’amnios, très-agrandic par l'accumula- 
tion du liquide amniotique. 


Du cinquième au sixième joui', l’allantoïde recouvre le petit embryon , et tend à embrasser 
et à circonscrire toutes les parties renfermées dans la membrane interne de la chambre à air. 
Vers le dixième jour, elle a déjà contourné et embrassé la totalité du vitellus, l’embryon et 
tout l’albumen. Du douzième au treizième jour | Fig. G, n° 14], la jonction de l’allantoïde 
s’opère au petit bout de l’œuf. Son feuillet externe, qui s’adosse à la membrane interne de l;i 
chambre à air jusqu’à l’éclosion du Poulet, se revêt d’un magnifique réseau vasculaire; ce 
réseau reçoit le sang veineux venant de l’embryon, et le met en contact avec l’air pour le 
changer en sang artériel. 

Pendant que ce poumon provisoire fonctionne , les organes définitifs de l’Animal se déve- 
loppent. Le système vasculaire se ramifie de plus en plus , les poumons s’accroissent , le sang 
y afflue, et se détourne peu à peu de l’allantoïde; alors a lieu une nouvelle substitution d’or- 
ganes. Dès le treizième jour, les fonctions de l’allantoïde commencent à déchoir ; ses vaisseaux 
tarissent, ses deux parois se dessèchent, se rapprochent et se confondent; le pédicule se 
rompt , et l’allantoïde va se coller aux autres membranes , naguère refoulées par elle , el 


i INTRODUCTION. 


xx 

forme avec ces membranes une pellicule flétrie. Mais sa destruction est indifférente pour 
l’Oiseau, qui déjà respire, avec ses poumons, l’air amassé dans sa coquille. 

Dès les commencements de l’évolution embryonnaire, l’embryon s’est enveloppé d’un sac 
très-délicat, destiné à le protéger et à favo- 
riser ses mouvements [ Fig. 4, 5, 6, n° 15 J ; 
ce sac , de nature séreuse , est Vamnios ; il 
est formé aux dépens de la membrane vitel- 
line, qui , étant refoulée par le développement 
des extrémités céphalique et caudale de l’em- 
bryon , remonte sur la région dorsale de 
celui-ci, et rejoint ses replis vers le milieu 
de cette région. 

Vers le dix-neuvième jour, avant- veille 
de l’éclosion [Fig. 7 j , le vitellus , qui a 
fourni tous les matériaux nécessaires à la 
nutrition de l’Animal, n’est pas complètement 
épuisé; il en reste encore une certaine quan- 
tité, enveloppée dans la membrane vitelline, 
et faisant hernie sur l’ombilic de l’Oiseau; 
alors cette masse superflue est soutirée dans 
l’abdomen par l’ouverture de l’ombilic, qui 
se referme ensuite par-dessus ; le jaune se 
trouve ainsi contenu dans le tube digestif: ce 

, , , . . . cavité de l'abdomen en passant par l’ouverture ombilicale : celle ouverture 

tUD6 S 0Sl constitué , ClctïlS le principe, clUX se ferme et laisse une cicatrice qui est presque oblitérée le vingt-et-utfième 

. jour, au moment «le l’éclosion. 

dépens de la membrane vitelline , qui s’est 

renflée pour former l’estomac , allongée et contournée pour former l’intestin; ainsi le vitellus 
servira encore à la nutrition de l’Oiseau après son éclosion. 

Enfin, au vingt et unième jour, l’Oiseau, dégagé de toutes ses membranes protectrices, qui 
se sont desséchées; déjà habitué à la respiration pulmonaire, et muni des provisions de pre- 
mière nécessité, est prêt à sortir de sa coquille; il n’a plus qu’à la briser; mais il ne pourrait 
rompre les murailles qui l’enferment si la nature n’avait armé l’extrémité de son bec d’une 
pointe cornée; il s’en sert comme d’un marteau, et s’en débarrasse peu après sa naissance. 

Nids des Oiseaux.- — L es notions que nous venons d’offrir à nos lecteurs sur l’embryo- 
génie des Oiseaux, doivent être complétées par quelques détails concernant leurs nids. Celui 
des grands Oiseaux est en général de structure grossière; quelquefois même c’est une simple 
cavité, creusée dans le sable; mais chez les Espèces de petite taille, la fabrication des nids 
est une série de merveilles; là, surtout, brille la prévoyance de la mère, qui, avant de pondre 
son œuf, a voulu qu’il fût déposé mollement sur un coussin destiné à devenir plus tard un 
berceau moelleux, chaud et solide pour l’être débile et nu, sorti de sa prison. Le mâle et la 
femelle travaillent en commun à la construction du nid. L’art prodigieux qu’ils déploient dans 
cette architecture ne provient point d’un enseignement ou d’une tradition : car de jeunes 
Oiseaux, qui pondent pour la première fois, et qui n’ont jamais vu leurs parents, exécutent 
les mêmes travaux que leurs ancêtres , et bâtissent des nids absolument semblables. Aussi 
faut-il regarder ces admirables manœuvres comme le résultat, non d’une prévision , mais 
d’une sorte de pressentiment intérieur dont l’Animal ne se rend aucun compte, et qui le porte 
à exécuter des actes utiles à la conservation de son Espèce. 

Les parois de ces nids ont pour charpente des pailles et des tiges flexibles, cimentées avec 
de l’argile. Mais cette argile, comment l’Oiseau l’a-t-il délayée? — Il l’a délayée avec de la 
salive : les glandes placées sous la langue sont devenues le siège d’une sécrétion extraordi- 
naire; elles ont fourni une quantité énorme de salive visqueuse, qui fait de l’argile un mastic 



A N A T 0 M 1 E ET PHYSIOLOGIE. 


XXI 


parfait. La maison achevée , il s’agit de garnir l’intérieur d’une tapisserie molle; c’est la laine 
et le crin des Mammifères; ce sont les poils et les aigrettes des plantes cotonneuses qui en 
font les frais. Que de voyages, que de fatigues, pour accumuler ces légers matériaux! C’est 
souvent même aux dépens de leur propre substance que les parents fournissent un matelas à 
leurs petits, et pour cela ils arrachent le duvet fin qui garnit leur poitrine. C’est ainsi que 
l’ Euler abrite ses petits, comme nous le dirons bientôt; et le précieux édredon n’est autre 
chose que la couchette destinée par l’Eider à sa famille, couchette que l’Homme confisque à 
son profit. 

Le nid à peine terminé, la ponte a lieu. Les œufs sont en général d’autant plus nombreux 
que l’Espèce est plus petite: l’Aigle en pond deux seulement, et le Roitelet une vingtaine. 
C’est alors qu’arrive la période laborieuse de Y incubation. La femelle couve ses œufs avec une 
constance que rien ne lasse, et qui altère quelquefois sa santé. Dans quelques Espèces, le 
mâle partage ce soin avec elle; dans beaucoup d’autres, il va lui chercher de la nourriture, 
pendant qu’elle reste accroupie sur ses œufs ; souvent il chante pour charmer les ennuis de sa 
compagne. 

Quand les jeunes sont éclos , l’activité de la nourrice succède au repos fatigant de la cou- 
veuse; le père et la mère vont chercher de la pâture pour leur famille. Ils dégorgent dans le 
bec de ces petits êtres affamés un aliment qui a séjourné dans leur jabot, et s’y est animalisé; 
ils s’occupent ensuite de leur éducation avec une vigilance inquiète, qu’on ne peut observer 
sans attendrissement. La mère dirige les premiers pas de ses enfants , les appelle quand elle a 
trouvé du butin, leur enseigne et les encourage à voler. Si un ennemi s’approche, elle les 
défend avec une audace intrépide , quelles que soient sa faiblesse et sa timidité naturelle. 

Voyages des Oiseaux.— En traitant des nombreuses Familles de la Classe des Oiseaux , 
nous exposerons les mœurs propres à chacune d’elles en particulier ; mais, de tous les instincts 
qui les agitent, le plus curieux, peut-être, est celui par lequel beaucoup d’Espèces sont solli- 
citées à voyager, dans certaines saisons de l’année. Les migrations des Oiseaux sont la partie 
la plus incompréhensible de leur histoire. Les uns, qui vivent d’insectes, quittent la France 
en automne, pour en aller chercher sous des latitudes plus méridionales, puis ils reviennent 
en avril. A d’autres il faut un printemps perpétuel; ils arrivent chez nous à la fin de l’hiver; 
mais , après le mois de mai , ils remontent vers le Nord , où ils restent pendant notre été ; ils 
repassent en France à l’automne, et la quittent avant les premiers froids pour redescendre 
vers le Midi ; ils exécutent donc quatre migrations par an. D’autres veulent constamment un 
été semblable à celui de la France : ils abandonnent la zone torride vers la fin du printemps , 
passent chez nous les trois mois les plus chauds, et nous quittent à l’automne. Enfin, il en 
est qui ont besoin d’un froid modéré : ils fuient à l’automne les régions glaciales , viennent 
passer l’hiver dans nos contrées, et, le printemps venu, ils retournent vers le Nord pour y 
faire leur ponte. 

Ce n’est pas toujours pour trouver des moyens de subsistance plus faciles que les Oiseaux 
émigrent : c’est souvent pour fuir le froid ou le chaud, souvent aussi pour pondre leurs œufs, 
et passer sous un climat plus doux le temps critique de la mue. Mais ce qu’il y a de plus sur- 
prenant dans ces migrations , c’est qu’elles ont lieu avant que la rareté des aliments ou la 
rigueur de la saison les ait rendues nécessaires; ce n’est pas non plus une tradition laissée 
aux petits par leurs parents, car de jeunes Oiseaux , enlevés du nid paternel avant leur nais- 
sance , et éclos dans des cages sans avoir vu leurs parents, éprouvent, à une certaine époque, 
le besoin de voyager; ainsi l’on voit le jeune Rossignol émigrer sans sortir de sa cage, qu’il 
parcourt mille fois d’un bout à l’autre avec une sorte d’agitation fébrile ; c’est ce qui faisait 
dire à Cuvier que les Animaux ont dans le cerveau des images innées et constantes , qui les 
déterminent à agir, comme le font communément les sensations ordinaires et accidentelles ; 
«c’est, dit-il, une sorte de rêve ou de vision, qui les poursuit toujours, et, dans tout ce qui a 
l'apport à leur instinct , on peut les regarder comme des espèces de somnambules. » Cette 


XXII INTRODUCTION. 

réflexion de Cuvier fait comprendre la justesse du mot instinct , qui signifie littéralement : 
aiguillon intérieur. 

CLASSIFICATION DES OISEAUX. — Les premiers qui tentèrent de classer les 
Oiseaux, n’eurent pas de peine à établir entre eux des distinctions faciles à saisir, parce qu’alors 
le nombre des Espèces connues était peu considérable; mais, à mesure que ce nombre 
s’augmenta , les types intermédiaires vinrent rapprocher les types extrêmes , et les différences 
devinrent moins saillantes. Aristote et Pline distinguaient les Oiseaux d’après la séparation ou 
la réunion des doigts , d’après leur alimentation , consistant en chair vivante , ou en vers , ou 
en cadavres, ou en substances végétales; ils divisaient aussi les Oiseaux, suivant leur séjour, 
en Espèces terrestres , fluviatiles , lacustres , maritimes. Pline sépara les Oiseaux à doigts 
libres , en Oiseaux de grande taille , et en Oiseaux chanteurs ; il fit même une Classe à part 
de ceux qui , comme le Perroquet , possèdent la faculté d’articuler des mots. 

Depuis cette 'double époque jusqu’à la Renaissance , l’Ornithologie demeura plongée dans 
les ténèbres, comme toutes les autres parties de l’Histoire naturelle. En 1555 , Pierre Reion, 
dans ses naïfs portraicts des Oiseaux , groupa les Espèces d’après des caractères géné- 
raux , qui ont servi plus tard à former les Ordres : ainsi , le second livre de son Histoire est 
consacré aux Oiseaux carnassiers; un autre comprend les Oiseaux de rivage nageurs; un 
quatrième , les Oiseaux de rivage non nageurs ; un cinquième , les Oiseaux des champs qui 
font leur nid à terre ; et les deux derniers traitent des Oiseaux difficiles à caractériser. Or, 
cette division correspond plus ou moins exactement aux Rapaces, aux Palmipèdes , aux 
Echassiers , aux Gallinacés et aux Passereaux. 

Les naturalistes qui vinrent après Reion , ne firent guère , pendant plus d’un siècle, que le 
répéter et se répéter les uns les autres. L’Anglais Willugby fut le premier qui, en 1676, 
établit une Classification, non plus seulement sur le régime et sur le séjour des Oiseaux, 
mais sur leur conformation extérieure. Le travail de Willugby fit époque dans la science , en 
ce qu’il a pour base fondamentale la structure des organes; mais ce principe, appliqué 
souvent d’une manière défectueuse , ne devint fécond que soixante ans plus tard , entre les 
mains du grand Linné , que l’on doit regarder comme le véritable créateur de la Méthode en 
Ornithologie. Voici les caractères de ses Ordres, traduits littéralement du Système de la Nature , 
ouvrage écrit en latin, dont le style est d’une concision qui facilite singulièrement la diagnose, 
c’est-à-dire 1 étude des caractères différentiels : 

I. — Les ACCIPITRES (Accipitres) . — Bec un peu recourbé; la mandibule supérieure 
dilatée de chaque côté près du sommet, ou armée d’une dent; narines ouvertes. — Pieds sai- 
sissants , courts , robustes , à doigts verruqueux sous les articulations , à ongles arqués , très- 
aigus. — Corps à tête, cou et membres musculeux; peau tenace, chair immonde. — Régime 
carnassier, consistant en proie vivante ou en cadavres. — Nid sur les rochers élevés; œufs, 
quatre au plus ; la femelle plus grosse que le mâle ; mœurs monogames. — Oiseaux analogues 
aux Mammifères carnassiers. Exemples : les Vautours , les Faucons , les Hiboux , les Pies- 
grièches , etc. 

IL — Les PIES ( Picæ ). — Bec en couteau, à dos convexe. — Pieds marcheurs, courts, 
assez forts. — Peau assez tenace, chair immonde. — Régime consistant en aliments de toute 
sorte. — Nid sur les arbres ; le mâle nourrissant la femelle pendant l’incubation ; mœurs 
monogames. — Oiseaux analogues aux Mammifères primates. Exemples : les Corbeaux , les 
Huppes , les Pies , les Perroquets , les Coucous , les Barbus , les Toucans , etc. 

III. — Les OIES (Anseres). — Bec lisse, couvert d’un épiderme , épaissi à son extrémité. 
— Pieds nageurs, à doigts palmés, c’est-à-dire réunis par une membrane; jambes compri- 
mées, courtes. — Corps gras, peau tenace, chair rancissante. — Régime aquatique, consis- 
tant en végétaux , poissons , etc. — Nid généralement terrestre ; la mère présentant rarement 
la nourriture à ses petits; mœurs fréquemment polygames. — Oiseaux analogues aux Mammi- 
fères de l’Ordre des Belluæ. Exemples : les Canards , les Manchots , les Pélicans, etc. 


CLASSIFICATION DES OISEAUX. 


XXI 1 1 


IV. — Les ÉCHASSIERS ( Grallœ ). — Bec presque cylindrique. — Pie ns allongés, 
propres à marcher dans l’eau , à jambes demi-nues. — Cor ps comprimé , peau très-mince, 
queue courte, chair sapide. — Régime aquatique, consistant en petits Animaux. — Nid ordi- 
nairement terrestre ; mœurs conjugales variées. — Oiseaux analogues aux Mammifères de 
l’Ordre des Brutes. Exemples : les Pluviers, les Huîtriers , les Hérons, les Spatules, les 
Bécasses , les Raies , les Flammants , etc. 

V. — Les POULES ( Gallinœ ). — Bec convexe, à mandibule supérieure voûtée sur l’in- 
férieure ; narines recouvertes par une membrane cartilagineuse. — Pieds coureurs, à doigts 
rudes en dessous. — Corps gras, musculeux; chair comestible. — Régime terrestre, consis- 
tant en graines diverses qui sont macérées dans un jabot; Oiseaux pulvérateurs. — Nid 
construit à terre et sans art; œufs nombreux ; mère indiquant aux petits leur nourriture ; mœurs 
polygames. — Oiseaux analogues aux Mammifères ruminants. Exemples : les Paons, les 
Dindons , les Pintades, les Faisans , les Tétras , les Outardes, les Autruches, etc. 

VI. — Les PASSEREAUX ( Passeres ). — Bec conique acuminé. — Pieds propres à 
sauter, grêles, à doigts séparés. — Corps tendre; chair comestible chez les granivores, 
immonde chez les insectivores. — Régime consistant en graines ou en insectes. — Nid 
construit avec art; la mère appâtant ses petits; mœurs monogames; chant mélodieux. — 
Oiseaux analogues aux Mammifères rongeurs. Exemples : les Gobe-Mouches , les Merles , les 
Loriots, les Becs-fins, les Hirondelles , les Alouettes, les Mésanges, les Bruants, les Moi- 
neaux , etc. 

Après Linné, les ornithologistes sont nombreux; nous citerons les principaux : Moehring , 
en 1752; Brisson , en 1760; Latham , en 1781 ; Lacépède, en 1799; Meyer et Wolf, en 1810; 
ïlliger, en 1811 ; Temminck , en 1815 ; Vieillot, Blain ville , Merrem , en 1816, ont publié des 
Classifications , dont les unes s’écartent notablement de celle de Linné, et les autres la repro- 
duisent plus ou moins modifiée; mais aucune ne l’a surpassée, et Cuvier, dans son Règne 
animal , publié en 1817, a consolidé pour longtemps l’édifice construit par le naturaliste 
suédois : plusieurs appartements , il est vrai, ont été divisés et subdivisés ; mais l’ordonnance 
générale est restée intacte , et il est facile de voir que la Classification de Cuvier n’est que 
l’œuvre de Linné, perfectionnée par ses successeurs, et surtout, par Cuvier lui-même. Nous 
croyons devoir l’exposer ici sommairement, parce qu’elle résume les progrès de l’Ornithologie, 
accomplis depuis la Renaissance, jusqu’au commencement du dix-neuvième siècle , et qu’elle 
relie en même temps les anciennes Méthodes à celles des contemporains. 

TABLEAU SYSTÉMATIQUE DES ORDRES 

ÉTABLIS PAR CUVIER DANS LA CLASSE DES OlSEAUX. 

Jambes emplumées jusqu’en bas. 

Serres crochues , acérées , rétractiles 1. Oiseaux de proie. 

Doigts non conformés pour déchirer. 

Deux doigts en avant, et deux {: rarement un seul ) en arrière. 3. GRIMPEURS. 

Un seul doigt postérieur, quelquefois nul. 

Doigts réunis complètement par des membranes 6. Palmipèdes. 

Doigts libres, ou partiellement libres. 

Doigt externe plus ou moins incomplètement réuni avec 

le médian; ongles recourbés. . . 2. PASSEREAUX. 

Doigts antérieurs réunis à leur base par une membrane , 

ou libres et seulement bordés ; ongles peu arqués . ... A. GALLINACÉS. 

Jambes nues vers le bas ; tarses très-élevés . 5. ÉCHASSIERS. 


XXIV 


INT nom CT 10 N. 


TABLE MÉTHODIQUE 

DES ORDRES, FAMILLES, GENRES ET SOUS-GENRES 

établis pais Cuvier dans la Classe des Oiseaux. 

Ordre des OISEAUX DE PROIE ou RAPACES 
{ACCIPITRES , de Linné). 

Animaux carnassiers , à bec et serres crochus, acérés; narines 
percées dans une membrane recouvrant toute ta base du bec , 
et nommée cire. 

Famille des RAPACES DIURNES. 

Yeux dirigés sur les côtés; tête et cou proportionnés. 

(ieniM* VAUTOUR {VU LT U B, de Linné). 

Y eux à fleur de tête ; bec allongé , recourbé seulement au bout; tête nue; 
cou nu ou duveté. 

Sous- Genres : Les VAUTOURS, les CATHARTES, les PERCNOPTÈRES. 
Genre GRIFFON [GYPAETOS , de Storr). 

Yeux à fleur de tête ; bec droit à sa base , crochu et exhaussé au bout; tête 
et cou emplumés. 

Genre FAUCON {FALCO, de Linné). 

Sourcil saillant , faisant paraître l’œil enfoncé ; bec crochu, et courbé près 
de son origine ; tête et cou emplumés. 

Sous -Genres : Les FAUCONS-NOBLES, les AIGLES, les AIGLES-PÊ- 
CHEURS, les BALBUSARDS, les CIRCAÈTES, les HARPIES, les 
AIGLES- AUTOURS, les AUTOURS, les ÉPERVIERS, les MILANS, 
les RONDRÊES, les BUSES, les BUSARDS, les MESSAGERS. 

Famille des RAPACES NOCTURNES. 

Yeux grands, dirigés en avant; tête très-grosse ; cou très-court. 

Genre «inique : HIBOU {STRIX, de Linné). 

Sous-Genres : Les HIBOUS, les CHOUETTES, les EFFRAYES, les CHATS- 
HUANTS, les DUCS, les CHOUETTES A AIGRETTES, les CHEVÊCHES, 
les SCOPS. 

Ordre des PASSEREAUX (PASSE RES, de Linné). 

Ordre à caractères négatifs; Oiseaux ni échassiers , ni nageurs , 
ni grimpeurs , ni rapaces , ni gallinacés. 


CLASSIFICATION DES OISEAUX. 


\\\ 


Famille des PASSEREAUX DENTIROSTRES. 

Bec échancrê de chaque côté, près de la pointe. Oiseaux insectivores 
et baccivores. 

Genre PIE-GRIÈCHE (. LANIUS , de Linné). 

Dec conique ou comprimé , plus ou moins crochu au bout. 

Sous-Genres : Les PIES-GRIÈCHES, les Y ANG AS, les LANGRAYENS, les 
CASSICANS, les CALYRÉS, les RÉCARDES, les CHOUCARIS, les 
BÉTHYLES, les FALCONELLES , les PARDALOTES. 

Genre GOBE -MOUCHE (MUSCICÂPA , de Linné). 

Bec plus ou moins crochu à sa pointe , mais déprimé horizontalement , et 
poilu à sa base. 

Sous-Genres : Les TYRANS, les MOUCHEROLLES, les GOBE - MOUCHES , 
les GYMNOCÉPHALES, les CÉPH ALOPTERES. 

Genre COTINGA {AM P ELIS, de Linné). 

Bec déprimé et arqué , mais plus court , à proportion , que celui des Gobe- 
Mouches. 

Sous - Genres : Les COTINGAS, les TERSINES, les ÉCHENILLEURS , les 
PROCNIÂS , les GYMNODÈRES. 

Genre DRONGO ( EÜOLIUS , de Cuvier). 

Bec aussi déprimé et échancré au bout, à arête supérieure vive ; mandi- 
bules légèrement arquées. 

Genre T ANGARA ( T AN AG B A , de Linné). 

Bec conique, triangulaire à sa base , un peu arqué à son arête , et échancré 
vers le bout. 

Genre MERLE ( TURDUS , de Linné). 

Bec comprimé et arqué , non crochu, à peine dentelé. 

Sous-Genres : Les MERLES, les GRIVES, les STOURNES, les TUR - 
DO IDES, les ÉNICURES, les GRALLINES, les CRINONS. 

Genre FOUR M I L L I E R ( M Y O THE II A , d ’ I l l i g e r ) . 

Oiseaux séparés des Merles par leurs jambes hautes et leur queue courte. 

Genre CINCLE (C INCLUS , de Bechstein). 

Bec comprimé , droit, à mandibules presque linéaires, la supérieure à 
peine arquée. 

Genre PHILÉDON ( PIIILEDON , de Cuvier). 

Bec comprimé , légèrement arqué dans toute la longueur, échancré à la 
pointe ; narines grandes, couvertes par une écaille cartilagineuse ; 
langue terminée par un pinceau de poils. 

Genre MAINATE {EULABES, de Cuvier). 

Bec semblable à celui des Merles; narines rondes et unies; lambeaux de 
peau nue , flottant de chaque côté de l'occiput. 

d 


XXVI INT HO DU CT 10 N. 

Chiit “MARTIN (GRACULA , de Cuvier). 

Genre voisin des Merles, à bec comprimé, peu arqué, légèrement échancré ; 
à arête convexe , entamant les plumes du front. 

Cenre CHOCARD {P YBRHOCORAX , de Cuvier). 

Rec comprimé, arqué et échancré des Merles; normes couvertes de plumes, 
comme celles des Corbeaux. 

(ienre LORIOT (OR 10 LUS, de Linné); 

Bec semblable à celui des Merles, mais plus fort ; pieds plus courts, ailes 
plus longues à proportion. 

Cerne COLLIN (GYMNOPS, de Cuvier). 

Bec des Loriots; narines rondes , sans écailles et sans entourage membra- 
neux ; tête en partie dénuée de plumes. 

Genre LYRE ( MOENURA , de Shaw). 

Bec triangulaire à sa base, allongé , un peu comprimé et échancré vers sa 
pointe ; narines membraneuses , grandes et en partie recouvertes de 
plumes; queue du mâle à. seize pennes , dont les deux extérieures figu- 
rant une lyre. 

fîenrf BEC-FIN ( MOTACILLA , de Linné). 

Bec droit, menu, semblable il un poinçon , déprimé ou comprimé il sa base. 

Mous- Genres : Les TRAQUETS, les RUBIETTES, les FAUVETTES, les 
ACCENTEURS, les ROITELETS, les TROGLODYTES, les HOCHE- 
QUEUES, les BERGERONNETTES, les FARLOUSES. 

Cienre MANAKIN (PIPRA, de Linné). 

Membrane interdigitale réunissant les deux doigts extérieurs dans le tiers 
de leur longueur ; bec comprimé , plus haut que large , échancré ; fosses 
nasales grandes. 

Mous-Genres : Les COQS DE ROCHE, les CALYPTOMÈNES, les MANAKINS. 

Genre EL R YL AIMES (EUR VLA IM US, de IIorsfield). 

Doigts semblables à ceux des Manakins , mais bec fort, énormément 
déprimé et large , à base dépassant le front en largeur , à pointe un peu 
crochue. 

Famille des PASSEREAUX FI SSI ROSTRES. 

Bec court, large, aplati horizontalement , légèrement crochu, sans 
échancrure et fendu très-profondément . Oiseaux insectivores. 

Genre HIRONDELLE (HIRUNDO, de Linné). 

Oiseaux diurnes , à plumage serré , à ailes très-longues , à vol rapide. 


Mous-Genres ; Les MARTINETS, les HIRONDELLES. 


CLASSIFICATION DES OISEAUX. 


WVII 


(i>e in*e ENGOULEVENT (CAPRIMULGUS , de Linné). 

Oiseaux nocturnes. Yeux grands; bec encore plus fendu qu’aux Hiron- 
delles, garni de fortes moustaches ; plumage léger , mou , comme celui 
des Rapaces nocturnes. 

Mous- tien res : Les ENGOULEVENTS, les PODARGES. 

Famille des PASSEREAUX C0N1R0STRES. 

Bec fort , plus ou moins conique et sans échancrure. 

Genre ALOUETTE ( ALAUDA , de Linné). 

Ongle du pouce droit, fort, et bien plus long que les autres. Oiseaux 
granivores , pulvérateùrs , nichant à terre. 

Genre MÉSANGE (PARUS, de Linné). 

Bec menu, court, conique , droit , garni de petits poils à sa base; narines 
cachées dans les plumes. Oiseaux granivores cl insectivores. 

ÎSo us -Heures : Les MÉSANGES, les MOUSTACHES, les RÉMIZ. 

Genre BRUANT (EM RERIZ A, de Linné). 

Bec conique , court, droit , à mandibule supérieure plus étroite , rentrant 
dans l'inférieure et ayant au palais un tubercule saillant et dur. 
Oiseaux granivores. 

Genre MOINEAU ( FRINGILLA , de Linné). 

Bec conique, plus ou moins gros à sa base, il commissure non anguleuse. 
Oiseaux généralement granivores. 

Sous -Heures : Les TISSERINS, les MOINEAUX, les PINSONS, les LI- 
NOTTES et CHARDONNERETS, les SERINS ou TARINS, les VEUVES, 
les GROS-BECS, les PITYLUS, les ROUVREUILS. 

Genre BEC-CROISÉ (LOXIA, de Buisson). 

Bec comprimé, à mandibules très-courbes et se croisant par leurs pointes. 
Oiseaux vivant de graines et de bourgeons. 

Genre D U R - B E C (COR Y T H US , d e Cuvier). 

Bec bombé de toutes parts , à pointe courbée par-dessus la mandibule infé- 
rieure. Oiseaux , granivores. • 

Genre COLIOU (COLIUS, de Gmeein). 

Bec court, épais, conique, un peu comprimé , à mandibules arquées sans 
se dépasser. Oiseaux frugivores. 

Genre PIQUE -BOEUF (BU P H AG A, de Buisson). 

Bec d'abord cylindrique , et se renflant aux deux mandibules , avant 
son extrémité , qui se termine en pointe assez mousse. Oiseaux insec- 
tivonsr- 


XXVI 11 


INT 1Î0 DICTION. 


Genre CASSIQUE {CASSICUS, de Cuvier). 

Bec grand, exactement conique , gros à la base , singulièrement aiguisé en 
pointe , portant latéralement de petites narines rondes; commissure des 
mandibules en ligne brisée ou formant un angle. Oiseaux insectivores 
et granivores. 

Sous* Genres : Les CASSIQUES, les TROUPIALES, les CAROUGES , les 
OXY RH YNQUES, les PIT-PITS 

Genre ÉTOURNEAU ( STURNUS , de Linné). 

Commissure des mandibules formant un angle ; bec droit, déprimé, surtout 
vers sa pointe. Oiseaux insectivores. 

Genre CORBEAU [COB VU S, de Linné). 

Bec fort , plus ou moins aplati par les côtés; narines recouvertes par des 
plumes raides , dirigées en avant. Oiseaux omnivores. 

Sous-Genres : Les CORNEILLES, les PIES, les GEAIS, les CASSE-NOIX, 
les TËMIA, les GLAUCOPIS. 

Genre ROLLIER {COBAC I AS , de Linné). 

Bec fort, comprimé vers le bout, à pointe un peu crochue; narines oblon- 
gues , placées au bord des plumes et non recouvertes par elles; pieds 
courts et forts. Oiseaux vivant d’insectes et de grenouilles. 

Sous-Genres : Les ROLLIERS, les ROLLES. 

Genre OISE AU - DE - PARADIS ( PA B A DISÆA , de Linné). 

Bec droit , comprimé, fort, sans échancrure ; narines couvertes par des 
plumes veloutées. Oiseaux vivant de fruits aromatiques. 

Famille des PASSEREAUX TÉNUI ROSTRES. 

Bec grêle, allongé, tantôt droit, tantôt arqué, sans échancrure. 

Genre SITTELLE (SITTA , de Linné). 

Bec droit, prismatique , pointu, comprimé vers le bout. Oiseaux insectivores. 

Sous-Genres : Les SITTINES, les ANABATES, les SYNALLAXES. 

Genre GRIMPEREAU ( CEBTHIA , de Linné). 

Bec arqué; queue usée , finissant en pointe roide. Oiseaux insectivores. 

Sous-Genres : Les GRIMPEREAUX, les PICUCULES, les ËCHELETTES , 
les SUCRIERS, les FOURNIERS, les DICËES, les HÉOROTAIRES, les 
SOUI-MÀNG AS, les ARACHNOTHÈRES. 

Genre COLIBRI {TROC H I LUS , de Linné). 

Bec long et grêle, langue protractile et bifide , pattes très-courtes ; ailes 
longues et étroites, plumage métallique ; plumes de la tête et du cou 
écailleuses , et imitant des pierres précieuses. Oiseaux vivant d'insectes 
et du nectar des (leurs. 


CLASSIFICATION DES OISEAUX. 


XXIX 


Sous-Genres : Les COLIBRIS, les OISEAUX-MOUCHES. 

Genre HUPPE ( UPUPA , de Linné). 

Bec très-long, grêle, triangulaire et un peu arqué ; langue courte ; tête 
surmontée d’une double rangée longitudinale de longues plumes érigi- 
bles. Oiseaux insectivores. 

§ous-«enres : Les CRAVES, les HUPPES, les PROMËROPS, les ÉPI- 
MAQUES. 


Famille des PASSEREAUX SYNDACTYLES. 

Doigt externe et doigt du milieu presque de même longueur, et unis 
entre eux jusqu’à V avant-dernière articulation. 

Genre GUÊPIER ( MEllOPS , de Linné). 

Bec allongé , triangulaire à sa base, légèrement arqué , terminé en pointe 
aiguë ; ailes longues , pieds courts. Oiseaux insectivores. 

Genre MOTMOT ( PBIONITES , d’Illiger). 

Pieds et port des Guêpiers , mais bec plus fort , à bords crénelés aux deux 
mandibules ; langue barbelée comme une plume. Oiseaux insectivores. 

Genre MARTIN-PÊCHEUR ( ALCEDO , de Linné). 

Pieds encore plus courts que chez les Guêpiers ; bec plus long, droit, angu- 
leux , pointu ; langue et queue très-courtes. Oiseaux piscivores. 

Genre CEYX {CE Y. X, de Lacépède). 

Caractères et régime du Martin-Pêcheur , mais doigt interne n’existant pas. 

Genre TODIER {TODUS, de Linné). 

Pieds et bec allongés, comme dans les Martins-Pêcheurs , mais bec aplati 
horizontalement , obtus à son extrémité; tarses plus élevés et queue plus 
courte. Oiseaux insectivores. 

Genre CALAO {BUCEBOS, de Linné). 

Bec énorme , dentelé , surmonté de proéminences volumineuses ; port des 
Corbeaux ; pieds des Martins-Pêcheurs. Oiseaux omnivores. 


Ordre des GRIMPEURS ( PICÆ [partim ] , de Linné). 

Doigt externe dirigé en arrière, comme le 'pouce, aidant T Oiseau 
à se cramponner et à grimper. 


Genre JACAMAR {GALBULA , de Buisson). 

Bec allongé , aigu, à arête supérieure vive; pieds courts, à doigts anté- 
rieurs en grande partie réunis. Oiseaux insectivores . 

Genre PIC ( PPCUS , de Linné). 

Bec long, droit . an (pileux, comprimé en coin à son extrémité; langue 


\\\ 


INT KOI) L CT ION. 

longue, grêle, armée vers le bout d’épines recourbées en arrière, et très- 
protractile ; queue composée de dix pennes roides , servant d’arc-boutant 
à l’Oiseau pour grimper. Oiseaux insectivores. 

Genre TORCOL ( Y UN K , du Linné). 

Langue allongeable, comme chez les Pics, mais non épineuse; bec droit et 
pointu , à peu près rond et sans angle. Oiseaux insectivores et grimpant 
peu. 

Cieiu-e COUCOU ( CUC U LU S , de Linné'). 

Bec médiocre , assez fendu, comprimé et légèrement arqué; queue longue. 
Oiseaux insectivores , voyageurs, ne grimpant pas. 

Sous -Genres : Les COUCOUS, les COUAS, les COUCALS, les GOUROLS, 

les INDICATEURS, les BARBACOUS. 

Ciem-e MALCOHA (PHOEN ICOPHAUS , de Vieillot). 

Bec très-gros, rond à sa base, arqué vers le bout ; yeux entourés d’un large 
espace nu. Oiseaux frugivores. 

Genre SCYTHROPS {SCYTIIBOPS , de Latiiam). 

Bec encore plus long et plus haut que dans les Malcohas , creusé de chaque 
côté de deux sillons longitudinaux peu profonds; tour des yeux nu, 
narines rondes. Oiseaux insectivores et frugivores. 

Genre RARRU (BUCCO, de Linné). 

Bec gros, conique, renflé aux côtés de sa base et garni de cinq faisceaux 
de barbes roides, dirigées en avant. Oiseaux insectivores. 

Sous-Genres : Les BARBICANS, les BARBUS, les TAMATIAS. 

Genre COUROUCOU ( TBOGON , de Linné). 

Bec court, plus large que haut, courbé dès sa base, à arête supérieure 
arquée, mousse; pieds petits, emplumés jusqu’aux doigts ; queue longue 
et large. Oiseaux insectivores. 

Genre A N 1 ( G B O T OP H AG A , de L i n n é ) . 

Bec gros , comprimé , arqué, sans dentelure, élevé et surmonté d'une crête 
verticale et tranchante. Oiseaux insectivores et granivores. 

fleure TOUCAN ( BAM P HAST OS , de Linné). 

Bec e norme , égalant presque le volume du corps, celluleux intérieu- 
rement, arqué vers le bout, irrégulièrement dentelé aux bords ; langue 
longue , étroite et barbelée de chaque côté. Oiseaux frugivores et car- 
nassiers. 

Sous -Genres : Les TOUCANS, les ARACARIS. 

Genre PERROQUET {P S ITT AG G S , de Linné), 

Bec gios, dur. solide, arrondi de toute part , entouré à sa buse d’une 


CLASSIFICATION DES OISE AUX. 


\\\i 


membrane où sont percées les narines ; langue épaisse , charnue et 
arrondie. Oiseaux frugivores. 

Sous-Genres : Les ARAS, les PERRUCHES, les CACATOES, les PERRO- 
QUETS, LES LORIS, LES PSITTACULES , les PERROQUETS A TROMPE, 
LES PEZOPORES. 

Genre T O U R AC O ( GORYTHAIX , d’Illiger). 

Bec court , ne remontant pas sur le front; mandibule supérieure bombée ; 
pieds ayant une courte membrane entre les doigts de devant; narines 
percées dans la corne du bec ; tête garnie d'une huppe érigible. Oiseaux 
frugivores. 

Genre MUSOPHAGE ( MUSOPHA GA , d’Iseut). 

Diffère du Genre Touraco en ce que la base du bec forme un disque qui 
recouvre une partie du front. Oiseaux frugivores. 

Ordre des GALLINACÉS ( GALLINÆ , de Linné). 

Bec court ou médiocre et voûté en-dessus ; narines percées dans 
un espace membraneux et recouvertes d'une écaille cartilagi- 
neuse ; corps massif. Oiseaux granivores. 

Famille des GALLINACÉS. 

Doigts antérieurs réunis à leur base par une courte membrane et den- 
telés le long de leurs bords. Oiseaux pulvérateurs et polygames. 

Genre ALECTOR ( A LE C T O 11 , de Merrem). 

Queue large et arrondie , de douze grandes pennes ; ailes courtes. Oiseaux 
nichant sur les arbres , et vivant de bourgeons et de fruits. 

Sous-Genres : Les HOCCOS, les PAUXI, les OU ANS, les PARRAQUAS. 

Genre PAON {PAVO , de Linné). 

Aigrette sur la tête ; couvertures de la queue du mâle plus allongées que les 
pennes , et pouvant se relever pour faire la roue. 

Sous -Genres ; Les PAONS, les LO P H OP H OR ES. 

Genre DINDON {MELE AG BIS , de Linné). 

Tête et haut du cou revêtus d'une peau sans plumes, toute mamelonnée ; 
appendice charnu pendant le long du cou, et un autre sur le front; 
couvertures de la queue plus courtes que les pennes , et se relevant aussi 
pour faire la roue. 

Genre PINTADE {N U MI DA , de Linné). 

Tête nue , des barbillons charnus au bas des joues ; queue courte ; crème 
ordinairement surmonté d’une crête calleuse. 


X X \ 1 1 


INTRODUCTION. 


Genre FAISAN (PHASIANUS , de Linné). 

Joues en partie dénuées de plumes et garnies d’une peau rouge ; plumes de 
la queue diversement imbriquées en double toit. 

Sous- Genres : Les COQS, les FAISANS, les HOUPPIFËRES, les TRAGO- 
PANS, les CRYPTONYX. 

Genre TÉTRA (TE TR AO, de Linné). 

Bande nue , et le plus souvent rouge , tenant la place du sourcil. 

Sons - Genres : Les COQS DE BRUYÈRES, les LAGOPEDES, les GANGAS, 
les FRANCOLINS, les PERDRIX, les CAILLES, les COLINS. 

Genre TRIDACTYLE ( IIEMIPODIUS , de Temminck). 

Point de pouce ; bec comprimé , formant une petite saillie sous la man- 
dibule inférieure. 

Sons-Genres : Les TURNIX, les SYRRHAPTES. 

Genre TINAMOU (TléfAMUS, de Latham). 

Cou mince , assez allongé ; bec long , grêle , à bout mousse , un peu voûté , 
avec un petit sillon de chaque côté ; narines percées dans le milieu de 
chaque côté , et s’enfonçant obliquement en arrière ; ailes courtes , queue 
presque nulle , pouce réduit à un petit ergot. 

Sons-Genres : Les PÉZUS, les TINAMUS, les RHYNCHOTUS. 

Famille des PIGEONS. 

Doigts ii ayant entre leurs bases d’autres membranes que celles qui 
résultent de la continuation des rebords. Oiseaux monogames. 

Genre unique s PIGEON (COLUMBA , de Linné). 

Sous-Genres : Les COLOMBI -GA LUNES, les COLOMBES, les COLOMBARS. 

Ordre des ÉCHASSIERS ( GBALLÆ , de Linné). 

Pattes longues, tarses et bas des jambes dépourvus de plumes. 
Oiseaux de rivage , piscivores , ou reptilivores , ou vermivores , 
ou insectivores ; quelques-uns granivores et vivant loin des 
eaux. 

Famille des ÉCHASSIERS BRÉVI PENNES. 

Ailes trop courtes pour voler; muscles de la poitrine faibles et minces; 
pattes longues; muscles des cuisses et des jambes épais et robustes; 
point de pouce. Oiseaux coureurs, frugivores et herbivores. 

Genre AUTRUCHE ( STRUTHIO , de Linné). 

Ailes revêtues de plumes lâches et flexibles, dont les barbu! es ne s’gccro- 


CLASSIFICATION DES OISEAUX. 


XXXIII 


client pas ensemble ; bec déprimé horizontalement , de grandeur médiocre , 
mousse au bout; œil grand, paupières garnies de cils ; tarses à deux 
doigts seulement. 

Genre CASOAR ( GASUARIUS, de Buisson). 

Ailes plus courtes que dans les Autruches, et totalement inutiles pour la 
course ; plumes peu garnies de barbules, ressemblant à des crins; tarses 
à trois doigts. 

Famille des ÉCHASSIERS PRESSIROSTRES. 

.Jambes élevées , sans pouce, ou à pouce trop court pour toucher le sol; 
bec médiocre, assez fort pour percer la terre et y chercher des 
vers. 

C-eefii’e < ) U T A R D E ( O T IS , de L i n n é ) . 

Port massif des Gallinacés ; cou et pieds longs , bec médiocre , à mandibule 
supérieure légèrement arquée et voûtée ; point de pouce, tarses réticulés ; 
ailes courtes, servant presque uniquement à accélérer la course de 
V Oiseau. 


Genre PLUVIER {CHARADRI US , de Linné). 

Point de pouce ; bec médiocre , comprimé, renflé au bord. 


Sous-Genres : Les OEDICNËMES, les PLUVIERS. 


Genre VANNEAU [T RING A, de Linné). 

Ne se distingue des Pluviers que par la présence d’un pouce , mais si petit, 
qu’il ne peut toucher à terre. 

Genre HUÎTRIER ( HÆMA TOP US , de Linné). 

Bec plus long que celui des Pluviers, droit, pointu, comprimé en coin, 
assez fort pour ouvrir les coquilles bivalves; tarses à trois doigts , 
réticulés. 

Genre COU RE -VITE ( TA CHY PROMUS , d’Illiger). 

Bec plus grêle, également conique, arqué, sans sillon et médiocrement 
fendu ; ailes plus courtes ; jambes plus hautes; tarses à trois doigts, sans 
palmure et sans pouce. 

Genre G A R I A M A (MICRODAC TYLUS , de Geoffroy). 

Bec plus long , plus crochu, et fendu jusque sous l’œil ; jambes écussonnées 
et très-hautes , terminées par des doigts courts , un peu palmés , et par 
un pouce qui ne peut atteindre la terre. 


Famille des ÉCHASSIERS CULTRIROSTRES. 


Bec gros, long et fort, le plus souvent même tranchant et pointu. 


XXXIY 


INTRODUCTION. 


fteiire G R U E ( G B US , di; C u v i e ii ) . 

Bec droit, peu fendu ; fosse membraneuse des narines large et concave, 
occupant près de moitié de sa longueur ; jambes écussonnées , doigts 
médiocres, les externes peu palmés , et le pouce touchant à peine à terre. 

Sons-ftenres : Les AGAMIS, les NUMIDIQUES, les GRUES, les COUR- 
LANS, les CAURALES. 

Genre SAVACOU ( CANCROMA , de Linné). 

Doigts plus grands ; bec plus fort , très-large de droite à gauche, et comme 
formé de deux cuillers appliquées l’une contre Vautre; mandibules fortes 
et tranchantes , la supérieure armée d’une dent aiguë à chaque côté de 
sa pointe ; narines percées vers sa base , et se prolongeant en deux sil- 
lons parallèles. Pieds à quatre doigts longs et presque dénués de mem- 
branes. 

Genre HERON (ABDEA , de Cuvier). 

Bec fendu jusque sous les yeux ; une petite fosse nasale prolongée en un 
sillon jusque très-près de la pointe; ongle du doigt médian tranchant cl 
dentelé sur le bord interne ; jambes écussonnées ; doigts assez longs, à 
palmure externe notable. 

Genre CIGOGNE (C ICON IA, de Cuvier). 

Bec gros , médiocrement fendu , sans fosse ni sillon; narines percées vers 
le dos, près de la base; langue très-courte ; yeux entourés d’un espace 
nu; pieds longs, réticulés ; doigts antérieurs réunis par une membrane 
jusqu’à la première articulation ; mandibules produisant un claquement 
en se choquant l’une l’autre. 

Genre JABIRU ( MYCTEBIA , de Linné). 

Bec a ouverture médiocre; narines , tarses, palmure des doigts comme 
dans les Cigognes; bec légèrement recourbé vers le haut. 

Genre OMBRE TT E {SCO PUS , DE RRISSON). 

Ne se distingue des Cigognes que par un bec comprimé, à arête tranchante, 
renflée vers la base ; narines prolongées en un sillon qui court , parallè- 
lement à V arête , jusqu’ au bout , lequel est un peu crochu. 

Genre BEC -OUVERT ( A NASTOMUS, d’Illiger). 

Ne diffère des Cigognes que par les deux mandibules , qui se joignent seu- 
lement par la base et par la pointe , laissant dans le milieu un espace 
vide. 

Genre DROME {DBOMAS , de Payküll). 

Ne diffère de celui des Becs-ouverts que par le bec comprimé, un peu renflé 
à sa base en dessous , à narines ovales , et à bords se joignant bien. 

Genre TANTALE ( TANTALUS , de Linné). 

Pieds , narines , bec des Cigognes ; mais dos du bec arrondi , à pointe 


CLASSIFICATION DES OISEAUX. 


XXXV 


recourbée vers le bas, et légèrement écliancrée clc chaque côté; tète en 
partie dénuée de plumes. 

Genre SPATULE ( PLATALEA , de Linné). 

Structure des Cigognes , mais bec long , s’élargissant vers le bout et s’apla- 
tissant en spatule ; deux sillons légers partant de la base et s’étendant 
jusqu’au bout, sans rester parallèles aux bords. 

Famille des ÉCHASSIERS LONGIROSTRES. 

Bec grêle, long, faible, propre à fouiller dans la vase pour y chercher 
les vers et les petits insectes. 

Genre BÉCASSE (SCOLOPAX, de Linné). 

Bec droit ou arqué ; pieds peu ou point palmés. 

Sous-Genres : Les IBIS, les COURLIS, les BÉCASSES, les RHYNCHÉES, 
les BARGES, les MAUBÈCHES, les SANDERLINGS, les ALOUETTES 
DE MER, les COCORLIS, les FALCINELLES, les COMBATTANTS, les 
EURINORHYNQUES , les PHALAROPES, les TOURNE - PIERRES , les 
CHEVALIERS, les LOBIPËDES, les ÊCHASSES. 

Genre AVOCETTE (RECUR VIROSTRA , de Linné). 

Bec long , grêle , pointu , élastique , fortement recourbé vers le haut ; pieds 
presque complètement palmés. 

Famille des ÉCHASSIERS MACRODACTYLES. 

Doigts longs et propres à marcher sur les herbes des marais, ou même 
à nager ; bec plus ou moins comprimé par les côtés. 

Genre J AC AN A (P A RR A, de Linné). 

Pieds à quatre doigts très-longs , séparés jusqu’à leur racine , ongles très- 
longs et très -pointus ; bec médiocre, légèrement renflé au bout ; aile 
armée d’un éperon. 

Genre KAMICHI (P A LAME DE A , de Linné). 

Ailes armées chacune de deux forts ergots; doigts longs et ongles forts; 
mais bec peu fendu, peu comprimé , non renflé ; mandibule supérieure 
légèrement arquée ; jambes réticulées. 

Sons-Genres ; Les KAMICHIS, les GHAÏAS, les MÉGAPODES. 

Genre RALE (RA LL US , de Linné). 

Ailes non armées ; bec non prolongé en une sorte d’écusson qui recouvre le 
front. 

Genre FOÜLQUE (FULICA , de Linné). 

Ailes non armées ; bec prolongé en une sorte d’écusson recouvrant le 
front. 


Mous -Genres : Les POULES - D’EAU , les TALËVES, les FOULQUES. 


XXXVI 


INT RO J® CT 10 N. 


Cem*e VAGINALE (CHI0N1S , de Forsteu). 

Jambes courtes , tarses écussonnés , bec (jros et conique , portant à sa base 
une enveloppe de substance dure , qui parait pouvoir se soulever et se 
rabaisser. 

Cieisre GIAROLE (G LAHEOLA , de Gmelin). 

Bec court, conique , arqué tout entier, assez fendu; ailes longues et poin- 
tues ; jambes médiocres, tarses écussonnés , doigts externes un peu 
palmés ; pouce touchant à terre. 

«eni-e FL AM MA NT (PHOEÎNJCOPTEBUS , de Linné). 

Jambes très - hautes , les trois doigts antérieurs complètement palmés , le 
postérieur extrêmement court ; cou non moins grêle ni moins long que 
les jambes; tête petite , bec grand, garni sur les bords de petites lamelles 
transversales ; mandibule inférieure ovale , ployée longitudinalement en 
un canal demi- cylindrique ; la supérieure oblongue et plate , ployée 
transversalement dans son milieu pour joindre l’autre exactement. 

Ordre des PALMIPÈDES ( ANSERES , de Linné). 

Oiseaux nageurs; pattes courtes et implantées à T arrière du 
corps; tarses courts et comprimés ; doigts antérieurs entière- 
ment réunis par des palmures , ou élargis par des membranes 
découpées; plumage serré , lustré et imperméable à l'eau , 
garni, près de la peau, d'un duvet épais; cou plus long que 
les jambes , pour que T oiseau nageant puisse chercher sa 
nourriture dans la profondeur des eaux; sternum très-long . 
offrant une vaste surface aux muscles abaisseurs clés ailes. 

Famille des PALMIPÈDES PLONGEURS ou BR A Cil Y P - 
T ÈRES. 

Jambes implantées bien en arrière, rendant la marche pénible et 
nécessitant à terre la position verticale; ailes très-courtes, plus 
propres à nager qu'à voler. 

Genre PLONGEON (COLYMBtJS , de Linné). 

Bec lisse , droit, comprimé , pointu; narines linéaires. 

Ssows- Genres : Les GRÈBES, les GRÉBIFOULQUES , les PLONGEONS, 
les GUILLEMOTS, les GÉPHUS. ' 

Genre PINGOUIN {A LC A , de Linné). 

Bec très-comprimé , élevé verticalement , tranchant par le dos, ordinaire- 
ment sillonné en travers; pieds entièrement palmés et manquant de 
pouce , comme ceux des Guillemots. 


CLASSIFICATION DLS OISEAUX. 
Sous - Genres : Les MACAREUX, les PINGOUINS. 


XXXVII 


Genre MANCHOT ( A P TÈ'NOD Y TES , de Linné). 

Moins volatiles que les Pingouins ; ailes garnies de vestiges de plumes , qui 
ressemblent à des écailles ; pieds implantés si loin en arrière , qu’ils ne 
peuvent se soutenir à terre qu’en s’appuyant sur le tarse , qui est élargi , 
comme la plante du pied d’un quadrupède. 

Sous- Genres : Les MANCHOTS, les GORFOUS, les SPHÉNISQUES. 

Famille des PALMIPÈDES LONGIPENNES ou GRANDS- 
VOILIERS. 

Oiseaux de haute mer ; pouce libre ou nul; ailes très-longues ; bec sans 
dentelures, mais crochu ou pointu. 

Genre PÉTREL (P IiOC E L LA RI A , de Linné). 

Bec crochu par le bout, et dont l’extrémité semble faite d’une pièce arti- 
culée au reste ; narines réunies en un tube couché sur le dos de la man- 
dibule supérieure ; pouce réduit à un ongle implanté dans le talon. 

Sous-Genres : Les PÉTRELS, les PUFFINS, les PÉLËCANOIDES , les 
PR IONS. 

Genre ALBATROSSE ( DIOMEDEA , de Linné). 

Corps massif, bec grand, fort et tranchant, à sutures marquées, et terminé 
par un gros croc qui y semble articulé ; narines en forme de rouleaux 
courts , couchés sur les côtés du bec ; pieds sans pouce. 

Genre GOELAND (LARES, de Linné). 

Bec comprimé , allongé , pointu, à mandibule supérieure arquée vers le 
bout , l’inférieure formant en dessous un angle saillant ; narines placées 
vers le milieu, longues, étroites et percées à jour; queue pleine ; jambes 
assez élevées , pouce court. 

ftous-Gemes : Les GOELANDS, les MOUETTES, les LABBES. 

Genre HIRONDELLE - DE - MER (ST ERE A , de Linné). 

Ailes excessivement longues et pointues; queue fourchue; pieds courts; bec 
pointu, comprimé , droit , sans courbure ni saillie ; narines situées vers 
la base , oblongues et percées de part en part ; membranes interdigitales 
fort échancrécs. 

Genre BEC - EN - CISEAUX (RHYNCHOPS , de Linné). 

Pieds, ailes et queue comme dans le genre précédent ; bec à mandibule 
supérieure plus courte que l’autre, toutes les deux aplaties en lames 
simples , dont les bords se répondent sans s’embrasser. 

Famille des PALMIPÈDES TOTIPALMES. 

Pouce réuni avec les autres doigts dans une seule membrane ; vol 
puissant ; pieds courts. 


XXXVIII 


INTRODUCTION. 


Oenre PÉLICAN (PELECANmS , de Linné). 

Bnse du bec partiellement dénuée de plumes; narines ouvertes en fente à 
peine sensible ; peau de la gorge extensible ; langue fort petite. 

Sous-Genres : Les PÉLICANS, les CORMORANS, les FRÉGATES, les FOUS 
ou BOUBIES. 

Genre ANHINGA {P LOT US, de Linné). 

Cou long , tête petite , bec droit , grêle et pointu, à bords denticulés ; yeux 
et nu de la face comme dans les Pélicans. 

Genre PAILLE-EN-QUEUE ( PHAETON , de Linné). 

Queue munie de deux pennes longues et très-étroites , qui ressemblent , de 
loin, il deux pailles; tête entièrement emplumée ; bec droit , pointu, 
denticulé et médiocrement fort. 

Famille des PALMIPÈDES LAMELL1ROSTRES. 

Bec épais, revêtu d’une peau molle plutôt que d’une véritable corne ; 
bords garnis de lames ou de petites dents; langue large et charnue, 
dentelée sur scs bords; ailes médiocres. 

Genre CANARD (A N AS, de Linné). 

Bec grand, large, à bords garnis dame rangée de lames saillantes, minces , 
placées transversalement. 

Sous-Genres : Les CYGNES, les OIES, les BERNACHES, les CÉRÉOPSIS, 
les MACREUSES, les GARROTS, les EIDERS, les MILLOUINS, les 
SOUCHETS, les TADORNES, les CANARDS, les SARCELLES. 

Genre II A R LE (ME RG US, de Linné). 

Bec plus mince, plus cylindrique que dans les Canards; chaque mandi- 
bule armée, tout le long de ses bords, de petites dents pointues comme 
celles d’une scie, et dirigées en arrière; bout de la mandibule supérieure 
crochu. 

Cuvier, en conservant pour ses Familles et ses Tribus les grands Genres de Linné, qui sont 
au nombre de quatre-vingts environ , en a ajouté une trentaine , qui ont été créés par lui et 
les autres auteurs, ce qui fait environ cent dix Genres pour toute la Classe des Oiseaux; il 
subdivise ces Genres en Sous-Genres, au nombre de trois cents. Mais ces Sous-Genres sont 
devenus des Genres pour les auteurs qui ont suivi Cuvier, et qui les ont tellement multipliés 
depuis trente ans, qu’aujourd’hui on en compte plus de douze cents. Cette abondance de noms 
génériques impose à la mémoire d’innombrables substantifs , et l’étudiant pour qui la nomen- 
clature binaire , destinée à faciliter la mnémonique, devient un fardeau plutôt qu’un soula- 
gement, se sent disposé à préférer la nomenclature vulgaire qui consacre un seul mot à la 
désignation de la même Espèce. Au reste, l’inconvénient que nous signalons' est inséparable 
de l’état actuel de la science. Toutes les Espèces sont loin d’être connues : à mesure qu’on en 
découvre de nouvelles, on observe entre elles et leurs congénères des différences qui autorisent 
la formation d’un Genre nouveau ; nous tendons ainsi à faire de chaque Espèce le type d’un 
Genre, ce qui donne lieu à la création d’une foule d’appellations plus ou moins difficiles à 


CL A S SI F 1 C \ T I 0 N D E S OIS E A L X. 


XXXIX 


retenir, et réduisant à rien le bénéfice de la nomenclature Linnéenne. Mais cet inconvénient 
doit avoir un terme : un jour viendra où la plupart des Espèces seront connues; alors, au 
règne de l’analyse succédera celui de la synthèse, et un réformateur paraîtra qui , enrichi de 
toutes les observations de ses devanciers , pourra réunir sous une même dénomination géné- 
rique les Espèces aujourd’hui disséminées dans un grand nombre de Genres ; alors seront réa- 
lisés les avantages attachés à la nomenclature inventée par Linné. 

Cuvier conseille, en attendant, de n’employer, quand on énonce une Espèce, que le sub- 
stantif du grand Genre, associé au nom spécifique. C’est ce que nous aurons soin de faire, 
tout en indiquant le nom nouveau appliqué à chacune des Espèces dont nous allons écrire 
l’histoire. 

La classification de M. Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire , professeur au Muséum de Paris, qui 
résume les progrès de la science accomplis depuis Cuvier, offre, dans la disposition des 
Ordres , d’importantes modifications. Les caractères tirés des organes digestifs , et notamment 
du bec, qui en est l’expression extérieure, ont, aux yeux de l’auteur, moins d’importance que 
les caractères fournis par les organes de la vie de relation , tels que les membres , et surtout 
l’aile. 

M. Is. Geoffroy reconnaît, dans le membre antérieur, trois types bien distincts : le premier 
exprime les membres antérieurs parfaitement conformés pour le vol , c’est-à-dire disposés en 
aile ; c’est le type le plus général : les Oiseaux qui le présentent sont nommés alipennes. 
Leur sternum présente , sur sa face antérieure , la carène saillante que nous avons désignée 
sous le nom de bréchet. Des pennes élastiques et imbriquées ( rémiges ) , s’insèrent, les unes 
sur l’avant-bras, les autres, plus longues et plus résistantes, sur la main; leurs barbes externes 
sont plus courtes que les internes. Les pennes de la queue ( rectrices ) sont en rapport de 
proportion avec les rémiges, et comme ces dernières, elles sont protégées par des couver- 
tures ( tectrices ). 

Un second type est offert par les membres antérieurs réduits à une sorte de mognon ou 
d’aile rudimentaire; de là le nom de rudipennes , donné aux Oiseaux qui le présentent; ces 
Oiseaux sont tous impropres au vol ; leur sternum a la forme d’un bouclier à surface anté- 
rieure entièrement plane et sans carène. Chez Y Autruche et le Nandou, l’aile se garnit de 
grandes plumes à tige fiasque et molle, décomposées en barbes très -écartées les unes des 
autres, et dont les intervalles sont remplis par des barbules qui ne se touchent pas entre 
elles. Chez le Casoar, la dégradation est plus considérable : les pennes se réduisent à leur 
tige, qui a la forme d’un prolongement corné, allongé, dur et dégarni de barbes. Enfin, chez 
Y Aptéryx, la tige elle-même manque, et l’aile est réduite à un petit mognon recouvert par de 
petites plumes et terminé par un crochet. 

Le troisième type caractérise les membres antérieurs impropres au vol , comme chez les 
rudipennes, et disposés en rames ou en nageoires; dans ce type, les rémiges manquent; les 
tiges des plumes sont courtes, élargies en écailles, quelquefois courtement barbelées; le 
membre, en outre, est aplati, comme on le voit chez les Phoques et chez les Tortues marines; 
le sternum porte une carène; les membres postérieurs sont palmés, ce qui donne à l’Oiseau 
quatre nageoires. Ces Oiseaux, nommés impennes , sont le Manchot , le Gorfou, etc. 

Les alipennes, les rudipennes, les impennes, forment les trois divisions primaires de la 
classification de M. Isid. Geoffroy. Les impennes constituent un Ordre , les rudipennes en 
constituent deux, distincts l’un de l’autre par la présence ou l’absence du pouce. Les alipennes 
comprennent, comme dans Cuvier, les ltapaces , les Gallinacés , les Echassiers, les Palmi- 
pèdes , les Passereaux , mais les Grimpeurs ont été réunis aux Passereaux : M. Geoffroy a 
pensé que ce caractère des doigts , disposés par paires , deux en avant, deux en arrière, n’avait 
pas assez d’importance pour motiver l’établissement d’un Ordre particulier; en effet, beaucoup 
de Passereaux grimpent, et beaucoup d’Oiseaux à doigts disposés par paires ne sont pas grim- 
peurs. Cet Ordre a donc dû être annexé à celui des Passereaux, que M. Geoffroy a divisé en 


XL 


INTRODUCTION. 


trois Sous-Ordres : 1° celui des Zygodactyles , ayant deux doigts en avant, et le doigt externe 
dirigé en arrière comme le pouce, lequel manque quelquefois : ce sont les Grimpeurs de Cuvier ; 
2° le Sous-Ordre des Syndactyles , qui ont le doigt externe soudé au doigt médian, dans une 
grande partie de son étendue; 3° le Sous-Ordre des Dœodaclylcs , qui ont les doigts libres, et 
dont l’externe n’est ni dirigé en arrière, comme dans les Zygodactyles, ni soudé avec le 
médian , comme dans les Syndactyles. 

TABLEAU SYNOPTIQUE DES ORDRES DE LA CLASSE DES OISEAUX. 


(Classification de M. Isid. Geoffroy Saint-Hilaire.) 

Membres antérieurs conformés en ailes. = ALIPENNES. 

Membres postérieurs armés de serres , bec crochu. . . Rapaces. 

Membres postérieurs non armés de serres, 
de moyenne longueur, 

Ongles recourbés PASSEREAUX. 

Ongles peu arqués ; des membranes interdigitales GALLINACÉS. 

longs et nus sur une partie de la longueur de la jambe ; des membranes 

inter digitales ÉCHASSIERS. 

courts , palmés PALMIPÈDES. 

Membres antérieurs , conformés en moignons. =RUDI P E NNE S. 

Pouce bien développé Inertes. 

Pouce nul, ou très-court ; ongles très-peu recourbés Coureurs. 

Membres antérieurs conformés en nageoires. — / MPE NN ES Manchots. 


M. Isid. Geoffroy Saint-Hilaire a établi, dans la Classification, non-seulement des Oiseaux, 
mais même du Règne animal tout entier, une réforme bien plus profonde que les modifications 
qui viennent d’être signalées. Bonnet, naturaliste du dix-huitième siècle, avait déduit, des 
doctrines philosophiques de Leibnitz, l’idée d’une échelle animale dont chaque échelon est 
représenté par une Espèce, ou, en d’autres termes, d’une série continue, dans laquelle il y a 
enchaînement d’Espèces successives, dont chacune est intermédiaire entre la précédente et la 
suivante. Aujourd’hui, le moindre naturaliste sait que la série continue est inadmissible, et 
que si, dans beaucoup de cas, un certain nombre d’Animaux sont liés les uns aux autres 
comme les anneaux d’une chaîne, dans beaucoup d’autres cas, cette chaîne est interrompue, 
c’est-à-dire qu’entre deux Animaux les moins dissemblables entre tous les autres , on trouve 
des intervalles souvent très-considérables, qui n’ont pas été et qui ne seront jamais remplis. 

Quelques naturalistes, tout en reconnaissant ces discontinuités, persistent à voir dans le 
Règne animal une série unilinéaire, telle que la présente la pagination de nos livres, tantôt 
continue, tantôt interrompue, mais unique. Cette hypothèse ne résiste pas plus que celle de 
la série continue à l’observation des faits : la Nature donne un démenti aux idées de Bonnet, 
non-seulement en ce que l’échelle animale manque çà et là d’échelons , mais en ce que certains 
degrés analogues d’organisation se trouvent plusieurs fois représentés, de manière qu’au lieu 
d’une échelle simple, à échelons superposés plus ou moins interrompus, on a deux ou plu- 
sieurs échelles juxtaposées. 

De ces notions, qui résument un grand nombre de faits, M. Isid. Geoffroy Saint-Hilaire a 
déduit la nécessité de substituer à la classification unilinéaire une classification par séries 
parallèles , composées de termes, dont on peut constater l’analogie réciproque, soit qu’on les 
examine longitudinalement dans une seule série, suivant leur ordre de superposition, soit 
qu’on les compare transversalement, dans plusieurs séries juxtaposées. 

Pour rendre la chose sensible par un exemple , nous allons reproduire en séries parallèles le 
synopsis des Ordres de la Classe des Oiseaux, que nous avons exposé en série unilinéaire, où 
les Inertes et les Coureurs, analogues, les premiers aux Gallinacés , les seconds aux Echos- 


CLASSIFICATION DES OISEAUX. 


xi, i 

siers , en sont séparés par les Palmipèdes , lesquels sont séparés, par ces mêmes Ordres, de 
celui des Manchots , qui ont, comme eux, les pieds palmés. La première série comprend les 
Alipennes, la deuxième les Rudipennes , la troisième les Impennes. Ces séries , juxtaposées , 
rétablissent parfaitement les analogies, quand on étudie le tableau, soit dans le sens longitu- 
dinal , soit dans le sens transversal : 

Alipennes. Rudipennes. Impennes. 

Rapaces • » 

Passereaux e « 

Gallinacés Inertes » 

Échassiers Coureurs • 

Palmipèdes « Manchots. 

Afin de formuler ces idées philosophiques dans l’esprit de nos lecteurs, nous allons leur 
offrir le résumé très-succinct des leçons de M. Isid. Geoffroy Saint-Hilaire, sur la série ani- 
male et la Classification parallélique , résumé donné par lui dans son cours de Zoologie. 

« 1. Les divers types zoologiques peuvent être ramenés à un Ordre sérial ou progressif. 

IL Le principe de coordination de la série réside essentiellement, non dans la perfection 
ou la complication plus ou moins grande de l’organisation, mais dans la diversification , la 
spécialisation et la centralisation, qui sont au maximum à une extrémité de la série, et au 
minimum à l’autre. 

Ainsi, en haut : les êtres dont les appareils, les organes, les tissus sont le plus diversifiés; 
dont les fonctions sont le plus - spécialisées , dont l’organisme est le plus centralisé; en bas : 
les êtres dont la composition est le plus homogène, chez lesquels les fonctions sont le plus 
complètement confondues, et où la vie est en quelque sorte diffuse. 

111. Dans la série animale, tantôt les termes se succèdent à intervalles très-rapprochés , et 
parfois même se font suite sans intervalle sensible : tantôt deux termes consécutifs restent à 
une grande distance l’un de l’autre. La série n’est donc ni régulière ni continue. 

IA. La série n’est pas non plus simple : le plus souvent, elle est double, triple, ou plus 
complexe encore, des suites de termes manifestement analogues se retrouvant dans deux ou 
plusieurs groupes, d’ailleurs distincts. Ces suites de termes analogues, ou mieux homologues 
dans des groupes différents , sont ce que nous avons nommé des séries parallèles. 

V. De là, de doubles rapports, qu’il importe de reconnaître et d’exprimer. On a toujours 
donné une grande attention aux affinités qui unissent les types variés compris dans un même 
groupe : la connaissance des affinités, qui relient les types homologues existant dans des 
groupes différents, n’est pas moins nécessaire à la conception rationnelle de la série et à 
l’expression des rapports naturels. 

VL Cette expression nous a paru pouvoir être donnée par le système nouveau de classifi- 
cation parallélique ou par séries parallèles, classification qui n’est au fond qu’un perfection- 
nement très-simple de la classification ordinairement employée. 

Soit un groupe N, comprenant plusieurs types secondaires , que nous désignerons par les 
lettres A B C D- — Soit un autre groupe N , étant avec le premier dans les relations que 
nous venons d’indiquer, c’est-à-dire dont les types secondaires se trouvent homologues a«x 
précédents. Nous les appellerons, pour exprimer à la fois la différence constante .et l’homo- 
logie, ARC D. — Supposons un troisième groupe N, donnant de même A B C D; un qua- 
trième ïl, donnant 31 15 C 30, et ainsi de suite. 

Tl est manifeste que l’expression des rapports multiples existant entre tous ces termes sera 
obtenue si, d’une part, les termes de chaque série longitudinale se superposent, si, de l’autre, 
les termes homologues des diverses séries transversales se juxtaposent sans intercalation 
d’aucun terme étranger. La classification parallélique satisfait à ces deux conditions par la 
combinaison suivante, assez simple pour être saisie dès le premier aspect. » 


f 


\ 1.1 1 


INT H 01)1 (ÎTION. 



lîien de plus saisissable, en effet, que le parallélisme de ces séries, observé soit dans le sens 
vertical, soit dans le sens horizontal, soit même dans le sens oblique. 

Pour rendre sensibles ces abstractions, nous présentons à nos lecteurs quelques séries 
parallèles, que le savant professeur du Muséum a bien voulu nous indiquer. Notre premier 
tableau se compose de deux séries appartenant à deux Classes du même Embranchement , les 
Mammifères et les Oiseaux, lesquels offrent des analogies que Linné avait déjà signalées avec 
une merveilleuse sagacité. 

Les deux premiers types homologues de chaque série sont, du côté des Mammifères, un 
Singe, le Callitriche, et, du côté des Oiseaux, un Grimpeur, la Perruche ; tous deux occupent 
le sommet de leur classe, en raison du développement de leur cerveau; tous deux se rapprochent 
l’un de l’autre par le régime frugivore et la faculté de grimper; tous deux, comme l’Espèce hu- 
maine, se servent de leurs membres pour porter les aliments à leur bouche; tous deux enfin 
ont l’instinct imitateur : l’un, favorisé d’ailleurs par des similitudes de structure, imite les 
gestes et les actions de l’Homme; l’autre reproduit la voix et la parole humaine. Ils sont repré- 
sentés grimpant sur le même arbre et se nourrissant de la même espèce de fruit. 

Les deux types suivants sont deux Carnassiers : le Mammifère est une Panthère , l’Oiseau 
est un Faucon ; tous deux se nourrissent de proie vivante; tous deux possèdent une sensibilité 
exquise pour la découvrir; tous deux sont pourvus de griffes ou de serres pour la saisir, de 
canines ou de mandibules dentées pour la déchirer, et d’un tube intestinal court et membra - 
neux, suffisant pour la digérer; tous deux sont remarquables parleur physionomie féroce, 
leurs mouvements rapides et leur vigueur musculaire. Ils sont vus chassant le même gibier. 

Les deux types placés au-dessous des précédents sont aussi des Animaux carnassiers, mais 
d’un Ordre inférieur, et vivant de cadavres : l’un est la Hyène rayée, l’autre le Vautour, 
nommé, en Égypte, poule de Pharaon ; tous deux sont aussi lâches que voraces, et préfèrent 
à tout autre aliment des charognes déjà ramollies par la putréfaction; tous deux rôdent dans 
le voisinage des habitations de l’Homme, pour dévorer en commun les immondices qui, en se 
corrompant, répandraient à l’entour des miasmes pernicieux. Tous deux sont représentés 
s’acharnant sur le même cadavre. 

Les deux types qui suivent appartiennent à des Animaux insectivores : l’un est le Tupaïe , 
l’autre VH fourneau; tous deux cherchent leur proie sur les arbres. 

Viennent ensuite deux granivores, le Mulot et le Moineau; puis des Animaux à estomac 
complexe, les uns paissant dans les pâturages des montagnes, tels que V Antilope, Ruminant à 
cornes, et le Népaul, Gallinaeé, dont les deux cornes offrent une analogie de plus avec l’Anti- 
lope; les autres sont le Dromadaire, Ruminant sans cornes, et V Autruche , Échassier, à 
énorme jabot, tous deux herbivores et commensaux du Désert. 


\ i.m 


CLASSIFICATION DES OISE U \. 





XLI V 


[NTflODUCTION. 


Les deux types qui terminent chaque série sont le Phoque otarie, d’une part, et le Manchot, 
de l’autre, tous deux à membres avortés en nageoires, et palmés; tous deux plongeant sous 
les eaux , pour pêcher leur nourriture. 


Le deuxième tableau offre trois séries parallèles, prises dans les trois Sous-Ordres des Pas- 
sereaux : Zygodactyles , Syndactyles , et Dœodactyles. Les trois premiers types de chaque série 
[Aracari, Tock, Eurycère ) , se rapprochent par le volume énorme de leur bec, élevé, convexe 
en dessus, léger, et se courbant à son extrémité. 1 A Eurycère , qu’on a placé dans les Syndac- 
tiles, n’a son doigt externe soudé au médian que jusqu’à la deuxième phalange, et peut être 
rangé parmi les Dæodai: tvles : les trois types placés au-dessous des premiers ( Coucou , Guêpier, 
Pomatorlân) , ont le bec allongé, comprimé, pointu, et un peu crochu à l’extrémité; enfin, 
les trois derniers ( Pic-Vert , Mar lin- Pêcheur, Dromodendron) , ont le liée droit, conique, à 
mandibules égales. 


Zygodactyles 


Syndactyles. 


Dæodactyles. 



1 Aracari. 

4 Coucou. 

7 Pic-Vert. 


2 Tock. 

5 Guêpier. 

8 Martin-Pêcheur. 


3 Eurycère. 

.6 Pomathorin. 

9 Dromodendron. 


Dans le troisième tableau, le parallélisme est bien plus remarquable; il renferme deux 
séries formées par deux Familles très-voisines, qui appartiennent au Sous-Ordre des Dæodac- 
tyles, de l’Ordre des Passereaux; ces deux Familles [Hirondinidés, et Gaprirnulgidés) , se 
distinguent des autres Dæodactyles par leur bec large et profondément fendu; elles se dis- 
tinguent l’une de l’autre, en ce que les Hirondinidés ont un plumage serré et sont diurnes, et 
que les Caprirnulgidés ont un plumage mou, et sont nocturnes. Les deux premiers types de 
chaque série, Martinet et Sté atome , ont les doigts presque égaux, et le pouee, au lieu d’être 
franchement postérieur, est dirigé latéralement, ou en avant, du côté interne; les deux types 


CLASSIFICATION DES OISEAUX. 


XLV 


suivants, Salangane et Nyclibie , ont les doigts presque égaux, et le pouce nettement dirigé en 
arrière. Les deux derniers types , Hirondelle et Engoulevent , ont le doigt médian beaucoup 
plus long que les latéraux, et le pouce dirigé en arrière. 


Hirondinidés. Caprimulgidés. 



Martinet. 

Salangane. 

Hirondelle. 


Stéatorne. 

Nyctibie. 

Engoulevent. 


Nous suivrons, dans cet Ouvrage, la Classification de M. Isid. Geoffroy Saint- Hilaire, 
consistant en tableaux synoptiques qui n’ont point encore été imprimés, et qu’il nous a 
autorisé à publier. Ces tableaux comprennent la diagnose des Ordres, Familles, Tribus, et 
principaux Genres de la Classe des Oiseaux. Or, comme cette diagnose est fondée sur des 
caractères tirés de la conformation extérieure des organes, tels que les pieds, le bec, les 
ailes , etc. , il n’est personne qui ne puisse , en étudiant chaque synopsis avec un peu d’atten- 
tion, reconnaître l’Ordre, la Famille et le Genre de l’Oiseau qu’il veut déterminer. 

Quant à l’histoire des Espèces, nous avons emprunté les descriptions et les détails de 
mœurs aux ouvrages de Linné, Buffon, Levaillant, Savigny, Bechstein, Vieillot, Wilson, 
Temminck, Lesson, Audubon, Ch. Bonaparte, Gould, D’Orbigny, Roux, Bouteille, Gerbe, etc. 
Nous avons surtout consulté l’excellente Ornithologie du docteur Degland, ouvrage récemment 
publié, qui comprend les Espèces européennes, à la connaissance desquelles nos lecteurs 
doivent attacher le plus d’intérêt. 

C’est le mâle adulte que nous décrivons quand le sexe et l’àge de l’Oiseau ne sont pas 
spécifiés. 

Nous devons placer ici une observation relative aux figures qui accompagnent le texte : il 
nous a été impossible d’établir une proportion entre les sujets représentés de manière à faire 
saisir, par le simple coup d’œil , la grosseur réelle de l’Oiseau. Nous avons cherché souvent à 


XL VI 


INTRODUCTION. 


indiquer ce rapport en plaçant auprès du sujet des objets d’une grosseur appréciable ; mais 
de telles indications sont souvent bien imparfaites. Pour remédier à cet inconvénient réel, 
nous avons pris soin de donner toujours dans le texte la taille de l’Oiseau, exprimée en 
mesures connues , ou comparée avec celle d’un Oiseau populaire. 

Nous allons maintenant présenter l’ensemble de la Classification de M. Isidore Geoffroy- 
Saint-Hilaire. 

TABLE MÉTHODIQUE 

DES ORDRES, FAMILLES ET TRIBUS DE LA CLASSE DES OISEAUX. 


DIVISION DES 

ORDRE DES RAPACES. 

Famille des Falconidés. 

I 

Tribu des Falconiens. Faucon. 

Gypohiéraciens. Gypohiérax. 
Polyboriens. Caracara. 
Vulturiens. Vautour. 

Famille des Serpentais idés. Serpentaire. 
Strigidés. Hibou. 


ORDRE DES PASSEREAUX. 

ttAS Y'kSSYAYYAAX 7A GOYlkC.'YXlÆS. 


Famille des Psittacidés. 
Tribu des Psittaciens. 

— Strigopiens. 

Microglossiens. 
Famille des Ramphastidés. 

— Cuculidés. 

Tribu des Scythropiens. 
Cuculiens. 
Bucconiens. 
Famille des Picidés. 

— (Ialbulidés. 


Perroquet. 

Strigops. 

Microglosse. 

Toucan. 

Scgthrops. 

Coucou. 

Barbu. 

Pic. 

Tacamar. 


WÏ.S YkSSïAYAkMX S\^\>\C/Y\UUS. 


Vo'vuyvYosVvç* . 


Famille des Bucéridés. Calao'. 


Eürycéridés. Eurycère. 


Momotidés. 

Méropidés. 

Alcédinidés. 

Todidés. 


Momot. 

Guêpier. 

Martin-Pêcheur. 

Todier. 


YaVvcosVres . 

Famille des Eurylamidés. Eurylaipie. 

Pip ridés. Manakin. 


ALI PENNES. 

\>¥,S YkSS’ÊWYAAX Y)$iOY) kC.'Y\Y.YiS. 

Famille des Hirondinidés. 


Tribu des Hirondiniens. 

Hirondelle. 

Salanganiens. 

Salangane. 

Cypséliens. 

Martinet. 

Famille des Caprimulgidés. 

Tribu des Caprimulgiens. 

Engoulevent. 

Nyctibiens. 

Ibijau. 

Stéatorniens. 

Guacharo. 

YaahUuAwUs VéuuAvosYw*. 

Famille des Trochilidés. 

Colibri. 

— Certhidés. 

Grimpereau. 

PlCUCELIDÉS. 

Picucule. 

Upupidés. 

Huppe. 

\VxoAo.e,V\\Yts c\vUv\vo*tw* . 

Famille des Sittides. 

Si t telle. 

— Corvidés. 

Tribu des Corviens. 

Corbeau. 

— Paradiséens. 

Paradisier. 

Coraciens. 

Collier. 

\KvoAe\tU\Vv* &tuVvYosVct,s . 

Famille des Turdidés. 

Tribu des Laniens. 

Pie-grièelie. 

Turdiens. 

Merle. 

Ampéliens. 

Gobe-rnouchei 

Motacilliens. 

Fauvette. 

Famille des Tanagridés. 

Tangara. 

\UmYtvtV\\ l \x's comYosVxts. 

Famille des Paridés. 

Mésange. 

— Colidés. 

Tribu des Buphagiens. 

Pique-bœuf. 

Coliens. 

Coliou. 


CLASSIFICATION DES OISEAUX. 


xi.vi 


Famille des Sturnidés. 


Tribu des Stumiens. 

Étourneau. 

Xauthorniens. 

Corouge. 

Famille des Frincii.lidés. 


Tribu des Fringil liens. 

Moineau. 

— Pliytotomiens. 

Phy tôt orne. 

Famille des Alaudidés. 


Tribu des Alaudiens. 

Alouette. 

Certhalaudiens. 

Sirli. 

SACAYO^ 


PAS YkSSAWAkAX kll Y \Y Y \1 k C 1 \ A A S 

Famille des Musophagidés. 

Touraco. 

Famille (à siège douteux) 


DES Mésitidés. 

Mésite. 

ORDRE DES GALLINACÉS. 

SACAYO^ 


PAS GkAAY^kCÂS Y kSSAYYYYÀPAS. 

Famille des Colombidés. 


Tribu des Colombiens. 

Colombe. 

— Lophyriens. 

Lophyre. 

Fam. des Opisthocomidés. 

Opisthocome. 

Famille des Mégapodidés. 

Ménure. 

— Tinanidés. 

Tinamou. 

Türnicidés. 

Turnix. 

Attagidés. 


Tribu des Attagiens. 

Alt agis. 

— Chioniens. 

Chionis. 


SACAYOYY 

PAS GkAAYYUCAS GA kLAYYÀPAS. 

Famille des Phasianidés. 

Tribu des Tétraoniens. Perdrix. 

— Phasianiens. Coq. 

ORDRE DES ECHASSIERS. 
SACAYO’A 

PAS ACAYkSAYAPA PAOPkCAXAAS. 
Famille des Oiityxélidés. Ortyxèle. 

S ACTION 

PAS ACYYkSSYAYcS MAGOPkCIXAAS. 
‘VYércoA.ad^Y&s \ms>ï>vcosATOè . 

Famille des Otidés. Outarde. 

Charadridés. Pluvier. 
Hématopidés. Huîtrier. 


\U\’o iYad\jY<!Æ mwote . 

Famille des Microdactylés. Cariama. 
— Psophidés. Agami. 

WÎTO&adAjUs YoutyuYodns . 


Famille des Ardéidés. 

Tribu des Gruiens. Héron. 

— Ciconiens*. Cigogne. 

Plataléiens. Spatule. 

Famille des Scolopacidés. 

Tribu des Ibidiens. Ibis. 

Scolopaciens. Bécasse. 

Famille des Himantopidés. Échasse. 


S ACTION 

PAS ÂGPASSYAAS YkAkkYOPkCAXAAS 
Y aYamoiYad^Yas UmvcosVres . 

Famille des Avocettidés. Avocette. 

YaYamo AadxjYts YamYYYTOdTCs . 

Fam. des Phénicoptéridés. Flammant. 

SAC1Y0N 

PAS ACAYkSSYAAS MkCAOP kC.l \AAS 


Famille des Glaréolidés. Giarole. 

Pai.amédidés. Kamichi. 

- — Rallidés. 

Tribu des Parriens. Jacana. 

Ralliens. Baie. 

Fuliciens. Foulque. 


ORDRE DES PALMIPÈDES. 

Y aYmYydYfcs, Yowjvç wms . 

Famille des Procellaridüs. 

Tribu des Procellariens. Pétrel. 

Diomédéens. Albatros. 

Famille des Laridés. Goéland. 

Rhynchopidés. Rhynchope. 

Y YoYY^aYms . 

Famille des Phaétonidés. Phaéton. 

Pélécanidés. Pélican. 

Y aYm^dYts YamdYY\odYe% . 

Famille des Anatidés. 

Tribu des Anatieus. Canard. 

— Mergiens. Harle. 


\LVIII 


INTRODUCTION 




AaYm^îAî.s bmdvvyçtàm . 

Famille des Colymbidés. 

Tribu des Héliorniens. Grébifoulque. 


Podicépiens. Grèbe. 

— Colymbiens. Plongeon. 

Famille des Alcidés. Pingouin. 


DIVISION DES 1W DI PENNES. 


ORDRE DES COUREURS. 

Famille des Stiujthionidés. Autruche. 

Gasoaridés. Casoar. 
Aptérygidés. Aptéryx. 


ORDRE DES INERTES. 
Famille des Dididés. Dronte. 


DIVISION DES IMPENNES. 
Famille des Apténidés. Manchot. 




ORDRES 


FAMILLES, GENRES et ESPÈCES 


DE LA CLASSE 



ORDRE des RAPACES 

Bec crochu , garni à sa hase d'une membrane nommée cire, dans laquelle 
s'ouvrent les narines ; cuisses et jambes grosses et robustes ; trois 
doigts en avant, un en arrière, flexibles et armés d'ongles ordinai- 
rement rétractiles ; ailes longues et vigoureuses. 

Les Rapaces, ou Accipitres, ou Oiseaux de proie se nourrissent d’animaux 
vivants ou de cadavres; leur vue est perçante, et leur vol puissant. Tous sont 
monogames; ils nichent sur des rochers inaccessibles ou sur de très-hauts arbres. 

l 



H U 1 ACES DIURNES. 


1 

La femelle est toujours plus grande que le mâle. Ils muent une Ibis par an. Les 
uns chassent durant le jour, les autres au crépuscule ou pendant la nuit. 

SYNOPSIS DES FAMILLES DE L’ORDRE DES RAPAGES. 

Tarses moyens, Oiseaux diurnes 1. FALCONIDÉS. 

Oiseaux nocturnes 3 . STRI GIDÉS. 

Tarses très-allongés 2. SERPENTARI DÉS. 


FAMILLE des FALCONIDÉS 

CARACTÈRE. — Yeux situés sur les côtés de la tête; pattes de longueur médiocre ; 
plumage serré; pennes fortes et résistantes; vol puissant. 

Les Falconidés ont le gésier presqu’entièrement membraneux, et le tube intestinal très- 
court; leur sternum est large et complètement ossifié, pour donner aux muscles de l’aile des 
attaches plus étendues, et leur fourchette demi-circulaire est très-écartée, pour mieux résister 
dans les abaissements violents de l’humérus, qu’exige un vol rapide. 

SYNOPSIS DES TRIBUS DE LA FAMILLE DES FALCONIDÉS. 

Rec plus ou moins court, à crochet saillant, point de nudités 

céphaliques 1 . Falconiens. 

Rec encore court, à crochet peu saillant , quelques nudités cépha- 
liques 3. PûLYBORIENS. 

Rec allongé, à crochet encore saillant, quelques nudités céphaliques. 2. Gypohiéraciens. 
Rec allongé; des nudités étendues sur la tête, parfois même le col 
déh udé 4. V u l t u r i e n s. 


TRIBU des FALCONIENS 

( Genre FALCO, de Linné.) 

La Tribu des Falconiens est la plus nombreuse en espèces, et présente des Animaux de 
dimensions très variées, depuis V Aigle jusqu’à Y Émerillon. On observe dans tous les Oiseaux 
de cette Tribu un bec fort, crochu, et presque toujours courbé dès son origine; des griffes 
arquées, très-aiguës et justifiant complètement leur nom de serres ; mais le trait le plus frap- 
pant de la physionomie des Falconiens est le sourcil saillant qui surmonte leurs yeux , et les 
fait paraître enfoncés dans leur orbite. Ce sont surtout ces Oiseaux dont la vue est perçante , 
les mouvements vifs et le vol rapide. Presque tous sont chasseurs, et joignent le courage à la 
force; il leur faut une proie vivante, et ce n’est que pressés par la faim qu’ils consentent à 
dévorer des cadavres. Us saisissent leur proie avec leurs serres , et quelques-uns l’emportent 
jusque dans leur aire. , 

On s’est assuré que la même Espèce présente des livrées tout à fait différentes, selon l’àge 
des individus; cette variation, qui provient de la mue annuelle des Oiseaux, et qui ne s’arrête 


FAMILLE DES FALCONIDÉS. 3 

qu’après la troisième ou quatrième année, a fait multiplier les Espèces par les naturalistes, et 
donné lieu à beaucoup d’erreurs. Ce n’est pas seulement par le plumage, c’est aussi par la 
taille que varient les individus d’une même Espèce ; ainsi , dans les Falconiens , la femelle est 
souvent d’un tiers plus grande que le mâle : c’est ce qui a fait désigner ce dernier sous le 
nom vulgaire de tiercelet. 

Cette Tribu est encore aujourd’hui divisée par la plupart des naturalistes, en deux sections, 
dont le titre, tout absurde qu’il est, a été conservé : la première section est celle des Rapaces 
nobles , et la seconde, celle des Rapaces ignobles. Les Rapaces nobles étaient ceux que la 
Noblesse d’autrefois dressait pour la chasse, et qui, vaincus par les privations, dont le but 
était de les réduire à la domesticité, mettaient au service d’un maître leur force, leur adresse 
et leur courage : c’étaient le Faucon, le Hobereau , Y Émerillon , le Gerfaut, brigands compa- 
rables à ces soldats mercenaires qu’a flétris le poète : 

Barbares dont la guerre est l’unique métier, 

Et qui vendent leur sang à qui veut le payer. 

La seconde section comprend les Oiseaux de proie que ni les privations, ni l’abondance, ni 
les caresses ne pouvaient complètement dompter, et qui, pour la plupart, se seraient laissés 
mourir de faim plutôt que d’obéir. L’Aigle est à la tête de cette race fière, qui s’obstine à 
employer pour son propre compte les facultés belliqueuses que la nature lui a départies, et 
c’est aux Oiseaux de cette section que l’on a donné le nom d 'ignobles. Ceci nous rappelle la 
réponse de Napoléon au sujet d’une opinion injurieuse pour les Corses, que ses ennemis 
avaient exhumée d’un historien latin : les Corses, selon cet auteur, n’étaient bons à rien, et 
les Romains n’en voulaient pas même pour esclaves. « Je le crois bien, dit l’Empereur, les 
Corses étaient trop fiers pour servir, il fallait bien renoncer à leur obéissance. » 

M. Is. Geoffroy-Saint-Hilaire a divisé la Tribu des Falconiens en deux sections, dont l’une 
comprend les Genres à ailes aiguës ( acutipcnnes ) (et c’est à celle-là qu’appartiennent, mais 
non exclusivement, les Faucons nobles) ; l’autre, beaucoup plus considérable, renferme les 
Genres à ailes obtuses (obtusipennes) . 

Les Falconiens acutipennes sont, ainsi que l’a fait remarquer M. lluber, de Genève, des 
rameurs, ou Oiseaux de haut vol ; les obtusipennes , au contraire, sont des voiliers, ou 
Oiseaux de bas vol. L’aile des rameurs est mince, déliée, peu convexe et fortement tendue 
quand elle est déployée; les dix premières pennes sont entières, et leurs barbes se touchent 
les unes les autres, sans discontinuité, dans toute leur longueur. Les mouvements de cette 
aile sont aisés, rapides, vigoureux; aussi les rameurs volent contre le vent, la tête droite, et 
s’élèvent sans peine dans les plus hautes régions de l’air, où ils se jouent dans tous les sens 
et se portent de tous côtés. L’aile des voiliers est plus épaisse, massive, arquée, et moins 
tendue pendant le vol ; les pennes sont moins résistantes que chez les rameurs ; les cinq pre- 
mières sont d’une longueur inégale, et échancrées depuis le milieu jusqu’à l’extrémité; de 
sorte que cette partie de l’aile , quoique plus importante pour le vol , forme une surface inter- 
rompue; aussi ces Oiseaux ne volent avec avantage que vent arrière, la tête basse, et ils ne 
s’élèvent que pour découvrir leur proie, qu’ils épient en planant. 

Les rameurs et les voiliers diffèrent par leurs armes, comme par leurs moyens de locomo- 
tion : les doigts des rameurs sont plus longs, plus déliés, plus souples; les ongles sont plus 
arqués et plus acérés que ceux des voiliers ; les doigts de ces derniers sont plus gros , plus 
courts, et moins propres à déchirer une proie; aussi la mettent-ils à mort par strangulation, 
en lui enveloppant le cou dans leurs serres; les rameurs la tuent par solution de continuité, 
en attaquant tout d’abord la partie vulnérable, que leur indique toujours l’instinct destructeur, 
inséparable de leur organisation : c’est ainsi qu’ils frappent les Oiseaux au creux de l’occiput, 
et les petits Mammifères entre l’épaule et les côtes. 




RAPAGES DIURNES. 


SYNOPSIS DES GENEES DE LA TttlBU DES F A LC O NI EN S. 


-'1 il es aiguës. 

Bec courbé dès la base , 

denté 

non denté 

Bec en partie droit 

Ailes obtuses. 

Bec courbé dès la base , 

denté 

non denté. 

Ailes extrêmement longues ; tarses très-courts , réti- 
culés 

Ailes très-longues ; tarses courts , écussonnés 

Ailes longues. 

Tarses moyens , 

emplumés 

écussonnés 

réticulés ; des plumes entre le bec et l’œil 

Tarses très-longs , écussonnés 

Ailes 'moyennes. 

Tarses moyens , 

réticulés; bec très-élevé , comprimé 

écussonnés ; bec moyen 

Tarses allongés , écussonnés 

Tarses très-allongés , écussonnés 

Bec eu partie droit , non denté. 

Bec encore court. 

Ailes longues; tarses courts 

Ailes moyennes. 

Tarses moyens , réticulés 

Tarses longs , 
emplumés. 

Doigts de proportions ordinaires 

Le doigt interne le plus long, l’externe le 

plus court 

écussonnés 

Bec allongé , 

très-robuste ; taises courts , très-robustes 

médiocre , robuste ; tarses moyens , 

emplumés jusqu’à la naissance des doigts 

écussonnés 

réticulés 

Bec en très-grande partie droit 


Faucon. 

Elane. 

Balbusard. 


Harpage. 


N A U CL ER, 
Milan. 


Archibuse. 
Buse. 
Bondré e. 
Busard. 


Autour. 

Épervier. 

Méliérax. 


G y m i n i) i s. 

G I RCA ETE. 


Aigle-A U TOU R. 

Néopode. 

S P I Z A È T E. 

H A R PIE. 

Aigle. 

Pygargue. 

Hélotarse. 

BoSTRH AME. 


Falco. 

Elanus. 

Pandion. 

Harpagus. 

Nauclerus. 

Milvus. 

Archibuteo. 

Buteo. 

Pernis. 

Circus. 

Herpetotheres 

Astur. 

Nisus. 

Me lier ux. 

Cymindis. 

Circaelus. 

Morphnus. 

Aleopus. 

Spizaelus. 

Thrasaetus. 

Aquila. 

Ha/iœtus. 

Helotarsus. 

Bostrhamus. 


I l E R P É T O T H È R E. 


Genre FAUCON. — Falco, de Bechstein (faix, faulx, c’est-à-dire ongles recourbés en 
faucille). Les Faucons ont les ailes simplement aiguës, c’est-à-dire que la deuxième rémige 
est la plus longue, et que la première et la troisième sont égales ou presque égales; le bec 
est garni d’une cire plus ou moins poilue; la mandibule supérieure est recourbée dès sa base, 
et porte de chaque côté de sa pointe une dent aiguë qui s’engrène dans une échancrure corres- 
pondante de la mandibule inférieure, laquelle est échancrée au bout; les narines sont situées 


FAMILLE DES FALCONIDES. 


à la base du bec, arrondies ou ovales, avec un tubercule lisse et isolé au centre; les tarses 
sont courts et réticulés, et les plumes de la jambe en recouvrent la partie supérieure; les 

doigts antérieurs sont réunis à 
leur base par un repli membra- 
neux, et les latéraux sont presque 
égaux. 

Les Faucons sont, de tous les 
lîapaces diurnes , les plus coura- 
geux et les plus agiles ; leur vol 
est d’une merveilleuse rapidité ; 
on cite la vitesse d’un Faucon 
échappé de la fauconnerie d’Henri II, qui supprima en un jour l’espace séparant Fontaine- 
bleau de File de Malte, c’est-à-dire une distance de trois cents lieues. Leur livrée est élégante , 
quoique les teintes foncées y dominent ; leur attitude est pleine de fierté , quand ils sont perchés ; 
mais leur marche est sautillante et disgracieuse, à cause de la longueur et de la forme demi- 
circulaire de leurs ongles , ainsi que de l’étendue de leurs ailes. 

Les diverses Espèces de Faucons diffèrent dans leur manière de chasser ; cependant toutes 
saisissent leur proie , non pas avec le bec , mais avec les serres. Si cette proie est un Oiseau , 
le Faucon se laisse tomber sur elle, ou l’enlève en descendant obliquement sans ralentir son 
vol , ou la saisit après avoir tourné en spirale autour d’elle ; s'il attaque un Mammifère , il le 
saisit à la nuque , et si la victime résiste , il lui crève les yeux à coups de bec. 

Les Faucons dévorent rarement leur proie sur place ; le plus souvent ils l’emportent à 
l’écart, sur un arbre ou sur un rocher. Ils plument presque en entier les Oiseaux avant de les 
manger, et en avalent à la fois des morceaux très-volumineux; ensuite ils rejettent en pelottes 
le peu de plumes qu’ils ont avalées, ainsi que les parties cornées, qu’ils ne pourraient digérer. 

Les Faucons habitent les forêts, les montagnes, les falaises, les bois, près des champs, 
quelquefois même les villes , et chaque couple vit solitaire. Cependant , on lès voit se réunir 
en petites troupes , quand ils émigrent à la suite des Oiseaux voyageurs qui leur servent 
de proie. 

Ce sont les Oiseaux de ce Genre, nommés aussi vrais Faucons ou Faucons nobles , qu’on 
élevait pour la chasse de fauconnerie , sorte de plaisir exclusivement réservé à la Noblesse du 
moyen âge. Nous reviendrons sur ce sujet intéressant , après avoir décrit les principales 
Espèces du Genre Faucon. 

Nous commencerons par les Gerfauts (. Hierofalco , de Cuvier). Le nom d’ Hierofalco , 
qui signifie faucon sacré , et dont Gerfaut n’est qu’une altération, fait allusion à l’ancienne 
vénération des Égyptiens pour certains Oiseaux de proie. Cuvier faisait des Gerfauts un 
Genre particulier, se fondant sur ce que la mandibule supérieure présentait un feston au lieu 
d’une dent; mais il est prouvé aujourd’hui que ces Oiseaux ont le bec denté, et que les fau- 
conniers la leur liment. Néanmoins, comme leur queue dépasse notablement les ailes, tandis 
que chez les Faucons proprement dits, les ailes sont autant et plus longues que la queue, on 
peut faire de ces types deux Sous-Genres. 

Le Faucon blanc ( Falco candicans , de Gmelin) , nommé par Buffon le Gerfaut blanc 
des pays du Nord , et vulgairement le Gerfaut , a les tarses recouverts par les plumes dans 
leurs deux tiers supérieurs. Leur partie nue et les doigts sont d’un jaune livide tirant sur le 
bleuâtre, ainsi que la cire et le tour des yeux; le bec est jaunâtre, avec la pointe brune; les 
moustaches sont nulles ou presque milles; le fond du plumage est blanc pur, avec des taches 
gris brun, sous forme de cœur ou de bandes transversales imparfaites aux parties supérieures, 
et les deux rectrices médianes marquées de brun. La taille, prise depuis le bout du bec jusqu’à 
l’extrémité de la queue, est de seize à dix-huit pouces. Chez les jeunes, avant la première mue, 
le fond du plumage est brun , avec des taches ou mèches longitudinales en dessous; le plus 




6 


MAP ACES DIURNES. 



souvent, les deux rectrices médianes portent des barres transversales; le bec, la cire, le tour des 
yeux et les pieds sont bleuâtres, et prennent une teinte livide, à mesure que l’Oiseau vieillit. 

Le Gerfaut habite la région polaire 
de l’hémisphère boréal ; il descend en 
Islande dans les hivers rigoureux; 
mais il ne s’y reproduit pas. Il fait 
sa nourriture de grands Oiseaux, et 
principalement de Gallinacés. C’est 
cette Espèce, ainsi que la suivante, 
qui est la plus recherchée par les fau- 
conniers , à cause de son éducabilité. 

Le Faucon islandais ( Falco 
islandicùs , de Brehm ) , nommé par 
Büfïon le Gerfaut d’Islande , a les 
tarses recouverts par les plumes dans 
leurs deux tiers supérieurs ; le tiers 
inférieur et les doigts sont jaunes, 
ainsi que le tour des yeux et la cire; 
les moustaches sont petites ; le bec 
brun de plomb, plus foncé à la pointe ; 
le fond du plumage est brun en des- 
sus , barré et taché de blanc; il est 
blanc en dessous avec des taches 
cordiformes, et des bandes alternes 
claires et foncées sur la queue. Sa 
taille est de dix-huit à vingt pouces. 

Chez le jeune , le plumage est brun , 
unicolore en dessus; puis, après la 
première mue, il offre des bordures 
d’un blanc roussâtre; les parties infé- 

. Faucon dlang. (Falco candicans) . 

neures sont ci un blanc plus ou moins 

roussâtre et marquées de taches longitudinales brunes, plus larges sur les flancs et le ventre. 
La cire, le tour des yeux et les pieds sont d’un bleu plus ou moins foncé. — Le nom spécifique 
de ce Faucon indique sa patrie; il descend quelquefois vers le Sud, mais jamais, dit-on, au 
delà du 60 e parallèle. Il niche sur les rochers les plus escarpés; ses œufs, au nombre de trois 
ou quatre, sont d’un jaune roussâtre clair, avec des taches couleur d’ocre très-rapprochées. 
Les mœurs de cette Espèce sont semblables à celles de l’Espèce précédente. 

Le Faucon Gerfaut ( Falco Gyrfalco , de Scblegel) , nommé par Buffon le Gerfaut de 


Norwége , a les tarses vêtus dans leur moitié supérieure seulement; l’autre moitié est d’un 
jaune verdâtre, ainsi que les doigts; le bec est cendré, bleuâtre avec la pointe noire; les 
moustaches sont très-petites; le fond du plumage est d’un brun bleuâtre en dessus, blanc en 
dessous , tacheté au ventre , et rayé sur les flancs et à la région sous-caudale. La taille est de 
dix-huit pouces. Les jeunes ressemblent à ceux des deux Espèces précédentes ; mais ils sont 
plus petits. Cette Espèce habite la Norwége; les jeunes paraissent quelquefois en Allemagne, 
en Hollande et en France; mais c’est dans les rochers de la Scandinavie que les fauconniers 
vont la chercher depuis des siècles; ils l’estiment moins que le Gerfaut du Groenland et le 
Gerfaut d’Islande, à cause de son caractère obstiné et capricieux. 

Ces trois Espèces, que Vieillot, Temminck et Cuvier réunissaient en une seule, sont bien 


réellement distinctes, et le doute n’est plus permis à cet égard , grâce aux observations de 


M. Scblegel. 




FAMIl/LE DES FALCONIDÉS. 7 

Au reste, ces Espèces, quoique inégalement estimées, étaient très-recherchées par les fau- 
conniers : «Le Gerfaut, dit Pierre Belon, est un Oiseau que nous ne verrions point en France, 
s’il ne nous était apporté d’étrange pays; il est bon à tous vols, car il ne refuse jamais rien, 
et il est plus hardi que nul autre Oiseau de proie. » 

Nous avons en Europe deux autres Espèces appartenant au Sous-Genre des Gerfauts : l’une 
est le Faucon lanier ( Falco Lancirius , de Schlegel), nommé vulgairement le Lanier des 
fauconniers ; le plumage des ailes et des parties supérieures est semblable à celui du Faucon 
pèlerin, avec la nuque d’un brun rouge; les moustaches sont étroites, le bec et les pieds sont 
bleus, l’iris brun; les parties inférieures sont blanches, avec des taches longitudinales 
noirâtres; les rémiges sont noires; la taille est de quatorze à quinze pouces. Cette Espèce se 
trouve en Dalmatie, en Hongrie, en Grèce; elle est très-facile à dresser. «Il n’est, dit notre 
vieux naturaliste Belon, aucun Oiseau de proie qui tienne plus constamment sa perche; on 
l’instruit aisément à voler et prendre la Grue; la saison où il chasse le mieux est après la 
mue , depuis la mi-juillet jusqu’à la fin d’octobre. » 

L’autre Espèce, appartenant comme le Lanier, au Sous-Genre des Gerfauts, est le Faucon 
sacre ( Falco Sacer, de Schlegel, vulgairement nommée le Sacr'e). Elle est plus grande 
de quatre pouces que la précédente. Le plumage du dessus du corps est d’un brun cendré, 
frangé de roux clair; le dessous du corps est blanc, avec des taches d’un roux clair; les 
plumes de la gorge et les sous-caudales sont d’un blanc pur; le sommet de la tête est roux, 
tacheté de brun ; les sourcils sont blancs , rayés de brun ; les moustaches sont étroites et peu 
marquées à la base du bec ; la cire et le tour des yeux sont jaunes ; l’iris brun ; le bec bleuâtre, 
ainsi que les tarses. 

Cette Espèce, très-rare, 
et contestée par quelques 
naturalistes, vit dans les 
régions tempérées du Sud- 
Est de l’Europe. 

A la tête des Faucons 
proprement dits, se place le 
Faucon pèlerin ( Falco 
peregrinus , de Brisson) , 
vulgairement désigné sous 
les noms de Faucon com- 
mun , Faucon passager ; 
les moustaches sont lar- 
ges , longues et noires , 
ainsi que les joues ; le bec 
est noir bleuâtre; les pau- 
pières et la cire jaunes ; 
les pieds robustes, jaunes, 
sont vêtus seulement dans 
leur tiers supérieur ; le 
doigt médian est sensible- 
ment plus long que le tarse ; 
la queue ne dépasse pas le 
bout des ailes; la première 
rémige est plus longue que 
la troisième. Le plumage 
çjes parties supérieures est ’ Faiic ° n pèlerin (/■■«/«> peregrinus.). 

biun, à îaies transversales plus foncées; la gorge et le cou sont blancs; la poitrine blanc 



8 


RAP VUES DIURNES. 


roussâtre tirant sur leïose, marquée de petites stries longitudinales noires; les parties infé- 
rieures sont rayées en travers de brun noir sur un fond cendré , les raies sont plus larges aux 
flancs et au ventre; les rémiges sont d’un brun nuancé de cendré noirâtre, terminées par un 
liséré cendré clair; la queue est d’un cendré bleuâtre, marquée de bandes transversales noires, 
terminée de cendré blanchâtre. La taille du mâle est de quatorze pouces ; la femelle est d’un 
tiers plus volumineuse. 

Le plumage du Faucon pèlerin varie non-seulement suivant l’âge et le sexe, mais encore 
suivant les saisons et les climats ; de là les noms divers imposés à cette Espèce : elle habite 
tout l’hémisphère nord du globe, et y niche dans les rochers les plus escarpés : il y en a beau- 
coup dans les îles de l’Archipel, ainsi qu’aux Orcades et en Islande. La variété nommée autre- 
fois Faucon pèlerin vient du Midi , et c’est elle que l’on prenait dans les falaises des îles de 
Malte et de Candie, pour l’envoyer en Europe; le Faucon niais était celui qu’on avait pris trop 
jeune au nid ; il était criard, difficile à élever, ses ailes ne se développaient pas, et ses jambes 
étaient fragiles; le Faucon sors était pris en septembre; il était alors âgé de trois mois, et 
dans les conditions les plus favorables d’éducabilité ; lorsqu’on les prenait le printemps sui- 
vant, c’est-à-dire à l’âge de neuf à dix mois, ils étaient trop vieux pour être asservis, et on les 
appelait alors Faucons hagards. 

Le vol du Faucon est d’une rapidité que l’œil a peine à suivre. Il s’élève au-dessus de sa 
proie, et fond perpendiculairement sur elle, comme s’il tombait des nues: les Gallinacés sonl 
sa nourriture ordinaire ; il recherche surtout les Faisans et les Poulets: c’est ce qui l’a fait 
nommer Épervier à poules aux États-Unis, et mangeur de poulets à la Louisiane. Mais les 
Américains ne lui donnent pas tous les titres qu’il mérite : « Voyez , dit l’ornithologiste 
Audubon, ces deux pirates déjeunant à la fourchette : le mâle dépèce une Sarcelle, et la femelle 
un Canard; ils semblent, dans un tête-à-tête amical, se féliciter de leur bonne aubaine, et dis- 
serter sur la saveur du mets friand qu’ils ont conquis: on les prendrait pour des. épicuriens ; 
ce ne sont que des gloutons, et leur voracité n’est égalée que par leur audace; ils enlèvent 
sur l’eau les Canards, les Sarcelles, les Oies, et les transportent sur le rivage; il faut que le 
fleuve soit bien large pour que le ravisseur fatigué lâche sa proie: alors il en cherche une 
autre plus près de terre, et quand il l’a saisie, triomphant, il l’emporte en lieu sûr pour la 
dévorer. J’ai vu un Faucon venir à trente pas de mon fusil , se jeter sur une Sarcelle que je 
venais d’abattre. Il n’est pas moins avide de Pigeons que.de Canards; il court se jeter au 
milieu de leurs bandes qui voyagent dans les hautes régions de l’air et qui, pour échapper à 
sa griffe, exécutent les plus habiles évolutions: il ose même quelquefois les attaquer dans le 
domicile que l’homme leur a préparé. J’en surveillai un, pendant plusieurs jours, qui avait 
conçu une telle affection pour mes Pigeons qu’il se permettait d’entrer dans le colombier par 
une porte et en sortait par l’autre avec une victime; voyant la terreur et le désordre que ces 
invasions causaient parmi mes Pigeons, et craignant que ceux-ci n’émigrassent, je mis à mort 
le voleur. 

« Quand le Faucon est en quête, il se perche souvent sur les branches les plus élevées d'un 
arbre, dans le voisinage des terres marécageuses: on voit sa tête se remuer par saccades 
périodiques , comme pour mesurer les distances qui le séparent de sa proie ; il épie une 
Bécasse depuis quelques instants : tout à coup il se précipite sur elle avec un bruit terrible , 
l’étreint de ses serres acérées , et va la dévorer dans quelque bois voisin. 

« Il plume adroitement, avec son bec, sa proie qu’il tient entre ses pattes; aussitôt qu’une 
partie est plumée, il la déchire en lambeaux, dont il se repaît avidement. S’il voit s’approcher 
un ennemi , il s’enfuit avec son butin , et va le cacher dans l’intérieur de la forêt. G’est sur- 
tout en rase campagne qu’il montre de la défiance. » 

Malgré la justesse de son coup d’œil, la rapidité de son vol et l’habileté de ses manœuvres, 
le Faucon commun ne réussit pas toujours à s’emparer de sa proie : Baumann a vu un Pigeon ^ 
poursuivi par un Faucon, se précipiter dans un étang, plonger, sortir de l’eau sain et sauf. 


F \ MILLE DES FALCONIDÉS. 


9 


et échapper ainsi aux serres de son ennemi. Quelquefois même ce Rapace est vaincu par des 
Oiseaux moins puissants que lui, dans lesquels il attaque des rivaux ou une proie : M. Gérard 
a vu un Corbeau tuer un Faucon d’un coup de bec qui lui fendit le crâne. 

Le Faucon se nourrit d’AIouettes quand il n’a pas d’autre pâture. S’il est pressé par la 
faim, il s’abat quelquefois sur des poissons morts, déposés le long du rivage. Audubon en a 
vu se nourrir ainsi pendant qu’il côtoyait le Mississipi pour observer les mœurs des Oiseaux. 

La hardiesse est la note caractéristique du Faucon commun : on le voit poursuivre sa proie 
jusque sous le fusil du chasseur, et souvent payer de sa vie cette insolente agression. 

Mais, dans la plupart des cas, son audace reste impunie : nous citerons, à ce sujet, 
une observation intéressante de M. Gerbe, dont il rend compte dans une lettre adressée â 
M. Degland. 

« Il y a quelques années, un Faucon pèlerin était venu s’établir, en septembre, sur les tours 
de la cathédrale de Paris. Pendant plus d’un mois qu’il y demeura , il faisait tous les jours 
capture de quelques-uns de ces Pigeons que l’on voit voltiger çà et là au-dessus des maisons. 
Lorsqu’il apercevait une bande de ces Oiseaux, il quittait son observatoire, rasant les toits, 
ou gagnant le haut des airs, puis fondait sur la bande, et s’attachait à un seul individu qu’il 
poursuivait avec une audace inouie, quelquefois à travers les rues des quartiers les plus popu- 
leux. Rarement il retournait à son poste sans emporter dans ses serres une proie , qu’il dépe- 
çait tranquillement, et sans paraître affecté des cris que poussaient contre lui les enfants. II 
chassait le plus habituellement le soir, entre quatre et cinq heures, quelquefois dans la mati- 
née; tout le reste de la journée il se tenait tranquille. Les amateurs, aux dépens de qui vivait 
ce Faucon, finirent par ne plus laisser sortir leurs Pigeons, ce qui, probablement, contribua 
à l’éloigner d’un lieu où la vie était pour lui si facile. » 

Le Faucon se reproduit en France: on en a vu nicher dans les Alpes, les Pyrénées et les 
falaises de la Normandie; il y choisit un endroit élevé, et dépose, à nu, dans un trou ou dans 
une anfractuosité de rocher, ses œufs, couverts, sur un fond clair,. de petites taches variant 
du gris-brun à la couleur du sang figé. La femelle couve seule, mais le mâle va à la chasse et 
pourvoit à la nourriture. Tous deux montrent pour leurs petits la plus vive sollicitude, et, dès 
qu’un danger les menace, ils les défendent avec courage. Dès que les petits sont adultes, leurs 
parents les chassent pour les dépayser, en jetant des cris perçants et presque continuels ; et 
c’est lorsqu’ils viennent d’être expulsés du domicile paternel, qu’ils sont plus faciles à prendre 
et à élever. — Ces Oiseaux jouissent d’une étonnante longévité : on prit, il y a cinquante ans, 
au cap de Bonne-Espérance, un Faucon portant un collier d’or sur lequel était gravé qu’en 
1610 cet Oiseau appartenait au roi d’Angleterre Jacques I er : il avait par conséquent cent 
quatre-vingts ans, et conservait encore beaucoup de vigueur. 

Maintenant que nous avons fait l’histoire du Gerfaut et des Faucons, il est à propos de 
donner au lecteur quelques détails sur la chasse à l’Oiseau. 

Réduire l’animal sauvage à abdiquer l’exercice de sa volonté , et à perdre toute confiance 
en ses propres ressources ; lui faire voir dans l’homme l’arbitre suprême de son repos et 
de son bien-être; en un mot, l’assujettir par la crainte et le fixer par l’espérance , tel est le 
but que se propose le fauconnier ; et l’on verra bientôt que l’art d’apprivoiser les Mammifères 
susceptibles de domesticité est basé sur les mêmes principes. — Il faut d’abord, pour dresser 
le Faucon, le faire consentir à demeurer immobile à la même place, et privé de la lumière du 
jour; un supplice de soixante-douze heures suffit pour cela. Pendant tout ce temps, le fau- 
connier porte continuellement sur le poing l’Oiseau, armé d’entraves nommées jets: ce sont 
de menues courroies , terminées par des sonnettes , qui servent à lier ses jambes. Dans cette 
position, on l’empêche soigneusement de dormir, et, s’il se révolte, on lui plonge la tête dans 
l’eau. Au tourment de l’insomnie on ajoute celui de la faim; et bientôt l’animal, vaincu par 
l’inanition et la lassitude, se laisse coiffer d’un chaperon. Lorsque, étant décoiffé, il saisit la 
viande qu’on a soin de lui présenter de temps en temps, et qu’ensuite il se laisse docilement 

2 



10 MA PAGES DIURNES. 

remettre le chaperon, on juge qu’il a renoncé à sa liberté, et qu’il accepte pour maître celui 
de (|ui il tient la nourriture et le sommeil. C’est alors que, pour augmenter sa dépendance, 

on augmente ses besoins : pour cela on stimule artificiellement 
son appétit, en lui nettoyant l’estomac avec des pelotes de filasse, 
retenues par un lil , qu’on lui fait avaler, et qu’on retire ensuite. 
Cette opération, nommée cure, produit une faim dévorante, que 
l’on satisfait après l’avoir excitée ; et le bien-être qui en résulte 
attache l’Animal à celui même qui l’a tourmenté. 

Lorsque cette première leçon (qu’il faut quelquefois réitérer) 
a réussi, on porte l’Oiseau sur le gazon dans un jardin : là, on 
lui enlève son chaperon, et le fauconnier lui présente un morceau 
de viande ; s’il saute de lui-même sur le poing pour s’en repaître, 
son éducation est déjà fort avancée, et l’on s’occupe de lui faire 
connaître le leurre. Le leurre est un morceau de cuir garni d’ailes 
et de pieds d’Oiseau; c’est une effigie de proie, sur laquelle est attaché un morceau de viande; 
il est destiné à réclamer l’Oiseau, c’est-à-dire à le faire revenir, lorsqu’il se sera élevé dans 
les airs. Il est important que le Faucon soit, non-seulement accoutumé, mais affriandé à ce 
leurre, qui doit toujours être la récompense de sa docilité : ainsi, après l’avoir dompté par la 
faim, on consolide sa servitude par la gourmandise; mais le leurre ne suffirait pas sans la voix 
du fauconnier. — Lorsque l’Oiseau obéit au réclame dans un jardin, on le porte en pleine 
campagne, on l’attache à une filière ou ficelle, de soixante pieds de longueur; on le découvre, 
et, en l’appelant à quelques pas de distance, on lui montre le leurre; s’il fond dessus, on lui 
donne de la viande ; le lendemain, on la lui montre d’un peu plus loin, et quand il fond sur 
son leurre de toute la longueur de la filière, il est complètement assuré. 

Alors, pour achever l’éducation du Faucon, il faut lui faire connaître et manier le gibier 
spécial auquel il est destiné; on en conserve de privés pour cet usage : cela s’appelle donner 
f’escap. On attache d’abord la victime à un piquet, et on lâche dessus le Faucon, retenu par 
sa filière. Quand il connaît le vif, on le met hors de filière et on le lance sur une proie libre, à 
laquelle on a préalablement cousu les paupières pour l’empêcher de se défendre. Enfin, quand 
ou est bien assuré de son obéissance , on le fait voler pour bon. 

La chasse à l’Oiseau, dont la Noblesse d’autrefois faisait ses délices, avait moins souvent 
pour but de procurer au chasseur une proie comestible, que de lui offrir un spectacle récréatif : 
le vol du Faisan, de la Perdrix, du Canard sauvage, était, disait-on , plaisir de gentilhomme ; 
mais ce qu’on nommait plaisir de prince , c’était le vol du Milan, du Héron, de la Corneille 
et de la Pie, véritable gibier de luxe, sans aucune valeur culinaire. Le vol du Milan était le 
plus rare de tous. La première difficulté à vaincre était de le faire descendre des hautes régions 
de l’atmosphère, où le Faucon lui-même n’aurait pu l’atteindre : pour cela, on prenait un 
Duc (espèce de Rapace nocturne dont nous parlerons bientôt) ; on affublait ce Duc d’une 
queue de Renard pour le rendre plus remarquable, et on le laissait ainsi , dans une prairie, 
voltiger à fleur de terre. Bientôt le Milan, planant dans la nue pour guetter une proie, distin- 
guait de sa vue perçante un objet bizarre , s’agitant sur le sol ; il descendait pour l’examiner 
de plus près; aussitôt on lançait sur lui un Faucon, qui, dès l’abord, s’élevait au-dessus du 
Milan, pour fondre sur lui verticalement; alors commençait un combat, ou plutôt des évolu- 
tions de l’intérêt le plus varié : le Milan, fin voilier, fuyait devant le Faucon en s’élevant, 
s’abaissant, croisant brusquement sa route, et prenant, à angle aigu, les directions les plus 
imprévues : le Faucon, non moins agile que lui , mais plus courageux, et en outre stimulé par 
la faim, le poursuivait avec ardeur dans ses mille circonvolutions; il le saisissait enfin, et 
l’apportait à son maître. 

Le vol du Héron et de la Cigogne était moins amusant pour le spectateur, et plus dangereux 
pour le Faucon; l’Animal poursuivi se laissait plus facilement atteindre, mais il se défendait 


FAMILLE DES FALCONIDÉS. Il 

avec plus de courage, et l’assaillant recevait quelquefois de sa victime des blessures, auxquelles 
il ne survivait pas longtemps. On employait même le Faucon, et surtout le Gerfaut, à la 
chasse du Lièvre : on faisait d’abord partir celui-ci au moyen d’un limier; puis le Faucon, 
lancé à l’avance, et volant au-dessus de la plaine, apercevait le Lièvre, et tombait sur lui 
comme un plomb. 



C liasse a l’oiseau. 


Mais de tous les vols, le plus amusant, le plus riche en incidents, le plus commode à 
observer, le plus facile, sinon le plus noble, était le vol de la Corneille : on se servait, 
comme pour le Milan, d’un Duc, afin de l’attirer, puis on lançait sur elle deux Faucons. 
L’Oiseau poursuivi s’élevait d’abord au plus haut des airs, les Faucons parvenaient bientôt à 
prendre le dessus; alors la Corneille, désespérant de leur échapper par le vol , descendait avec 
une vitesse incroyable , et se jetait entre les branches d’un arbre : les Faucons ne l’y suivaient 
pas, et se contentaient de planer au-dessus. Mais les fauconniers venaient sous l’arbre où 
s’était réfugiée la Corneille, et, par leurs cris, la forçaient de déserter son asile. Elle tentait 
encore toutes les ressources de la vitesse et de la ruse, mais le plus souvent elle demeurait 
au pouvoir de ses ennemis. 

Le vol de la Pie est aussi vif que celui de la Corneille : il ne se fait point de poing en 
fort , c’est-à-dire que le Faucon n’attaque pas en partant du poing; ordinairement on le jette 
à mont , parce qu’on attaque la Pie lorsqu’elle est dans un arbre. Les Faucons, étant jetés et 
élevés à une certaine hauteur, sont guidés par la voix du fauconnier et les mouvements du 
leurre; lorsqu’on les juge à portée d’attaquer, on se hâte de faire partir la Pie, qui cherche à 
fuir d’arbre en arbre. Souvent elle est prise au moment du passage; mais, quand le Faucon 
l’a manquée, on a beaucoup de peine à la faire partir de l’arbre qui lui a servi de refuge; sa 
frayeur est telle, qu’elle se laisse prendre par le chasseur, plutôt que de s’exposer à la terrible 
descente du Faucon. 

Lorsqu’il s’agit du vol pour champ ou pour rivière , c’est-à-dire de la chasse de la Perdrix 
et du Faisan, ou du Canard sauvage, on emploie la même manœuvre : on jette à mont le 
Faucon, c’est-à-dire qu’on le lance dans les airs avant que le gibier soit levé; et lorsque le 
Rapace plane, le fauconnier, aidé d’un Chien, fait partir le Faisan ou la Perdrix, sur lequel 
l’Oiseau descend. Pour le Canard, on met à mont jusqu’à trois Faucons, puis on fait lever le 




12 BAPACES DILBNES. 

Canard; et lorsque la peur qu’il a des Faucons l’a rendu dans l’eau, des Chiens se jettent à la 
nage pour le forcer à reprendre son vol. 

Ce n’est pas seulement en Europe que l’on cultivait la •fauconnerie : elle llorissait dans 
toute F antiquité, et florit encore aujourd’hui chez les peuples de l’Asie et de l’Afrique sep- 
tentrionale. Là, toutefois, comme chez nous, ce plaisir n’appartient qu’aux gens riches. 
Les Persans et les habitants du Mogol poussent même plus loin que nous l’éducation du 
Faucon; ils le dressent à voler sur toute sorte de proie, et pour cela ils prennent des Grues et 
d’autres Oiseaux, qu’ils laissent aller, après leur avoir cousu les yeux : aussitôt ils font voler 
le Faucon, qui les prend fort aisément. Il y a des Faucons pour la chasse du Daim et de la 
Gazelle, qu’ils instruisent, dit le voyageur ïhévenot, d’une manière très-ingénieuse. « Ils ont 
des Gazelles empaillées , sur le 
et jamais ailleurs. Après qu’ils 
les ont ainsi élevés, ils les mè- 
nent à la campagne, et lors- 
qu’ils ont découvert une Gazelle, 
ils lâchent deux de ces Oiseaux, 
dont l’un va fondre sur le nez 
de la Gazelle, et s’y cramponne 
avec ses griffes. La Gazelle s’ar- 
rête , et se secoue pour s’en 
délivrer; l’Oiseau bat des ailes 
pour se retenir accroché , ce 
qui empêche encore la Gazelle 
de bien courir, et même de voir 
devant elle; enfin, lorsque avec 
bien de la peine elle s’en est 
défaite, l’autre Faucon, qui est 
en l’air, prend la place de celui 
qui est à bas, lequel se relève 

pour succéder à son compagnon lorsqu’il sera tombé; et, de cette sorte, ils retardent tellement 
la course de la Gazelle, que les Chiens ont le temps de l’attraper. Il y a d’autant plus de plaisir 
à ces chasses, que le pays est plat et découvert, y ayant fort peu de bois. » Ce même pro- 
cédé, rapporte un autre voyageur célèbre, s’applique à la chasse de l’Ane sauvage et du 
Sanglier. 

Nous ne pousserons pas plus loin ces détails de vénerie, qui pourraient sembler fastidieux 
a quelques-uns de nos lecteurs, mais que leurs aïeux, et surtout leurs aïeules, auraient cer- 
tainement accueillis avec un vif intérêt : le vol du Faucon était en effet la chasse favorite des 
dames. Ce plaisir élégant devrait encore animer la vie de château. Nous nous rappelons, à 
ce sujet, la boutade d’un vieux gentilhomme, adressée, devant nous, il y a vingt ans, à de 
jeunes romantiques : « Adorateurs du moyen âge et de la renaissance, vous vous imaginez qu’il 
suffit, pour reproduire la poésie de ces temps antiques , de vous entourer de meubles historiés, 
de porter une barbe en pointe, de donner à vos cheveux une coupe cléricale, et de serrer votre 
poitrine d'homme dans un étroit justaucorps : ce que vous devriez emprunter à cette époque, 
ce sont les passions énergiques, les dévouements inaltérables, les haines vigoureuses, les 
études fortes, la foi robuste, l’insousiance du positif, le culte des dames, et la chasse à 
l’Oiseau, » 

L’art de la Fauconnerie, qui a été rapporté de l’Orient par les Croisés , et que l’invention 
des armes à feu a fait tomber en désuétude, n’est pas encore tout à fait oublié : il est resté en 
honneur dans certaines villes de l’Angleterre et de l’Allemagne. Il y a en Belgique, près rte 
\amiir, un village nommé Fn/ken-flnuzer , dont les habilants ont pour unique industrie 


nez desquelles ils donnent toujours à manger à ces Faucons, 



Chasse a la Gazelle. 


FAMILLE DES FALCONIDÉS. 


13 

l’éducation du Faucon. Ils vont chercher ces Oiseaux dans le Hanovre, reviennent les dresser 
dans leur village, et les vendent ensuite dans le nord de l’Europe, à l’aide de correspondances 
qu’ils y entretiennent avec soin. Lorsqu’ils ont placé un Faucon dressé, ils restent chez l’ache- 
teur jusqu’à ce que le Faucon soit habitué à obéir à la voix de son nouveau maître. 

Le Faucon Hobereau (Falco Subbuteo , de Linné), nommé vulgairement le Hobereau, 
a des moustaches étroites et pointues , les pieds grêles , les doigts allongés ; le médian est plus 
long que le tarse; les ailes dépassent le bout de la queue; le bec est bleuâtre, l’iris de couleur 
noisette; les paupières, la cire et les pieds sont jaunes; le plumage des parties supérieures est 
d’un cendré bleuâtre, varié de roussàtre au front et au sommet de la tête, avec deux taches 
rousses à la nuque, et la tige des plumes d’une nuance noire; la gorge, le devant et les côtés 
du cou sont blancs; la poitrine, l’abdomen, d’un blanc teinté de roussàtre, marqué de taches 
larges et longitudinales noirâtres; les plumes sous-caudales, celles du bas ventre et de la 
jambe, sont d’un roux très-vif; les joues sont noires, ainsi que les moustaches, qui se pro- 
longent du hec aux parties latérales du cou; les rémiges sont brunes, terminées par un léger 
liséré grisâtre; la queue est brune, avec des bandes transversales cendrées sur les barbes 
internes des dix pennes latérales. La taille du mâle est de onze pouces. 

Le Hobereau est une Espèce européenne assez répandue en France, et y vivant sédentaire; 
il habite aussi l’Afrique. Il niche sur les arbres les plus élevés ou dans les fentes des rochers. 
La femelle pond trois ou quatre œufs blanchâtres ou roussàtres, pointillés de rougeâtre et 
tachés de fauve : leur grand axe est de treize lignes. 

Cet Oiseau fait sa principale pâture de l’Alouette : il monte après elle quand elle a com- 
mencé son ascension, il la dépasse et la saisit en descfflvdant; l’Alouette, poursuivie par lui, 
est saisie d’une terreur telle, qu’elle vient souvent sé jeter entre les jambes des paysans; mais 
cette terreur se dissipe promptement, et quand l’Alouette a pu s’élever assez haut pour être 
hors de la portée de son ennemi, dont le vol est bas, elle reprend sa chanson joyeuse. 

Les Hirondelles, qui poursuivent de leurs cris les petits Rapaces, ont une grande frayeur 
du Hobereau. Naumann rapporte qu’il vit tomber à terre une Hirondelle, poursuivie avec ses 
compagnes par un Hobereau; il la ramassa, la tint dans sa main , et elle y resta longtemps 
immobile, avant d’oser reprendre son vol. Le Hobereau est moins facilement éducable que le 
Faucon commun; on le porte sur le poing, mais sans chaperon, et on l’emploie surtout pour 
voler la Caille et la Perdrix. Du reste, si, à l’état de captivité, il laisse exploiter son industrie 
par l’homme, il sait, quand il est libre, tirer parti de la nôtre : dès qu’il voit un chasseur et 
son Chien battre la campagne, il les suit de près, ou plane au-dessus de leur tête, et confisque 
à son profit le gibier qu’ils ont fait lever, et que l’homme a tiré sans succès. Sous l’ancienne 
monarchie, on appliquait avec dérision le nom de Hobereau à des gentilshommes campa- 
gnards : on désignait surtout par là le gentilhomme à lièvre, qui allait chasser chez ses voisins 
sans en être prié. Buffon pense que ce nom peut venir aussi de ce qu’autrefois tous ceux qui 
n’étaient point assez riches pour entretenir une fauconnerie se contentaient d’élever des Hobe- 
reaux pour la chasse; cette étymologie est plus vraisemblable et surtout moins injurieuse que 
la première. 

Le Hobereau est aussi audacieux que le Faucon ; non-seulement il poursuit sous le fusil du 
chasseur les Alouettes et les Cailles que le Chien de celui-ci a fait lever, mais le bruit des 
armes à feu ne l’épouvante pas. 

M. Hippolyte Bouteille, qui a publié une très-bonne Ornithologie du Dauphiné, rapporte 
qu’il en trouva cinq ou six, pêchant fort adroitement des Grenouilles dans une flaque d’eau, et 
qu’il en fusilla plusieurs, sans que les autres se dérangeassent en rien de leur manège. Toute- 
fois, la témérité du Hobereau lui devient fatale, car il lui arrive souvent de se précipiter dans 
les filets de l’oiseleur en voulant saisir les Chanterelles qu’on y a placées pour attirer le gibier. 

A défaut de chair palpitante, le Hobereau se rabat sur les Insectes coléoptères et orthoptères, 
et notamment sur les Criquets. 


14 


RAPAGES DIURNES. 

Le Faucon Émërillon ( Falco cesalon , de Linné) , désigné par Butlon , le mâle sous 
le nom de Rochier ( F . lithofalco, de Gmelin), la femelle sous celui (Y Émerillon, a des 
moustaches faibles, milles à la base du bec; les doigts sont allongés, le médian est égal au 
tarse; les ailes aboutissent aux deux tiers de la queue ; la première rémige est plus longue que 
la quatrième, et plus courte que la deuxième et la troisième. Le bec est bleuâtre, l’iris brun; 
la cire, les paupières et les pieds sont jaunes. Le plumage est cendré bleu en dessus, avec 
la tête et le haut du dos nuancés de brunâtre; la gorge est blanche, le devant du cou blanc, 
nuancé de roussâtre , avec des stries brunes ; la poitrine , 1 abdomen , les sous-caudales et la 
jambe sont roux, tachetés de brun; les rémiges brunes, et terminées de blanchâtre; la queue 
est grise; elle porte, vers son extrémité , une large bande noire, et se termine par un liséré 
blanchâtre. La taille du mâle est de neuf pouces; la femelle est plus grande de deux pouces. 

L’Émerillon est le plus petit de tous nos 
Oiseaux de proie : il ne dépasse pas les 
dimensions de la Grive; docile, ardent et 
courageux comme le Faucon, il sert pour 
la chasse des Alouettes, des Cailles et même 
des Perdrix , qu’il prend et transporte , 
malgré leur volume supérieur au sien. Sa 
manœuvre , pour s’emparer des Perdrix et 
des Pigeons , réussit presque toujours : 
quand il poursuit une compagnie de ces 
Oiseaux , il commence par isoler de ses 
compagnons celui qu’il convoite, puis il 
décrit autour de lui une spirale qu’il res- 
serre de plus en plus, jusqu’au moment 
oh il saisit sa victime, qu’il heurte de sa 
poitrine assez violemment pour la tuer du 
coup, quand sa griffe l’a manquée. D’au- 
tres fois , c’est en passant rapidement le 
long des haies qu’il enlève sa proie ; son 
aspect terrifie les Oiseaux cachés dans le 
feuillage; et ils se laissent prendre sans 
chercher à fuir. 

Il habite pendant l’été le nord de l’Eu- 
rope , et descend en automne dans les ré- 
gions méridionales, pour y passer l’hiver. 

Il niclie sur les arbres et dans les fentes 
des rochers; de là le nom de Rochier, qu’on lui donne dans certains pays. Ses œufs, au 
nombre de cinq ou six , sont petits, jaunâtres, tachetés de blanc; leur grand axe est de seize 
lignes , le petit de quatorze lignes. 

Le Faucon Kobbz ( Falco vespertinus , de Linné) , a des moustaches milles ou presque 
milles , les pieds grêles , les doigts courts, le médian plus court que le tarse, qui est emplumé 
dans la moitié supérieure; les ailes atteignent le bout de la queue; la première rémige est plus 
longue que la troisième; les ongles sont jaunâtres, les pieds d’un rouge brunâtre, ainsi que 
le tour des yeux et la cire; l’iris est brun clair; le bec est livide, noirâtre à sa pointe. Le plu- 
mage est d’un gris bleuâtre, plus foncé en dessus et sur les tiges des plumes; les cuisses, les 
jambes, le ventre et les rectrices inférieures de la queue sont d’un roux vif; les grandes et les 
petites rémiges d’un gris de plomb, les intermédiaires brunes sur leurs barbes externes. La 
taille est de dix pouces et demi. 

Le K niiez est commun en Pologne , dans la Russie méridionale, en Vutriche. dans le Tyrol, 



Faucon Emerillon ( Falco œsahm . 


FAMILLE DES FALCONIDÉS. 


15 


dans les Apennins, et rare en France. Il est de passage dans nos provinces du Midi; sa nour- 
riture consiste en Sauterelles qu’il saisit au vol , en Coléoptères et autres Insectes qu’il va, 
dit-on, chercher dans la fiente des Herbivores. 

Le Kobez place son nid sur les arbres élevés qui forment la lisière des bois; souvent il 
néglige d’en construire un , et s’empare de celui de la Pie. 11 pond trois ou quatre œufs 
courts, roux, mouchetés et tachetés de brun rougeâtre; leur 'grand axe est de quinze lignes, 
le petit de treize lignes et demie. 

Ce Faucon diffère par ses mœurs de ceux dont nous avons fait l’histoire avant la sienne : 
les Gerfauts, le Pèlerin, le Hobereau, l’Émerillon, vivent solitaires ou par couple, et éloignent 
de leur canton les Rapaces de leur Espèce. Les Kobez , au contraire , aiment la société de 
leurs semblables, et on les rencontre en troupes, souvent assez nombreuses. Le soir, avant le 
coucher du soleil, tous les individus, commensaux d’un même canton, se réunissent, et 
s’ébattent dans les airs jusqu’à la nuit, puis ils se portent ensemble sur un arbre, pour s’y 
reposer jusqu’au lendemain : de là leur nom spécifique de vespertinus. 

Le Faucon Crécerelle ( Falco tinnumulus , de Linné), vulgairement nommé Crécerelle, 
Emouchet , Mouquet , a des moustaches peu apparentes, les pieds grêles, les doigts courts, 
le médian de la longueur du tarse, qui 
est emplumé dans son tiers supérieur; 
les ailes arrivent aux trois quarts de 
La queue; la première rémige égale la 
quatrième ; la deuxième et la troi- 
sième sont les plus longues ; les on- 
gles sont noirs, les pieds jaunes, ainsi 
que la cire et les paupières; l’iris est 
hrun noisette, le hec est bleuâtre. Le 
dessus de la tête et du cou est d’un 
cendré bleuâtre ; le dessus du corps 
et des ailes, d’un brun rouge, varié 
de taches angulaires noires; le des- 
sous du corps est roussâtre, avec des 
raies longitudinales à la poitrine , et 
des taches arrondies ou ovalaires à 
l’abdomen et sur les flancs ; le devant 
des veux est blanc jaunâtre, les jones 
d’un cendré bleuâtre ; les rémiges bru- 
nes, terminées et bordées en dehors 
de gris roussâtre ; la queue est cendré 
bleuâtre , avec une large bande noire 
et une blanche plus petite , à l’extré- 
mité. La taille est de treize pouces. 

La Crécerelle est l’Oiseau de proie 
le plus répandu dans les régions tem- 
pérées de l’Europe; on la dresse quel- 
quefois pour la fauconnerie; elle a 
les doigts moins longs que l’Émerillon 
et le Hobereau, et son vol est moins 
lapide; aussi chasse-t-elle de préférence les Souris, les Mulots, les Lézards, les Insectes et 
les petits Oiseaux lorsqu’ils sont perchés; mais, lorsque ces derniers ont pris la fuite devant 
elle, elle les poursuit avec acharnement , jusque dans l’intérieur des maisons; c’est elle qu’on 
\ oit communément planer dans les airs, en jetant un cri aigu et fréquent, auquel elle doit 



Faucon crécerelle ( Falco tinnunculus). 


I(> 


li \l> VCES 1)11 H N ES. 


son nom de Crécerelle , que traduit exactement tinnunculus. La Crécerelle niche dans les 
vieilles tours et dans les masures; souvent aussi elle s’établit dans les forêts, sur les arbres 
les plus élevés, où elle construit, avec des bûchettes et des racines, un nid assez grossier 
qui reçoit cinq ou six œufs, rougeâtres à leurs deux bouts, dont le grand axe est de seize 
lignes et demie , et le petit de onze lignes ; elle nourrit ses petits , d’abord avec des Insectes , 
puis avec des Mulots; cette fécondité, qui est un caractère exceptionnel dans les Rapaces, 
explique pourquoi la Crécerelle est si commune; au reste, ces Animaux se nourrissant d’Oi- 
seaux qui émigrent à la mauvaise saison, ou d’insectes et de Reptiles, qui se cachent sous 
terre pendant le froid , plusieurs de ceux qui habitent une même contrée la quittent aux 
approches de l’hiver, et ceux qui restent sont réduits aux petits Oiseaux granivores, aux Mulots 
et aux Souris; ils avalent ces petits Mammifères tout entiers, et, après la digestion , ils rendent 
par le liée la peau roulée et les os. 

Les Crécerelles ont le caractère sociable des Kobez , et voyagent souvent en compagnie de 
ces derniers. 

Le Faucon crécf.rellette ( Falco cenchris , de Naumann) , vulgairement nommé 
Crécerine , a les pieds grêles, les doigts courts, le médian plus court que le tarse, les ailes 
atteignant le bout de la queue ; la première et la deuxième rémige sont égales ; les ongles sont 
jaunâtres; les pieds sont jaunes, ainsi que la cire et les paupières ; l’iris est brun jaunâtre ; le 
bec bleuâtre, livide à la base; le plumage ressemble assez à celui de la Crécerelle; la taille 
est de onze pouces et demi. 

La Crécerine habite le littoral de la Méditerranée; elle est sédentaire en Grèce, et de pas- 
sage dans le midi de l’Europe et en France oii elle arrive au printemps, pour repartir en 
automne. Ses mœurs sont analogues à celles de la Crécerelle: elle vit de Coléoptères, d’Or- 
thoptères et de petits Reptiles. Le nom de cenchris vient du grec xsyypoç , signifiant millet , et 
fait allusion aux taches noires, semblables à des grains de millet, qui garnissent l’abdomen et 
les flancs. La crécerine niche dans les vieux châteaux et les crevasses des rochers ; elle pond 
trois ou quatre œufs très-courts, plus petits que ceux de la Crécerelle, d’un blanc rougeâtre, 
ponctué et moucheté de rouge et de brun. 

Les autres Espèces du Genre Faucon, dont nous allons parler, n’appartiennent pas à 
l'Europe. Nous commencerons par citer le Faucon moineau (Falco cœru/escens, deGmelin), 
vulgairement nommé Hobereau-moineau , le plus petit des Oiseaux de proie connus, qui 
habite l’Inde, le Rengale et Sumatra. Le bec et les tarses sont plombés, le front est roux, le 
dessus du corps, les ail^s et les flancs sont d’un noir bleuâtre; la gorge est blanche; le des- 
sous du corps est roux ; la queue est traversée par quatre raies blanches. 

Le Faucon chicquera ( Falco chicquera, de Daudin) habite File de Java et Pondichéry; 
son nom spécifique est indien, et usité à Chandernagor. Le front, la tête et l’occiput sont d’un 
roux vif; le dessus du corps est gris cendré ; le dessous est blanchâtre, rayé de gris clair; la 
queue est grise, ponctuée de noir en-dessus, et terminée par une large raie noire; les tarses 
sont jaunes , ainsi que le bec et l’iris. 

Le Faucon montagnard ( Falco rupicolus , de Daudin), nommé le Montagnard par 
Levaillant, est une Espèce très-commune dans la Cafrerie et au Cap de Bonne-Espérance; il 
ressemble à la Crécerelle; le bec est plombé, et la cire jaune, ainsi que les tarses et les 
doigts; les ongles sont noirs; le dessus du corps est d’un roux foncé, avec des taches trian- 
gulaires noires; les plumes du ventre et des jambes sont d’un gris-brun; celles de la poitrine 
et des flancs , d’un roux clair, et parsemées de taches longitudinales foncées ; la queue 
est d’un roux clair, à bandes brunes. Le Montagnard habite les montagnes couvertes de 
rochers, où il construit, sans abri supérieur, un nid grossier qui contient ordinairement six à 
huit œufs d’un roux foncé ; quand ses petits sont éclos, il les défend avec intrépidité contre les 
agressions étrangères; le Montagnard est un peu plus fort que la Crécerelle, et son cri aigre et 
perçant est à peu près le même. Il fait sa proie de petits Mammifères, de Reptiles et d’insectes. 


17 


FAMILLE DES FALCONIDÉS. 

Le Faucon huppé (Falco frontalis, de Daudin), appartient, comme l’Espèce précédente, 
au midi de l'Afrique, et tire son nom de la huppe très-apparente qu’il porte sur la tête ; cette 
huppe part du front, et, quand il la couche, elle s’étend jusque derrière la tête ; l’Oiseau la 
relève ou l’étale, suivant les diverses passions qui l’agitent ; le mâle est de la grosseur d’un 
Pigeon, la femelle est d’un quart plus volumineuse. Le bec est bleuâtre, à bout noir; les deux 
mandibules sont fortement dentées; l’iris est d’un jaune orangé, ainsi que les tarses et les 
doigts ; les ongles sont noirs , longs et très-effilés ; le dessus du corps est d’un gris ardoisé ; 
le dessous offre, sur le même fond, des bandes transversales, ainsi que la queue. Ce Faucon 
ne chasse pas, il pêche ; c’est au bord des grands lacs, près des rivages de la mer, qu’il établit 
son domicile, afin d’avoir à sa portée les Poissons, les Crabes, les Oursins et les Mollusques 
dont il fait sa nourriture; il écarte à grands coups de bec de son domaine, mais sans les 
dévorer, les Mouettes, les Albatros, les Pélicans, qui, malgré leurs dimensions supérieures 
aux siennes, le fuient, et vont chercher ailleurs la pâture dont les prive la despotique rivalité 
du Faucon huppé. Celui-ci niche sur les rochers qui bordent la plage maritime ou sur les 
arbres qui entourent le lac : il pond ordinairement quatre œufs d’un blanc roussâtre ; le mâle 
partage avec sa femelle les soins de l’incubation, et lorsqu’elle couve, il va pêcher, et lui 
apporte sa nourriture, ainsi qu’aux petits, quand ils sont éclos. La famille vit longtemps 
réunie, et les jeunes ne se séparent que pour rendre à une nouvelle postérité les soins qu’ils 
ont reçus de leurs parents. 

Le Faucon a culotte noire ( Falco tibialis , de Daudin) est une Espèce africaine, un 
peu plus grosse qu’un Pigeon ; le bec est de couleur de corne ; la cire est jaune ; l’iris est d’un 
brun noisette très-vif; les plumes des épaules, du dos, et les scapulaires, formant le manteau, 
sont d’un gris brun, à tige plus foncée ; celles du dessous du corps sont d’un roussâtre léger; 
celles des cuisses et des jambes sont d’un noir brun, de là le nom spécifique; toutes les 
pennes sont d’un noir brun, bordées de blanchâtre ; les tarses et les doigts sont jaunes, et les 
ongles noirs. 

Le célèbre voyageur Levaillant n’a vu qu’une fois cet Oiseau dans le pays des grands 
Namaquois, et il n’a tué que le mâle, qui était posé sur un rocher, où il dévorait un jeune 
Lièvre, dont les chairs palpitaient encore. 

Parmi les Espèces américaines, nous citerons d’abord le Faucon a culotte rousse 
( Falco femoralis , de Tennninck) , nommé par Azara Émeril/on couleur de plomb. Le bec 
et les tarses sont plombés ; la cire est jaune ; le dessus du corps est plombé noirâtre ; le 
dessous plombé ; le milieu de l’abdomen et les cuisses sont d’un brun marron ; la queue esl 
noire et barrée de gris blanchâtre; sa taille est de treize pouces. Cette Espèce habite l’Amérique 
méridionale ; les individus vivent seuls ou par paires à la lisière des bois ; ils volent avec rapi- 
dité entre les arbres épars, souvent au ras de terre, cherchant à découvrir leur proie, qu’ils 
saisissent au vol, et vont dévorer à l’écart; puis ils reviennent se poser sur le point culminant 
d’un palmier, où ils restent des heures entières , inspectant tous les environs; ils paraissent 
peu craindre l’approche de l’Homme : M. Alcide d’Orbigny les a vus dans les campagnes voler 
souvent en avant du voyageur, qui traverse les hautes herbes , afin de saisir les Oiseaux que 
sa marche en fait sortir. Lorsque les habitants de l’Amérique mettent le feu à leurs vastes 
savanes, pour renouveler les pâturages, les petits Mammifères, les Reptiles et les Insectes, 
surpris par l’incendie, sortent précipitamment de leurs retraites; mais ils n’échappent au feu 
que pour tomber sous la griffe des Oiseaux de rapine qui, planant au-dessus de ce théâtre 
de destruction, et devançant à tire-d’ailes la marche accélérée des flammes, profitent à F envi 
de la curée que leur offre l’industrie humaine. Autour du brasier tournoient les Buses, guettant 
leur proie, que le Faucon vient furtivement leur enlever, au moment où elles croient s’en 
emparer. 

^ Les Gobe-mouches à longue queue se coalisent contre cette Espèce, et cherchent à l'épou- 
vanter par leurs cris; mais le Faucon, tout en se dérobant à leur poursuite, se retourne 

3 


18 


RAPACES DIURNES. 


brusquement, et saisit un des assaillants qu’il va dépecer à l’écart, dans un lieu où il puisse 
se cacher des autres Oiseaux de proie. 

Le Faucon à culotte rousse niche, vers la fin d’octobre, sur des arbres isolés ; son nid, 
construit de branchages croisés, renferme quatre ou cinq œufs presque ronds, tachetés de 
rouge brun sur un fond sanguinolent. 

Le Faucon de la Caroline ( Falco sparverius , de Gmelin), décrit par Buffon, sous le 
nom <V Emeri! Ion de Saint-Domingue , est l’Espèce la plus répandue dans les deux Amériques. 
Son bec est bleuâtre ; la cire et le tour des yeux sont d’un jaune vif, ainsi que les tarses ; le 
dessus du corps est d’un roux vineux, à stries noires transversales; la tète est d’un gris 
bleuâtre , roux vineux au sommet ; les tectrices des ailes sont cendré bleuâtre , striées de noir 
transversalement; les rectrices sont d’un roux vineux, terminé de noir. La taille est de dix 
pouces et demi. 

On trouve dans V Ornithologie de Vile de Cuba des détails pleins d’intérêt sur les mœurs du 
Faucon de la Caroline, a Cette Espèce, dit AI. Alcide d’Orbigny, se rencontre quelquefois dans 
les lieux éloignés des habitations, mais bien plus souvent auprès des villages et des villes, 
où elle paraît se plaire, comme notre Crécerelle dont, au reste, elle se rapproche beaucoup 
par les mœurs. Elle ne se rencontre pas dans les plaines, à moins que des falaises ou des 
arbres ne lui offrent des perchoirs ; ou bien, si l’homme y a établi un édifice, ne fùt-ce qu’une 
simple cabane , elle vient de suite en prendre possession, en s’y perchant, pour peu qu’elle 
soit surmontée d’une girouette. Elle aime tellement les lieux élevés, d’où elle puisse jeter les 
yeux au loin, qu’on est certain de la voir de préférence se poser toujours sur le plus haut des 
édifices d’une ville, sur les clochers surtout, sur les arbres élevés et dans les ports ; elle aime 
à prendre pour perchoir les mâts des navires qui y sont mouillés , sans s’effrayer du mouve- 
ment qui se fait au-dessous d’elle ; en un mot, c’est, en Amérique, le plus familier de tous 
les Oiseaux de proie dits nobles. Longtemps avant le lever du soleil , notre Faucon commence 
sa tournée, surtout autour des édifices, sans doute pour chasser les Chauves-Souris et les 
petits Alammifères rongeurs, qui ne se sont pas encore retirés dans leur retraite diurne ; et le 
soir, quand le crépuscule permet aux Animaux nocturnes de commencer leur chasse, on le 
voit encore voler. Au lever du soleil, il est quelquefois satisfait; alors, perché sur la croix 
d’un clocher, ou sur l’arbre le plus élevé, il s’agite continuellement en tous sens, regarde 
tout autour de lui, et paraît se plaire au mouvement qui l’entoure. Nous avons toujours vu 
deux individus, mâle et femelle, par canton ; aussi pouvons-nous croire qu’il vit par couple 
toute l’année ; et comme, bien loin de nuire, il se rend au contraire utile en détruisant les 
Rats, les habitants s’y attachent, et souvent ils nous ont cherché querelle pour avoir détruit 
leur voisin familier. On l’élève fréquemment dans les habitations pour le faire chasser aux 
Souris, et il devient l’hôte de la maison, l’ami des enfants, auxquels il fait rarement du mal. 
Lors de la conquête, on a voulu l’habituer à chasser aux Perdrix, comme nos Faucons d’Eu- 
rope, sans jamais obtenir, à cet égard, de résultats bien satisfaisants. 

« Son vol est celui de la Crécerelle; il est aussi rapide et droit; et, en chasse, on le voit 
battre des ailes, sans changer de place, au-dessus d’une proie qu’il convoite, se laisser ensuite 
tomber dessus avec une étonnante rapidité, la saisir, ou, s’il la manque, s’élever de nouveau, 
pour recommencer le même manège. Il ne se pose à terre que pour dépecer sa proie, puis il 
cherche un perchoir. Il se nourrit de petits Mammifères, tels que Chauves-Souris et Rongeurs, 
quelquefois de petits Oiseaux , de Reptiles ; et lorsqu’il ne trouve pas mieux , il se contente 
fort bien des Insectes, surtout des Orthoptères, Sauterelles ou Grillons, qu’il saisit,, soit au 
vol , soit posés. 

« C’est du mois de septembre à celui de novembre qu’a lieu la nichée de cette Espèce : 
alors les consorts sont [dus intimement liés; ils cherchent des trous dans les clochers ou dans 
les rochers , et, comme notre Crécerelle , y placent leur nid , qui consiste souvent en quelques 
plumes, déposées sur la terre ou sur la pierre, et, là, déposent deux œufs blancs, que le mâle 


FAMILLE DES FALCONIDÉS. 


I!) 


et la femelle couvent alternativement , ayant ensuite un soin tout particulier des jeunes , à 
leur naissance; mais, quand ces derniers sont devenus aussi habiles à la chasse que leurs 
parents , ceux-ci , souvent, les contraignent de s’éloigner, et ne leur permettent plus de venir 
partager leur asile, les forçant d’aller chercher un canton où, seuls, ils puissent vivre en paix 
et devenir, à leur tour, les propriétaires du lieu. » 

Le Faucon des Pigeons ( Falco columbarius , de Gmelin) , nommé aussi Hobereau des 
Pigeons , Épervier des Pigeons, Épervier de la Caroline , est une Espèce de l’Amérique sep- 
tentrionale, très-voisine de l’Émerillon ; le dessus du corps est ardoisé foncé, avec une strie 
noire fine sur les tiges des plumes du dos; le dessous est d’un blanc légèrement roussâtre, 
tacheté de flammettes noirâtres. La cjueue est noire , à -cinq bandes transversales , plombées 
en dessus, blanches en dessous; la cire est bleuâtre, ainsi que le bec, qui est noir à l’extrémité 
de la mandibule inférieure ; les pieds sont jaunes. La taille est de dix pouces. 

Cette Espèce habite l’Amérique septentrionale, depuis la Louisiane jusqu’à la baie d’Hudson. 
Son nom spécifique indique la proie qu’elle recherche particulièrement. En effet , elle accom- 
pagne surtout les Pigeons à longue queue dans leurs migrations ; ceux-ci , poursuivis par le 
Faucon, se dispersent; mais le ravisseur en a saisi un dans le trouble de la retraite. Les Trou- 
piales, qui se réunissent en bandes, comme les Pigeons, sont sans cesse décimés par lui; il ne 
les perd pas de vue, dit l’ornithologiste Vieillot, et se perche sur un arbre, d’où il observe en 
silence toutes leurs évolutions, sans les troubler ; mais , au moment où ils vont se réfugier 
dans les roseaux , il s’élance à leur poursuite avec ia rapidité de la flèche, et s’empare de la 
victime que son regard a choisie d’avance. Le Pic aux baguettes dorées est quelquefois aussi 
sa proie. Il répand la terreur sur les rivages , parmi les Oiseaux aquatiques , comme dans 
l’intérieur des terres. Il chasse plusieurs Espèces de Bécassines, ainsi que la Sarcelle aux ailes 
vertes; mais celle-ci n’est pas toujours prise au dépourvu, et, au moment où le Faucon 
descend sur elle comme un plomb du haut des airs , elle plonge sous les eaux , et échappe à 
son ennemi. Quand cet Oiseau de proie est blessé au vol , il resserre l’aile blessée , et descend 
en tournoyant jusqu’à terre; si on ne le prend pas, il se sauve en clopinant, et disparaît dans 
les bois; si le chasseur arrive près de lui, et essaye de le saisir, il hérisse ses plumes, pousse 
un cri aigre, et s’accule contre un tronc d’arbre ou contre un rocher, en ouvrant ses griffes , 
dont il menace son vainqueur. — Le Falco temerarius , qu’Audubon prenait pour une Espèce 
nouvelle, et qu’il nomma le Petit Caporal , en l’honneur de Napoléon, n’est autre que le mâle 
très-vieux du Falco columbarius. 


Genre ELANE, El anus , de Savigny (eXavoç, Milan). Les Elanes se rattachent , par les 
ailes, au genre Faucon ; mais ils en diffèrent par leur bec , qui est dépourvu de dents ; le bec, 

plus allongé, et les ongles moins 
recourbés , sont , par conséquent , 
moins vigoureux. La cire est velue, -ÉÆm 

et les narines garnies de soies ; les 
tarses sont courts, réticulés, et vêtus 
en avant de plumes dans leurs deux 
tiers supérieurs ; la queue est éch an- 
crée , presque carrée. 

ULAfit isi.a . x ElaNE BLAC. 

L’Espece type de ce Genre est 

V Flâne blac ( Elanus cœsius , de Savigny; Falco melanopterus, de Daudin) , qui habite l’Afrique, 
qu’on dit avoir trouvé aux Indes, et qui, d’après les auteurs, vit aussi en Amérique. 11 est de 
la taille de l’Épervier ; son plumage est doux et soyeux , cendré en dessus , blanc en dessous ; 
les petites tectrices des ailes sont noirâtres, la tête et le col sont d’un gris roussâtre. 11 se 
tient sur la cime des arbres, où l’on voit la blancheur de son ventre briller au soleil ; mais 
quand il vole, c’est par son cri perçant qu’il annoncé sa présence. Il ne vit que de gros 
Insectes, tels que les Sauterelles, les Mantes, etc.; et, comme les Corbeaux et les Pies-Grièches 




RAPACES DIURNES. 


20 


consomment le même genre de nourriture, il les chasse courageusement de son domaine. 
Il exhale une odeur musquée très-prononcée, et ses excréments sentent aussi le musc. Il 
place son nid , large et évasé, dans la bifurcation des arbres , le garnit en dedans de plumes 
et de mousse , et y dépose quatre ou cinq œufs blancs. 

Genre BALBUSARD, Pandion, de Savigny (nom mythologique de Pandion, roi 
d’Athènes, père de Philomèle et de Progné). Les Balbusards appartiennent aux Falconiens à 




ailes aiguës , et s’en distin- 
guent par leur bec en partie 
droit, à mandibule supérieure 
garnie sur son bord d’un feston 
évasé, au lieu de dentelure; 
les tarses sont gris, recouverts 
d’écailles imbriquées, les an- 
térieures de haut en bas , les 
postérieures de bas en haut ; 

1 BALBUSARD. 

les doigts sont complètement 
libres, et rugueux en dessous; les ongles sont robustes, longs, et ronds en dessous, au lieu 
d’être creusés en gouttière, comme chez les autres Falconidés. La queue est presque égale, 
et dépassée par les ailes. 

Le Balbusard Offraye ( Pandion fluvialis , de Savigny; Falco haliœtus , de Gmelin) , 


Balbusard ai ale adulte. 



Balbusard Offraye (PcLndion fluvialis) 


21 


FAMILLE DES FALCONIDES. 


est une Espèce répandue au bord des eaux douces de presque tout le globe, et habitant aussi 
les rivages maritimes; il est d’un tiers plus petit que l’Orfraie; son plumage est blanc, à man- 
teau brun; une bande brune descend de l’angle du bec vers le dos; il a des taches brunes sur 
la tête et la nuque, et quelques-unes sur la poitrine. On lui donne en France les noms vul- 
gaires de Craupêcherot et i\' Aigle-N onnette . On a longtemps attribué à cet Oiseau de proie un 
caractère exceptionnel fort curieux : on croyait qu’il avait le pied gauche à doigts palmés, 
pour nager, et le pied droit à doigts séparés, pour saisir sa proie dans l’eau. Cette erreur 
populaire, dont la source est dans Albert le Grand, a été accréditée par Aldrovande, Gessner 
et même Linné, qui, du reste, ne l’a pas reproduite dans ses dernières éditions. 

Le Balbusard , comme le Faucon , plane à une grande hauteur, et se laisse tomber sur sa 
proie; mais il diffère du Faucon en ce qu’il est pêcheur et non chasseur. Quand il a aperçu sa 
proie, il se précipite perpendiculairement dans l’eau, jusqu’à une grande profondeur; on le 
voit plonger dans les lacs, y rester submergé pendant plusieurs secondes, et reprendre son 
vol avec un gros Poisson dans chaque serre. Quelquefois son avidité est telle que, quand il 
s’est attaqué à des Poissons qui lui résistent, ou dont le poids est supérieur à ses forces, il se 
laisse noyer plutôt que de lâcher prise. Il dédaigne les petits Poissons; mais il s’empare 
volontiers des Oiseaux aquatiques qu’il trouve à sa portée. 

Les Balbusards ont des mœurs assez sociables; ils voyagent par bandes de huit ou dix 
individus, et suivent les contours des rivages, pêchant les uns près des autres, sans s’inquiéter 
dans l’exercice de leur industrie. Mais ces Oiseaux ont un rival acharné dans le Pygargue à 
tête blanche, Bapace qui leur est supérieur en force, et qui profite de cette supériorité pour 
confisquer le butin du Balbusard. Ce despote, perché sur le sommet d’un arbre élevé, qui 
domine une vaste étendue, veille sur tous les mouvements de l’Oiseau pêcheur qu’il espère 
dépouiller; il le voit descendre des hautes régions de l’air avec une vitesse qui s’accroît rapi- 
dement; il le voit disparaître, et presque aussitôt reparaître avec sa proie, puis s’élever en 
poussant un cri joyeux. Alors le Pygargue s’élance vers le Balbusard; celui-ci, qui connaît les 
intentions de son adversaire, fuit rapidement; son rival le poursuit avec acharnement dans 
les mille détours qu’il fait pour l’éviter, et bientôt le plus faible des deux pirates lâche son 
butin : alors le Pygargue se laisse tomber à son tour, et happe le Poisson avant qu’il ait atteint 
la surface de l’eau. 

Genre H A BP AGE, Harpagus, de Vigors (àpirocç, ravisseur). Ce Genre se distingue, ainsi 
que les suivants, par les ailes obtuses; la mandibule supérieure est à peine plus longue que l’in- 
férieure, à bords très-festonnés , et munis de deux dents graduées et saillantes; les narines 

sont ovales, peu apparentes, 
transversalement percées dans 
la cire; celle-ci est garnie de 
poils courts; les tarses sont 
minces, écussonnés; les ailes 
sont courtes , dépassant à 
peine le croupiori ; la queue 
est longue, arrondie. 

Le H A R P A G E B I D E N T É 
( Harpagus diodon , du Mu- 
séum de Paris; Falco bidentatus , de Latham; Diodon brasiliensis , de Lesson) , est l’Espèce 
type du Genre. Le mâle a le corps brun en dessus, la gorge blanche, le ventre gris clair 
cendré, les cuisses rouges; la femelle a la tête, le dos, le manteau, les ailes d’un brun 
ardoisé, la gorge blanche, traversée en long par un trait noir; la poitrine, l’abdomen d’un 
roux vif; la queue brune, barrée de blanc; les tarses jaunes, le bec plombé et corné; l’iris 
rouge pâle. La taille est d’un pied. 

Le Harpage habile le Brésil et la Guyane, oîi d se tient à la lisière des bois, et chasse aux 




Harpage bidenté. 


I A RP A GE BIDENTE. 


22 


HA PAC ES DIURNES. 


petits Oiseaux; il u’a pas l’agilité des Faucons, et semble plutôt avoir les mœurs indolentes 
des Autours; cet Oiseau se tient perché sur les branches inférieures des arbres, et attend long- 
temps sa proie, qui consiste en Oiseaux, en Reptiles, et en petits Mammifères. Son vol est 
peu rapide et peu prolongé. 

Genre N AU CLE R, Nauclerus , de Vigors (vauxXr,poç, pilote, allusion à la queue dont 
ces Oiseaux se servent, comme un pilote du gouvernail). Ce Genre a pour caractères distinctifs 

des ailes obtuses , extrêmement longues , 
un bec courbé dès sa base, mais non 
denté, à bords mandibulaires sinueux, 
des tarses courts , faibles , réticulés ; la 
queue est très-longue et très -fourchue. 

Les narines sont ovalaires, garnies de 
soies à leur base. 

Le N A U C L E R A QUEUE FO U R C H U E 
( Nauclerus furcatus , de Vigors ; Falco 
furcatus, de Gmelin, vulgairement nommé 
Milan de la Caroline), est l’Espèce type du Genre. Son plumage est blanc; le manteau, les 
ailes et les rectrices sont d’un bleu pourpré brillant; les tarses sont bleuâtres; le bec est noir, 
bleuâtre à la base; l’iris roux. La taille est de vingt pouces. 

Cet Oiseau habite l’Amérique, où il vit de Lézards, de Serpents, d’insectes qu’il saisit en 
volant. Son vol est prolongé et plein d’élégance; dans les temps calmes, on le voit s’élever à 




Naucler a queue toi rcri ; . 


Naucler a queue FOURCHUE. 
liée vu de face. — Patte. 



Naucler a queue fourchue (Nauclerus furcatus). 

une hauteur considérable, et exécuter les évolutions les plus gracieuses, en ouvrant ou refermant 
sa queue comme une paire de ciseaux; il vole presque continuellement, ne se repose que sur 
la cime des arbres les [dus élevés, et au bout de quelques instants, il reprend sa course : c’est 
ordinairement au-dessus des eaux qu’il tournoie; et la longueur de ses ongles a fait penser 
qu’il se nourrit aussi de Poissons morts flottant sur l’eau, ainsi que de grosses Sauterelles qui 
vivent près des rivages. Les Nauclcrs voyagent de lac en lac, toujours en société; ils arrivent 
en avril aux États-Unis , et en partent en septembre. Quand ils sont occupés à chercher leur 
pâture, il n’est pas difficile de les approcher; lorsqu’un d’eux est tué, et tombe à terre, la 
troupe entière se précipite sur l’Oiseau mort, comme si elle avait l’intention de l’emporter. 

Le Milan de la Caroline niche sur les branches supérieures d'un Chêne ou d’un Pin situé 
au bord d’un ruisseau; le mâle et la femelle se succèdent dans l'incubation. 


FAMILLE DES FALCONIDÉS. 


23 


Genue MILAN. ( Mi/vus , de Cuvier.) Ce Genre ne diffère du précédent que par les 
ailes moins longues et les tarses écussounés; le bec, courbé et non denté, est assez fort; les 
narines sont elliptiques , obliques ; les doigts médian et externe sont unis à leur base par un 

repli membraneux ; la queue 
est longue et plus ou moins 
fourchue. On en connaît en 
Europe trois Espèces, dont 
nous allons faire l’histoire. 

Le Milan royal ( Mil - 
vus regalis , de Brisson ; 

Falco Milvus , de Linné , 
vulgairement le Milan ) , a 
le bec légèrement festonné 
sur les bords de la mandibule supérieure; les tarses sont emplumés dans leur moitié supé- 
rieure; les doigts latéraux, égaux ou presque égaux, atteignent le milieu du doigt médian; le 
bec est brun, avec la pointe noire; la cire, l’iris et les pieds sont jaunes. Le plumage de la 
tête et du cou est d’un blanc cendré, strié longitudinalement de brun; celui du corps est d’un 
roux ardent , brunâtre en-dessus , flammé de brun en-dessous , avec de petits traits longitudi- 
naux noirs; les rémiges sont noires; la queue, rousse, porte des bandes brunes plus appa- 
rentes sur les pennes latérales. La taille est de deux pieds. 




Milan royal. 


Milan royal. 



Milan royal (Milvus regalis). 


Le Milan royal est, de tous les Falconiens d’Europe, celui dont le vol est le plus rapide, 
le plus élégant, et qui se soutient en l’air le plus longtemps et le plus aisément. Il a presque 
cinq pieds d’envergure. La faiblesse de ses armes ne lui permet guère d’attaquer que des 
Reptiles, Taupes, Rats, Mulots et gros Insectes; il tente quelquefois d’enlever de jeunes 
Poulets, mais leur mère le met en fuite par sa résistance et ses cris. Son épithète de royal n’a 
rien d’honorable pour lui, car elle signifie seulement qu’il servait aux plaisirs des princes, qui 



RAPACES DIURNES. 


2\ 

lui faisaient donner la chasse par un Épervier : on voyait le Milan luir devant l’Épervier', beau- 
coup plus petit que lui, et s’élever en tournoyant pour se cacher dans les nues; mais son 
ennemi l’atteignait, le rabattait à coups d’ailes, de serres et de bec, et le ramenait à terre, 
moins blessé que battu, dit Buffon, et plutôt vaincu par la peur que par la force de son ennemi. 

Le Milan royal vit sédentaire dans certaines localités de France ; il passe régulièrement en 
Belgique à l’automne et an printemps, et il y arrive en même temps que la Bécasse. Il pré- 
fère les plaines aux rivages; il niche sur les Hêtres, les Chênes élevés, rarement sur les 
rochers; il pond trois ou quatre œufs grisâtres, ou gris roussâtreS', tachés de roux, dont le 
grand axe est de vingt-six lignes, et le petit axe de dix-huit lignes. 

Le Milan noiii ( Milvus œtolius , de Savigny ; Falco ater, de Gmelin, vulgairement Milan 
( italien ) a le bec noir, le tiers supérieur des tarses seulement emplumé ; le doigt interne plus 
court que l’externe, celui-ci dépassant un peu le milieu du médian; les pieds jaunes, ainsi que 
la cire; l’iris noirâtre. Le plumage est gris brun foncé en dessus, avec la tête et la gorge 
blanchâtres, striées de brun ; le dessous du corps est brun roussâtre et rayé de brun noir; 
les rémiges sont noirâtres ; la queue est gris brun, traversée de bandes plus foncées. La taille 
est de vingt pouces et demi. 

Cette Espèce est commune en Russie ; on la trouve aussi dans le Caucase et en Afrique ; 
elle est plus rare en France; elle se reproduit en Champagne; elle niche sur les arbres élevés, 
et pond trois ou quatre œufs d’un blanc jaunâtre , marqués de grandes et de petites taches 
brunes, dont le grand axe est de vingt-quatre lignes, et le petit axe de dix-huit lignes. Ses 
mœurs sont celles du Milan commun; mais elle préfère, selon Temminck, le Poisson à toute 
autre proie, et poursuit particulièrement l’Alose. Cependant on la voit, en Bessarabie, s’abattre 
avec les Vautours sur les charognes, et même rôder dans les rues des villes de la Russie 
méridionale, pour ramasser les débris de cuisine. 

Le Milan parasite (Milvus par asiticus, de Daudin ; Falco parasitions, de Latham) a le 
bec jaunâtre, avec la pointe noirâtre; la cire bleuâtre; les pieds jaunes ; la moitié supérieure 
des tarses vêtue ; le doigt interne plus court que l’externe , celui-ci dépassant de beaucoup le 
milieu du médian ; la queue est fourchue. Le plumage est d’un brun fuligineux en dessus ; le 
dessous est d’un rouge ardent ; les rémiges sont brunes ; les rectrices sont brunes, traversées 
de brun plus foncé, et terminées de fauve. La taille est de vingt pouces. 

Le Milan parasite est une Espèce qui habite également l'Europe et l’Afrique. Il est plus petit 
que le Milan royal ; sa queue est moins fourchue. Il est plus fort, plus agile, et par consé- 
quent plus courageux que le Milan royal ; il s’élève dans son vol à une hauteur prodigieuse, 
en s’accompagnant d’un cri perçant, mais rare. Son nom de Parasite lui a été donné en 
Afrique par Levaillant, dont il venait, avec audace, et quoique blessé, piller la cuisine en plein 
an'. Un Oiseau de cette Espèce arrivait tous les jours à la même heure dans le lieu où Levail- 
lant l’avait vu pour la première fois ; aussi ce naturaliste pouvait-il facilement en tuer. Sa 
rapacité va même jusqu’à enlever aux Corbeaux leur proie, ainsi qu’à des Mammifères car- 
nassiers. Il vit d’Oiseaux, de Poissons et de cadavres. 

Belon a vu des Milans noirs émigrer par bandes nombreuses ; ils passent d’Europe en 
Égypte, vers l’automne, en traversant le Pont-Euxin, séjournent en Égypte pendant tout 
l’hiver, et reviennent au commencement d’avril sur les bords de la mer Noire, qu’ils fran- 
chissent de nouveau pour rentrer en Europe. 

Le Parasite niche sur les rochers et les arbres ; il pond trois ou quatre œufs à fond blanc, 
marqué de taches brunes très-rapprochées. 

Genre BUSE ( Buteo , de Bechstein). Les Buses ont des ailes obtuses, longues; la 
mandibule supérieure courbée dès la base et non dentée; des tarses moyens écussonnés. Le 
bec est fendu jusque sous les yeux; les narines sont arrondies, ouvertes dans une grande 
étendue et garnies de poils en arrière. La tête est large et le corps trapu; les doigts antérieurs 
sont unis entre eux par une membrane. 


FAMILLE DES FALCONIDÉS. 


■> 


■) 


La Buse commune (Buteo commuais, de Cuvier ; Falco buteo, de Linné ; vulgairement, 
la Buse, le Bruycr ) est une Espèce très-répandue dans tout l’ancien continent ; elle est séden- 
taire en France. Le dessus du corps 
est d’un brun foncé, plus clair sur 
les bordures des plumes; le dessous 
est brun roussatre, zoné de blan- 
châtre et de brun, La taille est de 
deux pieds, et l'envergure d’environ 
quatre pieds et demi. 

La Buse demeure pendant toute 
l’année dans nos forêts. Son corps 
est massif, sa tête grosse, et son vol 
pesant; elle passe souvent plusieurs heures, perchée sur la même branche, dans une attitude 
de paresse stupide, qui a fait de son nom un terme de comparaison, peu flatteur pour les 
personnes auxquelles on l’applique. Quoi qu’il en soit, la Buse détruit une grande quantité 
de gibier; elle ne saisit pas sa proie au vol, elle tombe sur elle du haut d’un arbre ou d’une 
butte; elle attaque surtout les Levrauts, les Lapins, les Perdrix, les Cailles, et dévaste les 
nids de la plupart des Oiseaux ; lorsque le gibier lui manque, elle se nourrit de Lézards, de 
Serpents, de Grenouilles et de Sauterelles. Ces Oiseaux s’apprivoisent facilement. « J’en ai vu 
une, dit M. Degland, qui vivait en très-bonne intelligence avec un chien de chasse, et par- 
tageait même sa nourriture avec lui. Lorsqu’on la chagrinait, elle sautait quelques pas en 
arrière, et prenait une position grotesque, hérissait ses plumes, ouvrait son bec et tenait sa 
langue avancée ; elle poussait en même temps un cri aigre , fort désagréable. » 





Buse commune ( liittrn cotntmtnis). 


On trouve dans Buffon un exemple remarquable de l’éducabilité de la Buse, lin curé, en 
1778, reçut un individu de cette Espèce, qu’on avait pris au piège, et qu’il entreprit d’appri- 
voiser: il en vint à bout, en prenant pour auxiliaires la faim et la réclusion ; bientôt l’animal, 
qui s’était d’abord montré farouche et cruel , nourri de la main de son maître , qui adoucissait 
graduellement sa captivité, s’attacha à celui dont il tenait son bien-être; mais l’instinct de 
liberté fut toujours dominant chez lui, et le premier usage qu’il en fit faillit lui être funeste. Il 


1 


HA PAGES 1)1 U H NES. 


20 

avait pris sou essor jusque dans la forêt de Belesme; mais comme son maître lui avait attaché 
un grelot au-dessus de la serre, cette distinction, signe de servitude, le rendit suspect à ses 
pareils, et, quatre heures après son évasion, le curé le vit s’élancer dans sa salle par la 
fenêtre ouverte, pour éviter le bec et les serres de cinq Buses qui le poursuivaient avec fureur. 
Cette première aventure acheva d’attacher la Buse à son maître ; elle ne se plaisait plus que 
dans sa compagnie, assistait à ses repas, se tenait sur un coin de la table, le caressait avec 
sa tête et son bec, et faisait entendre un petit cri aigu, qu’elle savait adoucir pour lui donner 
une expression amicale. Un jour qu’il était sorti à cheval , elle le suivit à plus de deux lieues 
de la maison en planant au-dessus de sa tête ; mais elle n’affectionnait que lui au monde ; 
elle avait en antipathie les Chiens et les Chats, et quatre de ces derniers, excités par leur 
maître à lui disputer sa nourriture, avaient si cruellement senti la force de ses griffes et de ses 
mandibules, qu’ils se refusaient à la combattre, bien qu’étant quatre contre un. 

Elle ne pouvait souffrir que les paysans eussent un bonnet rouge sur la tête ; elle les leur 
enlevait en volant, avec une merveilleuse adresse; elle convoitait non moins avidement les 
perruques, qu’elle allait porter, ainsi que les bonnets, au sommet d’un* arbre qui était le lieu 
de recel de tous ses larcins: ce magasin d’un nouveau genre ne tarda pas à être abondamment 
approvisionné de perruques et de bonnets rouges. Elle ne souffrait, dans le canton, aucun 
autre Oiseau de proie; toutefois, sa rapacité despotique ne s’étendait pas jusqu’à la basse cour 
de son maître ; les Poulets et les Canards, d’abord plus que respectueux envers elle, avaient 
fini par se familiariser, et n’éprouvaient de sa part aucune insulte ; mais elle n’était pas aussi 
scrupuleuse dans la basse-cour des voisins ; aussi fut-elle souvent exposée à de sanglantes 
représailles, bien que le curé eût annoncé qu’il payerait tous les dommages causés par sa 
Buse : elle reçut plus de quinze coups de fusil sans être blessée. Un jour, enfin, elle osa atta- 
quer un Renard; le garde forestier, qui la vit sur le dos du Mammifère, tua l’un, et cassa l’aile 
de l’autre; l’Oiseau blessé eut encore la force de se sauver, mais il ne reparut au presbytère 
qu’après sept jours d’absence. Son maître l'appelait tous les soirs par un coup de sifflet ; ce 
fut le septième jour seulement qu’au sifflet répondit, dans le lointain, un faible cri qu’on crut 
reconnaître ; un second coup de sifflet fut suivi du même cri ; on accourut, et l’on trouva la 
Buse qui s’était traînée à pied, avec son aile cassée, et avait fait plus d’une demi-lieue pour 
regagner son asile, dont elle n’était plus éloignée que d’une centaine de pas. Quoique épuisée 
de fatigue, elle fit à son maître mille caresses. Il fallut six semaines pour la guérir, après quoi 
elle recommença ses allures ; au bout d’un an, elle disparut, et ne revint plus ; mais le curé 
pensa qu’elle avait été tuée. 

On cite nombre d’exemples de la passion des Buses pour l’incubation et pour l’éducation 
des jeunes Oiseaux. Il y a quelques années , une femelle que l’on tenait dans le jardin d’une 
auberge, en Angleterre, recueillait avec un soin particulier tous les brins de paille et les mor- 
ceaux de bois qu’elle pouvait trouver. Son maître, remarquant ces dispositions, chercha à les 

seconder et fournit à la Buse tous les 
matériaux nécessaires pour faire un 
nid; dès qu’il fut construit, on y plaça 
deux œufs de Poule, que la Buse couva, 
et lorsque les petits furent éclos, elle 
les éleva comme si elle eût été leur 
mère. Quand ces Oiseaux éprouvent le 
désir de couver, on les voit gratter la 
terre, mordre et déchirer tout ce qui 
leur tombe sous le bec. Une fois , afin 
d’épargner à une Buse femelle la peine 
de couver, on lui remit quelques Pous- 
sins qui venaient de naître; mais elle 



FAMILLE DES FALCONIDÉS. 


21 


les tua. Au mois de juin 1831, cette Buse nourrissait neuf petits, couvés par elle; le dixième 
était mort. Quand on lui donnait de la viande, elle la partageait entre tous ses enfants adoptifs, 
et témoignait de la mauvaise humeur si, après avoir reçu leur portion de viande, les Poussins 
ramassaient des substances végétales. De semblables faits se reproduisent souvent. 

La Buse construit son nid dans les bois de haute futaie, sur les Chênes, les Hêtres, les Bou- 
leaux; elle y dépose trois ou quatre œufs d’un blanc grisâtre ou verdâtre, pointillé de brun et 
tacheté de roux ; leur grand axe est de vingt-quatre lignes , et le petit de dix-huit lignes. 

La Buse jackal ( Buteo Jackal, de Vieillot) , décrite par Levaillant sous le nom de Rou- 
noir, habite le Cap de Bonne-Espérance ; la tête et le cou sont noirs ; la cire est bordée de 
jaune ; la poitrine et le ventre sont d’un roux vif, souvent mélangé de blanc ; les cuisses, le 
bas-ventre et les tectrices de dessous sont noirs , rayés de blanc ; la queue est très-courte , 
rousse, rayée de brun; les tarses et les doigts d’un jaune terne; les ongles noirâtres. La taille 
est celle de la Buse commune. 

Levaillant a observé cet Oiseau sédentaire dans toutes les parties de l’Afrique qu’il a par- 
courues, surtout près des lieux habités par l’Homme, où il détruit les Souris, les Taupes et 
les autres petits Quadrupèdes nuisibles à l’agriculture; aussi est-il protégé par les colons du 
Cap, auprès desquels il vit familièrement. On voit cette Buse, pendant le jour, se tenir sur 
des mottes de terre, dans les champs cultivés, pour guetter sa proie. Le mâle et la femelle ne 
se quittent que très-rarement. Quand la nuit approche, ils viennent près des maisons tournoyer 
dans les airs, et c’est surtout alors qu’ils jettent ces cris rauques et aigus qui leur ont fait 
donner par les habitants le nom d’Oiseau Jackal , parce qu’ils ressemblent aux hurlements du 
Jackal ou Renard du Cap ( Cnnis mesomelas). Lorsqu’ils ont tournoyé pendant quelques 
minutes, ils se perchent sur les haies, près des parcs à bestiaux. Leur nid est construit au 
milieu des buissons avec des bûchettes, de la mousse, etc. ; il est garni en dedans de laine et 
de plumes , et contient deux à quatre œufs. 

La Buse Buseray ( Buteo busarellus, de Lesson; Falco busarellus , de Daudin) , est une 
Espèce qui habite Cayenne. Son plumage est jaune, tlammé de brun sur la poitrine, rouge 
ocreux sur le ventre et les flancs; les cuisses sont rouges, rayées de brun, les épaules rouges, 
les rémiges noires; la queue est, dans sa moitié supérieure, couleur de rouille rayée de noir, 
et , dans son autre moitié , noire , terminée de gris. 

La Buse tacharde [Falco tachardus, de Daudin), nommée Tachard par Levaillant, qui ne 
l’a observée qu’une fois en Afrique, près de la rivière des Lions, dans le pays des.Garaffas, est 
une Espèce de la taille de la Buse commune, mais plus élancée : le plumage de la tête est 
gris brun , varié de blanc ; celui de la gorge et de la poitrine est blanchâtre , à taches brunes; 
les tectrices des ailes sont d’un brun foncé; le dessous du corps est d’un blanc roussâtre, 
maculé de brun; la queue est d’un brun foncé, à larges bandes noirâtres en dessus, d’un gris 
blanc ondé en dessous. 

.La Buse tachiro ( Falco tac hiv o , de Daudin) , est une Espèce observée par Levaillant, 
dans les hautes forêts de l’Afrique méridionale; elle est un peu moins grande que l’Autour; ses 
tarses sont plus courts et ses ailes plus allongées; dans le repos, elles s’étendent au delà de la 
moitié de la queue, qui est elle-même presque aussi longue que le corps. Sa tête et son 
col sont variés de blanc et de roux, maculé de noir; la gorge est blanche, mêlée de rous- 
sâtre; le manteau est d’un brun sombre, ainsi que les tectrices; les rémiges sont terminées 
de blanc; la queue est blanche en dessous, brune en dessus, avec des bandes transversales 
noires. Le Tachiro est le fléau des petits Oiseaux , dont il couvre les chants harmonieux par 
son cri cri perçant et discord. Il bâtit son nid dans l’enfourchure des grands arbres, avec de 
petites branches flexibles, garnies de mousse et déplumés. Il pond trois œufs blancs, tachetés 
de roussâtre : quand les petits sont éclos, les parents leur apportent des Sauterelles et des 
Mantes. Levaillant ayant découvert un nid de ces animaux , et comptant s’emparer plus tard 
des petits, devenus grands, leur apportait tous les jours de la viande, mais c’étaient les parents 


2<S 


RAPACES DIURNES. 


jui la mangeaient. Quand il venait visiter le nid, les vieux se tenaient près de lui, au point 
qu’il eût pu les tuer. 11 attendit trop longtemps pour s’emparer de la couvée, et un jour, il 
trouva le nid abandonné : toute la famille était partie. 

La Buse bacha (. Butco hacha , de Vieillot ; Falco hacha , de Daudin) , nommée par Levaillant 
le Bacha , est une Espèce de l’Afrique, de l’Inde et du Bengale. Les plumes de la tête sont 
larges, tachées de noir et de blanc à leur base, et teintées de roux vers l’occiput; ces dernières 
s’allongent en huppe, qui s’épanouit horizontalement. Le manteau, le dos, la poitrine, sont 
d’un brun roux uni; les ailes sont noires, piquetées de blanc; le ventre et la poitrine portent 
des yeux blancs, entourés d’un cercle noir; la queue est égale, courte, noire, traversée par 
une large raie blanche, et terminée de blanc; le bec est plombé; la cire jaune, couverte de 
longs poils ; le tour des yeux nu et jaune. C’est un Oiseau très-cruel , qui se tient perché 
pendant des journées entières sur le sommet des rochers escarpés , pour découvrir et guetter 
le Klip-das, espèce de petit Pachyderme du Genre des Damans, dont la taille est celle du 
Lapin. Le Klip-das, qui se défie du Bacha, n’avance la tête hors de son trou qu’avec une 
extrême circonspection, et y rentre au moindre bruit. Le Bacha, pendant toutes ces manœuvres, 
se tient coi , la tête enfoncée dans ses épaules , mais l’œil ouvert sur sa victime , immobile 
comme s’il faisait partie de la roche, et cette apparente stupidité n’est, comme dans notre 
Buse d’Europe , qu’une industrie parfaitement appropriée à la structure de l’Animal , aux 
localités qu’il habite , et au genre de proie qui lui est destiné. Dès que le Klip-das s’est aven- 
turé, jusqu’à sortir complètement de son trou, le Bacha plonge sur lui, et, s’il le manque, il 
retourne tristement à son rocher en poussant des cris lamentables, qu’on peut exprimer par 
honi-hi , honi-hi-hi , honi-hi, honi-hi-hi , puis il va prendre un nouveau poste, où il attend 
patiemment qu’il ait pu saisir une nouvelle proie (car celle qui lui a échappé ne sortira plus 
de toute la journée). Lorsque enfin le Bacha possède un Klip-das, il l’emporte sur la plate- 
forme la plus voisine, et là, malgré les hurlements affreux de sa victime, il la dépèce vivante, 
avec lenteur ; on dirait qu’il exerce une vengeance dont il veut prolonger les délices , et qu’il 
satisfait sa haine plutôt que sa faim. Ce drame sanglant jette la terreur dans le voisinage , et 
les cris déchirants du Klip-das ont frappé ses pareils d’une telle épouvante, qu’ils restent 
cachés dans leurs retraites pendant tout le jour. Aussi est-il impossible au chasseur de décou- 
vrir un seul Daman dans un canton où le Bacha vient de déjeuner. 

Ces Oiseaux vivent solitaires, et ne se réunissent par couple que dans la saison de la ponte; 
leur aire est placée dans des cavernes de rochers , et contient deux ou trois œufs. 

La Buse blanche t (. Buteo al b i dns , de Lesson; Falco albidus , de Temminck) , que l’on 
regardait comme une Espèce distincte, n’est que le jeune du Bacha. 

La Buse a queue rousse ( Butco borealis , de Vieillot; Falco borcalis , de Gmelin) , est 
une Espèce de l’Amérique septentrionale; le plumage est, à la gorge et à la poitrine, d’un 
blanc légèrement roussàtre; tout le dessous du corps offre la même couleur, avec des taches 
brunes arrondies. Le cou est varié de brun et de gris; le manteau et les ailes sont d’un brun 
cendré, zoné de brun plus foncé; la queue est d’un roux canelle vif, terminée d’un liséré blanc, 
et cerclée par un trait noir. La taille est de vingt pouces. Cet Oiseau habite les États-Unis : 
son vol est vigoureux , et soutenu à une grande hauteur. On le voit raser la cime des Cyprès 
et des Magnolias, sans agiter ses ailes, et incliner la tête à droite et à gauche pour voir ce qui 
est au-dessous de lui; ce vol est accompagné d’un cri triste et prolongé, qui s’entend au loin: 
c’est un kaa , prononcé pendant trois minutes sans aucune inflexion ni modulation , et dont le 
but très-probable est de mettre en émoi tous les êtres vivants d’alentour, pour les faire- lever, 
et fondre dessus. Quand une proie a frappé sa vue, il s’arrête brusquement, comme un cheval 
au galop dont on serre tout à coup la bride : il semble noter la place avec exactitude, puis il 
va se percher sur l’arbre le plus voisin; alors il se retourne, regarde fixement sa victime, et 
presque aussitôt s’élance sur elle avec tant de vitesse et de précision , qu’il la manque rare- 
ment. S’il ne trouve rien dans les champs , il se perche sur l’arbre le plus élevé de la forêt, et 


29 


FAMILLE DES FALCONIDÉS. 

promène au loin ses regards : un gentil et leste Écureuil vient de saisir une noix , il la roule 
joyeux entre ses pattes , et se dispose à la croquer, quand tout à coup tombe sur lui l’Autour 
à queue rousse , qui le saisit , l’étrangle , lui perce la tête , le dévore sur place , ou l’emporte 
sur la branche qu’il vient de quitter. 11 fréquente aussi les fermes, et rend aux Poulets 
des visites meurtrières , qui lui ont fait donner à la Louisiane le nom de grand mangeur de 
Poules. 

Audubon rapporte que, pendant l’enfance des jeunes, le nid est abondamment pourvu de 
gibier, et surtout d’Écureuils gris, que les parents se procurent, en chassant de compagnie. 
L’un d’eux se tient au-dessus de l’arbre où se trouve le quadrupède; l’autre l’attaque directe- 
ment; celui-ci, pour éviter son ennemi, tourne autour du tronc, et alors le premier fond sur 
lui; s’il ne trouve pas un trou, il est saisi, dépecé et distribué aux petits. L’attachement 
conjugal, qui avait réuni le mâle et la femelle pour la conservation de leur postérité, ne dure 
que pendant le temps nécessaire à leur éducation ; dès qu’ils peuvent se passer de leurs 
parents, ceux-ci deviennent aussi indifférents l’un à l’autre que s’ils ne s’étaient jamais connus. 

Genre ARCHIBUSE, Archibuteo , de Brehm («p/oç, chef, c’est-à-dire la Buse par 
excellence). Ce Genre, qui fait partie de ceux à ailes obtuses et longues, à bec courbé dès la 
base , et non denté , se distingue du Genre Buse par des tarses emplumés jusqu’aux doigts , en 
avant sur les côtés, et garnis en arrière de quelques plaques larges. 

L’Auchibuse pattüe ( Archibuteo lagopus, de Gray; Falco lagopus , de Gmelin, vulgaire- 
ment nommée Buse pattue) , est une Espèce habitant l’Europe, le nord de l’Afrique, l’Asie et 
l’Amérique. Le plumage du cou est d’un blanc jaunâtre , rayé ou taché de brun ; le manteau , 

d’un brun tirant sur le noir; 
les plumes tectrices de la 
queue sont blanches, termi- 
nées par une tache brune ; 
le dessous du corps est d’un 
blanc plus ou moins jau- 
nâtre, avec des stries et des 
taches brunes ; les sous- 
caudales sont blanches ; les 

Aucuibuse battue. 

rémiges sont noirâtres; les 
rectriees sont blanches à leur origine , brunes dans le reste de leur étendue , et terminées par 
une bordure blanchâtre; le bec est noir; l’iris noisette; la cire et les doigts jaunes ; les ongles 
noirs. La taille est de vingt et un pouces environ, 

La Buse pattue, ainsi nommée à cause des [dûmes qui revêtent le tarse , et qui lui ont valu 
son nom spécifique de lagopus , Xaycb;, m>uç, signifiant pied de lièvre , a les mœurs de la Buse 
commune; elle niche sur les grands arbres , comme cette dernière; mais elle préfère aux 
forêts les lieux découverts. Elle pond quatre ou cinq œufs, d’un blanc roussàtre, irrégulière- 
ment tachés de brun et de roux, et dont le grand axe est de vingt-quatre lignes, et le petit de 
vingt lignes. Elle est de passage en France. 

Genre BONDRÉE, P émis , de Cuvier (le mot Ttspv/iç est employé par Aristote pour dési- 
gner un Oiseau de proie). 

Les Bondrées font partie des 
Genres à ailes obtuses, lon- 
gues , à bec courbé, dès la 
base et non denté ; elles s’en 
distinguent par les tarses 
moyens, réticulés dans le 
bas, emplumés supérieure- 
ment, et surtout par les 






A Item BUSE PATTUE. 


Bondrée apivore. 


Bondrée apivore. 


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lî A PAC ES DIURNES. 


[liâmes bien serrées et coupées en écailles, qui garnissent l’intervalle entre l’œil et le bec; le 
bec est comprimé, et faible comme celui des Milans; les narines oblongues, percées oblique- 
ment sur le bord de la cire, qui est nue. 

La Bon niiÉE a pi voue (P émis apivorus , de Cuvier; Falco apivorus , de Linné, vulgaire- 
ment la Bondrée) , est l’Espèce type du Genre; elle habite les régions orientales de l’Europe; 
le plumage entier est roux , flammé de brun au centre de chaque plume ; la tête et l’occiput 
sont variés de brun et de blanc ; la gorge et la poitrine variées de blanc , de roux et de brun ; 
la queue est blanchâtre, rayée de brun indécis; le bec est noir, la cire jaune, les tarses sont 
gris jaunâtre. La taille est de vingt-deux pouces, et l’envergure est de quatre pieds au moins. 

La Bondrée ne plane pas; elle perche sur les branches, et attend patiemment qu’une proie 
vienne passer au-dessous d’elle; alors elle se précipite, et, si elle manque son coup, elle 
revient à son poste, pour recommencer la même manœuvre. Elle vit de petits Reptiles et sur- 
tout de larves d’insectes; c’est surtout aux Abeilles et aux Guêpes qu’elle fait la guerre; elle 
en nourrit ses petits, dont le nid se compose de bûchettes, tapissées de laine à l’intérieur. 
Quelquefois la Bondrée se dispense d’en construire , et l’on en a vu s’établir dans un vieux 
nid de Milan. Les œufs , au nombre de deux, sont à fond jaunâtre , tacheté de rougeâtre; leur 
grand axe est de vingt-deux lignes, le petit de dix-neuf lignes. Le mâle nourrit la femelle pen- 
dant l’incubation. 

La Bondrée, en captivité , devient frugivore; à l’état sauvage, elle mange du froment. 

La Bondrée huppée ( Pernis cristata , de Cuvier; Falco ptilorhynchus , de Temminck ; 
Buteo cristatus , de Vieillot), habite l’Archipel malais et les Indes, où les naturels la nomment 
Péroun-talépa-randou. Son plumage est d’un brun roux, avec des flammèches plus brunes; 
trois ou quatre plumes roides, brunes, sont implantées dans l’occiput, et forment une huppe 
dans le mâle adulte seulement. La tête et le cou sont gris cendré; la queue est blanchâtre, 
rayée d’une ou deux larges bandes noires , et terminée par un liséré blanc. 

Genre BUSARD, Circus , de Bechstein (xîpxo;, Oiseau de proie , Buse volant en rond) . 


Les Busards sont, comme les Bon- 
drées et les Buses , des Falconiens à 
ailes obtuses et longues, à bec courbé 
dès la base, non denté; mais ils en 
diffèrent par leurs tarses , très-longs. 
Ces tarses sont écussonnés en avant , 
et réticulés en arrière. Le rebord de 
la mandibule supérieure est légère- 
ment renflé; la cire est grande et 
porte des poils ronds qui recouvrent 
en partie les narines. Les plumes ser- 
rées et roides qui couvrent les oreilles 
forment , par leurs extrémités , une 






espèce de collerette de chaque coté du cou. 

Le Busard sou buse ( Circus gallinarius, de S a vigny ; Falco cyaneus et Falco p y gary us , 
de Linné, vulgairement Oiseau Saint-Martin, Soubuse) , habite toutes les contrées de l’Europe. 
Son plumage est gris cendré à la tête, au dos et à la poitrine; la croupe est blanche; les 
ailes atteignent le tiers postérieur de la queue; les grandes rémiges sont blanches dans leur 
moitié, supérieure, et noires dans l’autre; le bec est noirâtre; la cire et les paupières sont ver- 
dâtres; les tarses jaunes. La taille est de seize pouces et demi. Cette Espèce, dont la livrée 
varie beaucoup suivant l’âge, a reçu une foule de noms. 

La Soubuse niche à terre, dans les bois marécageux; elle chasse le soir, vole en rasant le 
sol, et fait sa proie îles Grenouilles, des Lézards , des Bats, des Perdreaux et des jeunes 
Oiseaux aquatiques. Elle entre aussi dans les basses-cours et les colombiers, et sa visite est 


FAMILLE DES FALCONIDÉS. 


.‘il 

désastreuse pour les jeunes Pigeons et les Poulets qui s’y trouvent. L’Oiseau Saint-Martin ne 
se pose presque jamais sur les arbres. Il pond quatre ou cinq œufs d’un blanc bleuâtre, dont 
le grand axe est de vingt-une lignes, et le petit axe de quinze lignes. 

Un individu de cette Espèce a fourni un exemple remarquable de l’inaltérabilité de la plume 
des Oiseaux : M. Geoffroy-Saint-Hilaire a rapporté d’Égypte un squelette de Soubuse dont le 
plumage, conservé depuis plus de quatre mille ans dans les catacombes de Thèbes, est d’une 
parfaite intégrité. 

Le Busard Montagu ( Circus Monta gui , de Vieillot; Falco cineraceus , de Montagu) , 
habite l’Europe tempérée; il arrive en France au milieu du printemps, et en repart à la fin de 
l'été. Le haut du corps est ardoisé , les ailes cendrées, variées de noir; l’abdomen et la queue 
gris blanc , le ventre et les cuisses flammés de roux ; les rémiges sont brunes , et atteignent le 
bout de la queue; celle-ci est barrée de roux; le bec est brun, l’iris et les pieds jaunes. La 
taille est de seize pouces environ; le corps plus grêle que celui de la Soubuse. Le Busard 
Montagu fait son nid , et pond, dès son arrivée en France. Le nid est établi dans les endroits 
marécageux ou les grandes bruyères; les œufs sont grisâtres, quelquefois d’un blanc pur, 
sans taches. Les mœurs de cet Oiseau sont analogues à celles de l’Espèce précédente. 11 est 
très-vorace, et l’on en a vu plusieurs, renfermés dans la même volière, s’entre-dévorer les 
uns les autres. 

Le Busard harpayf. ( Circus rufus , de Brisson; Falco æruginosus , de Linné, vulgaire- 
ment Busard des marais. Busard ordinaire, Écouvetté) , habite l’Europe et le Nord de 
l’Afrique; sa collerette est peu apparente; le dessus du corps est brun, varié de roux; le des- 
sous est roussâtre, tacheté de brun; la tête et le cou sont roussâtres; la nuque offre une tache 
blanchâtre; la queue est d’un gris bleuâtre en dessus, roussâtre en dessous; le bec est noi- 
râtre; la cire jaune verdâtre, l’iris roux, et les tarses jaunes. La taille est de vingt pouces 
environ . 

La Harpaye fréquente surtout les marais et les prairies qui bordent les rivières; elle y donne 
la chasse aux petits Mammifères, aux Beptiles, aux Oiseaux de rivage, et dévore leurs œufs. 
Elle cache son nid à terre , dans les roseaux ou sous les buissons ; elle y pond trois ou quatre 
œufs blancs bleuâtres, dont le grand axe est de vingt-deux lignes, et le petit de quatorze 
lignes. 

Le Busard grenouillard (Circus ranivorus , de Vieillot; Falco ranivorus , deDaudin, 
nommé par Levaillant Grenouillard ) , habite l’Afrique méridionale. Cet Oiseau a les dimen- 
sions et les habitudes du Busard, mais son bec est plus allongé et moins épais à la base; le 
dessus du corps est d’un brun lavé dans sa partie visible; le dessous est d’un brun clair, 
légèrement varié de blanc sur la poitrine et le bas-ventre ; les ailes sont brunes , et portent en 
dessous des bandes transversales de blanc et de brun clair. Il plane avec grâce au-dessus des 
marais, et se perche sur les arbres et les buissons qui les avoisinent : de là il fond impétueu- 
sement sur les Grenouilles et les Poissons, ou même sur les jeunes Oiseaux aquatiques. S’il 
sort des roseaux un moment après qu’il s’y est abattu , c’est qu’il a manqué sa proie; sinon il 
ne reparaît qu’après l’avoir dévorée. 

Le Busard cendré ( Circus cinereus , de Vieillot; Falco histrionicus , de Quoy et Gai- 
mard ; Busard bariolé, de Lesson) , habite le Sud de l’Amérique méridionale. Le dessus du 
corps est gris cendré, mêlé de brun; la nuque et le collier sont blancs; le dessous du corps 
est blanc, marqué de stries transversales rousses; les rectrices latérales sont blanches à la 
base; le bec est bleuâtre, les tarses sont jaunes. 

Le Busard cendré est une Espèce essentiellement voyageuse, qui parcourt les rivages des 
lacs et des mers, en volant près de .terre, pour y chercher sa nourriture, qui consiste en 
Gallinacés, en petits Mammifères, en Beptiles, en Mollusques, et même en Insectes. Son vol 
est lent, mais léger et infatigable; ses ailes semblent à peine se mouvoir; elle ne se repose 
que pour déchirer sa proie. La direction oblique de ses ailes, dont l’une touche presque la 


32 


HA PAC ES 1)1 U UNES. 


terre, tandis que l’autre est relevée, lui donne l’apparence d’un Oiseau toujours prêt à se 
poser. Quand elle veut se dérober à la vue, elle s’élève au plus haut des airs, puis redescend 
avec facilité, et continue à planer avec grâce. Elle ne se perche jamais, ni pour épier sa proie, 
ni pour digérer, ni pour dormir. Elle passe la nuit à terre, près d’un ruisseau: c’est un Oiseau 
très-difficilement accessible, excepté pendant son repas; alors, seulement, on peut le tuer. 
M. Aie. d'Orbignv pense qu’il niche à terre. 

Genre HERPÉTOTHÈRE. Herpetothercs, de Vieillot. (IpTteToç, Reptile, 6v)paw, chasser, 
c’est-à-dire, chasseur de Reptiles.) Ce Genre a, comme les précédents, le bec courbé dès la 
base, et non denté; les ailes obtuses, mais de moyenne longueur, ainsi que les tarses, qui 
sont réticulés ; le bec est très-élevé et comprimé ; la mandibule supérieure est subitement 
crochue; les narines sont larges, ouvertes, arrondies, situées près de l’arête. 

L’herpétothère rieur ( Herpetothercs cachinnans, de Vieillot; Falco cachinnans , de 
Linné, décrit par Azara sous le nom de Macagua ) est une Espèce de l’Amérique méridionale ; 
le plumage est varié de blanc et de brun ; le sommet de la tête est blanc , et entouré d'un 
anneau noir; le bec est noir, à base jaune; les paupières blanches, l’iris roux, les tarses 
jaunes, ainsi que la cire. La taille est de dix-huit pouces environ. 

Le Macagua habite le Paraguay, la Guyane, la Bolivie; on le rencontre à la lisière des 
bois bordant les terrains unis, les marais, les bras de rivière, les savanes noyées ; jamais en 
plaine, ni au sein des forêts. Cet Oiseau est sédentaire; il vit isolé, perché sur la cime d’un 
arbre desséché ; son corps immobile , sa tête enfoncée dans ses épaules , lui donnent la phy- 
sionomie d’un Rapace nocturne; son jabot nu et saillant rappelle celui des Vautours. Il est 
peu craintif, et quand il voit l’homme s’approcher, il articule nettement, d’une voix sonore et 
d’un ton ricaneur, trois syllabes formant le mot Macagua, qui lui a valu son nom vulgaire. 
Son vol est lourd et toujours très-bref : à peine parti , il va se reposer sur l’arbre le plus 
voisin. Il chasse aux Reptiles, qu’il tue à coups d’aile; il se nourrit aussi d’insectes et de 
Poissons morts. Il construit un nid de grande dimension, au sommet des plus hauts arbres, 
et y dépose quatre ou cinq œufs ; c’est alors que le couple est plus ricaneur que jamais ; et 
nous n’avons pas besoin de dire que la signification de ce cri n’a aucun rapport avec celle du 
rire de l’homme , car c’est surtout à l’approche des importuns ou d’un ennemi que l’Oiseau le 
fait entendre. 

Genre AUTOUR (Astur, de Béchstein). Ce Genre est caractérisé par les ailes obtuses et 
de longueur moyenne; le bec courbé dès la base, et non denté, mais très-crochu et com- 
primé ; les tarses moyens écussonnés ; les ongles sont très-crochus et très-acérés ; les narines 
sont presque ovales, en partie recouvertes par quelques poils couchés d’arrière en avant. 

L’Autour ordinaire (Astur palumbarius , de Temminck; Falco palumbarius, de Linné) 
est la seule Espèce que l’on trouve en Europe ; les tarses sont robustes, et leur tiers supérieur 
est emplumé. Le plumage est brun en dessus ; les sourcils sont de couleur blanchâtre ; le 
dessous est blanc, rayé de brun en travers chez l’animal adulte, et à mouchetures longitu- 
dinales dans le jeune âge ; la queue porte cinq bandes plus brunes. La taille est de dix-huit à 
dix-neuf pouces. 

L’Autour est commun en France; il habite les montagnes basses et boisées, et niche sur 
les arbres les plus élevés. Il est aussi grand, mais moins courageux que le Gerfaut; il fond 
toujours obliquement sur sa proie ; quelquefois il la poursuit à tire-d’aile; mais, en général, 
il la guette, perché sur un arbre, et s’élance rapidement sur elle, par le saut en même temps 
que par le vol : il se nourrit ordinairement de Pigeons , d’Écureuils , de Levrauts et de Souris. 
Quoique très-rusé chasseur, il se laisse prendre facilement : l’oiseleur place, entre quatre 
filets, de neuf à dix pieds de hauteur, un Pigeon blanc sur lequel l’Autour se précipite ; mais, 
ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’il ne cherche à se débarrasser qu’après avoir dévoré sa 
proie. Les fauconniers sont parvenus à tirer parti de sa voracité en le dressant pour la chasse, 
ainsi que l’Épervier : ce qui constituait autrefois l’art de Y avtourserie , oii l’on employait à 


FAMILLE DES FALCONIDÉS. 


:s.A 

peu près les mêmes moyens que pour la fauconnerie ; mais on nommait les Autours Oiseaux 
de poing, parce que, sans être leurrés, ils reviennent sur le poing; on les portait ordinai- 
rement à la chasse sans chaperon. Ils sont plus prompts à partir du poing que les Faucons ; 
on ne les jetait point à mont ; ils ne volaient que de poing en fort , et faisaient leur prise d’un 
seul coup d’aile. Ce genre de chasse fatigue moins l’Oiseau, et lui permet de prendre une plus 
grande quantité de gibier : aussi la chasse à l’Autour était-elle plus fructueuse, mais moins 
noble et moins variée que le vol du Faucon. 



Autour ordinaire [lstnr Pql.innharius). 


Belon dit que les autoursiers préféraient l’Autour de la (irèce à celui des Alpes ; ils l’em- 
ployaient à la bosse Poterie, qui comprend, outre les Perdrix, Oies et Canards sauvages, le 
Lièvre et le Lapin ; ils l’élevaient, en le nourrissant à la main , avec de la chair de volaille, et 
en lui apprenant à venir sur le poing, au moyen d’un leurre formé d’une paire d’ailes, et 
appelé tiroir, fis l’exposaient tous les matins au soleil, et ne le faisaient chasser qu’aux heures 
où la chaleur est modérée. Pour la chasse aux Canards ou aux Lapins, ils l’v dressaient avec 
des Canards ou des Lapins domestiques , puis le conduisaient dans des garennes et sur le 
bord des étangs ; mais ils se gardaient bien de lui faire connaître les Pigeons et les Poules, 
car, cette chasse étant la plus aisée, il aurait bientôt dévasté les basses-cours et les colombiers. 
L’Autour établit son nid sur les vieux Hêtres et les vieux Chênes; il y dépose quatre œufs, 
d’un gris bleuâtre, dont le grand axe est de vingt-quatre lignes et le petit de vingt lignes. 

L’Autour de Pensylvanie ( Astur Perisylvanicus , de Ch. Bonaparte; Falco Pensyl- 
vanicus, de Wilson) est une Espèce de l’Amérique septentrionale. Sa taille est petite; il est, 
en dessus , d’un brun fauve qui prend , avec l’âge , une couleur plombée ; les pennes sont 
rayées de brun en travers; le centre de chaque plume est brun, bordé de fauve; la tête est 
coiffée d’une espèce de calotte noire; le dessous du corps est blanchâtre, avec des taches 
brunes; les rectrices portent de larges raies noires ; le bec et la cire sont jaunes. 

Cet Autour habite les États-Unis; il vit de Serpents, de Grenouilles, de Poulets, et, en 



34 


R VP ACE S DIURNES.' 


hiver, d’insectes. Audubon rapporte qu’un de ses amis, voyant un individu de cette Espèce 
sur son nid, grimpa à l’arbre, et enleva le nid avec l’Oiseau sans que celui-ci se défendît, ni 
lui, ni ses œufs, sans même qu'il cherchât à fuir. 

« Je l’enveloppai dans un mouchoir, dit Audubon , et l’emportai chez moi pour le dessiner, 
car j’avais reconnu en lui, avec un plaisir indicible, une Espèce nouvelle. Je le plaçai sur un 
bâton attaché à ma table; l’Oiseau resta droit sur sa perche, mais il rentra son cou, et hérissa 
ses plumes. Je lui passai la main sur le corps [tour les lisser; il se laissa faire, et resta en 
position pendant que je faisais son esquisse. Son œil, constamment dirigé vers le mien, expri- 
mait un sentiment de mélancolie qui me mit mal à l’aise, et dès que j’eus pris la mesure de 
son bec, je lui rendis la liberté. » 

E’Autouiî de Stanley (Astur Stanleyi; nommé aussi par Audubon le Faucon de Stan- 
ley) est une autre Espèce américaine; les ailes sont brunes en dessus, grisâtres et. rayées de 
noir en dessous; le dessous du corps est jaunâtre, avec des tâches lancéolées brunes ; la 
queue est brunâtre, avec des barres plus foncées; les plumes de la tête sont fauves à leur 
bord et noirâtres sur leur milieu ; la mandibule supérieure est noirâtre, ainsi que les ongles ; 
la cire verdâtre ; l’iris et les tarses jaunes. Cet Oiseau habite les États-Unis. Son vol est peu 
élevé, mais rapide, égal et prolongé ; il glisse silencieusement en rasant la cîme des forêts, 
et se détourne rarement de la droite ligne, si ce n’est pour saisir sa proie, et la mettre en 
sûreté ; de temps en temps, mais rarement et lorsqu’on a tiré sur lui, il s’élève en spirale et 
décrit cinq ou six tours, puis replonge vers la terre, et reprend son voyage. 

(i Un jour, dit Audubon, que j’étais en observation près de la Louisiane, à la tin de l’au- 
tomne, j’entendis un coq chanter dans le voisinage d’une ferme ; le moment d’après, le Fau- 
con de Stanley passa au-dessus de ma tête, et si près, que je l’aurais tiré à bout portant, si 
j’avais été sur mes gardes; presque aussitôt j’entendis le gloussement- des Poules et le cri de 
guerre du Coq. Je vis alors l’Oiseau de proie s’élever sans effort à quelques toises en l’air, puis 
retomber verticalement comme un plomb. Je m’avançai, et je le trouvai qui avait saisi le corps 
du Coq; le Gallinacé résistait vaillamment, et tous deux se culbutaient, sans que le Rapace fît 
attention à moi. Curieux de voir l’issue de l’affaire, je restai immobile; et bientôt je m’aperçus 
«pie le brave Coq était blessé à mort. Je me précipitai vers le meurtrier; mais celui-ci avait 
fixé sur moi son regard de Faucon , et, se dégageant, il s’éleva tranquillement dans les airs. 
Je lâchai aussitôt la détente, et il tomba près de sa victime, qui était déjà morte : les griffes 
avaient déchiré la poitrine et percé le cœur. 

(( Quelques années après, je vis un individu femelle de cette Espèce, arnaquer une couvée 
de petits Poulets sous les yeux de leur mère; il venait d’en saisir un, et allait l’enlever, quand 
la Poule intrépide se précipita sur lui avec furie, et le renversa ; le pirate fut tellement étourdi 
de cette irruption, que j’eus le temps de m’en emparer. 

« Cet Autour fait sa proie principale des Gallinacés; il est aussi très-friand de Lièvres; il 
suit les bandes de Colombes émigrantes, et porte le désordre dans leurs phalanges. Il voyage 
avec une merveilleuse rapidité. J’ai été témoin de ses amours à la Louisiane, où il ne niche 
jamais, et j’ai trouvé, deux mois après, son nid avec des œufs , dans le Connecticut. » 

Genre ÉPERYIER. Accipiter, de Pallas ( Accipere , prendre). Ce Genre ne diffère de 
celui des Autours, que par les tarses beaucoup plus longs et plus grêles. 

L’Épervier ordinaire [Accipiter Nisus , de Charles Bonaparte) est répandu dans toute 
l’Europe ; il est sédentaire dans plusieurs provinces de France. Son plumage est gris en 
dessus, blanchâtre, strié de brun en dessous ; la queue est blanchâtre, peu rayée de brun pâle 
en dessous ; le bec est plombé ; la cire jaune verdâtre ; la cire et les pieds jaune citron. La 
taille est d’un pied environ. Dans le jeune âge, les taches brunes du dessous ont la forme de 
flèches ou de larmes longitudinales, et les plumes du manteau sont aussi bordées de roux. 
L’Epervier se laisse assez facilement apprivoiser : les autoursiers In dressaient pour le vol de 
la Caille et du Perdreau. Quand la saison froide approche, et que les Oiseaux insectivores 


FAMILLE DES FALCONIDÉS. 35 

émigrent pour aller chercher pâture dans des régions plus chaudes, il y a des Éperviers qui les 
suivent; mais il en reste toujours un grand nombre dans nos contrées, et ceux-là font une 
o-uerre d’extermination aux petits Oiseaux granivores qui se réunissent en troupes pendant 
l’hiver. 

Le nom spécifique de Nisus, 
donné à l’Épervier par Linné, 
fait allusion à l’histoire fabu- 
leuse du cheveu pourpre de 
ce roi de M'égare, assiégé dans 
sa capitale par Minos, qui vou- 
lait venger la mort de son fils ; 
la ville était imprenable, tant 
que le cheveu resterait sur la 
tête royale : cela était écrit au 
livre du Destin. Mais il était 
écrit sur le verso du feuillet, 
que la belle Scylla, fille du 
roi , s’enflammerait pour le 
prince assiégeant , couperait 
le cheveu fatal pendant le som- 
meil de son père , et l’irait 
présenter à Minos, lequel repousserait avec horreur elle et son présent, et n’en prendrait pas 
moins la ville. Ce fut alors que Nisus, privé de son cheveu, fut changé en Épervier, et se mit 
à poursuivre sa fille, métamorphosée en Alouette. — L’Épervier niche sur les grands arbres 
de nos forêts, et surtout sur les Sapins : il pond trois à six œufs courts, d’un blanc sale, 
bleuâtre ou jaunâtre, ordinairement tacheté de roux; leur grand axe est de quatorze à quinze 
lignes, leur petit axe est à peu près semblable. 

L’Épervier Gabar ( Accipiter Gabar, de Ch. Bonaparte; Falco Gabar, de Daudin) est 
une Espèce d’Afrique, habitant le Sénégal et le Sud de l’Afrique. Elle est de la taille de l’Éper- 
vier ; son plumage est cendré en dessus , blanc rayé de brun en dessous ; la queue est 
arrondie, blanche, rayée de cinq bandes d’un noir profond en dessous; l’iris est d’un jaune 
vif; le bec et les ongles noirs ; la cire rouge, ainsi que les tarses et les doigts. 

Levaillant n’a rencontré cette Espèce que dans l’intérieur des terres, et une fois seulement 
il a trouvé, sur un Mimosa, un nid de Gabar construit avec des racines et des petits brins de 
bois, garni de plumes, et contenant trois jeunes Oiseaux et un œuf non éclos. 

L’Épervier minulle (Accipiter minullus , de Ch. Bonaparte; Falco minullus, de Daudin) 
est un très-petit Épervier d’Afrique, inférieur encore à notre Émerillon, et dont le mâle est à 
peine gros comme un Merle ; il est brun en dessus ; la gorge et la poitrine sont blanches et 
semées de taches brunes, qui grossissent vers le bas en forme de larmes ; il vit de petits Oiseaux 
et d’insectes. Malgré sa petite taille, il est hardi, intrépide. Il chasse de son voisinage les Pies- 
Grièches, dont il ne peut souffrir la concurrence; il attaque souvent les Milans, les Buses, et 
la rapidité de ses mouvements le protège contre les atteintes de ces Bapaces plus gros et plus 
forts que lui. Il niche sur les Mimosa, et pond cinq œufs, qu’il est souvent obligé de défendre 
contre les Corbeaux, très- friands de cette pâture, et qu’il poursuit avec ardeur, en faisant 
entendre un cri , cri , cri, pri, pri, pri, fort aigu. Le mâle et la femelle vivent presque tou- 
jours ensemble, font la chasse en commun, et construisent sur les Arbres, avec des branches 
entrelacées, un nid garni en dehors de feuilles sèches et de mousse, et en dedans, de laine 
et de plumes. 

Genre MELIÉBAX. Meliéràx , de Gray (piXoç, musique; tspaç, Épervier, c’est-à-dire, 
Epervier musicien) . Ce Genre a pour caractères : les ailes obtuses, de moyenne longueur; le 



ÉPERVIER ORDINAIRE [Accipiter NiSVS). 



K A PAC ES DILRNES. 


3(5 



bec non denté, courbé dès la base, mais un peu plus allongé et moins arqué que dans les 
Autours et les Éperviers ; les tarses très-allongés et écus- 
sonnés ; les narines arrondies , en partie cachées dans les 
poils de la cire. 

Le M e l i É r a x c 1 1 a ,\ t e u u ( Meliemx musicus , de Gray ; 

Falco musicus, de Daudin; vulgairement Epervier chanteur ) 
habite l’Afrique, où il a été observé par Levaillant : il est 
de la taille de l’Autour; son plumage est cendré en dessus, 
blanc rayé de brun en dessous, et brun varié de roux dans sa 
jeunesse. Il vit de Lièvres, de Taupes, de Rats, de Souris, 
de Cailles, de Perdrix, et niche sur des arbres. La femelle 

est, comme dans la plupart des Rapaces, beaucoup plus grosse que le mâle ; les deux époux 
ne se quittent jamais. Ils nichent sur les arbres et dans les buissons touffus; la femelle pond 
quatre œufs à coquille blanche en dehors et verte en dedans. A l’époque de l’incubation, le 
mâle devient musicien : placé près de sa femelle , il chante au lever et au coucher du soleil , 
et quelquefois durant les nuits entières ; chaque phrase dure une minute , et alors on peut 
s’approcher de lui; mais il faut se tenir immobile dans les intervalles de silence, car il entend 
le moindre mouvement, et prend aussitôt la fuite. Levaillant ayant tué le mâle, la femelle le 
chercha partout avec des cris lamentables, et vint s’offrir au fusil du chasseur. Dans une autre 
circonstance, la femelle fut tuée la première : le mâle n’en devint que plus défiant, et continua 
de chanter, mais sur le sommet des plus hauts arbres, hors de la portée de l’arme à feu. 

Genre CYMINDIS, Cymindis , de Cuvier (xupuvSiç, nom d’une Espèce indéterminée 
d’Oiseau de proie). Dans ce Genr$, où, comme dans les précédents, les ailes sont obtuses, 

le bec, au lieu d’être courbé 
dès la base, est en partie 
droit, mais encore court; il 
est dépourvu de dents ; la 
mandibule supérieure est 
très-crochue à son extré- 
mité ; les narines sont dis- 
posées en fentes obliques 
sur le rebord de la cire, qui 
est très-étroite; les. tarses 

sont très-courts, réticulés et à demi couverts de plumes en devant; les ailes, quoique lon- 
gues, n’atteignent pas à l’extrémité de la queue, qui est arrondie. Les mœurs des Cymindis 
sont analogues à celles des Ruses. 

Le Cymindis de Cayenne ( Cymindis C ay ennensis , de Lesson ; Falco G ay ennemis , de 
Gmelin, nommé par Buffon petit Autour de Cayenne ), habite l’Amérique tropicale; le plumage 
est bleu ardoisé à l’occiput, au cou, sur le manteau, sur les ailes et sur la queue, qui est 
traversée par trois bandes d’un gris clair et brune en dessous, rayée de blanc ; les tarses sont 
jaunes, les ongles et le bec noir. 

Le Cymindis bec-en-croc {Cymindis uncinatus, d’Illiger) habite le Brésil et la Guyane; 
le plumage est ardoisé, uniformément rayé de blanc sur le ventre ; la queue est blanche à sa 
base, en dessus et en dessous, et terminée de noir ; le bec est noir en dessus, à mandibule 
inférieure blanche ; les tarses sont jaunes, et les ongles noirs. 

Genre CIRCAÈTE, Circaetus , de Vieillot (Xipxoç Buse; as-riç, Aigle, c’est-à-dire, tenant 
le milieu entre les Buses et les Aigles). Les Circaètes ont les ailes obtuses, aussi longues 
que la queue; le bec en partie droit, non denté, mais encore court, convexe en dessus et 
comprimé; la mandibule supérieure à pointe très-crochue; les tarses moyens, allongés, nus 
depuis le talon, et réticulés ; les doigts courts, l’externe uni au médian par une membrane ; 



Cymindis bec en croc. 



FAMILLE DES FALCONIDES. 


Al 




CIRCAÈTE JEAN - LE- BLANC. 


Circaète Jean -le - Blanc. 


lu queue étagée et carrée ; les narines sont verticales, percées au bord de la cire, qui est velue. 

Le Ci rcaète Jean-le-Blanc ( Circaetus gallicus, de Vieillot; Falco gai liais, de Cnielin; 
vulgairement le Jean-le-Blanc) est une Espèce très-commune dans toute l’Europe. Sa taille 
est supérieure à celle du Balbuzard , auquel il ressemble par ses pieds réticulés ; ses ailes sont 

analogues à celles de l’Aigle 
commun , mais la courbure 
de son bec est plus rapide, 
et ses doigts sont courts à 
proportion. 11 est brun en 
dessus, blanc en dessous, 
avec des taches d’un brun 
pâle ; sa queue a trois bandes 
pâles ; le sourcil est noir au- 
dessus de chaque œil ; la 
cire du bec est jaune, ainsi que les pieds. Les allures de cet Oiseau sont plutôt celles d'une 
Buse que d’un Aigle. Il se nourrit surtout de Lézards, de Grenouilles et de Serpents, mais il 
fréquente aussi les lieux habités; on le voit voler bas, le long des haies et de la lisière des 
forêts , et enlever les Poules , les jeunes Dindons et les Canards : aussi est-il bien connu des 
villageois , qui lui ont donné le nom de Jean-le-Blanc. Buffon en a élevé un , qui n’était point 
farouche, et se laissait toucher sans s’irriter ; il maiTgeait devant son gardien, mais il 11 e 
buvait jamais que lorsqu’il était seul , et après avoir longtemps regardé autour de lui. Buffon 
attribue cette précaution à la nécessité où est l’Oiseau d’enfoncer la tête dans l’eau jusqu’aux 
yeux, pour boire, ce qui l’expose à être surpris par un ennemi. 

Le Circaète couronné ( Circaetus coronatus , de Lesson ; Falco coronatus , de Tem- 
minck ; Aigle couronné , d’Azara) habite le Brésil et le Paraguay ; son plumage est d’un brun 
cendré, passant ordinairement au roux ; la queue est un peu échancrée, brune, traversée au 
milieu par une large bande blanche ou rousse ; les plumés de la tête sont lâches et retombent 
en huppe derrière l’occiput; le bec est bleu noirâtre ; l’iris, rouge brun; la cire jaune, ainsi 
que les tarses, qui sont robustes. La taille est de vingt-cinq pouces. 

Cet Oiseau habite le bord des rivières, où l’on entend fréquemment son cri, qui est un siflle- 
ment aigu et lamentable : le soir et le matin, il parcourt les campagnes en longeant les lisières 
et guettant les petits Mammifères au moment où ils, sortent de leurs terriers; il s’empare ainsi 
des Tatous, qu’il enlève et laisse ensuite retomber d’une grande hauteur pour briser leur cara- 
pace ; il est le seul Falconidé qui se repaisse de la Moufette, Mammifère carnassier, ainsi 
nommé à cause de son horrible puanteur ; il se pose en faction sur une branche d’arbre , et y 
attend des heures entières le moment oii la Moufette sera à sa portée ; alors il fond dessus, 
et l’enlève dans les airs comme les Tatous ; il se nourrit aussi d’Oiseaux et, en cas de disette, 
il ne dédaigne pas la charogne. 

Genre AIGLE-AUTOUR, Morphnus, de Cuvier (ixopcpvo; . 
de proie inconnu). Dans ce Genre, les ailes sont obtuses, 
île longueur moyenne; le bec en partie droit, non denté, 
mais encore court; les tarses longs, emplumés jusqu’aux 
doigts. Les narines sont arrondies, percées sur le bord de la 
cire; les ailes sont presque aussi longues que la queue. 

L’Aigle-Autour orné (Morphnus ornatus, de Lesson; 

Falco ornatus, de Daudin; Aigle moyen de la Guyane, de 
Mauduyt; Épervier pattu, d’Azara; Urutaurana, de Marc- 
grave), est une Espèce de l’Amérique méridionale. Les 
plumes des ailes et du manteau sont brunes, bordées de 
blanc; le sommet de la tête et la huppe sont noirs; le devant du cou blanc, le derrière d'un 


obscur, nom grec d’un Oiseau 



A i <; le - Autour orné. 


HAÏ» A CES DIURNES. 


.38 

rouge vif; les parties inférieures sont blanches, rayées de noir; la queue est rayée de noir; 
les doigts et la cire sont jaunes; le bec est noir, le tour des yeux neigeux. 

L’A ig l k - Auto u h h upc a ht ( Morphnus occipitalis, de Lesson; Falco uccipitafis , de 
Daudin) , nommé Huppart , par Levaillant, est un Oiseau d’Afrique de la taille d’une forte 
Buse et de couleur noire, excepté le bord des rémiges, les plumes des cuisses et le dessous 
de la queue, qui sont blancs ; sa huppe est longue de cinq à six pouces, et descend avec grâce 
derrière son cou; le moindre vent l’agite, et lui fait prendre les formes les plus variées et les 
plus élégantes. Trop faible pour abattre les Gazelles, il donne la chasse aux Lièvres, aux 
Canards; et les agiles Perdrix d’Afrique n’échappent pas à son vol rapide; il construit son nid 
sur les arbres, et le garnit de laine ou de plumes; son cri est plaintif et rare, mais il le répète 
fréquemment lorsqu’il poursuit les Corbeaux, ses mortels ennemis, qui se liguent pour lui 
arracher sa proie, ce à quoi ils réussissent, vu la force de leur bec et surtout leur grand 
nombre. Ils attaquent même, dans leur nid, les petits du Huppart, et les dévorent, malgré la 
résistance et les cris de désespoir du père et de la mère. 

L’Aigle-Autour Blanchard ( Morphnus albescms , de Lesson; Falco albescens , de 
Daudin) , nommé par Levaillant le Blanchard , est une Espèce d’Afrique dont le plumage est 
blanc , flammé de noir brun sur le manteau, et douces au toucher, tandis que celles des autres 
Aigles sont ordinairement dures et rudes. Le Blanchard habite les forêts, et donne la chasse 
aux Oiseaux; ce qui s’accorde parfaitement avec sa taille svelte : il est à nos Aigles ce que le 
Lévrier est au Dogue; son vol est flexible, sa queue longue lui sert de gouvernail pour changer 
rapidement de direction, et parer aux revirements des Oiseaux qu’il poursuit. C’est pour les 
Ramiers surtout qu’il est un ennemi redoutable : le Ramier volant à une grande hauteur au- 
dessus des arbres, le Blanchard profite de cette circonstance pour s’élancer de son embuscade 
et lui couper la retraite vers les bois, où il tend à s’aller cacher, et où le vol de l’Aigle serait 
gêné par les broussailles. Si l’Aigle peut arriver sous lui avant qu’il ait pu s’y jeter, le Ramier 
est perdu; son ennemi pare à tout, se conforme à ses mouvements rapides et multipliés, se 
tient sans cesse au-dessous de lui; et, quand le Ramier, par un détour subit, cherche à gagner 
les arbres, il trouve toujours l’Aigle sur son passage; enfin, découragé .après tant d’inutiles 
efforts, le Ramier tourne vers la plaine; alors son ennemi vole droit sur lui, et le prend en un 
instant; il le plume toujours avant de le déchirer. On a remarqué que cet Aigle, si cruel pour 
les Ramiers, ne l’est pas du tout pour les petits Oiseaux, qu’il laisse s’approcher jusque sur le 
bord de son nid , sans leur faire aucun mal ; ils y viennent même se mettre en sûreté contre 
les attaques des Rapaces d’un ordre inférieur. 

Genre NÉ O PO DE, Neopus , de Hodgson (vso;, nouveau, tïqïï;, pied, c’est-à-dire, pied 

offrant un caractère exceptionnel). Ce Genre a les tarses 
emplumés comme le Genre Vigie -Autour, dont il ne diffère 
<pie par la longueur du doigt interne et la brièveté de l’externe. 

Le Néopode malais ( Neopus malaiensis , de Gray; Falco 
malaiensis, de Reinwardt, vulgairement Aigle malais), est 
une Espèce très -multipliée dans l'archipel dont il porte le 
nom; son plumage est en entier d’un brun fuligineux; la 
queue est rayée en dessous de brun clair; le bec et la cire 
sont noirs; les doigts sont réticulés et jaunes. Ce Rapace vit 

N KO 1*0 DE. 

d’Oiseaux , de Reptiles et d’insectes. 

Genre SPIZAËTE, Spizaetus , de Vieillot (ctuÇiok;, Épervier; «sxoç, Aigle, c’est-à-dire 
tenant le milieu entre l’ Épervier et l’Aigle). Les Spizaètes ne diffèrent des Aigles-Autours que 
par leurs tarses nus et écussonnés. 

Le Spizaète urubitinga ( Spizaetus umbitinga, de Vieillot; Falco urubitinga, de Linné; 
Base mixte noire , d’Azara) , est une Espèce de la Guyane et du Brésil. Tout le plumage est 
d’un brun fuligineux, (pii prend une teinte grisâtre sur les ailes; les rectriees sont blanches, 



FAMILLE DES FALCONIDES. 


39 



loin - extrémité est brune; le bec est noir à l’extrémité, jaune à la base; la cire est jaune; les 
tarses jaune verdâtre; l'iris roux foncé. La taille est de vingt-cinq pouces environ. 

Cet Oiseau ne se rencontre pas sur les montagnes , ni 
dans les forêts épaisses, ni en rase campagne; mais il habite 
les pays entrecoupés de forêts, de marais et de petites plaines. 

Il est éminemment sédentaire; il ne quitte jamais le bord des 
eaux stagnantes; la nuit, il dort sur les branches basses d’un 
arbre desséché; le jour, il veille perché sur la cime, où on 
le voit, solitaire, taciturne, immobile, mais promenant de 
tous côtés son regard; s’il avise une proie, il descend rapi- 
dement, la dévore, et revient gravement à son poste. Le 
matin, seulement, il fait une tournée autour de son gîte pour 
trouver à déjeuner, ou bien il fait une ronde du soir, lorsque la station de la journée a été 
infructueuse; alors il exécute un vol lent et peu prolongé, se reposant fréquemment et repre- 
nant presque aussitôt son essor. Sa nourriture consiste en petits Mammifères, Reptiles, Oiseaux 
morts ou blessés , Poissons , etc. 

L’Urubitinga s’apprivoise facilement. Il vient au logis prendre sa nourriture, et retourne 
ensuite se percher sur les maisons ou sur les arbres du voisinage. 

Le Spizaète huppé ( Spizaetus cristatus , de Vieillot; Falco Guianensis , de Daudin), 
ressemble singulièrement à la Harpie , pour les couleurs et pour la coiffure; mais il s’on dis- 
tingue par sa taille plus petite, et ses tarses élevés, nus et écussonnés. Le manteau est noirâtre, 
quelquefois varié de gris foncé; le ventre est blanc, avec des ondes fauves plus ou moins mar- 
quées; la tête et le cou sont tantôt gris, tantôt blancs, et la huppe est longue et noirâtre. 

Cet Oiseau , nommé par Mauduyt petit Aigle de la Guyane, est très-commun dans ce pays. 

Genre HARPIE, Thrasaètus , de Gray (Opacrù?, audacieux; <xst oç , aigle). Ce Genre esi 
caractérisé par les ailes obtuses et très-courtes; le bec en partie droit , à mandibule supé- 
rieure non dentée, mais fortement ondulée sur ses bords, et très-crochue; les tarses courts et 
gros, très-robustes, emplumés au-dessous du genou, et réticulés dans le bas; les doigts vigou- 
reux, à ongles longs, fortement recourbés. Les narines sont ovalaires et transversales; la 
queue est longue , large et arrondie. 

Le type de ce Genre est la Harpie huppée ( Thrasaètus Harpyia , de Gray; Falco 
destructor , de Daudin; Vultur cristatus , de Linné; Grand Aigle de la Guyane , de Mauduyt). 
Cette Espèce habite les pays humides de l’Amérique tropicale; sa taille est supérieure à celle 
de l’Aigle commun; une longue huppe noire, formée de plumes allongées , orne le derrière de 
sa tête; lorsqu’il les relève et écarte celles de ses joues, sa physionomie est presque celle 
d’une Chouette, et ce qui aide à la ressemblance, c’est qu’il porte souvent son doigt externe 
en arrière, comme le pouce. Le plumage est cendré à la tête et au cou, brun noirâtre au 
manteau et aux côtés de la poitrine, blanchâtre en dessous, et rayé de brun sur les cuisses. 
Le bec est grand, et d’une puissance qui s’accorde avec la vigueur des serres : on a vu la 
Harpie huppée fendre le crâne d’un homme à coups de bec. Elle fréquente 1 surtout les berges 
de rivière et le voisinage des bois; mais elle ne pénètre jamais à l’intérieur. Le matin, elle 
vole en tournoyant le long des canaux naturels bordant la lisière des forêts; elle épie les 
Paresseux, les Faons, les Singes qui l’habitent; puis s’abat, en saisit un, lui brise la tête à 
•coups de bec, le dépèce et le dévore. Elle ne semble pas s’effrayer à l’approche de l'homme, 
et elle l’attend Fièrement, comme si elle refusait de lui abandonner la possession de son 
domaine. M. A. D’Orbigny raconte qu’un jour, descendant en pirogue le cours d’une rivière de 
la Rolivie avec des sauvages Yuracarès, ceux-ci tirèrent une Harpie, perchée sur les basses 
branches d’un arbre; elle s’envola, quoique percée d’une flèche, et s’alla reposer un peu plus 
loin; tirée de nouveau, elle tomba; les sauvages débarquèrent, coururent à elle, l’assom- 
mèrent, lui arrachèrent toutes ses pennes-, dont ils font grand cas, et la rapportèrent comme 


HA PACKS DIURNES. 



10 

morte sur leur pirogue; mais la Harpie, fieux lois transpercée, assommée et alfreusément 
mutilée , revint de sou étourdis- 
sement , se ranima peu à fieu , et 
attaqua avec furie les hommes qui 
croyaient l’avoir tuée. Elle s’élança 
sur M. D’Orbigny, et, de la seule 
serre qu’elle eût conservée intacte, 
elle lui traversa l’avant-bras de part 
en part , tandis qu’avec les restes de 
l’autre , elle lui déchirait le bras , 
et cherchait en même temps à le 
percer de son bec; il fallut deux per- 
sonnes pour lui faire lâcher prise. 

Les Indiens recherchent beaucoup 
les pennes de cet Oiseau, qu’ils em- 
ploient pour empenner leurs flèches ; 
quand ils ont réussi à en prendre un, 
ils le gardent prisonnier, le nourris- 
sent avec soin et le plument deux 
fois par an; ils font aussi grand cas 
de son duvet , dont ils se servent 
pour mettre sur les coupures et 
écorchures, et pour poudrer leurs 
cheveux , préalablement imprégnés 
d’huile de coco : cette parure n’est 
usitée que dans les grandes occa- 
sions, telles que les duels, les visites 
de cérémonie, les festins; les ongles 
même de la Harpie sont pour eux 

une sorte de trophée , qu’ils portent „ ARP1E HPPPÉE r I r „ snefî „ j larP yia). 

suspendu à leur cou. 

Genre AIGLE, Aquila, de Brisson (acut-us , aigu). Ce Genre. a pour caractères : les ailes 
obtuses et allongées; le bec en partie droit, non denté, mais festonné; les tarses courts et 
emplumés jusqu’à la naissance des doigts; ceux-ci peu allongés, très-forts, et armés d’ongles 
recourbés et acérés, dont l’interne est le plus fort; le doigt médian et l’externe sont unis à 
leur base par un repli membraneux ; les narines sont elliptiques et transversales ; la queue est 
arrondie. 

Les Aigles sont les plus puissants des Bapaces ; la plupart ne vivent que de chair palpi- 
tante, et ce n’est que dans des cas de disette extrême qu’ils touchent aux cadavres. 

L’Aigle royal {Aquila regin , de Lesson; Falco fulvus et chrysaetos , de Linné; vulgai- 
rement Aigle commun, grand Aigle) , habite particulièrement le Nord et l'Est de l’Europe. 
Le plumage est plus ou moins brun roux; les plumes de la tête et du cou sont d’un roux 
doré, avec la tige noire; les tectrices sont, les unes rousses, les autres brunes; les rémiges 
sont de couleur brune foncée; les plumes des tarses sont d’un brun ferrugineux; le doigt 
médian porte trois écailles sur sa dernière phalange. Cette Espèce a été longtemps connue 
sous trois noms différents, à cause des variations de couleur que le temps donne à sa livrée. 
L'Aigle brun, qui, plus vieux, s’appelait V Aigle noir, se nomme Y Aigle doré , quand son plu- 
mage est parfait : sa queue, qui, dans le jeune âge, était blanche à sa moitié supérieure, est, 
plus tard , noirâtre et marquée de bandes irrégulières cendrées. La taille est de deux pieds et 
demi à trois pieds et demi ; l’envergure est de huit pieds et demi ; les ongles sont noirs et 





FAMILLE DES FALCONIDÉS. 41 

pointus; celui qui est eu amère a quelquefois jusqu’à cinq pouces de longueur; le bec est de 
couleur bleuâtre, les narines sont ovales, allongées; l’iris est brun roux, les yeux sont grands 
et paraissent enfoncés dans une cavité profonde, que domine le bord saillant de l’orbite. C’est 
surtout chez cet Oiseau que l’on peut remarquer cette membrane à coulisse ( membrane cli- 
gnotante ) , dont nous avons parlé, et qui permet à l’Animal de regarder fixement le soleil. 


L’Aigle abonde dans les grandes forêts et les montagnes boisées de l’Europe tempérée, de 
l’ Asic-Mineure , de l’Afrique et de l’Amérique septentrionales; on en trouve même quelquefois 
à Fontainebleau; jadis, il y nichait annuellement dans une localité, qui a conservé le nom de 
Hocher de l’Aigle. 11 se rencontre aussi dans le Nord, l’Est et l’Ouest de la France , mais ses 
apparitions y sont rares; il n’est sédentaire que dans les Alpes et les Pyrénées. Il se nourrit de 
gros Oiseaux, de Lièvres, d’ Agneaux et de jeunes Cerfs. Mais si ces Animaux viennent à 
manquer, il se jette sur des victimes plus faibles, et si la proie vivante lui fait défaut, il ne 
dédaigne pas les chairs corrompues. L’Aigle royal est très-farouche; il vit avec sa compagne 
au milieu des rochers, et chasse de son voisinage tout Rapace qui voudrait s’y établir. Il 
fond sur sa proie avec la rapidité d’un trait, et, après s’être abreuvé de son sang, l’emporte 
dans ses serres jusque dans sa retraite, oh il la dépèce en lambeaux, qu’il présente tout 

G 




RAPACES DIURNES. 


42 

palpitants à ses Aiglons. Son aire est ordinairement construite sur la plate-forme d’un rocher 
escarpé; elle est formée de gros bâtons entre-croisés, et ses parois s’élèvent continuellement 
par l’accumulation des ossements que l’Oiseau y abandonne. La femelle pond ordinairement 
deux œufs, d’un gris cendré, quelquefois tachetés de brun; leur grand axe est de trente-six 
lignes; le petit axe de vingt-six; elle les couve pendant trente jours; alors, le mâle chasse 
seul pour fournir aux besoins de sa femelle; quand les petits sont éclos, leurs parents se 
mettent en campagne pour leur chercher de la pâture; et, si l’on en croit les témoignages 
unanimes des habitants des montagnes, tandis que l’un bat les buissQns, l’autre se tient sur 
un roc élevé ou sur la cime d’un arbre, pour saisir le gibier au passage. Sa physionomie 
sévère et imposante, sa voix grave, son œil étincelant, ombragé par un sourcil saillant, son 
vol rapide, surtout sa force et son courage, le faisaient regarder par les anciens comme le 
symbole de la puissance et de la domination. On l’avait dédié au maître des dieux; les souve- 
rains, ainsi que les peuples belliqueux, l’avaient adopté pour leur enseigne de guerre; puis, 
pour flatter les dominateurs, on fit à l’Aigle une réputation de noblesse et de magnanimité, 
qui ne s’accorde guère avec l’observation exacte des faits. Écoutons, à ce sujet, l’illustre 
Huffon, qui parle de l’Aigle en poète, plutôt qu’en naturaliste : «L’Aigle a plusieurs conve- 
« nances physiques et morales avec le Lion : la force, et par conséquent l’empire sur les autres 
« Oiseaux, comme le. Lion sur les quadrupèdes; — la magnanimité, il dédaigne également les 
« petits animaux, et méprise leurs insultes : ce n’est qu’après avoir été longtemps provoqué 
« par les cris importuns de la Corneille et de la Pie, que l’Aigle se détermine à les punir de 
«mort; d’ailleurs il ne veut de bien que celui qu’il conquiert, d’autre proie que celle qu’il 
« prend lui-même; — la tempérance, il ne mange presque jamais son gibier en entier, et il 
« laisse, comme le Lion,’ les débris et les restes aux autres animaux. Quelque affamé qu’il 
<( soit, il ne se jette jamais sur les cadavres. » Sans manquer au respect dû au génie de Buffon, 
on peut se demander si celte apologie de l’Aigle est bien le langage d’un historien de la nature. 

M. Degland, dans son Ornithologie européenne , rapporte un fait remarquable, qui atteste 
la force musculaire de l’Aigle. Ce fait a été communiqué, à l’Académie des sciences de Tou- 
louse, par M. Moquin Tandon, botaniste distingué': deux petites filles du canton de Vaud, 
l’une âgée de cinq ans, l’autre de trois, jouaient ensemble, lorsqu’un Aigle, détaillé médiocre, 
se précipita sur la première, et, malgré les cris de sa compagne, malgré l’arrivée de quelques 
paysans, l’enleva dans les airs. Après d’actives recherches sur les rochers des environs, 
recherches qui n’eurent d’autres résultats que la découverte d’un soulier, d’un bas de l’enfant, 
et de l’aire de l’Aigle, au milieu de laquelle étaient seulement deux petits, entourés d’un amas 
énorme d’ossements de Chèvres et d’ Agneaux , un berger rencontra enfin, près de deux mois 
après l’événement, gisant sur un rocher, le cadavre de la petite fille, à moitié nu, déchiré, 
meurtri et desséché. Ce rocher était à une demi -lieue de l’endroit où l’Oiseau avait enlevé 
l’enfant. Cette dernière circonstance ne permet pas d’attribuer l’enlèvement à un Gypaète. 
dont les serres sont trop faibles pour enlever une proie pesante, et qui la dépèce sur place, 
tandis que l’Aigle l’emporte vivante, pour la dépecer dans son aire. 

L’Aigle impérial ( Aquila imperialis , de Schlegel; Aquila heliaca, de Savigny; Falco 
irnperialis , de Bechstein), vulgairement Aigle de Thèbes , habite l’Est et le Sud de l’Europe, 
ainsi (pie. le Nord de l'Afrique; on le voit accidentellement dans les Pyrénées et le Midi de la 
France. Longtemps confondu avec V Aigle royal , il en diffère en ce qu’il est un peu moins 
grand , avec le port plus trapu , et les ailes plus longues. Les pennes scapulaires portent une 
grande tache blanche; les narines sont dirigées transversalement; la dernière phalange du 
doigt médian porte cinq écailles; la queue est noire, ondée de gris à sa partie supérieure. Cet 
Oiseau habite les hautes montagnes du Midi de l’Europe, de l’Égypte et de l’Afrique septen- 
lironale; il est plus féroce encore que l’Aigle royal, et son cri sonore jette la terreur parmi les 
Daims, les Chevreuils, dont il fait sa proie ordinaire. Il n’en jouissait pas moins autrefois 
d’une haute réputation de magnanimité, supérieure même à celle que les anciens attribuaient à 



KAÇYLY, \N\YYYi\ \\ , V \(\\ùVa \\d\aav y 


FAMILLE DES FALCONIDÉS. 


i;i 

l’Aigle royal, et que nous avons vu confirmée dans les phrases éloquentes de Bufïon. Il établit 
son aire sur les rochers ou les arbres les plus élevés , et y dépose deux ou trois œufs oblongs , 
d’un blanc sale; leur grand axe est de trente lignes, et le petit, de vingt-deux lignes. 

L’Ai g lf, a queue b a urée {Aquila fasciatci , de Vieillot), nommé aussi Aigle Bonelli, se 
distingue des deux Espèces précédentes par son bec petit, ses tarses longs, dont le doigt 
médian porte sept écailles sur la dernière phalange; le dessus du corps est d’un brun noirâtre, 
avec quelques plumes bordées de blanc au cou, et de roussâtre au dos; les parties inférieures 
sont blanches, nuancées de gris roussâtre sur les côtés; les ailes sont noires en dessous; la 
queue est d’un cendré brunâtre en dessus, barrée inégalement de brun, terminée par une 
large bande de brun plus foncé et un petit liséré roussâtre; le bec est noirâtre, la cire jaune 
livide, ainsi que les pieds; l’iris brun. La taille est de deux pieds deux pouces. 

L’Aigle Bonelli habite le midi de l’Europe, surtout la Grèce ; il niche dans les crevasses des 
rochers, et pond deux œufs, d’un brun rougeâtre, marbré et pointillé de taches plus foncées, 
dont le grand axe est de trente lignes, et le petit, de vingt-trois lignes. Sa proie consiste en 
Oiseaux aquatiques et en petits Mammifères. 

L’Aigle tacheté ( Aquila nœvia , de Brisson ; Falco macula tus , de Gmelin) , vulgai- 
rement petit Aigle , Aigle plaintif , Aigle criard, a, sur la dernière phalange du doigt médian, 
cinq scutelles larges ; le plumage est d’un brun foncé en dessus, plus clair à la tête, au cou, 
au bas du dos et sur les ailes ; le dessous est d’un brun moins foncé, avec les plumes bor- 
dées d’une teinte plus claire; les plumes sous-caudales sont terminées de blanc jaunâtre; les 
jambes et les tarses sont nuancés comme le cou; les couvertures des ailes sont bordées de 
gris roussâtre; les rémiges secondaires sont terminées de la même couleur, ainsi que les rec- 
trices ; le bec est brun; l’iris jaunâtre; les doigts, d’un jaune livide. La taille est île vingt 
pouces; les ailes n’ont guère que quatre pieds d’envergure. 

L’Aigle tacheté habite les montagnes boisées du Nord , du Midi et de l’Est de l’Europe ; il 
pousse continuellement des cris plaintifs, qui lui ont valu le nom vulgaire d 'Aigle criard ; il 
n’est pas très-difficile de l’apprivoiser, et les fauconniers , forcés de renoncer aux services de 
l’Aigle royal (qui ne se laisse jamais entièrement dompter, est lourd sur le poing et peut 
blesser dangereusement celui qui le porte), n’auraient pas manqué de se servir du petit Aigle 
pour la chasse , s’il avait eu autant de courage que ses congénères ; mais il est lâche autant 
que criard , et se laisse vaincre par l’Épervier. Chardin dit qu’en Perse les gens de qualité 
dressent l’Épervier à la chasse du petit Aigle; on voit l’Epervier voler au-dessus de son rival , 
puis fondre sur lui avec rapidité, lui enfoncer ses serres dans les lianes, et de ses ailes lui 
battre la tête en volant toujours, jusqu’à ce qu’il l’ait amené à terre. 

Cette Espèce niche sur des arbres très-élevés ; et dans les steppes de la Russie méridionale, 
à défaut d’arbres, il établit son nid à terre; ses œufs sont marqués de raies rougeâtres, et 
tachetés de brun; la femelle les couve avec tant de ténacité, qu’elle se laisse prendre à la 
main plutôt que de les quitter. L’Aigle criard so nourrit de Reptiles et de petits Mammifères ; 
en cas de disette, il se contente de cadavres, aussi vit-il souvent dans la société des Vautours; 
quant aux petits Oiseaux, il ne leur inspire pas une grande terreur, puisqu’on a vu dans son 
aire des nids de Moineaux Friquets, qui n’avaient pas craint de s’y établir. 

L’Aigle botté {Aquila pennata , de Brehm ; Falco pennatus , de Brisson) a les tarses 
totalement emplumés , et trois écussons sur l’extrémité du doigt médian ; le dessus du corps 
est brun sombre ; le sommet et les côtés de la tête et du cou sont d’un jaune roux tacheté de 
brun ; le front, le devant du cou, la poitrine et l’abdomen, d’un blanc pur ou teinté de rous- 
sâtre, avec de longs traits bruns sur la tige des plumes ; les rémiges sont d’un brun noir ; la 
queue est moins foncée, et terminée par une bordure cendrée roussâtre; la cire est jaune 
verdâtre, ainsi que les ongles ; l’iris est roux. La taille est de dix-huit pouces. 

Cet Oiseau, qui est le plus petit de nos Aigles , vit dans l’Est et le Midi de l’Europe ; on en 
a tué un individu femelle à Meudon, il y a quelques années ; d se montre en France moins 


RAPAGES DU R NES. 


fréquemment que l’Aigle criard ; il niche eu Espagne et dans les Pyrénées, d’où il émigre de 
bonne heure ; ses œufs sont d’un blanc sale un peu azuré, et tachetés de roux. J1 est coura- 
geux, et vit de Mammifères, de Reptiles et de gros Insectes. 

De tous les Aigles de l'Afrique méridionale, observés par notre célèbre naturaliste Levail- 
lant, le plus remarquable est I’ Aigle griffa ru ( Aquila anmigera, de Lesson ; Falco belli- 
cosus , de Daudin). Sa taille est égale à celle de l’Aigle royal ; la tête est plus ronde, son bec 
plus faible et moins convexe ; mais ses griffes sont plus puissantes, et ses membres plus 
musculeux. Il a huit pieds et demi d’envergure; les plumes de sa nuque forment par derrière 
une espèce de petite huppe pendante; la queue a ses pennes égales; le dessous du corps, 
depuis la gorge jusqu’à la queue, y compris les jambes, est d’un beau blanc ; le dessus de la 
tête, le derrière et les côtés du cou sont couverts de plumes blanches à leur origine, et d’un 
gris brun vers la pointe. Le blanc s’aperçoit autant que le brun vers les joues et dans quelques 
endroits du cou, ce qui forme une espèce de tigré fort agréable; le dos et les couvertures de la 
queue sont brunâtres, ainsi que le manteau, mais chaque plume est bordée d’une teinte plus 
claire que le fond. Les rémiges primaires sont noires ; les secondaires sont rayées transver- 
salement de blanc et de noirâtre ; les pennes scapulaires sont bordées de blanc à leur pointe, 
et la queue est rayée comme les rémiges secondaires. Le courage du Griffait égale sa force : 
il fait une guerre terrible aux Gazelles et aux Lièvres. On le voit leur donner la chasse, les 
jambes pendantes et les serres ouvertes; quelquefois il s’élève si haut, qu’on entend, sans 
voir l’Oiseau, son cri, tantôt aigu et perçant, tantôt rauque et lugubre. Il exclut impérieu- 
sement de son domaine les grands Oiseaux de rapine, dont la concurrence pourrait diminuer 
ses ressources : malgré cette précaution, il lui faut souvent défendre sa proie contre les 
attaques des Corbeaux et des Vautours , qui se réunissent par bandes nombreuses pour la lui 
arracher ; mais sa contenance fîère suffit ordinairement pour les tenir à l’écart. Cet Aigle con- 
struit son aire sur les hauts arbres ; le mâle et la femelle y travaillent de concert ; ce n’est 
pas un nid creux , c’est une sorte de plancher assez solide pour supporter le poids d’un homme. 
Il se compose d’abord de fortes perches, placées en croix les unes sur les autres, entrelacées 
de branches flexibles et surmontées d’une couche de menu bois, de Mousse et de llruyères : 
ce deuxième plancher est recouvert de bûchettes de bois sec, sur lesquelles sont déposés les 
œufs. A défaut d’arbres, le nid est placé sur des rochers presque inaccessibles, et alors la 
base du nid n’est plus formée de perches entre-croisées, qui seraient inutiles ; mais, dans tous 
les cas, c’est sur une couche nue de bûchettes que reposent les œufs. Il y en a deux, de cou- 
leur blanche, et de forme presque sphérique. Pendant que la femelle les couve, le mâle pour- 
voit aux besoins de sa compagne, et quand les petits viennent d’éclore, la mère restant 
auprès d’eux , le père va chercher de la pâture pour sa famille ; mais bientôt les Aiglons 
deviennent si voraces, qu’il faut que les parents aillent tous deux à la provision, et il arrive 
souvent «pie de petits Mammifères carnassiers profitent de cette absence pour rendre visite 
aux jeunes Oiseaux, visite dont le résultat est la disparition de l’un d’eux. Souvent aussi, 
quand l’aire est sur un arbre, les Hottentots y grimpent, non pour nuire aux petits, mais 
pour dérober une partie du butin qu’on leur a apporté ; ce larcin se renouvelle tous les jours, 
jusqu’à ce que les petits n’aient plus besoin de leurs parents, qui ont été de la sorte, pendant 
un certain temps, les pourvoyeurs de leur famille et d’une famille étrangère. 

L’Aigle vautour in ( Falco vulturinus, de Daudin; Gypaetos cafcr, de Temminck) , décrit 
par Levaillant sous le nom de Cafre , est une Espèce de l’Afrique méridionale; la taille est 
celle du grand Aigle ; le plumage est d’un noir profond ; les ailes sont très-longues, les tarses 
rougeâtres, les doigts jaunes, les ongles noirs, faibles et peu crochus ; les yeux sont très- 
grands, à iris brun marron ; le bec jaunâtre, à cire bleuâtre, et assez semblable à celui des 
Vautours. 

Levaillant a observé cet Oiseau dans l’intérieur de la Cafrerie ; il se nourrit de Mammifères 
vivants et même de charogne ; il a, comme les Vautours , les ailes longues, et marche avant 


FAMILLE DES FALCONIDES. 


de prendre son vol ; il dépèce sa proie sur place, parce qu’il ne pourrait l’emporter dans ses 
serres qui n’ont pas assez de vigueur ; il niche dans des rochers. Cette Espèce, intermédiaire 
entre les Aigles et les Vautours , offre des incertitudes aux naturalistes ; quelques-uns la réu- 
nissent à V Aigle de Verreaux ( Aquila Verreauxii , de Lesson) dont le plumage, d'un noir 
intense, est relevé d’un blanc neigeux sur le milieu du dos et sur les tectrices de la queue. 

G e nue P YG ARGUE, Haliœtus , de Savigny (àXç, mer; ust'oç, Aigle, c’est-à-dire, Aigle 
pêcheur ) . Ce Genre diffère de celui des Aigles proprement dits , par les tarses nus , écus- 

sonnés en devant, réticulés 
en arrière ; par les doigts 
entièrement séparés , dont 
l’externe est versatile, c’est- 
à-dire indifféremment anté- 
rieur ou postérieur, et par 
la queue, qui est en forme de 
coin. Les Pvgargues, ainsi 
nommées des mots m»y/j , 

* P YG ARGUE. 

croupe, afYoç, blanc, parce 
que la plupart des Espèces ont en effet la queue blanche, se tiennent près de la mer, des fleuves 
et des lacs, où ils se nourrissent de Poissons, d’Oiseaux aquatiques et de Mammifères vivants 
ou morts. 

Le Pygarcue orfraie ( Halicetus Misas, de Savigny), nommé par Buffon Orfraie, Grand 
Aigle de mer, Pygargue , et mal à propos placé par Linné dans le Genre Vautour, habite 
spécialement l’hémisphère nord : les naturalistes en ont fait longtemps trois Espèces, trompés 
par les différences de taille et de livrée que produisent l’âge et le sexe. L’Oiseau, dans le jeune 
âge, est le Falco ossifragus , de Gmelin : son bec est noir; sa queue noirâtre, tachetée de 
blanchâtre; son plumage est brunâtre, avec une flamme brun foncé sur le milieu de chaque 
plume. Celui qu’on a nommé le Falco a/bicilla est la femelle adulte ; sa taille est de trois 
pieds, et égale presque celle de l’Aigle royal. Enfin, celui que Buffon nomme I e petit Pygargue 
n’est que le mâle , moins grand d’un huitième que la femelle : on lui a donné le nom de Falco 
albicaudus. Le mâle et la femelle vieux ont le dessus et le dessous du corps d’un brun cendré 
uniforme, moins foncé à la tête, au cou, et tirant sur le gris blanchâtre à la face ; les rémiges 
sont brunes; la queue est d’un blanc pur ; les tarses et les doigts sont d’un jaune citron, de 
même que la cire ; le bec est d’un jaune pâle, et l’iris d’un jaune brillant. Le Pygargue habite 
de préférence les forêts qui avoisinent la mer et les grands lacs ; on le rencontre commu- 
nément pendant l’hiver sur les côtes de la Manche. 11 vole moins haut et moins vite que les 
Aigles proprement dits. Il chasse de nuit aussi bien que de jour; il saisit les Poissons en 
fondant dessus quand ils sont à fleur d’eau, ou même en plongeant, et se nourrit aussi de 
jeunes Phoques, d’Oiseaux de mer, de Mammifères terrestres ; s’il voit un autre Rapace, plus 
faible que lui, qui s’est emparé d’un Poisson, il le poursuit avec acharnement, jusqu’à ce que 
ce concurrent malheureux lui abandonne son butin. Sa voracité lui est quelquefois funeste : il 
se jette, dit-on, sur les Phoques avec tant d’acharnement, et se cramponne tellement sur 
leur dos, en y enfonçant’ ses griffes acérées, que souvent il ne peut plus les dégager, et se 
laisse entraîner par le Phoque au fond de la mer. 

Le naturaliste Léopold de Buch , auteur d’un Voyage en Norwége et en Laponie , attribue à 
cet Oiseau une industrie qui ferait supposer en lui une combinaison d’idées appartenant exclu- 
sivement aux Animaux supérieurs. Il dit que le Pygargue attaque même les Bœufs : pour 
réussir dans son entreprise, il se plonge d’abord dans la mer, se relève tout mouillé et sc 
roule sur le rivage, jusqu’à ce que ses plumes soient couvertes de sable et de gravier ; en cet 
état, il fond sur sa victime, lui jetant du sable dans les yeux, et la frappant en même temps 
de son bec et de ses ailes. Le Bœuf court çà et là pour éviter un ennemi qui l’ai teint par- 




Pygargue 


46 


RAPACES DIURNES. 


tout; il tombe enfin, épuisé de fatigue, et devient alors la proie du Pygargue. Un habitant 
des- îles de Loffoden venait de perdre un Bœuf de cette manière, quand Léopold de Buch 
aborda dans ces contrées. 

Les Groenlandais recherchent le Pygargue pour manger sa chair, et ils font des amulettes 
avec ses mandibules et ses griffes. 

La localité modifie singulièrement le régime du Pygargue; dans la Russie méridionale, il 
n’est plus riverain, et se tient au milieu des steppes, où il dévore des Taupes et des Ron- 
geurs ; on l’y voit même, dans l’hiver, s’approcher des habitations, et se jeter sur les cha- 
rognes de Mammifères et d’Oiseaux. Dans les régions plus septentrionales, il émigre vers le 
Sud, aux approches du froid, et suit les grandes bandes d’Oies qui émigrent comme lui ; c’est 
alors qu’il est de passage sur nos côtes, pour y reparaître de nouveau au commencement de 
mars, et retourner vers le Nord, oh il va se reproduire. Son aire, qu’il établit sur les rochers 
escarpés, ou sur les arbres, ou même à terre, et qui offre jusqu’à six pieds de largeur, con- 
fient deux œufs d’un blanc sale, à taches d’un roux vineux. 

Le Pygargue a tète blanche ( Hnliœtus leucocephalus , de Lesson ; Falco leucoce- 
phalus, de Gmelin) , Espèce d’Amérique, diffère du Pygargue d’Europe, en ce qu’elle est un 
peu plus petite; que le bec et les doigts sont moins longs, et que la dernière phalange du 
doigt médian porte huit écailles larges, au lieu de six. Le plumage est d’un brun foncé, avec 
la tête d’un blanc pur, ainsi que les deux tiers du cou, la queue, et les plumes qui la recou- 
vrent. Le bec, la cire, les tarses et les doigts sont d’un jaune pâle; l’iris est d’un blanc 
jaunâtre. 

Cette Espèce, nommée vulgairement Aigle à tète blanche, habite principalement l’Amé- 
rique septentrionale , et ne se rencontre que très-accidentellement en Europe. Elle niche sur 
les rochers escarpés et les arbres à cime large et élevée. Ses œufs sont d’un blanc jaunâtre, 
tacheté de gris roussâtre ; l’intérieur de la coquille est d’un beau vert. 

Les mœurs de l’Aigle à tête blanche sont les mêmes que celles du Pygargue d’Europe ; c’est 
lui qui est représenté sur l’étendard des États-Unis d’Amérique ; nul Oiseau ne possède un vol 
plus puissant, nul n’a plus de force, d’adresse et de courage ; mais son caractère est féroce 
et tyrannique ; Franklin n’approuvait pas le choix que ses compatriotes avaient fait de l’Aigle 
à tête blanche pour leur blason national. Un brigand ailé, disait-il, qui profite de ses avan- 
tages pour ravir aux Oiseaux, plus faibles que lui, le butin qu’ils ont conquis, n’est pas digne 
de représenter l’indépendance loyale et généreuse du peuple américain. 

« Voulez-vous, dit l’illustre Audubon, connaître la rapine de l’Aigle à tête blanche? Per- 
mettez-moi de vous transporter sur le Mississipi, vers la fin de l’automne, au moment oh des 
milliers d’Oiseaux fuient le Nord, et se rapprochent du soleil. Laissez votre barque effleurer les 
eaux du grand fleuve. Quand vous verrez deux arbres dont la cime dépasse toutes les autres 
cimes s’élever en face l’un de l’autre, sur les deux bords du fleuve, levez les yeux : l’Aigle est 
là, perché sur le faîte de l’un des arbres ; son œil étincelle, et roule dans son orbite, comme 
un globe de feu. 11 contemple attentivement la vaste étendue des eaux ; souvent son regard se 
détourne et s’abaisse sur le sol ; il observe, il attend ; tous les bruits sont écoutés, recueillis 
par son oreille vigilante : le Daim qui effleure à peine les feuillages ne lui échappe pas. Sur 
l’arbre opposé, sa compagne est en sentinelle ; de moment en moment, son cri semble 
exhorter le mâle à la patience. Il y répond par un battement d’ailes, par une inclination de 
tout son corps, et par un glapissement aigre et strident, qui ressemble au rire d’uu maniaque ; 
puis il se redresse, immobile et silencieux comme une statue. Les Canards, les Poules d’eau, 
les Outardes , passent au-dessous de lui , en bataillons serrés que le cours du fleuve emporte 
vers le Sud ; proies que l’Aigle dédaigne, et que ce mépris sauve de la mort. Enfin, un son 
lointain, que le vent fait voler sur le courant, arrive à l’ouïe des deux époux : ce bruit a le 
retentissement et la raucité d’un instrument de cuivre : c’est la voix du Cygne. La femelle 
avertit le mâle par un appel composé de deux notes : tout le corps de l’Aigle frémit ; deux ou 


FAMILLE DES FALCONIDÉS. 41 

trois coups do bec, dont il frappe rapidement son plumage, le préparent à son expédition. Il 
va partir. 

<( Le Cygne vient, comme un vaisseau flottant dans l’air, son cou de neige étendu en avant, 
l’œil étincelant d’inquiétude. Le battement précipité de ses ailes suffit à peine à soutenir la 
masse de son corps, et ses pattes, qui se reploient sous sa queue, disparaissent à l’œil. Il 
approche lentement, victime dévouée. Un cri de guerre se fait entendre. L’Aigle part avec la 
rapidité de l’étoile qui file. Le Cygne a vu son bourreau ; il abaisse son cou, décrit un demi- 
cercle, et manœuvre, dans l’agonie de sa terreur, pour échapper à la mort. Une seul*; chance 
de succès lui reste, c’est de plonger dans le courant ; mais l’Aigle a prévu ce stratagème : il 
force sa proie à rester dans l’air, en se tenant sans relâche au-dessous d’elle, et en menaçant 
de la frapper au ventre ou sous les ailes. Cette habile tactique, que l’homme envierait à l’Oi- 
seau, ne manque jamais d’atteindre son but. Le Cygne s’affaiblit, se lasse, et perd tout espoir 
de salut ; mais alors son ennemi craint encore qu’il n’aille tomber dans l’eau du fleuve : un 
coup des serres de l’Aigle frappe la victime sous l’aile et la précipite obliquement sur le 
rivage. 



« Tant de prudence, d’activité, d’adresse, ont achevé la conquête : vous ne vendez pas sans 
effroi le triomphe de l’Aigle ; il danse sur le cadavre, il enfonce profondément ses armes 
d’airain dans le cœur du Cygne mourant ; il bat des ailes, il hurle de joie ; les dernières con- 
vulsions de l’Oiseau semblent l’enivrer, il lève sa tête chenue vers le ciel , et ses yeux se 
colorent d’un pourpre enflammé. Sa femelle vient le rejoindre; tous deux ils retournent le 
Cygne, percent sa poitrine de leur bec, et se gorgent du sang chaud qui en jaillit. » 

N’est-ce pas là un drame tout entier, avec son exposition attachante, son trouble croissant, 
et ses péripéties imprévues? N’y trouve-t-on pas terreur et pitié, comme dans la véritable 
tragédie? Que l’on rapproche de cette magnifique peinture de mœurs les plus belles pages de 
Buffon, et l’on verra la différence qui sépare le naturaliste sédentaire du naturaliste voya- 
geur.... Loin de nous l’ingrate et téméraire pensée d’affaiblir l’admiration due à l’immortel 
écrivain que la France comptera toujours avec orgueil parmi ses gloires scientifiques et litté- 
raires ! En invitant nos lecteurs à étudier comparativement le style de deux hommes si émi - 
nents, nous voulons seulement leur faire sentir combien un esprit simple et exact, qui a 
étudié de près la nature, a d’avantages sur le génie le plus brillant , «pii n’a pu l’observer que 



ii \ I* ACES DIURNES. 


48 

dans une ménagerie ou dans un jardin. L’amour passionné de l’histoire naturelle, voilà tout 
le secret du talent descriptif d’Audubon, et l’observation attentive des faits a suffi pour donner 
à ses tableaux une chaleur et un coloris que l’écrivain le plus habile ne saurait, trouver dans 
la poudre du cabinet. 

Audubon décrit, sous le nom d’ Aigle de Washington [Falco Washingtonii) , une Espèce 
d’ Aigle pêcheur que M. Ch. Bonaparte réunit au Pygargue à tête blanche , dont nous venons 
de parler. L’ornithologiste américain l’observa pour la première fois en 1814, et fut, dit-il, 
plus heureux en trouvant cette nouvelle Espèce, qu’Herschell en découvrant sa planète. C’était 
au mois de février: \udubon remontait le Mississipi ; une bise glaciale l’enveloppait, il était 
en ce moment mort à l’enthousiasme, et voyait avec indifférence défiler devant lui des myriades 
d’Oiseaux aquatiques qui descendaient le fleuve. Tout à coup un Aigle passa au-dessus de sa 
tête, il se leva, et reconnut au premier coup d’œil que l’Espèce était nouvelle pour lui. Aussitôt 
il débarqua , et vit l'Aigle se diriger vers de hauts rochers. Le lendemain il alla se poster vis- 
à-vis de cet endroit, et attendit patiemment la page d’histoire que devaient lui fournir ces 
Oiseaux jusqu’alors inconnus. Après quelques heures d’attente, il entendit un sifflement, et 
vit , au bord de la saillie la plus élevée du rocher, deux Oiseaux qui s’agitaient avec les signes 
de l’impatience et de la joie : c’étaient les Aiglons qui saluaient le retour de leurs parents ; le 
père parut le premier, tenant dans son liée un Poisson, qu’il apporta à ses petits ; la mère vint 
ensuite, tenant aussi un Poisson; mais, plus prudente que son compagnon, elle jeta autour 
d’elle un regard déliant, et aperçut l’homme qui se tenait immobile en face du rocher: aussi- 
tôt elle lâcha sa proie, et se mit à tourner au-dessus de lui en poussant de grands cris pour 
l’éloigner. Les petits s’étant cachés, Audubon ramassa le Poisson: c’était une grosse Perche. 
Il revint le lendemain sans rien voir, puis le surlendemain, et attendit toute la journée ; mais 
l’invasion avait été prévue, et la famille avait changé de quartier. Deux ans après, il vit un 
Vigie de la même Espèce se lever au-dessus d’un enclos où, quelques jours auparavant, on 
avait tué des Porcs : il arma son fusil et s’approcha doucement ; l’Aigle l’attendit sans paraître 
effrayé, et mourut sur le coup ; il le dessina, le décrivit, et lui donna le nom de Washington. 
L’hiver suivant, il put observer à loisir les mœurs d’un couple de ces animaux. Leur vol est 
différent de celui de l’Aigle à tête blanche : l’Aigle de Washington circonscrit un plus grand 
espace, et plane plus près de la terre et de l’eau ; quand il fond sur sa proie, il décrit autour 
d’elle une spirale, qui se rétrécit peu à peu, dans l’intention évidente d’empêcher tout mouve- 
ment de retraite de sa victime ; il ne tombe sur elle qu’à quelques toises de distance; dès qu’il 
l'a saisie, il s’envole obliquement à une grande distance, mais il s’élève peu, et son vol forme 
un angle très-aigu avec la surface de l’eau. 

LePvGAivGiJE a g u i a ( Haliœthus aguia, de Lesson ; Falco aguia, de Temminck ; Aigle 
noir et blanc , d’Azara) est une Espèce remarquable du sud de l’Amérique méridionale. Le 
dessus de la tête, du cou, du dos, de la queue et de la poitrine est noir, avec du blanc à la 
base des plumes ; l’extrémité des rectrices est d’un blanc sale ; la gorge est d’un bleu plombé 
clair ; le ventre est blanc, ainsi que les cuisses ; l’iris est roux ; les tarses sont jaunes, ainsi 
que le bec, qui est noirâtre à son extrémité. La taille est de vingt-six pouces. 

Cet Oiseau habite les rivages escarpés des lacs, des fleuves et des mers ; on ne le voit jamais 
dans les bois; il se perche de préférence sur les rochers et sur les arbres morts, dont il occupe 
le sommet pendant le jour, pour embrasser du regard un plus vaste espace; la nuit, seulement, 
il se pose plus bas, et c’est alors qu’on peut le tirer. Dès la pointe du jour, il se réveille, et 
commence sa tournée en côtoyant les falaises; son vol est peu rapide, mais aisé; il tournoie 
dans les airs à une grande hauteur, tantôt guettant les Pigeons voyageurs ou les petits Mam- 
mifères des plaines voisines, tels que les Rats, les Cobayes, tantôt explorant les grèves mari- 
times où le flot a déposé des cadavres de Poissons, de Phoques ou d’Oiseaux aquatiques; il 
tombe d’aplomb sur sa proie, vivante ou morte, et dispute celte dernière aux Cathartes et au 
Condor; il la dépèce toujours sur place. Quand il s’est repu, il reprend son vol, et va se 


w 


FAMILLE DES F\LOONIDÉS. 

percher sur son arbre ou sa roche; là, il digère, la tète rentrée dans ses épaules et le corps 
immobile; mais son œil, toujours en mouvement, parcourt les lieux environnants. A l’ap- 
proche du soir, il recommence sa tournée pour trouver son second repas. Il niche, dit-on, sur 
la cime des arbres les plus élevés; son nid est très-volumineux, et renferme deux œufs, d’un 
rouge brun. 

Les habitants de l’Amérique du Sud le regardent comme un excellent hygromètre : quand il 
s’élève, en tournoyant, au-dessus du même lieu, et que, du plus haut des airs, il envoie un 
cri aigu qui arrive jusqu’à terre, c’est l’annonce certaine d’un orage prochain. 

Le Pygargue vocifère ( Hnliætus vocifer, de Lesson ; Falco vocifer , de Daudin) est 
une Espèce d’Afrique, découverte par Levaillant. Le Vocifère aies dimensions de l’Orfraie; 
l’envergure de ses ailes est de huit pieds; la partie supérieure du corps est blanche, ainsi que 
Ja queue; le reste est d’un brun roux mêlé de noir; les plumes de la tête, du cou, et les sca- 
pulaires, sont également blanches, à tiges brunes; celles de la poitrine sont blanches, et 
portent quelques taches rares, longitudinales, d’un noir brun; les rémiges sont noires, et en 
partie finement marbrées de blanc et de roux à leurs barbes extérieures; le bec est d’un bleu 
de corne, à cire jaunâtre ; la peau antérieure de l’œil est nue, couverte de poils rares et jau- 
nâtres; l’iris est d’un brun rouge; les tarses sont robustes, jaunes, ainsi que les doigts ; les 
ongles sont noirs. 

Le Vocifère habite les rivages maritimes et l’embouchure des grandes rivières de la côte 
orientale et occidentale de l’Afrique. On ne le voit jamais dans l’intérieur des terres, parce que 
les rivières d’Afrique sont peu poissonneuses, et qu’il fait sa principale nourriture de poissons; 
il s’en empare en fondant sur eux du haut des airs, et va les manger ensuite sur un rocher 
voisin ou sur les troncs d’arbres amoncelés le long des bords de la rivière; ordinairement, 
c’est le même endroit qu’il choisit pour y prendre ses repas, et l'on trouve souvent à cette 
place, qui lui sert de réfectoire, des ossements de Gazelle et d’un grand Lézard, commun 
dans ces rivières, attestant qu’il n’est pas exclusivement ichthyophage. Quand ces Oiseaux 
sont perchés, ils s’appellent et se répondent de fort loin par des cris différemment accentués, 
qu’ils produisent en faisant de grands mouvements de cou et de tête : quand ils volent, ils 
s’élèvent à une hauteur prodigieuse, avec une grâce toute particulière; leur voix lait entendre 
alors un chant de quatre notes, cahou cou cou, qui n’est pas désagréable, et auquel l’Oiseau 
semble aider par un mouvement remarquable de ses ailes, de même que les mouvements de 
son cou favorisent son cri quand il est perché. La voix éclatante du Vocifère fait aisément 
découvrir sa retraite, mais il ne se laisse pas approcher. Levaillant, ayant remarqué un 
arbre que fréquentaient deux de ces animaux, creusa, à portée de cet arbre, une fosse, qu’il 
recouvrit de branchages et de terre; puis, il s’y enterra, et passa trois jours à épier les 
Oiseaux qu’il voulait posséder. Ceux-ci conservèrent leur défiance, et se tinrent à l’écart, tant 
que la terre qui couvrait le fossé fut humide; mais enfin cette terre ayant pris, en se dessé- 
chant, la couleur du sol environnant, ils revinrent à leur arbre, et le patient naturaliste tua la 
femelle d’un coup de fusil; quelques jours après il s’empara du mâle, qui était venu chercher 
sa compagne jusque dans le voisinage du camp. 

Le Pygargue blagre (Haliœtus blagrus , de Lesson; Falco blagrus , de Daudin) a été 
observé par Levaillant, en Afrique. Il a la taille et le port du Balbusard; ses plumes sonl 
rudes au toucher; celles de la tête, du cou et de la poitrine, sont d’un blanc satiné; le man- 
teau est d’un gris brun, ainsi que les rectrices, qui sont, en outre, terminées de blanc; les 
rémiges primaires sont noirâtres, les secondaires plus claires; les tarses et les doigts sont 
jaunes, et les ongles noirs. 

Cet Oiseau fréquente les bords de la mer et des rivières poissonneuses; il se tient à l’affût 
près des eaux, et guette les Poissons, qu’il saisit en plongeant sur eux verticalement. 

Lesson pense que le Blagre est identique avec l’Espèce décrite par Temminck , sous le nom 
tY Aigle océanique , comme étant une Espèce distincte de la Nouvelle-Hollande. 

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50 


RAPACES DIURNES. 


Le P y cja kg u k caf he ( Haliœtus vulturinus , de Lesson; Falco vulluriims , de Sim w) est 
une Espèce d’Afrique, de la taille de l’Aigle royal; son plumage est d’un noir mal, à l’excep- 
tion de quelques reflets brunâtres dans les tectrices des ailes; les rémiges sont très-longues, et 
dépassent de huit pouces les rectrices, qui sont arrondies et usées à leur bout, parce que 
l’Oiseau, se retirant dans les rochers, et se posant plus souvent à terre que l’Aigle, le frotte- 
ment endommage plus ou moins la queue; les yeux sont très-grands, à iris d’un brun marron; 
le bec est bleuâtre, à courbure jaunâtre, et assez semblable à celui des Vautours; les doigts 
sont jaunâtres, à ongles noirs, faibles et peu crochus; les tarses sont emplumés, dans une 
grande partie de leur étendue, ce qui autoriserait peut-être à ranger cette Espèce parmi les 
Aigles, aussi bien que parmi les Pygargues. 

« Je n’ai, dit Levaillant, rencontré ces Oiseaux que dans le voisinage de la Cafrerie, où ils 
sont même assez rares. Je n’ai vu en tout que cinq individus de cette Espèce, du nombre des- 
quels il ne m’a été possible d’en tuer que deux, qui vinrent se précipiter sur les débris d’un 
Buffle, que j’avais fait jeter à l’écart pour les attirer. Pendant qu’on les écorchait, -il s’exhala de 
leurs corps une odeur insupportable : co qui prouve qu’ils font leur principale nourriture des 
cadavres qu’ils rencontrent. Comme les Vautours, ils sont obligés de marcher quelques pas en 
avant, avant de pouvoir s’enlever de terre; mais ils ne volent point en grandes troupes, car je 
ne les ai jamais vus que deux ensemble, apparemment le mâle et la femelle. N’ayant tué que 
deux femelles , je ne puis indiquer la différence qui se trouve entre les deux sexes. Je n’ai pu 
rien apprendre de particulier sur leurs habitudes et leurs pontes. Les sauvages m’ont assuré 
seulement qu’ils nichent dans les rochers, qu’ils attaquent les Agneaux, les dévorent sur 
place, et que jamais ils n’emportent leur proie dans leurs griffes, même quand ils ont des 
petits. » C’est ce rapport du Cafre avec les Vautours qui lui a valu son nom spécifique de 
vulturinus. 

Le Py g argue de Macé ( Hcilicetus Mncei, de Lesson; Falco Macei, de Temminck) est 
une Espèce qui habite l’Inde et le Bengale. Le devant du cou et le haut de la poitrine sont d’un 
blanc pur; un trait blanc se voit au-dessus de l’œil; l’occiput, le manteau et les ailes sont 
d’un marron foncé; la poitrine d’un jaunâtre ferrugineux; la queue est blanche en dessous, 
terminée par une bande brune. 

Le Pyg argue ga ru da (Ilaliœtus garuda, de Lesson; Falco ponticerianus , de Gmelin; 
Haliœtus girrenera, de Vieillot) est une Espèce très-commune dans l’Inde, au Bengale, et 
sur les rivages de toutes les îles de la Malaisie; le plumage est d’un blanc de neige très-pur 
sur la tête, le cou et la poitrine, d’un marron vif sur le reste du corps. 

Cet Oiseau, décrit par Buffon, sous le nom de Petit Aigle des Grandes-Indes , a été consacré 
à Vishnou par les Brahmes : ceux-ci l’accoutument à venir, à des heures réglées, prendre ses 
repas dans les temples de leur dieu , et ils l’appellent en frappant sur des plats de cuivre. La 
vénération que les Indiens ont pour lui est telle, que quand, le matin, sortant à jeun de leur 
logis, ils le voient se diriger vers le lieu où ils se rendent eux-mêmes, cette rencontre est 
pour eux le signe manifeste de la protection divine. 

Genre HÉLOTARSE, Helotarsus , de Smith ( vjXoç , clou; rapo-oç, pied, allusion aux 
écailles garnissant le dos des doigts, et offrant l’aspect de têtes de clous). Ce Genre a pour 
caractères : les ailes sur- obtuses, le bec en partie droit, 
non denté, à bords lisses, à peine festonnés; les tarses, de 
longueur moyenne, largement réticulés; le pouce et le doigt 
médian écailleux dans toute la longueur de leur face dor- 
sale; le doigt externe uni au médian par une membrane; 
la queue droite, très-courte, tronquée, dépassée par les 
ailes. Les narines sont ovalaires, verticales; la cire est par- 
semée de quelques poils rares. 

L’Hf. eotarse R at eue U R ( Helotarsvs ccavdatvs , de 



51 


FAMILLE DES FALCONIDÉS. 

Smith; Falco ecaudalus , de Daudin), la seule Espèce comme de ce Genre, a été observé, 
par Levaillant, dans le Sud de l’Afrique. Le plumage est d’un beau noir mat, teinté de 
roux; les tectrices des ailes sont grises; la queue' est d’un roux vif; le bec est noir, la cire 
d’un rouge orangé, ainsi que la peau de la face et du tour île l’œil; les tarses sont de la même 
couleur. La taille est intermédiaire entre celles de l’Orfraie et du Bal busard. 

Cet Oiseau est commun dans le pays d’Auteniquoi et dans la Cafrerie. Il ressemble, en 
volant, à un Oiseau dont on a coupé la queue; il plane en tournoyant, et jette deux sons très- 
rauques, dont l’un est l’octave de l’autre. «Souvent, dit Levaillant, il suspend tout à coup 
son vol, et descend à une certaine distance, en battant l’air de ses ailes, de manière que l’on 
croirait qu’il s’en est cassé une, et qu’il va tomber jusqu’à terre; sa femelle ne manque 
jamais, alors, de répéter le même jeu. On peut entendre ces coups d’aile à une très-grande 
distance; je ne puis mieux comparer le bruit qui en résulte, qu’à celui que fait une voile dont 
un des coins s’est détaché, et qu’un grand vent agite violemment. J’ai tiré le nom de cet 
Oiseau de sa manière de se jouer dans les airs : on croirait voir, en effet, un bateleur < jui fait 
des tours de force pour amuser les spectateurs. » 

L’Hélotarse se nourrit de Gazelles , de jeunes Autruches; il rôde autour des habitations, 
pour surprendre les Agneaux ou les Moutons malades; il ne dédaigne même pas les charognes. 
Pour dévorer les cadavres, les Bateleurs se rassemblent en troupes, et, quand le repas est fini, 
chaque couple retourne dans son domaine particulier. Leur aire est bâtie sur les arbres, et 
contient trois ou quatre œufs, à coquille entièrement blanche. 

Genre R O S T B H A M E , Rostrharhus , de Lesson ( roslrum , bec; hormis, hameçon). Ce 
Genre , par lequel nous terminerons l’histoire de la Tribu des Falconiens, se distingue de tous 

les précédents par son bec, en très-grande partie droit, dont 
la mandibule supérieure se recourbe en croc allongé; la 
mandibule inférieure est beaucoup plus courte, mince et 
tronquée; les narines sont situées à la base, nues et arron- 
dies; le devant de l’œil est nu; les ailes sont obtuses et lon- 
gues; la queue moyenne, échancrée; les tarses sont très- 
courts, finement emplumés dans leur moitié supérieure, et 
largement écussonnés dans l’inférieure; les doigts écailleux 
sur leur face dorsale, les latéraux égaux. 

Le Rostrhame a bec en hameçon (. Rostrhamus hamatus , de Gray; Falco hamatus , 
d’illiger) , qui est l’Espèce unique du Genre, habite l’Amérique méridionale. Le plumage est 
entièrement noir; le croupion et les tectrices inférieures de la queue sont de couleur blanche; 
la queue est noire, parfois lisérée de blanc; les tarses sont noirs, ainsi que le bec, dont la 
base est rosée; l’iris est rouge carmin. La taille est de dix-sept pouces. 

C’est à M. Alcide d’Orbignv que l’on doit la connaissance des mœurs de cette Espèce. 
Les Rostrhames habitent les plaines marécageuses et le bord des lacs, entourés de petits 
bouquets de bois ou de buissons, sur lesquels ils se tiennent perchés par bandes de vingt- 
cinq à cinquante individus; cette sociabilité, qui fait exception au caractère solitaire de la 
plupart des Falconiens, motive le nom spécifique de sociabi/is, que leur a donné M. D’Or- 
bigny. Les Rostrhames se nourrissent de Poissons et de Reptiles aquatiques. Ils épient leur 
proie, en tournoyant au-dessus des eaux stagnantes; après une courte exploration, ils se 
reposent, pour s’envoler de nouveau , une minute après, en poussant des cris aigus. Quand 
ils ont exploité un marais pendant quelques heures, ils partent tous ensemble, pour aller en 
visiter un autre. « Quoique sociables, dit M. Alcide d’Orbigny, ils sont on ne peut [dus crain- 
tifs, et ils prennent tant de précautions pour n’être pas surpris, que je n’ai jamais pu en 
approcher, sans être bien favorisé par les localités. On sent que leur genre de vie les oblige à 
se tenir souvent à terre, afin d’v saisir leur proie; aussi, les voit-on quelquefois se jeter tout 
à coup, du haut de leur perchoir, ou en volant, sur un Poisson ou un Reptile aquatique, les 



ROSTRUAME NOIR. 


RAPACES DIURNES. 


:>2 

retenir, malgré la viscosité dont ils sont généralement recouverts, au moyen du long croc de 
leur bec, ou de leurs ongles, et les transporter dans un lieu plus sûr, pour les dépecer et s’en 

repaître; puis s’envoler, et revenir faire la digestion auprès des leurs, perchés sur une 

branche, où ils restent immobiles, jusqu’à ce qu’il plaise à la troupe de prendre son vol. » 

Nous ne quitterons pas les Faleoniens sans rappeler à nos lecteurs une des gracieuses fic- 
tions des poètes de l’antiquité, où Ceyx , roi de Trachyne, raconte à Pélée l’histoire de son 

frère Dædalion, métamorphosé en Oiseau de proie. Voici comment le fait parler Ovide, que 

nous traduirons littéralement : 

<( Vous croyez peut-être (pie cet Oiseau, qui vit de rapine, et répand la terreur parmi les 
autres habitants de l’air, a toujours porté des plumes : il fut Homme autrefois , et, sous sa 
nouvelle forme, il a conservé son âme fière, toujours prête à la guerre et à la violence. Il se 
nommait Dædalion, et avait pour père, ainsi que moi, le Dieu Lucifer, qui appelle l’Aurore, 
et sort le dernier de la voûte céleste. Autant je chéris la paix et les tranquilles plaisirs de la 
vie conjugale, autant mon frère était avide de combats. Hélas! sa valeur belliqueuse, qui 
soumit les rois et les nations, n’est plus employée aujourd’hui qu’à poursuivre les timides 
colombes de la Thessalie. Il avait une fille, la belle Chioné, qui osa se placer au-dessus de 
Diane, et mépriser la beauté de la déesse. « Tn ne mépriseras pas ma puissance! » s’écria 
Diane en courroux. Elle dit, courbe son arc d'ivoire, et lance une flèche acérée., qui va percer la 
langue téméraire de Chioné : celle-ci veut se plaindre; mais la voix lui manque, ainsi que la 
parole, et sa vie s’échappe avec son sang. O pitié! quelle fut ma douleur! et quelles consola- 
tions ne prodiguai-je pas à mon malheureux frère! Hélas! son cœur paternel fut sourd à 
mes paroles, comme les rochers au murmure des vagues, et il ne cessa de gémir sur la mort 
de sa fille. Mais quand il la vit sur le bûcher qui allait la consumer, quatre fois il voulut 
s’élancer dans les flammes, quatre fois mes mains l’en repoussèrent. Alors il prend la fuite 
d’un pied rapide, et tel qu’un taureau qui porte, enfoncé dans son cou, le dard d’un frelon, 
il se rue loin des chemins frayés. Le désir de la mort accélérant sa course, il nous échappe 
à tous, parvient à la cime du Parnasse, et se précipite de la roche la plus élevée; mais 
Apollon, ému de compassion, le change en Oiseau, et ses ailes, subitement déployées, le 
tiennent suspendu dans les airs; sa bouche devient un bec crochu, ses ongles se recourbent 
en griffes aiguës. Son ancien courage lui reste, et sa vigueur est supérieure à sa stature. 
Maintenant, devenu Faucon, il est cruel pour tous les autres Oiseaux, et venge ses douleurs 
par celles qu’il leur fait souffrir. » 


TRIBU des GYPOHIÉRACIENS. 


Cette Tribu, la deuxième de la Famille des Falconidés, est intermédiaire entre les Faleoniens 
et les Vulluriens ; M. Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, ne se prononce [tas définitivement sur la 
véritable place du Genre unique qui la constitue, et c’est avec doute qu’il en a fait une Tribu. 

Genre GYPOHIÉRAX, Gypohierax, de Ruppel (yù^. Vautour , Gpa; , Épervier, c’est- 
à-dire moitié Vautour et moitié Épervier) ; les ailes sont longues et obtuses; le bec est allongé, 
crochu à son extrémité seulement; le tour des yeux et les deux côtés de la mandibule infé- 
rieure sont nus; les narines sont ovalaires, percées verticalement sur le bord de la cire; la 
queue est courte et arrondie; les jambes sont emplumées jusqu’au genou, les tarses recou- 
verts d’écailles et réticulés; les doigts écailleux vers leur extrémité, l’interne réuni an médian 
par une membrane, les ongles moins longs que dans les Faleoniens. 


GYPOHIÉRAX CATUARTOÏDE. 


Le Gvpohiérax cathautoide ( Ggpolüerax nngolensis , de Gray; Vultur angolë-nsis , 
de Latham) , Espèce unique du Genre, a été découvert à Angola, par Pennant, et indiqué 
depuis, par Ruppell , comme appartenant à l’Afrique occidentale. Son volume est à peu près 
celui d’une Oie. Le plumage est blanc; les rémiges et les rectrices sont 'noires; la partie infé- 
rieure du cou est gonflée en sac; le bec est blanchâtre, ainsi que les tarses; la cire bleuâtre; 
les orbites de couleur rosée; l’iris jaunâtre. Le nom spécifique de Cathartoïde indique la res- 
semblance du Gvpohiérax avec les Cathartes, dont nous ferons bientôt l’histoire. 


TRIBU des POLYBORIE®. 

Cette Tribu des Falconidés, établie par M. d’Orbigny, est, plus nettement encore que celle 
îles Gypohiéraciens, intermédiaire entre les Faleoniens et les Vulturiens, tant par ses mœurs 
que par ses caractères zoologiques ; le bec est droit dans une grande partie de sa longueur, le 
crochet est remarquablement court, quoique assez prononcé ; les ongles courts et faibles, eu 
proportion de la dégradation du bec ; les nudités céphaliques n’occupent que les joues, entre 
les yeux et la cire ; les ailes sont obtuses. La conformation du bec et des serres révèle les 
mœurs de ces Oiseaux. En effet, ils n’attaquent point les Animaux de grande taille, à moins, 
qu’ils ne soient hors d’état de se défendre ; ils ne chassent que les Vertébrés petits ou jeunes, 
ou les Insectes, et s’abattent de préférence sur les cadavres. 

Les Polyboriens, quoique volant avec facilité, sont essentiellement marcheurs; ils vivent 
en société , mais ils se querellent sans cesse; ils sont les compagnons de l’homme, ou plutôt 


RAPACES DIURNES 


54 

ses parasites importuns : le sauvage, le colon, le citadin, dont ils pillent lus provisions et 
dévastent la basse-cour, les poursuivent à outrance ; mais ces Oiseaux , doués d’une merveil- 
leuse sagacité, savent éviter tous les pièges, et n’en deviennent pas plus farouches. Ils s’ar- 
rachent la pâture les uns aux autres, et la disputent surtout aux Espèces étrangères. 

SYNOPSIS DES GENRES DE LA TRIBU DES P O L Y R O RI EN S . 

Tarses écussonnés G au \c ara. Polyborus. 

Tarses réticulés. 

Narines rondes I b y c t è r e. / bycter. 

Narines linéaires Polyboroïde. Polyboroides. 

Geniu: CAR AG A RA. Polyborus , de Vieillot (uoàù, beaucoup; êopol, nourriture; c’est-à- 
dire., vorace, mangeant de tout). Dans ce Genre, les tarses sont écussonnés, longs ; le crochet 
du bec est fort réduit ; les bords mandibulaires sont festonnés ou ondulés ; les narines ellip- 
tiques et percées obliquement dans la partie supérieure de la cire; la queue est arrondie, la 
face nue, avec quelques poils; le jabot saillant. 

Le G au ac ara ou Brésil ( Polyborus Brasiliensis , de Vieillot; Falco Brasiliensis , de 
Gmelin) est l’unique Espèce du Genre. Le plumage de la gorge et du cou est blanchâtre ; le 
dessus du corps est rayé transversalement de brun et de blanc ; la queue et les tectrices des 
ailes ont du brun noir au bout; les rémiges sont blanchâtres, rayées et pointillées de brun, 
terminées de noirâtre. Le bec est bleuâtre, l’iris d’un jaune roux, les tarses d’un jaune foncé, 
les joues rouges ; le jabot est nu. 



C,\ Il A CA RA DR BRESIL (PolybOVllS BVClSiliCIXSis) • 


Le Caracara, ainsi nommé à cause de son cri d’amour, qu’il pousse en 1 envoi saut sa tête 
sur son dos, est le plus commun des Falconidés de l’Amérique méridionale. Il accompagne 
l’homme dans ses pérégrinations, pour recueillir les restes de son repas. Le voyageur qui 


FUI ILLE DES FALCONIDÉS. 


55 

chemine à travers ces vastes forêts peut se croire seul tant qu’il ne s’arrête pas, parce que 
ses compagnons de route sont invisibles ; mais dès qu’il suspend sa marche, il voit paraître 
les Caracaras qui, perchés à quelque distance, attendent patiemment qu’il ait fini de manger’ 
pour s’emparer des aliments qu’il aura rebutés, line fois ce repas fini, ils disparaissent, et le 
lendemain ils se remettent en route avec l’homme, sans se montrer, si ce n’est au moment 
de la halte. Ils escortent le chasseur avec la même constance, et lui enlèvent effrontément le 
gibier qu’il a abattu, s’il ne se hâte de les prévenir. 

Pour le colon qui ne voyage pas, le Caracara devient un voisin sédentaire; si l’homme 
n’est pas abondamment appri visionné , l’Oiseau se résigne aux privations, et sait attendre de 
meilleurs jours. Tous les soirs il va dormir à cinq ou six lieues de son domicile diurne ; le 
lendemain, au lever du soleil, il y revient, et, chemin faisant, explore le pays qu’il traverse. 
Le Caracara est omnivore, mais il préfère les petits Reptiles ; au besoin, il mange des Mol- 
lusques, des Insectes et même de la charogne. Les Animaux vivants sont attaqués par lui, 
s’ils sont très-jeunes ou languissants; il enlève les Poussins sous l’aile de leur mère. J1 est la 
terreur des Brebis qui vont mettre bas : au moment où l’Agneau paraît à la lumière, le Cara- 
cara s’élance sur lui, déchire le cordon ombilical et dévore les entrailles de l’Animal qui vient 
de naître, si le Chien de berger n’est pas là pour défendre le troupeau. 

Lorsque les colons mettent le feu aux herbes des prairies , le Caracara plane le premier sur 
le théâtre de l’incendie, pour saisir les Reptiles et les petits Mammifères, au moment où ils 
échappent aux flammes. 

Les Caracaras non-seulement sont des pirates , mais ils confisquent à leur profit le butin 
acquis par d’autres Oiseaux aussi pillards et moins puissants qu’eux. Ils attaquent les Mouettes, 
quand celles-ci sont rassasiées de Poissons et de Mollusques, et les forçant à dégorger leur 
nourriture, ils s’en repaissent avidement. Les Chimangos et les Cathartes, qui ont mangé 
avec eux, sont aussi l’objet de leurs spoliations; ils résistent longtemps, mais finissent pres- 
que toujours par céder. 

Les Caracaras sont aussi hostiles envers leurs frères qu’envers des concurrents étrangers 
à leur Espèce. Jls se querellent avec furie et se livrent des combats sanglants pour la posses- 
sion d’une proie ou seulement d’un perchoir; mais, non moins lâches que malfaisants, ils 
se laissent harceler par les Gobe-mouches , Passereaux beaucoup plus petits et plus faibles 
qu’eux. 

Ils vivent souvent par paires, mais plus souvent encore en troupes nombreuses, et ce n’est 
qu’aux approches de la nuit que les individus de chaque couple se retrouvent, se reconnaissent, 
et regagnent ensemble le domicile conjugal. Pour ces Animaux, que leurs relations avec 
l’homme ont rendus à demi domestiques, la saison des amours dure presque toute l’année; 
ils construisent leur nid sur des arbres ou dans des halliers ; ce nid, tapissé de crin à l’inté- 
rieur, renferme deux œufs d’un rouge violet, semé de taches plus foncées. 

Le Caracara chimango ( Polyborus chimàngo , de Vieillot; Chimanzo , d’Azara) habite 
le même pays que le Caracara ordinaire, dont il diffère par son jabot non saillant et emplumé; 
le plumage est d’un gris zoné de roux par légères bandelettes; le croupion et les tectrices infé- 
rieures sont roussâtre clair ; la queue est rousse, linéolée de brun; les ailes sont brunâtres, 
et chaque plume est bordée de roussâtre ; la gorge est blanchâtre ; le bec jaune, et les tarses 
bruns. La taille est de quinze pouces. Les mœurs du Chimanzo sont les mêmes que celles 
de l’Espèce précédente ; mais il ne tourmente que les Oiseaux de son Espèce, et ne force pas 
les Oiseaux étrangers à lui céder leur pâture. Beaucoup moins commun que le Caracara 
ordinaire, il est plus marcheur, et ne recherche pas autant les bois pour y dormir : il se perche 
la nuit sur un toit ou sur une butte. Il se roule dans la poussière comme la Poule; son cri 
de guerre est un chi-i-i-i-i, prolongé, aigu, continuel, et très-désagréable. Ses œufs sont 
piquetés de brun sur un fond blanc. 

Le Caracara chimachima [Polyborus chimaclnma, de d’Orbigny; Fulco dcyener, d’Illi- 


IUP AGES l)J U KM ES. 


50 

ger ; Milvago ochrocephalus , du Spix ; Chimacldma, d’Azara) est aussi une Espèce améri- 
caine ; le plumage est tout entier d’un jaune sale en dessous ; mais cette couleur est plus vive 
sous les ailes, et plus pâle sur la tête et sur le croupion ; au-dessus des yeux, un trait noir 
forme un sourcil qui se prolonge derrière la tête ; le dos et le dessus de l’aile sont noirs ; les 
grandes tectrices noires aussi, mais terminées par une teinte blanchâtre ; la base des rémiges 
est blanche, la queue terminée en noir; l’iris est blanchâtre, ainsi que le bec et les tarses; 
les nudités du tour des yeux sont d’une teinte légèrement rosée. La taille est de quinze pouces. 

Le Chimachima est restreint en des limites plus étroites que celles de ses congénères : et 
appartient exclusivement à la zone tropicale de l’Amérique ; il fréquente les localités variées 
de bois et de plaines, et surtout celles qu’habite l’homme, quoiqu’il soit beaucoup moins 
familier que le Caracara ordinaire. Il passe la nuit sur la lisière des forêts, dans les anfrac- 
tuosités des rochers, et chaque matin il abandonne son gîte pour venir se percher sur les 
poteaux des parcs oii sont enfermés les bêtes à cornes et les chevaux ; de là, il promène ses 
regards autour de lui pour chercher une proie, et fait entendre un cri semblable à celui du 
Chimanzo. Il se complaît dans la solitude, se nourrit d’animaux morts, et n’attaque aucun 
animal vivant ; mais s’il aperçoit un Ane ou un Mulet, ou un Cheval que son bât a blessé, il 
vole sur son dos, s’v cramponne avec force, et déchire avec acharnement, de son bec, l’es- 
carre formée sur la plaie de l’Animal, sans s’inquiéter des bonds de sa victime qui, pour 
échapper à la torture, se roule par terre, ou s’enfuit au galop dans les halliers. 

Genre IBYGTÈRE. Ibycter, de Vieillot (t€ûÇo>, sonner de la trompette, crier). Ce Genre 

diffère du précédent par ses 
tarses réticulés ; le bec est 
droit , convexe en dessus , à 
mandibule supérieure légè- 
rement festonnée sur ses 
bords; les narines sont ron- 
des; le tour des yeux, les 
joues et le devant de la gorge 
iuyctèhe. sont nus; le jabot est nu et iuyctèue. 

proéminent. 

Les Ibyctères habitent l’Amérique méridionale; leurs mœurs sont analogues à celles des 
Passereaux ; ils se nourrissent, comme ceux-ci, de baies, de graines et de petits Insectes; 
ils sont peu farouches. Leur nom, signifiant joueur de trompette, fait allusion à leur cri 
assourdissant. Ils ont l’habitude de suivre les rivages des fleuves, et se perchent sur les arbres. 

L’Ibyctère a ventre blanc (Ibycter leucogaster, de Vieillot; Falco aqûilinus, de Gme- 
lin) , nommé par Buffon le petit Aigle à gorge nue d’Amérique, a le plumage d’un noir bleu 
foncé ; le ventre et le croupion sont d’un blanc pur ; la peau nue de la gorge est rouge, le bec 
jaunâtre, les tarses rouges. Sa taille est de seize pouces. Il vit par troupes dans les forêts de 
la Guyane et du Brésil. Les nègres créoles le nomment Capitaine des gros-becs , parce qu’il 
a quelques-unes des habitudes des Toucans. 

Genre POLYBOBOIDE. Polyboroïcle ( srioç, apparence, c’est-à-dire, ressemblant au 

Polyborus ). Ce Genre diffère de celui des Caracaras par 
ses tarses réticulés et ses narines linéaires; le bec est peu 
robuste, peu crochu, comprimé; les doigts sont faibles; la 
queue arrondie, très-large. 

On ne connaît de ce Genre que deux Espèces qui, peut- 
être, n’en font qu’une seule; l’une de Madagascar et l’autre 
du cap de Bonne-Espérance. Leurs mœurs sont inconnues. 





I’oi.y ttoi;oïi>i '. 




Y MLTiïi Vhva'\hv\.us'\ 


FUIILUi DES FA LCONI DÉS. 


.)/ 

TRIBU des VULTURIENS 

( Genre VU LT U R , de Linné.) 

On reconnaît les Vulturiens à leur bec droit, recourbé seulement à l’extrémité ; à leur tète 
petite et plus ou moins dégarnie de plumes ; à leur cou long et nu vers le haut , entouré ordi- 
nairement, à sa partie inférieure, d’un collier de duvet ou de longues plumes; les yeux sont 
petits et à fleur de tête; les tarses sont couverts de petites écailles; leur port est sans noblesse, 
et leurs longues ailes, qu’ils sont obligés de tenir à demi étendues quand ils marchent sur le 
sol, les font paraître lourds et gauches. Leur vol manque de rapidité, mais ils s’élèvent à des 
distances prodigieuses. Dans ces hautes régions de l’atmosphère, ils sont imperceptibles pour 
nous, mais nous ne le sommes pas pour eux ; leur regard perçant peut explorer d’immenses 
étendues de terrain ; et dès qu’un animal est mis à mort, ils avisent son cadavre, vers lequel 
on les voit descendre en tournoyant. Un Vautour n’arrive jamais seul à la curée : il en vient 
des bandes innombrables ; on les voit dépecer les chairs, non pas avec leurs griffes, qui sont 
peu vigoureuses, mais avec leur bec, qui est allongé, et recourbé seulement à son extrémité.- 
Ils mangent avec une voracité dégoûtante ; lorsqu’ils sont repus, leur jabot forme au bas de 
leur cou un gonflement hideux ; une humeur fétide coule de leurs narines, et le travail de la 
digestion leur donne un aspect pesant et stupide. 

SYNOPSIS DES GENRES DE LA TRIBU DES VULTURIENS. 

Tarses emplumés ■ Gvpaétf., Ggpaetos. 

Tarses réticulés 

Narines non percées de part en part (Vautours de l’ancien 
monde) . 

Bec robuste . . Vaij tour. Vultur. 

Bec très-grêle Néophron. Néophron. 

Narines percées de pmi en part (Vautours américains). 

Bec. robuste, 

Pouce offrant la disposition ordinaire Sarcoramphe. Sarcgramphm. 

Pouce court, inséré plus haut. Condor. Grgphus. 

Bec grêle ; queue allongée , étagée ; Gatharte. Cathartes. 

Bec très-grêle : queue courte , égale Coragyps. Coraggps. 

Genre GYPAÈTE, Ggpaetos, de Storr - (yty , Vautour, dtsxoç , Aigle). Les Gypaètes se 
distinguent dé tous les autres Vulturiens par leurs tarses emplumés, ainsi que la tête et le 
cou, caractères qui les rapprochent des Aigles., et leur ont valu le nom mixte qu’ils portent. 

Le bec est renflé vers la pointe; 
les narines sont ovales, cachées 
par des soies roides, et cou- 
chées sur la base du bec; les 
doigts antérieurs sont réunis à 
leur base par un repli membra- 
neux ; les ailes sont sub-obtuses , 
c’est-à-dire que la troisième 
penne est la plus longue; la 
queue est étagée. 

Le Gypaète barbu (Ggpaetos barbatus , de Cuvier; Vultur barbatus , de Linné; Phene 
ossi.fraga, de Savignv, nommé, par Buffon, le Vautour doré ) , est l’unique Espèce du Genre. 
Son plumage est, en dessus, d’un brun grisâtre; le vertex , c’est-à-dire le dessus de la tête, 

,S 



Gypaète. 



RAPACES 1)1 II R N ES. 


:>cS 

est blanc, et bordé, en arrière, par une ligne noire, qui entoure les yeux; la nuque et le cou 
sont d’un roux très-vil'; le dessous du corps est blanc, lavé de roux; les pennes des ailes et de 
la queue ont leur tige blanche et leurs barbes d’un brun cendré; le bec est noirâtre, garni, 
sous la mandibule inférieure, d’un pinceau de soies pareilles à celles qui recouvrent la cire; 
l’iris est jaunâtre, le tour des paupières rouge, et les doigts livides. 

Le Gypaète habite les plus hautes montagnes de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique; c’est le 
plus grand des Rapaces de l’ancien continent. Sa taille atteint quatre pieds et demi, et son 
envergure neuf à dix pieds. Pendant l’expédition des Français en Égypte, on en tua un, qui 
avait quatorze pieds d’envergure : JVI. Savigny, le considérant à tort comme Espèce nouvelle, 
l’avait nommé Pliene gigantea. Cet Oiseau n’atteint pas tout à fait les dimensions du Condor, 
mais il est plus redoutable que lui; il attaque les Animaux vivants, et sa tactique réussit 
presque toujours; voici en quoi elle consiste: lorsque les Agneaux, les Chèvres, les Chamois, 
les Veaux, se sont avancés en broutant sur les bords d’un rocher escarpé, le Gypaète s’élance 
sur eux, les heurte violemment de sa poitrine et de ses ailes, et les force à se précipiter; puis, 
quand ils se sont brisés dans leur chute, il descend les achever sur place, et les dévore sans 
les emporter. On le connaît en Allemagne sous le nom de Vautour des Agneaux ( Lemmer 
geyer). On prétend qu’il se jette sur les hommes endormis, et qu’il enlève des Animaux de 
grande taille pour les porter dans son nid; on dit même qu’il lui est arrivé d’emporter des 
enfants; mais, malgré la puissance de son vol, il lui serait impossible de lier, c’est-à-dire de 
soutenir, avec ses doigts courts et ses serres peu crochues, une proie un peu pesante; du 
reste, s’il ne peut enlever les enfants, il les attaque quelquefois. En 18J9, plusieurs Gypaètes 
dévorèrent deux enfants, dans les environs de Saxe-Gotha ; et le gouvernement mit leur tête à 
prix. M. Crespon, dans son Ornithologie du Gard, rapporte un fait analogue : «Depuis plu- 
sieurs années, dit-il, je possède un Gypaète vivant, qui ne montre pas un grand courage 
envers d’autres gros Oiseaux de proie habitant avec lui ; mais il n’en est pas de même 
pour les enfants, contre lesquels il se lance, en étendant les ailes, et en leur présentant la 
poitrine, comme s’il voulait les en frapper. Dernièrement, j’avais lâché cet Oiseau dans mon 
jardin : épiant le moment où personne ne le voyait, il se précipita sur une de mes nièces, âgée 
de deux ans et demi; l’ayant saisie par le haut des épaules, il la renversa par terre. Heureu- 
sement que ses cris nous avertirent du danger; nous accourûmes à son secours, et elle en fut 
quitte pour la peur et une déchirure à la robe. » Le Gypaète recherche principalement les 
Mammifères vivants, et surtout les jeunes Ruminants; mais, à défaut de proie vivante, il ne 
dédaigne [tas les corps morts, et, par ce double régime comme par ses caractères anato- 
miques, il est intermédiaire entre les Aigles et les Vautours. 

Les Gypaètes sont aujourd’hui moins communs dans nos montagnes qu’ils ne l’étaient 
autrefois ; ils y vivent isolément, par couples, et on n’en voit que rarement plusieurs individus 
réunis sur la cime des Alpes et des Pyrénées. . La diminution de l’Espèce vient de l’usage des 
armes à feu : on cite des chasseurs allemands du dix-huitième siècle, qui avaient tué de leurs 
mains jusqu’à soixante Gypaètes; de telles victoires sont difficiles à obtenir, car l’Oiseau a 
pour repaires les rochers les plus inaccessibles; il y bâtit son nid, dont les dimensions sont 
considérables, et qui contient deux œufs blanchâtres, tachetés de brun, à surface rude. 

Genre V AUTOUR Vultur, de Cuvier ( volatus tardus, vol tardif ; ce nom fait allusion, soit 
à la difficulté qu’éprouvent les Vautours à prendre leur essor, soit à la lenteur de leur vol). Les 
Vautours, proprement dits, sont des Oiseaux de l’ancien monde, dont le bec est gros, fort, 
allongé, légèrement comprimé, un peu arrondi en dessus, et très-crochu au bout; les narines 
sont rondes ou ovales, et percées sur le bord de la cire; les pieds, robustes, ont le doigt 
médian très-long, et les ongles faiblement arqués. La tête et le cou sont sans plumes, recou- 
verts d’un duvet très-court; le bas du cou est garni d’un collier de plumes. Le jabot est 
saillant, garni de duvet à l’extérieur. La première rémige est plus courte que la sixième; les 
troisième et quatrième sont les plus longues de toutes. 


FAMILLE DES FALCONIDÉS. 


Los Vautours sont des Oiseaux de grande taille, à corps niassit et à cou long et tortueux; 



dans la station , leur atti- 
tude est demi-horizontale, et 
les ailes sont entrouvertes. 
Ils se nourrissent principa- 
lement de cadavres, et de 
matières corrompues; mais 
ils préfèrent les Animaux 
fraîchement tués , et ne dé- 



daignent pas les êtres vi- 

\ AliiOUK IÏKUN. ... .1 

vants. Us dévorent leur proie. 

sur place, remplissent leur jabot de nourriture, et la degoigeut devant leuis petits. Ils vivent 



et volent en société. 

Le Vautour fauve (Vultur fui vus, de Brisson), Percnoptère des anciens, de Bul'fon; 
Grand Vautour des Indes, de Sonnerat; Cliasse-fieute , de Levaillant , vulgaiiement . le I autoiu , 
le Griffon , est commun dans les montagnes de 1 Europe, de I Afrique et de 1 Asie. Le volume 
de son corps égale et surpasse même celui du Cygne; sa longueur totale est de tiois pieds sopl 
pouces; le plumage du vieux est, en dessus, d’un joli cendré bleuàtie, presque blanc eu 
dessous; les ailes et la queue sont noires; cette dernière est composée de douze pennes, le 
cou est parsemé d’un duvet rare et gris; 
la fraise, ou collier, est d’un blanc écla- 
tant ; le bec est d’un gris bleu , noirâtre 
vers son extrémité ; l’iris est d’un bel 
orange, et les pieds sont noirâtres; le 
corps est varié de gris et de fauve dans 
les individus adultes ; il est fauve chez 
les jeunes. 

Le Vautour habite surtout les contrées 
méridionales et orientales de l’Europe; 
on le voit quelquefois en Provence, en 
Languedoc, et même dans le Nord de la 
France; assez lâche, quand il est repu, 
il cède la place aux Corbeaux , qui le 
battent et le chassent sans efforts; mais, 
quand il est affamé , il ne manque pas 
découragé, attaque les animaux vivants, 
et se défend même contre l’homme. 

M. Temminck dit que les pâtres du 
littoral et des îles de la Méditerranée le 
redoutent beaucoup, à cause des ravages 
qu’il cause parmi leurs troupeaux. Lors- 
qu’il digère ou qu’il dort, son cou est 
rentré dans ses épaules , et sa tête est en vautour fauve (rviim- fuims). 

partie cachée entre les plumes du collier. 

Il établit son nid dans les fentes des rochers les plus escarpés , et y pond deux œufs , 
également pointus aux deux bouts, d’un blanc grisâtre, marqués de points plus foncés; 
leur grand axe est de trois pouces quatre lignes , le petit axe de trente lignes. Les petits , 
enlevés très-jeunes du nid, s’apprivoisent facilement, s’habituent à la société de l’homme, et 
finissent par perdre tout instinct de liberté. M. Nordmann raconte « qu’une dame russe, rési- 
dant â Taganrng, possédait un Vautour fauve, qui, chaque matin, quittait son gîte, établi 



H A 1 *A CE S DIURNES. 


60 

dans une cour, pour se rendre au bazar ou l’on vend de la viande fraîche, et où il était 
connu et habituellement nourri. Si on lui refusait sa pitance, il savait la dérober par la 
ruse, puis, avec son larcin, il se sauvait sur le toit de quelque maison voisine, pour le 
manger en paix et hors de toute atteinte. Souvent, il traversait la mer d’Azof, pour se rendre 
dans la ville de ce nom, située vis-à-vis de Taganrog, et, après avoir passé toute la journée 
dehors , il s’en revenait coucher à la maison. » 

Le Chasse-Fiente, de Levaillant, que M. Degland assimile au Vautour fauve, est commun 
dans le pays des Hottentots, ou il vit de charognes, de coquillages, de Tortues, et même de 
Sauterelles. Son nom lui a été donné en raison de la nature immonde de sa nourriture. 

Le à autour cendré ( Vultur cinereus, de Gmelin; Vultur arrianus, de La Peyrouse) , vul- 
gairement : Arrian, Grand Vautour , diffère du Vautour fauve par sa tête plus grosse et plus 
large, ses narines arrondies, et non transversales, sa queue, composée de douze pennes, et 
sa taille un peu plus élevée; le plumage est d’un brun noirâtre; le duvet du vertex et de la 
nuque est brun; les nudités de la tête, et le cou, sont bleuâtres, ainsi que la partie inférieure 
des pieds; la collerette se compose de plumes longues, étroites, à barbes déliées, remontant 
latéralement vers la nuque; la cire est couleur de chair livide; la pointe du bec noire ainsi 
(lue les ongles; l’iris brun. 

L’Arrian habite le Sud et le Sud-Est de l’Europe; il arrive dans nos Pyrénées eu juin , et les 
quitte en octobre, pour aller hiverner en Espagne. Il niche sur les rochers escarpés; ses œufs, 
au nombre de deux, sont d’un blanc sale, sans taches ; leur grand axe est de trois pouces 
quatre lignes, le petit de vingt-cinq lignes. Cet Oiseau n’est pas sans intelligence : l’habitude 
de la captivité le rend familier, au point de répondre à la voix de son maître, et d’aller lui 
demander sa nourriture; il n’est pas non plus sans courage, et on l’a vu se défendre vaillam- 
ment contre les chiens (pii voulaient le mordre; il attaque aussi les animaux vivants, et est, 
dit-on, plus redouté des pâtres que le Vautour fauve. 

Le Vautour oricou ( Vultur auricularis , de Daudin) se distingue des deux précédents 
par une crête charnue qui naît devant chaque oreille, et se prolonge ensuite en ligne droite 
sur le cou; de là le nom d 'Oricou, «pii lui a été donné par Levaillant. La tête et la moitié du 
cou sont nus; leur couleur est d’un rouge clair en bas, bleue violâtre vers le bec, et blanche 
près îles oreilles. Le plumage est généralement d’un brun clair; les plumes qui recouvrent la 
poitrine et les flancs sont pointues, assez longues, et contournées comme la lame d’un sabre; 
la partie inférieure du cou est garnie, en arrière, d’une sorte de fraise, composée de plumes 
courtes, fermes et arrondies; les jambes sont, non pas emplumées, mais couvertes, ainsi que 
les cuisses, d’un duvet blanc et brun; la queue est étagée et dépassée par les ailes; le bec est 
jaune à la base, et brun à la pointe; l’iris brun marron, les pieds cendrés jaunâtres, les ongles 
larges et couleur de corne. La taille est de quatre pieds et demi et plus; l’envergure est quel- 
quefois de dix pieds. 

Cet Oiseau habite les cavernes des monts les plus élevés de l’Afrique australe. On voit les 
Oricous, au lever du soleil, perchés sur les rochers à l’entrée de leur demeure, et leur nombre 
est si considérable, que quelquefois une chaîne de montagnes en est parsemée dans toute son 
étendue; puis ils prennent leur vol et disparaissent dans les airs; alors, si un chasseur tue 
quelque grosse pièce de gibier, et si, ne pouvant l’emporter, il l’abandonne un instant, il 11e 
la retrouve plus; mais il rencontre une bande de Vautours à la place où il l’avait laissée, et où 
il 11’y en avait pas un seul à dix lieues à la ronde, vingt minutes auparavant. C’est ce qui 
arriva au célèbre naturaliste Levaillant, voyageant en Afrique : il venait de tuer trois Zèbres, 
et, pour les emporter, il avait couru chercher un chariot à son camp, qui n’était éloigné que 
d’une petite lieue; à son retour, il ne retrouva plus que les ossements des Zèbres, sur lesquels 
s’acharnaient encore des centaines de Vautours. I 11 jour, il tua une Gazelle, la laissa étendue 
sur le sable, et se tint caché dans des buissons. 11 vint d’abord des Corbeaux, qui voltigèrenl 
au-dessus de la Gazelle en croassant; six minutes après, parurent des Milans et des Ruses; 




01 


FAMILLE DES FALCONIDÉS. 

puis, presque aussitôt, en levant les yeux, Levaillant vit, à une immense hauteur, des Oiseaux 
qui descendaient en traçant des spirales, et semblaient sortir de la voûte du ciel. Ils s'abat- 
tirent sur la Gazelle, et bientôt il en arriva des centaines : un coup de fusil les mit en fuite, et 
ils disparurent tous comme ils étaient venus. Ainsi, les petits Oiseaux de proie avaient, les 
premiers, donné l’éveil à des Rapaces de moyenne taille; ceux-ci, à leur tour, avaient averti 
les brigands d’un ordre supérieur, et tous trouvaient leur compte à ces communications, plus 
rapides que nos dépêches télégraphiques. La proie étant dépecée par les Vautours, les Milans 
pouvaient en attraper quelques morceaux , et les menus fragments laissés sur la carcasse de 
la victime étaient de précieux reliefs pour les Corbeaux qui avaient servi d’éclaireurs. Les 
Vautours élix-mêmes profitent de la desserte du Lion et du Tigre. Lorsque l’un de ces terribles 
Chats dévore sa proie, les Vautours se tiennent dans le voisinage, et attendent respectueuse- 
ment qu’il ait terminé son repas; puis, quand il s’est éloigné, ils vont nettoyer les os (]ue le 
Mammifère a dédaignés. 

L 'Oricou, ainsi que les autres Vautours, construit son nid sur des rochers inaccessibles : 
c’est une aire vaste, que protège extérieurement un talus de bûchettes, liées par un mastic; 
l’intérieur est garni de paille et de foin. Ces Oiseaux ne pondent ordinairement que deux œufs; 
les petits sont nourris avec des chairs corrompues que leurs parents ont amassées dans leur 
jabot; ceux-ci ne les dégorgent pas dans le bec des jeunes, mais ils les jettent devant eux , et 
les invitent à s’en repaître par un cri particulier : au reste, ces observations, communes à 
toutes les Espèces du Genre, sont fort difficiles et toujours périlleuses, car les aires des Vau- 
tours sont placées dans des creux de rochers inaccessibles ; celui qui s’en approche est repoussé 
par une odeur infecte, et si son pied vient à glisser sur ces roches plates, dont la surface est 
couverte de fientes à demi liquides, il risque de tomber dans des précipices affreux. 

Le Vautouii de Pondichéry ( Vultur ponlicerianua , deLatham), vulgairement nommé 
le Vautour royal , est une Espèce voisine de l’Oricou; mais ses crêtes latérales ne remontent 
pas si haut, et son bec est moins fort. Sa taille est de deux pieds et demi environ, c’est-à-dire 
égale à celle d’une grosse Oie. Les ailes sont plus courtes que la queue; le plumage est géné- 
ralement brun noirâtre; les plumes de la fraise sont courtes et arrondies; les nudités du cou 
et de la tête sont couleur de chair; le devant du cou et la poitrine sont couverts, de distance 
en distance, par des pinceaux de petites plumes couleur de chair; le bec est noir bleuâtre; 
l’iris rouge et les pieds jaunes. Cet Oiseau habite l’Inde, Java et Sumatra. 

Le Vautour a calotte ( Vultur occipitalis, de Rurschell ; Vultur galericulütus , de Tem- 
îninck) est une Espèce africaine dont la taille est égale à celle de l’Espèce précédente ; le plumage 
est brun noirâtre ; le cou, le dos, le ventre, sont d’un blanc pur ; les nudités de la tête et du 
cou sont d’un rosé violâtre ; le bec est jaune, la cire bleue, les tarses couleur de chair. Cet 
Oiseau, qui doit son nom spécifique à la touffe duvetée qui garnit son occiput, habite les 
régions occidentales et septentrionales de l’Afrique. 

Le Vautour moine ( Vultur rnonachus , de Gmelin ; Vultur cliincou, de Temminck) est 
une Espèce d’Afrique et des Indes, qu’on a longtemps confondue avec le Vautour Arrian ; le 
plumage est uniformément brun ; une touffe de duvet cendré surmonte la tête ; les joues sont 
revêtues d’un duvet noir ; le tour des yeux est blanc ; les plumes de la fraise sont longues et 
effilées ; le duvet du cou est d’un blanc mat ; la partie inférieure est nue, à peau bleuâtre ; les 
tarses et les doigts sont blanchâtres. 

Le Vautour chaugoun ( Vultur indiens, de Latliam) est une Espèce indienne, commune 
aux environs de Calcutta et de Pondichéry, où elle est connue sous le nom de Chaugoun. Son 
plumage est cendré en dessus, fauve en dessous ; la tête est nue, cendré roussâtre, avec quel- 
ques touffes de duvet ; la fraise est large et blanche ; les rémiges et les rèctrices sont noi- 
râtres ; les moyennes bordées de roux. Les tarses sont d’un noir cendré ; les ongles noirs ; le 
bec marbré de noir et de jaunâtre ; la cire noire; la queue un peu plus longue que les ailes. 
La taille est de trois pieds trois pouces. 


(i-2 H A PAGES DIURNES. 

G en iie NEOPHRON , Neophron , de Savigny (Nso'-ppwv, nom mythologique). Dans ce 
Genre de Vulturiens, le bec est grêle, long, arrondi, peu épais, renflé au point où naît la 

courbure de la mandibule supé- 
rieure, qui est prolongée et ter- 
minée en croc ; les narines sont 
ovalaires et longitudinales ; la cire 
est ample ; les nudités occupent 
la face, les joues et la gorge; le 
cou est emplumé; les tarses sont 
nus , grêles , réticulés ; les ailes 
v . . sont sub-obtuses; la queue se 

Neophron percnopterk. 7 1 Neophron pehcnoptkkk 

compose de quatorze rectrices. 

Le Néophron percnoptère (Neophron percnupterus, de Savigny; Vnltur percnopterus , 
de Linné), vulgairement nommé petit V autour , Alimoche , Vilain, Ourigourap, etc., était connu 
des anciens sous le nom de Percnoptèrc , à cause de ses ailes noires (itspxvoç, Trxspov). Sa taille 
est celle d’un gros Corbeau, c’est-à-dire, vingt-six à trente pouces; le plumage est blanc, 
partiellement nuancé de brun ; la nuque est garnie d’une huppe de plumes longues et effdées; 
la peau nue de la face et de la gorge est d’un jaune safran ; les grandes rémiges sont noires ; 
le bec est brun dans sa moitié antérieure ; la cire et l’iris sont d’un rouge orangé ; les pieds 
d’un rouge livide ; les ongles noirs. 

Le Percnoptèrc abonde dans la Grèce, l’Egypte et l’Arabie; les Égyptiens l’appelaient Poule 
de Pharaon, et le respectaient à cause îles services qu’il leur rendait , en les débarrassant des 
matières animales dont la putréfaction infecte l’air; cette vénération s’est continuée jusqu’à nos 
jours, où l’on voit les Percnoptères parcourir impunément les rues des villes dans l’Orient, et 
chercher leur nourriture parmi les débris et les ordures que les mahométans y entassent avec 
tant d’insouciance. Ces Oiseaux suivent en grandes troupes les caravanes dans le désert, pour 
dévorer tout ce qui meurt; et comme ils accompagnent les dévots musulmans qui font le pèle- 
rinage de la Mecque , il y a des pèlerins qui lèguent de quoi en entretenir un certain nombre. 

Cette Espèce se montre dans le Sud et le Sud-Est de la France au commencement de la belle 
saison, et émigre vers l’automne, pour aller passer l’hiver en Espagne ou en Afrique. Elle 
niche parmi les rochers inaccessibles; son aire, composée de bûchettes, contient deux ou trois 
œufs obtus, à fond cendré ou jaunâtre, et couverts de larges taches brunâtres, plus ou moins 
rapprochées; leur grand axe est de trente lignes, le petit de vingt-deux lignes. 

Le Percnoptère, quoique vivant spécialement de charogne et d’immondices, attaque souvent 
les petits Animaux, lorsqu’ils sont jeunes ou languissants. M. Z. Gerbe, habile observateur 
des mœurs des Oiseaux, rapporte que le grand Corbeau est le rival et l’ennemi du Percnop- 
tère ; celui-ci résiste peu à ses attaques, lui cède presque toujours le champ de bataille, et 
s’élève en tournoyant dans les hautes régions de l’atmosphère, d’où l’on entend sa voix, qui 
consiste en un croassement sourd. 

Le Néophron moine ( Neophron monachus , de Gray; Cathartes monaclius , de Tem- 
minck) est une Espèce du Sénégal, qui diffère de la précédente par son plumage brun, mêlé 
de fauve sur les cuisses. 

Genre S ARCOR V AI P HE, Sarcorainphns , de Dumeril 
(càp;, chair; pajxcpoç , bec, c’est-à-dire, bec charnu). Dans 
ce Genre, le bec est robuste, droit à la base, recourbé à la 
pointe, qui est crochue, arrondie; la mandibule supérieure 
a ses bords renflés vers le milieu; l’inférieure est courte, 
épaisse, forte, et comme tronquée à l’extrémité. La base du 
bec est entièrement garnie d’une cire épaisse, vers l’origine 
de laquelle sont des narines ohlongues , linéaires, placées 







«AWC.OWV'WYWV, VVYY, ( SvmomTO\>\v\vs Yiv\h\.') 




KAMI I, LE DES E V LEON I DÉS. 63 

parallèlement à l’arête du Lee, sans cloison cartilagineuse qui les sépare; le bec est sur- 
monté d’une crête charnue, épaisse, festonnée; la tête et le cou sont nus, ou garnis seule- 
ment de poils très-rares; les tarses sont robustes, nus, réticulés; le pouce est court, à ongle 
mousse; les ailes sont obtuses; la queue se compose de douze rectrices égales. 

Le Sarcoramphe papa (Sarcoramplms papa, de Duméril ; Vultur papa, de Linné; Iribu- 
bicha, d’Azara) est l’Espèce type de ce Genre. Son plumage, noirâtre dans le premier âge, 
est varié de noir et de fauve dans la troisième année, puis d’un roux carné très-clair sur les 
parties supérieures, et d’un blanc pur en dessous ; le collier garnissant le bas du cou est d’un 
bleu ardoisé; les ailes sont noires; le bec est noir à la base, puis rouge; le tour de l’œil 
est rouge, et l’iris blanc ; la crête est orangée, bilobée et dentelée au sommet ; la tête et le 
cou sont violâtres, couverts de poils ardoisés et courts; la région occipitale offre des rides 
charnues, entrecroisées, naissant derrière l’œil, teintées d’orangé; les tarses sont bleuâtres. 
Cette Espèce habite la région tropicale de l’Amérique ; nous parlerons de ses mœurs après 
avoir exposé celles du Condor. 

Genre CONDOR, Gryphus (ypu'j/, griffon). M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire a créé ce 
Genre pour le Condor, qu’il a retiré des Sarcoramplies , dont il se distingue par son pouce, 

inséré plus haut que les autres doigts, et par le 
développement de la crête qui s’étend , chez le 
mâle, sur le front, sur la tête et envoie des 
prolongements charnus sur les côtés et le de- 
vant du cou. 

lie Condor type ( Gryphus typus, d’Isidore 
Geoffroy; Vultur Gryphus, de Linné), vulgaire- 
ment grand Vautour des Andes, nommé Cnn- 
tur , en langue Quichua, est l’Espèce la plus 
remarquable de la Tribu 
des Vulturiens. Le plu- 
mage est d’uu noir bleu 
profond ; les rémiges 
moyennes et les grandes 
tectrices sont d’un gris 
perlé ; les ailes, sont 
aussi longues que la 
queue ; le bas du cou est 
orné d’un demi- collier 
duveté et soyeux d’un 
blanc de neige ; le bec condor. 

est citron à sa pointe , 
et brun vers sa base; la crête charnue qui le recouvre est cartilagineuse, taillée en biseau, 
sans dentelures, bleuâtre, ainsi que la cire et les tarses; elle est échancrée à la base du 
bec, et c’est dans ce vide que sont placées les narines ; l’œil est petit, à iris gris olive ; de 
l’œil partent deux cordons charnus, passant sur le méat auditif, et descendant sur les côtés 
du cou ; au-dessus de l’œil se voit un autre cordon , figurant un énorme sourcil tortueux ; 
les nudités du cou et du jabot sont rougeâtres , et se terminent par deux courtes pendeloques. 
La femelle n’a ni crête ni barbillon sous le bec; la nudité de la tête est brunâtre; le plumage 
est d’un brun noir uniforme, avec du cendré sur les ailes. La taille est de trois pieds et demi, 
l’envergure de neuf à douze" pieds, et non de dix-huit, comme le faisaient croire les rapports 
exagérés de quelques voyageurs. 

Le Condor habite principalement la chaîne des Andes, dans l’Amérique méridionale ; c’est , 
de Ions les Oiseaux, celui dont le vol est le plus puissant. Des âpres sommets de ces mon- 




04 H A P ACES DIURNES. 

% , f 

teignes, situées sous I <*<|iuitGur, et elevees de quinze mille pieds au-dessus de la mer, il descend 
dans les vallons , dans les plaines, jusqu’aux rochers où viennent se briser les vagues do 
I océan Pacifique, puis il remonte, et plane dans l’espace, au-dessus de l’immense Cordillière, 
a un niveau qui dépasse de trente mille pieds celui du rivage qu’il vient de quitter. Il affronte 
ainsi des vicissitudes de température qui seraient promptement mortelles pour l’homme le plus 
robuste, et ces transitions de la zone torride à la zone glaciale, qu’il accomplit en quelques 

minutes, n’influent en rien sur sa santé. 
C’est dans une crevasse de rocher qu’il 
[tasse la nuit, et quand les premiers rayons 
du soleil viennent se réfléchir sur les neiges 
éternelles qui l’entourent, son cou, enfoncé 
entre ses épaules, se redresse, il secoue la 
tète, s’incline au bord du roc, agite ses 
ailes et prend l’essor. Son premier élan 
n’a d’abord rien de vigoureux ; il décrit 
une courbe "descendante, comme si les loi s 
de la gravitation triomphaient de ses ef- 
forts ; mais bientôt il se relève ; ses ailes 
arrondies , ses rémiges écartées le sou- 
tiennent dans les airs, presque sans opérer 
de battements : des oscillations à peine 
sensibles lui suffisent pour se transporter 
dans toutes les directions : tantôt son vol 
est horizontal , et on le voit dessiner avec 
grâce les mille sinuosités des falaises et 
des promontoires ; tantôt il rase le sol , et 
la mince couche d’air qui le supporte suffit 
à sa navigation, aussi bien que s’il s’ap- 
puyait sur une masse profonde de cet élé- 
ment; tantôt, enfin, il se perd dans la nue, 
d’où il domine les deux Océans ; là, dès que sa vue perçante a découvert une proie, il tombe 
sur elle comme une (lèche, en produisant avec ses ailes, ordinairement peu bruyantes, un 
fracas épouvantable. 

Nos lecteurs auront peine à croire qu’un Oiseau si puissamment organisé soit aussi lâche 
que les autres Espèces de la Tribu des Vautours, et ils aimeront mieux admettre l’authenticité 
des récits qui le représentent comme étant la terreur des montagnes du Pérou ; ils ressem- 
bleront sur ce point aux voyageurs dont l’imagination s’est laissé emporter bien au delà de 
la réalité. Non contents d’exagérer l’envergure des ailes du Condor, ils ont dit qu’il attaquait 
les Moutons et les Lamas, et qu’il les enlevait dans ses serres; ils ont même prétendu qu’il 
se jetait sur l’homme, et que plusieurs Condors se réunissaient pour tuer un Bœuf. M. de 
Humboldt, et surtout M. d’Orbignv, ont réduit à leur juste valeur ces hyperboles effrayantes : 
le Condor ne se repaît que de cadavres ou d’animaux mourants, et un berger de huit ans, 
armé d’un bâton, le met en fuite. S’il voit une Brebis ou une Vache s’écarter du troupeau 
pour mettre bas, un affreux instinct l’avertit qu’une proie sans défense va bientôt lui être 
livrée; et il va se percher sur un rocher voisin, d’oîi il surveille avec attention la pauvre mère, 
que pressent déjà les douleurs de l’enfantement. Lorsqu’il juge que l’instant fatal approche, il 
prend son vol et tournoie au-dessus du lieu où se prépare son horrible festin ; puis, dès que 
la victime paraît au jour, il tombe sur elle, et lui déchire les entrailles, malgré les cris de 
détresse que pousse la mère, à laquelle, du reste, il ne cherche à faire aucun mal. 

Lorsque les caravanes traversent les déserts de sable salé qui rendent certaines contrées de 



V A MIL LE DES FALCONIDES. 


05 


l’Amérique méridionale si difficilement praticables, il arrive souvent que de pauvres Anes, 
accablés de fatigues et de coups, épuisés de faim et de soif, tombent mourants sur la route ; 
les conducteurs abandonnent le serviteur devenu inutile, et aussitôt les Urubus accourent à la 
curée; mais le Condor, qui les a vus, arrive, les chasse, et se dispose à déchiqueter l’Ane 
mourant. Bientôt deux, trois, quatre Condors viennent se joindre à lui : les uns arrachent les 
yeux de la victime ; les autres tiraillent et dépècent l’intestin et les parties molles. Si l’homme 
vient les interrompre , ils prennent la fuite; mais, lorsqu’ils sont trop abondamment repus, 
ils ne peuvent voler, et s’allégent en dégorgeant une partie de leur nourriture ; quand leur 
repas n’a pas été troublé, ils vont se reposer dans les crevasses d’un rocher, où ils digèrent 
tranquillement. Us peuvent supporter la faim pendant plusieurs jours ; mais, à la première 
occasion, ils se dédommagent indéfiniment de cette longue abstinence. 

Les pâtres, pour défendre les nouveaux-nés de leurs troupeaux contre la rapacité du Con- 
dor, font à celui-ci une guerre d’extermination ; le stratagème le plus fréquemment employé 
consiste à leur présenter un appât sur lequel ils se jettent avidement, et, quand ils sont gor- 
gés, l’homme accourt, les poursuit à cheval, et les enveloppe du lazzo ; mais ces brigands 
robustes sont difficiles à tuer. 

Le Condor ne construit pas de nid : il dépose ses deux œufs dans un creux de rocher ou 
dans l’excavation d’une falaise. Ses petits sont, au bout de six semaines, en état de voler. 
Les parents consacrent quelques mois à l’éducation de leur famille, puis les jeunes quittent 
leurs parents , et pourvoient seuls à leurs besoins. 

Venons maintenant au Sarcoramphe pape, l’ancien congénère du Condor ; il est moins sale, 
moins fétide que ce dernier, et n’habite pas comme lui des lieux découverts et dégarnis; mais 
il se tient dans les plaines, sur les collines boisées et voisines des marécages, et préfère sur- 
tout la lisière des bois ; il dort perché sur les rameaux inférieurs des grands arbres ; plus 
matinal que le Condor, il devance le lever du soleil, prend son essor avec sa compagne, et 
plane dans les airs, sans tournoyer, cherchant partout les cadavres dont il fait sa nourriture, 
et recueillant les restes de la proie que lé Jaguar a délaissée ; puis il va, comme le Condor, 
attendre sur un pic ou sur la cime d’un arbre desséché, dans le voisinage des troupeaux, le 
moment où les Mammifères herbivores vont mettre bas. Alors il se jette sur le nouveau-né, 
qu’il saisit par le cordon ombilical , et dont il dévore les entrailles. M. d’Orbigny a vu une 
pauvre Vache tenir entre ses pattes son petit, et repousser, par ses mugissements, plusieurs 
Sarcoramphes , qui cherchaient à le dévorer. Au reste , la lâcheté de ces Rapaces , qui n’atta- 
quent que des animaux morts, ou mourants, ou nouveau-nés, s’explique par le peu de 
puissance offensive de leurs griffes, qui sont usées et incapables de déchirer. On donne, an 
Sarcoramphe pape, le surnom de Roi des Vautours , à cause de l’espèce de diadème qui cou- 
ronne sa tête, et de la tyrannie qu’il exerce sur d’autres Vautours, plus faibles que lui, les- 
quels lui cèdent la place quand il se jette sur un cadavre qu’ils ont commencé à dévorer. 

Cette Espèce établit son nid dans les trous des gros arbres morts ; elle y pond deux œufs 
blancs; après l’éclosion, les jeunes accompagnent leurs parents pendant quelques mois, et, 
quand leur éducation de rapine est terminée, le frère et la sœur s’apparient, et vivent indé- 
pendants. 

Les colons de l’Amérique tropicale emploient mille moyens pour détruire ces Vulturiens, 
nuisibles à leurs troupeaux ; le plus sûr est le suivant : comme le Sarcoramphe revient tous 
les soirs dormir sur le même arbre , les pâtres profitent de son sommeil , grimpent jusqu’aux 
grosses branches sur lesquels il est perché , le saisissent avec leurs mains , protégées par des 
gants de cuir, et le tuent. 

Genre CATHARTE, Catliartes, d’Uliger (xaôoépw, purger). Dans ce Genre, comme dans 
les deux précédents, les narines sont percées de part en part ; mais le bec est plus grêle, long, 
mince , peu élevé ; la mandibule supérieure est renflée seulement à son extrémité , qui se ter- 
mine en pointe recourbée ; la cire occupe les deux tiers de la longueur du bec ; les narines 

9 


(i(i 


li \ I» V G E S DIURNES. 



sont longitudinales; la tête et le cou sont nus, sans caroncules, et recouverts seulement d’une 

peau membraneuse à replis, à peine pubescente. Les tarses 
sont nus, réticulés; les doigts écailleux, les ongles courts; 
les ailes obtuses ; la queue étagée , plus courte que les ailes. 

Les Catbartes sont ainsi nommés , à cause des services 
qu’ils rendent aux colons espagnols de l’Amérique méridio- 
nale, en purgeant leurs villes et leurs villages des charognes 
et des immondices que ces peuples insouciants ^laissent s’ac- 
cumuler devant leurs habitations. 

Le Cathartf. aura (Calhartes.aura, d’Illiger ; Catharisla 
mira, de Vieillot; Val fur aura, de Linné) a le, corps entièrement noirâtre; les tectrices des 
rémiges sont noires, à reflets, leur tige est blanchâtre ; la tête est nue, d’un rouge violacé ; 
l’occiput et la partie postérieure du cou sont couverts d’une peau ridée ; le bec est rose, jau- 
nâtre à la base ; l’iris est carmin; le tour des yeux est bleu ; les pieds ont une teinte rosée. La 
taille est de vingt-six à vingt-sept pouces. 


C\TI1ARTE AÜIU. 


Cette Espèce habite toutes les latitudes de l’Amérique méridionale, et les régions tropicales 
de l’Amérique du nord ; elle s’est étendue des continents aux îles. 

L’Aura est moins sociable que l’Urubu, dont nous parlerons tout à l’heure; cependant il 
fréquente le voisinage des habitations ; le soir venu, il regagne la campagne, et se perche, 
avec son compagnon, sur l’arbre oii il doit passer la nuit : au Pérou, il dort dans les ports et 
sur les maisons. Dès le crépuscule, il parcourt, d’un vol aisé et majestueux, et sans pousser 
jamais aucun cri , le canton qu’il a choisi pour sa résidence ; lorsque son exploration , fruc- 
tueuse ou inutile, est terminée, il revient près des habitations, où il cherche les immondices 
et les animaux morts ; dès qu’il en découvre un, il se pose dessus ; ses pareils ne tardent pas 
à venir partager son festin, et bientôt, du Mulet, ou de l’Ane, ou du Cheval , dépecé par lam- 
beaux et dévoré, il ne reste plus qu’un squelette, parfaitement net et sans odeur. Cet Oiseau, 
nommé au Pérou, Ga/linazo , est respecté et même protégé par les habitants, et les lois 
punissent d’une amende de cinquante piastres fortes, quiconque tue un Gallinazo : à Cuba, 
le meurtrier d’un de ces Oiseaux est purement et simplement excommunié. 

L’Aura pond deux œufs bleuâtres, tachetés de rouge brun; le mâle et la femelle couvent 
tour à tour. 

Genre CO li VG Y PS , Coragyps , d’Isid. Geoffroy- Saint- Hilaire (xopai;, Corbeau, yùtj/, 

Vautour). Ce Genre ne diffère du précédent, aux dépens 
duquel il a été formé, que par son bec plus grêle, à narines 
plus étroites, et sa queue égale. 

Le Coragyps urubu ( Coragyps urubu , d’Isid . Geoffroy ; 
Vultur atratus, de Wilson), est de la taille'd’un petit Dindon; 
son corps entier est d’un noir brillant ; la tige des rémiges 
est blanchâtre; la peau de la tête et du cou, ridée, est d’un 
noir intense; le bec noir, terminé de blanc. 

L’Urubu , la plus nombreuse de toutes les Espèces de 
l’Ordre des Rapaces , habite toute l’Amérique méridionale, le Mexique et la Colombie. Il fré- 
quente peu les déserts ou les grandes forêts; mais, dans les campagnes habitées, on le 
rencontre partout en troupes nombreuses. Commensal intéressé de l’homme, de même que les 
Garacaras, il suit les migrations des indigènes, s’arrête quand ils s’arrêtent, et se remet en 
marche avec eux. Dans les villes et les villages, il est utile aux habitants du Nouveau-Monde, 
comme le Percnoptère à ceux de l’ancien, en consommant toutes les immondices qui corrom- 
praient la pureté de l’air. Aussi, est-il traité en concitoyen, quoique tout en lui soit dégoûtant, 
et qu’il ne rende aucun autre service que celui de nettoyer la voie publique. A Lima et à 
Vrequipa, celui qui a mis à mort un Urubu, paye une amende de deux cent cinquante piastres. 



Coragyps munir. 


FAMILLE DES FALCONIDÉS. 67 

On conçoit sans peine que la sécurité dont jouissent ces Oiseaux, contribue puissamment à 
leur multiplication. 

L’Urubu [tasse la nuit sur les brandies inférieures des arbres ou sur les rochers, les falaises, 
les toits des maisons; le soir, il revient toujours au même gîte; il se couche tard, se lève 
avant l’aurore, et se met aussitôt en quête de son déjeuner; s’il n’a pas à sa disposition une 
pi'oie déjà entamée, il en cherche une nouvelle, en explorant la campagne du haut des airs; 
lorsqu’il a découvert un cadavre, il se met en devoir de le dépecer, en commençant par les 
yeux et les orifices; mais il n’est pas longtemps seul : bientôt arrivent des milliers de convives, 
qui se disputent avec acharnement le butin commun; les rixes, les expulsions se renouvellent 
sans cesse, accompagnées d’un croassement rauque, la seule voix que. fasse entendre l’Oiseau; 
pendant que les plus forts occupent la place, les plus faibles se promènent à distance, atten- 
dant leur tour, et les premiers repus, perchés sur un rocher voisin, opèrent leur digestion, qui 
va bientôt les rendre capables d’engloutir une nouvelle pâture. Souvent, le Sarcoramphe pape 
apparaît au milieu d’eux, et sa seule présence met fin à toutes les rivalités; les Urubus cèdent 
la place au roi des Vautours, qui, lui-même, se retire respectueusement devant le Condor. 
Cet esprit de subordination, auquel les peuples de l’Amérique ont assigné une cause morale, 
est fondé uniquement sur les qualités offensives du bec de chacune des trois Espèces. 

Les Urubus, non-seulement subissent la domination du roi des Vautours, ils sont, en outre, 
tyrannisés par les Caracaras, qui, voyant les Urubus rassasiés , se mettent à leur poursuite 
pour les forcer à rendre gorge; et ceux-ci, s’allégeant, par le vomissement, d’une partie de 
leur poids, échappent aux Caracaras. 

L’Urubu peut supporter de très-longs jeûnes; mais, dès qu’il trouve l’occasion d’y mettre 
un terme, il se dédommage de ses privations sans mesure et sans discernement, disputant 
aux Chiens les boyaux du Bœuf, que l’on a jetés sur la voie publique, et se nourrissant même 
des excréments humains. 

Quand il marche, son allure est grave et lente; il allonge les jambes, mais, pressé d’arriver 
ou de fuir, il saute des deux pieds à la fois; son vol est ordinairement bas; il plane rarement, 
et meut bruyamment ses ailes, différent en cela de l’Aura, qui plane, sans presque les agiter. 
Lorsque l’Urubu cherche pâture, son vol est élevé; si le temps est à l’orage, il s’élève en 
tournoyant, et se perd dans les nues, d’où il se laisse retomber, comme une flèche, jusque 
près du sol. S'il pleut, il s’abrite sous les arbres, perché sur les rameaux inférieurs; les ailes 
basses, et la tête enfoncée entre les épaules, il attend que la pluie ait cessé; alors, il va se 
poser sur la cime de l’arbre, et expose au vent ses ailes, qu’il tient étendues, pendant des 
heures entières, sans se fatiguer. On voit souvent, après un orage, de nombreux Urubus 
rangés en ligne sur le toit d’une maison, et faisant sécher leurs ailes. 

«L’Urubu, dit M. Alcide D’Orbigny (dont le bel ouvrage sur les Oiseaux de l’Amérique 
méridionale nous fournit tous ces détails) , n’attaque jamais un animal vivant : il se contente 
de ceux qu’il trouve morts dans la campagne. J’ai vu, en Patagonie, des réunions d’Urubus 
des plus nombreuses : on avait tué, dans un seul établissement, douze mille têtes de bétail , 
pour les saler, dans l’intérêt d’une opération commerciale. Pendant cette boucherie de quelques 
mois, les os, encore assez charnus, avaient été entassés au bord du Rio-Negro , ce qui ne 
cessa d’y attirer des Urubus et des Caracaras, que devait séduire une si riche et si facile curée; 
aussi les carcasses en étaient-elles incessamment couvertes, et je ne crois pas exagérer en 
évaluant à plus de dix mille le nombre d’Urubus alors agglomérés sur ce point. 

«La familiarité des Urubus est extrême : j’en ai vu, dans la province de Mojos, lors des 
distributions de viande faites aux Indiens, leur en enlever des morceaux, au moment même 
oii ils venaient de les recevoir. A Conception de Mojos , au moment d’une de ces distributions 
périodiques, un Indien me prévint que j’allais voir un Urubu des plus effrontés, connu des 
habitants, parce qu’il avait une patte de moins. Nous ne tardâmes pas, en effet, à le voir 
arriver, fl montrer toute l’effronterie annoncée : on m’assura qu'il connaissail parfaitement 


08 


RAPACES. 


l’époque de la distribution, qui a lieu tous les quinze jours dans chaque mission ; et la semaine 
suivante, étant à la mission de Magdalena, distante de vingt lieues de celle de Concepeion, à 
l’heure même d’une distribution semblable, j’entendis crier les Indiens, et je reconnus 
l’Urubu boiteux, qui venait d’arriver. Les curés des deux missions m’ont garanti que cet 
Urubu ne manquait jamais de se trouver, aux jours fixés, dans l’une et dans l’autre, ce qui 
dénoterait dans l’Urubu un instinct très-élevé, joint à un genre de mémoire rare chez les 
Oiseaux. » 

L’Urubu pourrait facilement devenir domestique; mais les habitants de l’Amérique, tout en 
le respectant, en raison de son utilité, l’ont en horreur, à cause de sa voracité souvent impor- 
tune , de son odeur tout à la fois cadavéreuse et musquée, et de la saveur nauséabonde de sa 
chair. M. D’Orbigny en a vu , cependant , quelques-uns qui vivaient à l’état de domesticité. 
Un Créole, digne de foi, lui a raconté qu’un Urubu, élevé par lui, l’aimait au point de l’ac- 
compagner partout, et devint très-triste, en voyant son maître tomber malade; un jour, la 
chambre où il était couché étant restée ouverte, l'Oiseau vola avec empressement auprès du 
malade, pour lui témoigner sa joie de le revoir. 

Cet Oiseau, si immonde, se baigne au temps des amours pmais il n’aime l’eau qu’à cette 
époque. Il ne fait pas de nid , et dépose, dans un trou de rocher, deux œufs, d’un blanc sale, 
légèrement verdâtre, irrégulièrement tacheté de violet. 




DES 


CARACTÈRE. — Bec robuste, plus court que la tête, droit à sa base, recourbé à sou 
extrémité, comprimé sur les côtés-, narines latérales obliques, oblongues, ouvertes, 
percées dans la cire; tour des yeux nus, sourcils saillants ; tarses très-lonqs, doigts 
courts, verruqueux en dessous, les deux externes égaux, le pouce un peu relevé; ailes 
armées de trois éperons; les cinq premières rémiges égales; queue de douze pennes. 

Cette Famille ne renferme qu’un seul Genre, le Genre SERPENTAIRE {Serpentarius , de 
Cuvier) , (pii , lui-même , se compose d’une seule Espèce. 

Le S r. n i> e n t a ire h u p p é ( Serpeutarius cristatus, de Lesson ; Falco serpentarius , de Linné ; 
Vultur serpentarms , de Latham; Secretarius reptilivonis, de Daudin), est un Oiseau d’Afrique, 
nommé vulgairement Secrétaire , à cause de la longue huppe qu’il porte à l’occiput, et qui 
rappelle la plume que les hommes de bureau portent derrière l’oreille. Quelques naturalistes 
l’avaient rangé parmi les Échassiers, à cause de la longueur excessive de ses tarses; mais ses 
jambes entièrement emplumées, son bec crochu et fendu, et, enfin, la structure intérieure de 
ses organes le placent incontestablement parmi les Rapaces. 

Il a environ trois pieds et demi de hauteur; son tarse et ses doigts sont garnis «T’écailles 
larges, d’un brun jaunâtre ; sa nuque est ornée d’une longue huppe, ou touffe, composée de 
dix plumes inégales, qu’il peut hérisser à volonté; la queue est étagée, à pennes noires, ter- 
minées de blanc ; les deux médianes sont d’un gris bleu , et deux fois plus longues que les 
pennes voisines; les plumes de la gorge sont blanches, celles de la poitrine sont d’un gris 
bleuâtre; les rémiges principales sont noires; les plumes de la jambe sont aussi d’un beau 
noir, imperceptiblement rayé de brun; le tour de l’œil, dénué de plumes, est de couleur jaune, 
ainsi que la base du bec; le reste du bec et les ongles sont noirâtres; l’œil est gris et les cils 
noirs. C’osl le destructeur par excellence des Serpents à venin; aussi l’appelle-t-on au Cap le 


FAMILLE DES SE H DENT A H I DÉS. 


69 


mangeur de Serpents. La mission qu’il a reçue de la nature est, évidemment, de maintenir 
l’équilibre entre les Reptiles dangereux et les Animaux inoffensifs qui habitent les sables des 
régions africaines, équilibre nécessaire au grand ouvrage du Créateur, et sans lequel la terre 
ne serait bientôt peuplée que d’êtres malfaisants. 



* Serpentaire huppé ( Serpentarins cristatus). 


Cet ennemi des Serpents est un Oiseau coureur; ses doigts courts, ses ongles émoussés par 
la marche ne pourraient saisir une proie; ses pieds ne lui servent que pour courir et sauter; 
de là son nom de Messager. Ses ailes sont rarement employées au vol , mais la nature les a 
munies de proéminences osseuses, espèces d’apophyses du métacarpe, qui, quoique émous- 
sées et arrondies , constituent des armes offensives et défensives plus terribles que des serres. 
11 poursuit et atteint les Serpents à la course; et c’est un spectacle plein d’intérêt que celui du 
combat qui s’engage entre le Serpentaire et un de ces Animaux : le Serpent, attaqué, s’arrête, 
se redresse, et menace son ennemi en sifflant et gonflant son cou : alors l’Oiseau développe une 
de ses ailes , la ramène devant lui comme une égide , et s’en couvre tout entier. Le Reptile 
s’élance, l’Oiseau agite rapidement son aile, frappe, bondit, recule, saute en tous sens; et ses 
évolutions seraient comiques , s’il ne s’agissait d’un drame dont le dénouement doit être la mort 
de l’un des deux acteurs; puis il revient à la charge, présentant sans cesse le bout de son aile à 
la dent de son adversaire; celui-ci épuise son venin à mordre les pennes insensibles du Mes- 
sager, et, pendant ce temps, l’autre lui détache avec sa seconde aile, comme avec une massue, 
des coups vigoureux et multipliés. Le Serpent, étourdi de ces rapides attaques, reçoit bientôt 
un coup décisif qui lui fracasse la colonne vertébrale, et il roule dans la poussière; aussitôt 
l’Oiseau l’enlève lestement avec son bec et le jette en l’air ; celui-ci retombe tout brisé et 
privé de sentiment; alors le vainqueur lui perce le crâne, et le dévore. Le savant naturaliste 
anglais Smith rapporte qu’il a vu un Messager saisir avec les pieds et avec le bec un gros 
Serpent, qu’il avait d’abord étourdi et ren-versé d’un coup d’aile, puis s’élever perpendiculai- 
rement en l’air avec son prisonnier, et le laisser tomber sur le sol pour l’achever et le dépecer 
ensuite en toute sécurité. 

Le Mangeur de Serpents peut donc devenir le bienfaiteur des contrées qu’il habite, en les 
purgeant des Reptiles venimeux dont elles sont infestées. Aussi l’a-t-on introduit dans les 
Antilles françaises, pour délivrer le pays de la Vipère fer de lance, ou Trigonocéphale jaune , 


70 


H A PAGES. 


qui abonde surtout à la Martinique, et dont la morsure est promptement mortelle. Ce terrible 
Serpent, dont la longueur est de six à sept pieds, habite les champs de Cannes à sucre, pénètre 
fréquemment dans les maisons, et se lance comme un trait sur les petits Mammifères, sur les 
Oiseaux et même sur l’Homme. 

Les Serpents ne servent pas exclusivement de pâture à l’Oiseau qui nous occupe; il dévore 
aussi les autres Reptiles et même les gros Insectes. Voici le menu du dîner d’un Secrétaire, 
qui donnera la mesure de ses appétits et de ses facultés digestives. Levaillant trouva dans 
l’estomac d’un individu de cette Espèce vingt et une Tortues entières , dont plusieurs avaient 
deux pouces de diamètre, onze Lézards longs de huit pouces, et trois Serpents longs de deux 
pieds et demi : ces Animaux avaient tous le crâne percé. L’estomac contenait , en outre , une 
multitude de Sauterelles et de gros Coléoptères, plus, une pelotte formée par des vertèbres, 
des étuis d’insectes, des écailles de Tortues, résidu des repas précédents, destiné à être vomi 
par l’Oiseau. 

Le Messager construit son nid, qui est plat et en forme d’aire, tantôt sur les grands arbres, 
tantôt au milieu des buissons, dont il écarte les branches; ces branches, servant de fondement 
à l’aire, poussent des jets qui montent plus haut que le nid, et le couronnent d’un rempart, 
au moyen duquel il devient à la fois invisible et inaccessible. Les petits se développent lente- 
ment et ne peuvent courir qu’à l’âge de cinq ou six mois; leur démarche alors est disgra- 
cieuse; mais l’Animal adulte a le port plein d’aisance et de dignité, et, lorsqu’il ne poursuit 
pas sa proie, chemine avec une lenteur tranquille. Devant le chasseur il fuit en courant avec 
vitesse," et ne s’envole que quand on le poursuit à cheval et au grand galop; mais alors même, 
il s’élève peu, et redescend bientôt. Il est méfiant, rusé, et fort difficile à tirer, parce que la 
disposition peu accidentée des pays qu’il habite lui permet devoir autour de lui à une distance 
considérable. Le chasseur doit arriver avant le jour dans son canton, se cacher dans un 
buisson très-épais, dépolir son fusil, et attendre. Ce singulier Rapace est cependant appri- 
voisable; les colons du Gap l’élèvent pour détruire les Rats et les Reptiles qui s’introduisent 
dans les poulaillers et les basses-cours; il fait bon ménage avec les Oiseaux domestiques, mais 
il ne faut pas le laisser jeûner, car, pour peu que la faim le presse, il immole ses commen- 
saux; du reste, son humeur est pacifique, et, quand quelque tumulte s’élève dans la basse- 
cour, il vient mettre le holà parmi les tapageurs. 


FAMILLE des STR1GIDÉS 

( Genre S T II IX de Linné.) 

CARACTÈRE . — Yeux dirigés en avant , entourés d’un cercle de plumes ef/ilées, roules, 
formant par leur rayonnement circulaire un disque plus ou moins complet; tête volumi- 
neuse ; bec court, courbé dès sa racine, comprimé, crochu, garni d’une cire molle cachée 
par les plumes du disque; ongles très-forts, très-aigus et rétractiles; duvet ou plumage 
moelleux. 

Les Strigidés, nommés par Cuvier Oiseaux de proie nocturnes , forment une famille très- 
naturelle de Rapaces, qui ne voient bien que pendant le crépuscule et au clair de la lune. 
Leurs yeux sont gros , à pupille dilatée; leur rétine est très-impressionnable par la lumière, 
aussi leur en faut-il une petite quantité ; c’est ce qui fait que la lumière du jour les éblouit ; 
mais, quand le soleil est au-dessous de l’horizon, l’énorme dilatation de leur pupille leur per- 


FAMILLE DES STRIGIDÉS. 


71 


met de distinguer les objets peu éclairés. Le sens de l'ouïe est aussi, chez eux, d’une linesse 
extrême, grâce à de vastes cavités de leur crâne, communiquant avec l’oreille. La conque de 
cet organe est tantôt nue, tantôt revêtue d’un opercule membraneux que recouvrent les 
plumes postérieures du disque. Leur cerveau est plus volumineux que celui des Rapaces 
diurnes ; mais il n’est pas en rapport avec leur crâne, dont la grosseur tient aux cavités que 
nous venons de signaler. Leurs plumes sont mollement duvetées ; les barbes extérieures des 
rémiges, au lieu d’adhérer les unes aux autres, comme chez les diurnes, et d’offrir à l’air une 
surface résistante , sont rebroussées et hérissées , ce qui empêche les ailes de faire du bruit , 
quoique leurs mouvements soient saccadés ; la fourchette est peu résistante. Les tarses sont 
généralement emplumés, et le doigt externe se dirige, à volonté, en avant ou en arrière. Le 
gésier est plus musculeux que chez les Rapaces diurnes, quoique la proie soit exclusivement 
animale. Cette proie consiste en petits Mammifères, Oiseaux et Insectes, que le Rapace noc- 
turne va saisir à l’improviste , favorisé par les ténèbres et par son vol silencieux. 11 avale sa 
victime sans la plumer ni l’écorcher, et, par un mécanisme singulier, les parties dures sont 
séparées, enveloppées et roulées dans la peau, puis vomies en boulettes. Lorsque le soleil est 
couché, le cri aigre et lugubre de l’Oiseau de proie jette la terreur parmi les petits Animaux, 
qui se cachent ou prennent la fuite. Pendant le jour, il dort dans son trou, et si, par accident, 
il en sort et se montre à la lumière, son apparition est une fête pour tous les Passereaux du 
canton, qui viennent à l’envi l’insulter par leurs clameurs et leurs coups de bec. Le Nocturne 
ne cherche pas à se défendre; il se blottit, prend les attitudes les plus bizarres, et attend 
patiemment «pie le retour du crépuscule lui permette de prendre sa revanche, et d’aller les 
enlever dans leur nid. C’est sur cette haine instinctive des petits Oiseaux pour leur oppres- 
seur, qu’est fondé l’art de la pipée : il suffit de placer une Chouette, ou même d’en contrefaire 
la voix , pour faire arriver les Oiseaux à l’endroit où l’on a tendu les gluaux : cette espèce de 
chasse était connue des anciens, et Aristote en fait mention. La pipée se fait une heure avant 
la fin du jour, et les Oiseaux sont alors faciles à prendre ; mais, dès que le soleil est couché, 
la voix de la Chouette leur cause une terreur qui les met en fuite. 

Les Strigidés vivent isolément et par paires ; souvent ils voyagent ou émigrent par troupes , 
mais ils ne se réunissent que très-rarement pour chasser. Tous, excepté une seule Espèce 
(V Effraye) , pondent des œufs de forme sphérique, dont la coquille est peu épaisse, et d’un 
blanc mat, légèrement jaunâtre, sans taches. 

Le plumage des Rapaces nocturnes est, en général, remarquable par le grand nombre de 
taches, de stries, de lignes, de bandes dont il est irrégulièrement parsemé. M. le docteur 
Pucheran, Aide-naturaliste au Muséum, qui a publié, sur les Oiseaux de proie nocturnes, un 
Mémoire très-estimé, compare ingénieusement leur plumage à celui des jeunes Oiseaux des 
autres Ordres, chez lesquels il présente des modifications semblables de couleur, et, de plus, 
la même texture molle et duveteuse. « En voyant, dit M. Pucheran, une quantité si consi- 
dérable de types réaliser ainsi un état organique embryonnaire, on ne [tout s’empêcher d’attri- 
buer un tel arrêt dans la mue aux conditions qui les entourent spécialement : habitués pour la 
plupart à chercher leur nourriture et à remplir leurs fonctions pendant l’obscurité, ils ne peu- 
vent éprouver dans leur ptilose (mue) les effets dé la lumière, si puissante sur d’autres Oiseaux, 
comme on peut l’observer dans les régions tropicales, où les êtres organisés présentent les 
couleurs les plus éclatantes. » Ainsi l’albinisme et la texture duveteuse du plumage, étal phy- 
siologique commun à tous les jeunes Oiseaux, et qui ne dure chez les Diurnes que pendant 
leur séjour dans le nid, est permanent pour les Nocturnes, parce que ceux-ci, soustrayant leur 
livrée à l’action colorante des rayons solaires, la condamnent à un étiolement immuable; et 
l’on peut dire que, quant au plumage, les Oiseaux nocturnes restent perpétuellement à l’état 
d’enfance. 

La famille des Strigidés, représentée par le Genre Strix , de Linné, a été divisée en plu- 
sieurs Genres. Nous donnons ici le tableau synoptique des Genres les plus importants. 


72 


K A PAC ES N OC T U UNES. 


SYNOPSIS DES GENRES DE LA FAMILLE DES STRIGIDÉS. 


Disque facial incomplet. 
Bec court. 

Point d’aigrettes. 


Tarses courts ; doigts entièrement emplumés 

Tarses allongés , doigts nus ou couverts en dessus de plu- 

S U R NI E. 

Surnia. 

mes séti formes 

C H E V Ê C H E. 

Athenc. 

Des aigrettes. 



Tarses courts , doigts emplumés , ailes obtuses 

Duc. 

Buho. 

Tarses moyens , doigts nus, ailes obtuses 

Scops. 

Scops. 

Tarses allongés , doigts emplumés, ailes aiguës 

Asc AL A PHI E. 

Ascalaphia 

Bec allongé. 



Point d’aigrettes. 



Queue longue , étagée ; doigts emplumés 

C ICC AB A. 

Ciccaba. 

Queue courte , arrondie ; doigts nus 

Phobie k. 

Phodilus. 

Des aigrettes. 



Tarses emplumés. 



Ailes aiguës 

Éphialte. 

Ephialtes. 

Ailes obtuses 

N YCT A ETE. 

Nydaetus. 

Tarses écailleux 

Kétupu. 

Ketupa. 

Disque presque complet ou complet. 



Ailes obtuses. 



Tarses moyens 

Chat-huant. 

Syrnium. 

Tarses courts 

N y CT ALE. 

Nyctale. 

Ailes aiguës. 



Bec court ; aigrettes plus ou moins prononcées 

Hibou. 

Otùs. 

Bec allongé ; aigrettes nulles. 

E F F 1! A Y E. 

Strix. 

Genre SURNIE, Surnia, de Duméril 

_ 



(eupvtov, Oiseau de mauvais augure). Ce 
Genre a pour caractères : la tête dépourvue 
d’aigrettes; la conque petite et sans opercule; 
le disque facial incomplet; le bec court; les 
doigts complètement emplumés; les ailes ob- 
tuses; la queue plus ou moins longue, étagée. 
Les Surnies sont nommées Chouettes accipi- 
trines , ou Épervières , parce qu’elles voient 
et chassent pendant le jour. 

Chez les Oiseaux de ce Genre et du Genre 
suivant , dont les moeurs se rapprochent de 
celles des Rapaces diurnes, l’adulte diffère du 
jeune beaucoup plus que chez les autres Noc- 
turnes, et prend bien plus tard sa livrée 
définitive , ce qui confirme les considérations 
philosophiques du docteur Pucheran. 

La S u r n i iî c a p a r a co c h ( Surnia borea- 
lis , de Lesson ; Strix funerea , de Gmelin ) , 
nommée par Buffon grande Chevêche du Ca- 
nada , Chouette à longue queue de Sibérie , est 
l’Espèce -type du Genre; son plumage est 



Surnie g\p\r AG oe.H (Svrnia bnrralis) . 


FAMILLE DKS STKIGIDJw. 7:5 

brun-noir on dessus, tacheté et rayé de blanc; toutes les parties inférieures sont alternative- 
ment rayées cte brun et de blanc. La tête est assez petite; les ailes atteignent le tiers postérieur 
de la queue; les pieds sont d’un blanc terne, varié de raies rousses; le bec est jaunâtre en 
dessus, brunâtre en dessous, et l’iris jaune. La taille est de quatorze pouces. 

Cet Oiseau habite les régions du cercle polaire arctique, et ne se montre que rarement en 
Allemagne et en France. Il se nourrit de Mammifères rongeurs et d’insectes. Il niche sur les 
arbres, et pond deux œufs de couleur blanche. 



St’ RM lï MARFANG (SUV)lia Hl/CtCd). 


La Suknif. h a R F a n g (j Surnia nyctea , de Kevserling ; Strix nyctea, de Linné) est une 
Espèce dont la taille égale celle du Grand-Duc ; mais sa tête est bien plus petite. Les ailes ne 
dépassent pas la moitié de la longueur de la queue ; leurs quatre premières pennes sont cré- 
nelées en scie; le plumage est d’un blanc de neige, bigarré de taches noires, qui disparaissent 
dans la vieillesse ; le bec est noir et presque entièrement caché par des plumes décomposées ; 
les pieds sont emplumés jusqu’aux ongles, et la queue est courte. Le Harfang habile le nord 
de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique; on ne le trouve guère en deçà de la Suède. Quand il 
descend des régions polaires vers le Sud, il s’arrête quelquefois sur les vergues des navires; 
et on peut alors le prendre sans peine, à cause de son extrême fatigue. Il chasse en plein jour, 
et niche sur les rochers escarpés, ou sur les vieux pins des régions glaciales. Il pond deux 
œufs blancs, maculés de noir, dont le grand axe est de vingt-deux lignes, et le petit, de dix- 
huit lignes. Il se nourrit de Hérons, de Coqs de bruyères, do Lièvres et de llats. Sa voracité 
est telle, qu’il enlève quelquefois, sous le nez du chasseur, le gibier que celui-ci vient 
d’abattre, et qu’il n’a pas eu le temps de ramasser. Les Indiens mettent à profit cette babi 

10 



li V P AC ES NOCTURNES. 


tude pour attirer ce Rapace; ils jettent en l’air un Oiseau mort; le Harfang s’élance dessus, et 
il devient alors facile de le tuer. 

O en iîe CHEVÊCHE , Athene , de Boié ( ’A6-/)vy) > Minerve; ce nom mythologique rappelle 
l’Oiseau de nuit consacré à la déesse de la Sagesse, parce que les anciens lui attribuaient la 
prescience de l’avenir, opinion fondée sur son air méditatif, la position de ses yeux, et le 
développement de son crâne). Les Chevêches ont, comme les Surnies, la tête dépourvue 
d’aigrettes; le disque facial incomplet; le bec court; les tarses emplumés, et les ailes obtuses; 


elles en diffèrent par leurs tarses allonges, leur 
courte et carrée. 

La Chevêche commune {Athene noctun, de* 



ÉLUE COMMUN K [AUlCUC HQCltta). 


s doigts nus ou seulement velus, leur queue 

Ch. Bonaparte; Strix psilodactyla, de Linnée), 
vulgairement petite Chouette , Chevêche , est 
de la taille d’un Merle; son plumage est varié 
de noir et de blanc; le mâle porte, au-devant 
du cou, un demi-collier blanc ; la queue est 
d’un roux foncé, traversée par quatre barres 
plus claires; les doigts sont couverts de poils 
roides clairsemés; les pieds sont blancs, le 
bec brun jaunâtre , l’iris jaune citron. 

La Chevêche est très -répandue en France 
et dans presque toute l’Europe. Elle se tient 
rarement dans les bois, et habite, de pré- 
férence , les vieux murs et les édifices en 
ruines ; elle est à peine nocturne ; elle chasse 
les Passereaux, lors même que le crépuscule 
est déjà dissipé ; elle réussit surtout à s’em- 
parer des Chauves-Souris , des Souris et des 
Mulots, qu’elle déchire avec son bec et ses 
ongles , ne pouvant pas les avaler entiers. 
Elle plume très-proprement les petits Oiseaux 
qu’elle a pris, avant de les dépecer, ce (ai 
quoi elle diffère de la plupart des Rapaces 
nocturnes , qui avalent leur proie avec ses 
plumes ou ses poils. Elle se nourrit aussi 
d’insectes. 


Outre son cri poupon , poupoii, qu’elle pousse en volant, elle en produit un autre quand elle 
est posée, que l’on prendrait pour la voix d’un jeune homme appelant quelqu’un du nom de 
aime, heme , edme. Buffon raconte que, dans son château de Montbard, il lut réveillé, un 
peu avant le jour, par cet appel que faisait entendre une Chouette posée sur sa fenêtre; bien- 
tôt un de ses domestiques, occupant la chambre au-dessus de la sienne, ouvrit sa fenêtre, et 
dit à celui qu’il prenait pour un être humain : « Qui es-tu là-bas ? Je ne m appelle pas Edme, 
je m’appelle Pierre. » 

La Chevêche établit son nid dans les trous des vieilles murailles, sous les toits des tours, 
dans les crevasses des rochers ou des vieux arbres; elle y pond trois ou quatre œuls, presque 
ronds, et d’un blanc pur; leur grand axe est de quatorze lignes; le petit, de onze lignes. 

La Chevêche devient facilement domestique, quand on l’a prise jeune. On la garde en cage, 
oii on la conserve longtemps en santé, et sans que ses excréments soient infects, en la nour- 
rissant de viande de Mouton séchée , dont on a séparé la peau , la graisse et les os , et qu on 
a laissé tremper dans l’eau pendant deux jours avant de la lui donner. Bechstein assure qu il 
suffit, par jour, de trois quarts d’once de cette viande séchée, surtout si on y ajoute, de temps 
en temps, des Souris ou des Oiseaux. Elle peut dévorer jusqu’à cinq Souris dans un repas. 


FAMILLE DES STKIG1DÉS. 7:> 

C’est vers les deux heures de l’après-midi qu’elle commence à s’éveiller ; elle est bientôt fort 
gaie, et ne tarde pas à chercher son manger. M. Gérard, naturaliste distingué, a publié, sur 
les mœurs de cette Espèce, des particularités intéressantes; il a élevé, chez lui, une Chevêche 
qui était devenue très-familière, se laissait volontiers caresser, à toute heure de la journée, 
sans être incommodée par le grand jour, et sortait d’elle-même pour aller chercher, dans le 
jardin, des Insectes, dont elle détruisait une grande quantité. Elle recherchait la compagnie 
d’un jeune Chat avec lequel elle jouait, et souvent ils reposaient ensemble, dans un panier 
étroit, pressés l’un contre l’autre. Elle n’éprouvait pas la même sympathie pour le Chien du 
logis ; mais le principal objet de son inimitié était un Corbeau Choucas , apprivoisé comme 
elle ; celui-ci, malgré la supériorité de sa taille et la force de son bec, n’avait pas eu le des- 
sus : les deux rivaux s’évitaient, de guerre lasse, et, par un accord tacite, s’étaient partagé le 
jardin ; chacun avait son district, et n’en sortait pas ; mais, la nuit venue, la Chevêche 
régnait, sans partage, dans tout le jardin, qu’elle parcourait à petits pas rapides. Elle ne 
cherchait pas l’eau ; mais, quand on lui en présentait, elle buvait, en plongeant dans le vase 
le bec tout entier; quand il pleuvait, elle se couchait sur le sable, les ailes étendues, et 
paraissait éprouver un vif plaisir ; elle aimait aussi à s’étendre dans la poussière. 

La Chevêche passerine ( Athene passerina , de (|$uld ; Sttix pàsserina, de Linné; Stria: 
Acadica, de Gmelin ; vulgairement petite Chouette d’Uplande , Chouette d’Acadie, Ghevê- 
cliette) se trouve dans l’Amérique septentrionale, dans la Laponie, où elle est commune, et 
dans le nord de l’Allemagne, où on la rencontre rarement. Elle est de trois pouces plus petite 
que la Chevêche, et sa taille surpasse à peine celle du Moineau. Son plumage est, en dessus, 
cendré brun, ponctué de blanc et de roux ; le dessous est d’un blanc éclatant, avec des taches 
longitudinales brunes ; le cou est garni , en avant , d’un demi-collier blanc ; la queue est d’un 
cendré brun, et porte quatre bandes blanches, transversales et étroites; les tarses et les doigts 
sont blancs, tachetés de roussàtre ; le bec est plombé, jaunâtre à la pointe ; l’iris jaune. La 
Chevêchette se nourrit de Souris, de Sauterelles, de Coléoptères et de Lépidoptères nocturnes. 

La Chevêche caburé (Athene pumila, de Gray ; Strix pumila , d’illiger; Cabouré, d’Azara) 
est une très-petite Espèce de l’Amérique méridionale; la tête est rousse, ponctuée de blanc; 
le dessus du corps marron ; les rémiges brunes, rayées ou ponctuées de blanc ; le ventre est 
blanc ; les flancs d’un roux vif ; les cuisses blanches , avec quelques flammèches rousses. 

Le Caburé est un Oiseau très-courageux ; il se glisse sous les ailes des gros Oiseaux de 
basse-cour, et même des Garacaras ; il s’y cramponne, et les met à mort en leur déchirant 
le flanc. 

La Chevêche a collier ( Athene torquata, de Gray ; Strix torquata, de Daudin) est une 
Espèce de l’Amérique méridionale; la face est d’un brun chocolat, ainsi que le derrière du 
cou, le manteau et le dessus des rectrices, qui sont terminées de blanc, avec des rayures 
transversales blanches ; un large collier brun se voit au haut de la poitrine ; les parties infé- 
rieures sont de couleur blanche, ainsi que la gorge et le devant du cou ; les tarses et les doigts 
sont revêtus de soies d’un blanc lustré ; les ongles sont noirs ; les sourcils blancs et larges ; 
le bec est bleuâtre, à bout jaune. Cette Espèce, qui, pour la taille, tient le milieu entre le 
Grand-Duc et la Hulotte, habite les forêts bordant les rivières et canaux naturels dont est 
sillonné le territoire de l’Amérique tropicale du sud. Le jour elle dort, cachée sous le feuillage, 
dans la bifurcation de deux rameaux ; au crépuscule, elle se réveille, et parcourt en tous sens 
les sombres voûtes des forêts, qui retentissent de ses lugubres accents; elle y donne la chasse 
aux petits Mammifères, aux Chauves-Souris et aux Oiseaux. 

La Chevêche a terrier (Athene cunicularia, de Gray; Strix cunicularia , de Vieillot; 
Strix grallaria , de Temminck) , nommée Urucuru, par Azara, est encore une Espèce de 
l’Amérique méridionale, dont la livrée est brune en dessus, blanche en dessous; lès pieds 
sont garnis de tubercules, et poilus; les ongles noirs; le bec est d’un blanc verdâtre. La taille 
est de neuf à dix pouces, c’est-à-dire, égale à celle d’un Pigeon. 


RAPACES NOCTURNES. 


76 

La Chevêche à terrier, nommée aussi Chevêche échassière, à cause de la longueur des 
tarses dans la femelle, habite toute la zone chaude et tempérée de l’Amérique méridionale, du 
40 e au 42 e degré. On ne la rencontre jamais dans les bois, "ni même dans les plaines buisson- 
neuses, à moins qu’il n’y ait au milieu de ces dernières des clairières étendues; ce qu’elle pré- 
fère , ce sont les immenses pampas de l’Amérique du Sud , et les versants arides de la chaîne 
des Andes, ou les dunes qui bordent les océans Atlantique et Pacifique. C’est là qu’elle vit par 
couples isolés, sédentaire dans le canton qu’elle a choisi , et ne permettant guère à ses pareils 
de s’établir dans son voisinage. 

Cet Oiseau a pour domicile les terriers abandonnés des Tatous , ou des Biscachès , ou des 
Renards, mais il ne les creuse pas lui-même, comme on l’a cru pendant longtemps, sur le 
témoignage du Père Feuillée : si ses ongles étaient propres à fouir, ils ne tarderaient pas à 
s’émousser, et on les voit toujours recourbés et aigus. Il prend possession du terrier quand le 
propriétaire l’habite, et celui-ci en est chassé, non par la violence, mais par l’odeur insup- 
portable qu’exhale l’usurpateur; c’est là qu’il dépose quatre œufs blancs, que le père et la 
mère couvent alternativement. 

M. Alcide d’Orbigny, qui a observé les mœurs des Oiseaux de l’Amérique méridionale avec 
la ferveur et la sagacité que nous admirons dans Audubon et Levaillant, donne, sur cette 
Chevêche, des détails pleins d’intérêt: si l’on s’approche de sa résidence, vers le milieu du 
jour, on trouve ordinairement le couple à l’entrée du terrier; troublés dans leur sommeil, ils 
font entendre leur cri de 'guerre, qui consiste en un tcliii, tchii, tchii prolongé ; puis ils s’en- 
volent pour aller se poser sur une butte, à quelques pas : là, tout en tournant la tête avec 
inquiétude, ils regardent fièrement l’importun qui les a dérangés, et se laissent approcher de 
très-près ; puis s’envolent encore, et vont se percher sur un tertre voisin, ou sur un buisson, 
en recommençant leur cri de guerre ; ils ne se réfugient au fond de leur clapier, que quand ils 
éprouvent une grande peur, ce qui est rare. 

Cet Oiseau se nourrit de Rats, de Cobayes, de Reptiles et d’insectes; il chasse vers le 
soir, à l’heure où ces Animaux sortent de leur retraite, et commence son exploration en pla- 
nant comme les Rapaces diurnes. M. A. d’Orbigny a cru remarquer qu’au milieu de la nuit il 
se repose, pour recommencer le lendemain matin, dès le crépuscule, et même un peu après 
le lever du soleil, comme la veille avant son coucher, volant à fleur de terre, et tournoyant 
au-dessus des terriers des Rongeurs, en faisant entendre son cri nocturne, hou, liou-ou-ou-ou. 

L’Urucuru se plie facilement aux habitudes de la domesticité ; on l’élève à cause de sa dou- 
ceur dans quelques localités; il y remplit l’office de Chat, et fait bonne guerre aux Rats et aux 
Souris. 

La Chevêche nu a. me ( Athene brama, de Gray; Strix Brama, de Temminck) est une 
Espèce de l’Inde et du Bengale ; sa taille est celle de la Chevêche commune; les sourcils et les 
joues sont variés de noir et de blanc ; le cou est entouré, en arrière, d’un large collier blanc , 
dont chaque plume est cerclée de brun ; la tête et le dos sont bruns, tachetés de gouttelettes 
d’un brun clair. Le dessous du corps est blanchâtre, tacheté de brun. 

La Chevêche marron ( Athene castanoptera , de Gray; Strix spadicea, de Temminck) 
est une Espèce de file de Java, où elle est connue sous le nom de Blowatu. La tête, le cou , 
le manteau et le thorax sont d’un roux clair, linéolé de noir ; le dos est d’un marron vif, ainsi 
que les ailes, qui sont tachées de blanc ; le ventre est blanc, avec des taches marrons ; les 
rémiges sont rayées de noir ; les rectrices sont rayées de jaunâtre ; le bec est livide. La taille 
est de sept pouces et demi. 

La Chevêche nudipède (Athene nudipes , de Gray; Strix nudipes , de Baudin) est une 
Espèce de l’île de Porto-Rico, dont la taille est de sept pouces. Le plumage est fauve bru- 
nâtre eu dessus, avec une tache blanche sur les côtés du cou, et les tectrices des ailes tache- 
tées de blanc; le corps est blanc en dessous, chaque plume flammée de brun au contre. Los 
tarses son! allongés, nus ol bruns , ainsi que les doigts. 


KAMI LL K DES ST RI (U DÉS. 77 

(■ enke DUC, Bubo , do Cuvier (le mot Bubo , prononcé à la manière des Romains, est une 
onomatopée exprimant le cri de l’Oiseau). Les Ducs ont le bec court, très-fort, recourbé jus- 
qu’à la pointe ; le disque facial incomplet ; la tète garnie laté- 
ralement de deux aigrettes ; les tarses courts , emplumés , 
ainsi que les doigts; les ailes sont obtuses, la queue courte 
et arrondie. 

Le Duc d’ Europe ( Bubo europœus , de Lesson ; Bubo 
ntheniensis , d’Aldrovande ; Strix bubo , de Linné), nommé 
aussi, par les auteurs, Grand-Duc, Grand- Duc athénien, 
Grand Hibou, est PEspèce-type du Genre; la tête est ornée de 
deux aigrettes formées de plumes étagées, noirâtres au centre, 
rousses sur les bords ; le dessus du corps est jaune roux , 
varié de gris et onde de noir; le dessous est d’un roux plus clair, avec des taches brunes, 
longitudinales, et des raies transversales ondulées; la gorge est blanchâtre; les plumes des 
pieds rousses, mouchetées de brun; le bec noir; l’iris orange. La taille est de deux pieds, 
plus ou moins. 




Grand Duc (Bubo europœus) 


Le Grand-Duc habite l’Europe et l’Asie ; il est sédentaire dans l’Est de la France , et com- 
mun en Suisse, en Sicile et en Italie ; il se nourrit de Lièvres, Lapins, Taupes, Mulots, Rats, 
Souris, Perdrix, qu’il a fait lever par son cri effrayant, huihou, houhou, bouhou , pouhou , qui 
retentit dans le silence de la nuit. Il attaque même, dit-on, quelquefois les jeunes Chevreuils; 
il mange aussi les Reptiles, et en nourrit ses petits. Son nid, qu’il établit dans le creux des 
rochers, dans les crevasses des vieilles tours, a trois pieds de diamètre; et se compose de 
bûchettes entrelacées de racines souples, qu’il garnit de feuilles à l'intérieur. Il \ dépose deux 


78 


RAPACES NOCTURNES. 


ou trois œufs, ronds, d’un blanc pur; leur grand axe est de vingt-deux lignes; le petit, de 
vingt lignes. Les petits sont très- voraces , et leurs parents chassent alors avec activité pour 
satisfaire à leurs besoins ; ils se battent avec les Ruses pour leur arracher leur proie ; ils 
sont moins nocturnes que les autres Rapaces de leur famille , c’est-à-dire qu’ils sortent plus 
tôt le soir et rentrent plus tard le matin. 

Le Grand-Duc est, comme tous les Rapaces nocturnes, l’objet de l’antipathie des Oiseaux 
diurnes, et notamment des Passereaux, qui le harcèlent de leurs clameurs et de leurs coups 
de bec, lorsque le hasard l’a fait sortir de sa retraite pendant le jour ; ce sont surtout les Cor- 
neilles <pii s’acharnent à sa poursuite ; on en a vu un si vigoureusement assailli par une 
troupe de ces Oiseaux, qu’il descendit à terre, accablé de lassitude, et se mit sur le dos, en 
présentant ses ongles à ses persécutrices ; les Corneilles , déconcertées par cette résistance 
meurtrière, laissèrent le Grand-Duc maître du champ de bataille ; mais son épuisement était 
tel , qu’il mourut le lendemain de sa victoire. Les Rapaces diurnes sont aussi les ennemis du 
Grand-Duc, mais il ne les craint guère, et se défend avec vigueur. Wagner rapporte qu’il a 
vu, aux environs de Zurich, le combat d’un Aigle et d’un Grand-Duc : ce dernier avait enfoncé 
ses griffes dans le corps de son ennemi, et tous deux tombèrent à terre, l’Aigle mort, et le 
vainqueur si fortement attaché à sa victime qu’on put le prendre vivant. 

M. Degland en a nourri un pendant assez longtemps, e( il n’a pu le rendre familier, quoi- 
qu’il fût placé dans un lieu oh il voyait sans cesse les domestiques et les enfants. 

Le Duc de Virginie ( Bubo Virçj ininnus , de Brehm ; Strix Virginiana, de Gmelin ; 
nommé aussi, par les auteurs, Grand-Duc barré , Grand Hibou à cornes ) habite l’Amérique 
septentrionale et méridionale. Il est presque de la taille du Grand-Duc. Son corps est, en des- 
sus, d’un brun varié de lignes fines, rousses et grises; le milieu du ventre est blanc; les côtés 
de la poitrine et les lianes sont fauves, puis blancs, rayés en travers de brun, sans aucune 
flammèché longitudinale ; la queue est arrondie et barrée de brun clair ; le collier est blanc ; 
le tour des yeux blanc , puis fauve. 

Le Duc de Virginie fréquente surtout les bois voisins des rivières et les plaines humides. Le 
jour, on le voit seul , dormant sur les grosses branches les plus cachées des arbres touffus ; 
si on le surprend, il se réveille, cherche peu à s’envoler, et se contente de siffler, et de faire 
claquer ses mandibules, en se balançant d’un pied sur l’autre. Cependant, si l’importun s’ap- 
proche, il s’envole; mais, ébloui par la lumière du jour, il se dirige mal, et cherche à se 
cacher dans le fourré le plus voisin. Lorsque le soleil est couché, il sort de sa léthargie, et 
s’envole légèrement, se perchant à chaque instant sur des arbres ou des pieux, et faisant 
retentir les échos de ses accents monotones et mélancoliques. Son cri d’appel peut être exprimé 
par gnacourou tou-tou, dont les dernières syllabes se font entendre sur un ton nasillard et 
fort; le cri de colère est un son aigu et cadencé; un troisième son, accompagné presque tou- 
jours d’un claquement de bec, est un sifflement analogue à celui qu’on peut produire en ser- 
rant les dents. 

Les Gallinacés à demi adultes, Dindes, Faisans, Poules, les Canards, les Lapins, les 
Sarigues , sont sa pâture ordinaire ; il se contente de leur briser la tête d’un coup de bec , et 
les avale ensuite tout entiers, avec la plume, ou les poils, et les os, qu’il rejette roulés en 
paquet, quand la digestion stomacale est achevée. Il mange également les Poissons morts 
que la mer jette sur le rivage. 

C’est dans les nuits sereines qu’on peut le voir voler, silencieux et rapide, à la recherche de 
sa proie. « Le marinier descendant le Grand-Fleuve, dit Audubon, remarque le nocturne chas- 
seur qui passe au-dessus de sa barque, les ailes étendues, et franchit les collines, ou bien 
descend et s’élève dans l’air comme une ombre, ou bien disparaît dans les bois. Le bateau, 
qui suit le cours sinueux de la rivière, arrive bientôt dans une anse que borde un champ nou- 
vellement défriché ; la lune brille sur l’humble chaumière du colon ; dans le petit champ qui 
l’entoure, un arbre, que la hache a épargné, sert de juchoir aux Oiseaux domestiques, qui 




























































• . 


• « 








M, WWl’A^AY, 


V \ \l I I, LE DK S STRIGI DÉS. 


79 

doivent bientôt peupler la basse-cour. Parmi eux se trouve une Dinde qui couve. Le Grand 
Hibou, dont les yeux perçants ont découvert sa proie, plane circulairement autour de l’arbre, 
et médite son attaque. Mais la Dinde est aussi vigilante que lui ; elle se dresse sur ses pieds, 
agite ses ailes, et glousse si bruyamment, qu’elle réveille tous ses voisins les Coqs et les 
Poules; le caquettement devient général, et le colon se réveille à son tour. Il est bientôt sur 
pied, prépare son fusil, ouvre la porte, et regarde au-dehors : il voit le maraudeur emplumé 
qui s’est perché sur une branche morte, et d’un seul coup il rétablit la tranquillité dans son 
poulailler suspendu. 

« Le Duc de Virginie a le vol élevé, rapide et gracieux; il plane avec aisance et en grand 
cercle par la simple inclinaison de ses ailes et de sa queue. De temps en temps il effleure 

silencieusement la terre avec vélocité, et saisit sa proie à l’improviste ; quelquefois il s’arrête 

* 

subitement sur quelque palissade, secoue ses plumes, et pousse un cri horrible, tantôt 
analogue aux hurlements d’un Chien qui a perdu son maître, tantôt formé de notes si rudes 
et si mêlées, qu’on les prendrait pour les dernières plaintes d’un assassiné, qui essaye en vain 
de crier au secours. Quelquefois, quand on n’est éloigné de lui que de cinquante pas, il dit 
son liouhou de manière à faire croire qu’on entend un cri lointain à plus d’un mille de dis- 
tance. Pendant qu’il produit tous ces bruits discordants, il balance son corps, surtout sa tête, 
et prend les attitudes les plus grotesques. Dans l’intervalle de chaque cri, il fait claquer son 
bec comme par passe-temps, ou bien il aiguise le bout de ses mandibules, de même qu’un 
Sanglier aiguise ses défenses. 

« On le rencontre sur le bord des lacs et des fleuves , dans toutes les saisons ; il aime à se 
jucher parmi les Cotonniers et les Saules bordant les marécages, où le Cyprès étend ses bras 
couverts de barbes espagnoles qu’agite la brise la plus légère : il se tient dressé, le plumage 
serré, les huppes baissées, et la tête posée sur l’épaule. Lorsque le soleil brille, on peut l’ap- 
procher ; mais si le temps est nébuleux, il relève la tête, soulève ses houppes, et s’envole au 
loin. La saison des œufs arrive vers la fin de l’hiver. Les gestes ridicules et les évolutions 
bizarres du Grand Hibou, qui veut plaire à sa compagne, ne se peuvent décrire : ce sont des 
courbettes, des demi-tours, des contorsions, des claquements de bec, dont le spectacle dissi- 
perait la plus sombre mélancolie ; quand la femelle agrée son hommage, elle y répond en 
imitant les allures et la pantomime de son compagnon. Tous deux vont alors construire , au 
plus épais des bois, leur nid, qu’ils fixent sur une maîtresse branche, voisine du tronc prin- 
cipal ; il se compose extérieurement de petits bâtons tortueux, et est tapissé à l’intérieur de 
plumes et d’herbes fines. Son diamètre est de trois pieds ; il contient trois à six omis blancs ; 
le mâle partage avec la femelle les soins de l’incubation ; les petits restent dans le nid jusqu’à 
ce qu’ils soient couverts de plumes ; ils suivent ensuite leurs parents avec un cri plaintif qui 
demande de la nourriture. » — Le Duc de Virginie, pris au nid, s’apprivoise assez facilement; 
mais, arrivé à l’àge adulte, il se jette sur les volailles, et on ne peut le garder. 

Le Duc b a u y a n t ( Bubo strepitans , du Muséum de Paris; Bubo orientalis , de Gray; 
Stria; strepitans, de Temminck) est une Espèce de l’Asie méridionale; la huppe est noire, 
barrée de blanc ; le plumage roux brun, taché de noir en dessus, blanc roux, taché de crois- 
sants noirs en dessous ; les tectrices supérieures sont blanches sur leurs bords. La taille est 
de dix-neuf pouces. Cet Oiseau habite Java et Sumatra. 

Genre SC O PS , Scops , de Savigny (cjxw'j/, nom d’Oiseau, tiré de se moquer, 

allusion aux contorsions bizarres et aux claquements de bec des Oiseaux de nuit). Les Scops 
offrent les mêmes caractères que le Genre Bubo, dont ils diffèrent par leurs doigts nus. 

Le Scops d’Europe ( Scops européens , de Lesson ; Strix Scops, de Linné), vulgairement 
le Petit-Duc , est une jolie Espèce, à peine grosse comme un Merle ; son plumage est cendré, 
nuancé de fauve, agréablement varié de petites mèches longitudinales noires, étroites, et de 
lignes transversales sinueuses, grises ; il présente une suite de taches blanchâtres aux pennes 
scapulaires ; il y a six à huit plumes à chaque aigrette. 


80 


ISA PACKS NOCTURNES. 


Le Petit-Duc habite toute l’Europe tempérée et méridionale, ainsi que le Sud-Est de la 
France ; on le rencontre quelquefois aux environs de Paris. 11 est utile à l’homme, en ce qu’il 
fait une guerre active aux Mulots, 
qui causent tant de dommages 
aux cultivateurs ; il se nourrit 
aussi d’insectes, et surtout de 
Chenilles et de Coléoptères lamel- 
licornes. 

<( De tous les Rapaces noc- 
turnes, dit le savant ornitholo- 
giste Degland, le Scops est celui 
qui devient le plus familier. Il 
arrive à la voix de celui qui l’é- 
lève. Nourri en liberté, il revient 
fidèlement au lieu oii l’on a fait 
son éducation. Mais , dès que 
l’époque de la migration est arri- 
vée, il n’est plus possible de le 
retenir; ni la nourriture abondante, ni les soins, ni les caresses ne peuvent le déterminer à 
rester. Il faut alors l’enfermer si on veut le conserver. Son départ a régulièrement lieu en sep- 
tembre, et son retour au printemps. Il est probable qu’il fiasse l’hiver en Afrique et en Asie. » 

Le Scops Asm ( Scops Asio, de Lesson ; Strix Asio et nœvia, de Gmelin) est une Espèce 
de l’Amérique septentrionale, dont le plumage est gris, vermiculé de brun et de noir ; la 
femelle a la tête et le dos d’un roux vif; les parties inférieures sont blanches, tachetées de 
brun , de noir et de roux. 

Cet Oiseau est assez rare dans le Sud des États-Unis ; on le trouve plus communément vers 
le confluent de l’Ohio et du Mississipi ; son vol est doux, rapide, silencieux et prolongé; tantôt 
il s’élève au-dessus de la cime des plus hauts arbres, en poursuivant de gros Insectes coléop- 
tères; tantôt il vole bas, sur les champs ou à travers les bois, pour chercher les petits Oiseaux 
dont se compose essentiellement sa nourriture. Quand il prend son essor, il pousse un cri 
morne, tourne la tête, secoue ses plumes ; de temps en temps, il fait entendre un claquement 
de mandibules, surtout quand il est perché près de sa femelle ou de ses petits; Audubon pense 
que ce bruit a pour objet d’effraver un ennemi; l’Asio est pourtant le plus doux et le plus faci- 
lement apprivoisable des Rapaces ; quand il est saisi, il se laisse caresser sans essayer de 
mordre ou de griffer. Audubon en emporta un de Philadelphie à New-Yorck , dans sa poche ; 
durant le voyage, il resta toujours tranquille, mangeait dans la main de son maître, et n’es- 
saya pas de s’échapper. 

Son cri est plaintif, tremblottant , et ressemble au claquement de dents d’une personne qui 
grelotte de froid ; ce cri, qu’on entend de plusieurs centaines de toises, est considéré, par quel- 
ques colons, comme étant de mauvais augure. Il fréquente de préférence le voisinage des 
fermes et des vergers, se tient sur les toits, les clôtures, les portes, et pousse de temps en 
temps son cri morne, qui semble annoncer une âme en peine, ce qui n’est qu’une apparence, 
car le chant de ces Oiseaux est toujours l’expression du contentement. C’est surtout vers la 
Cm de l’hiver, époque qui est pour lui la saison des amours, que son chant se fait entendre; 
alors il veille attentivement sur sa femelle, autour de laquelle il voltige et se pavane, à la 
manière du Pigeon, en y ajoutant de nombreux saints, dont la vue est très-amusante. 

Genre ASCALAPHIE (Ascalaphia, d’Isid. Geoffroy -Saint- Hilaire). Ce Genre a été 
démembré du Genre Bubo , à causé de l’allongement des tarses et de la forme des ailes, qui, 
quoique courtes, offrent le type aigu. 

L’Ascalaphif. de Sayigny ( Ascalaphia Savir/vyi , de Gray; Bubo ascalaplms , de 



Scops d'Europe (Scops cùropœus ) . 


K \ \l I LLE DES STHIG I DÉS. 


«S I 




Sa vignv ; Slrix Ascalà plats, <l< 1 Vieillot), nommé vulgairement Grand Hibou a huppes courtes, 
(>st l’Espèce-type. Sa taille est de treize à quatorze pouces; son plumage est d’un roux blan- 
châtre, varié de différentes nuances, avec des teintes et des raies d’un brun noir, lancéolées à 

la tête et à la nuque, par grandes masses 
sur les ailes, en bandes larges ou en zigzags 
étroits sur les rémiges et les rectrices , en 
mèches allongées sur les côtés de la poitrine, 
et en zigzags transversaux très -fins sur le 
reste des parties inférieures; la gorge et le 
milieu de la poitrine sont blancs, les sous- 
caudales blanches , barrées de cinq ou six 
raies brunes; le duvet des pieds est blan- 
châtre, le bec noir, l’iris jaune. 

Cette Espèce, commune en Égypte, visite 
accidentellement le Sud de la Sardaigne et 
de la Sicile. Ascalnplms est un nom mytho- 
logique qui rappelle la fable de Proserpine 
enlevée par Pluton. Gérés implore Jupiter, 
qui consent à lui rendre sa fille, pourvu que 
celle-ci n’ait pris aucune nourriture dans les 
Enfers 

« Il dit, et Gérés se croit sûre de ramener 
sa Pille sur la terre. Mais les destins en 
avaient décidé autrement, car la jeune fille 
n’était plus à jeun; en errant dans les jar- 
dins, elle avait imprudemment cueilli une 
Grenade sur ses rameaux flexibles , et détaché 

Axsn.vi.U’iniv de S.vYir.NY ( ;/sc<( lafihia Sarùjnifi I ■ 

de leur pâle écorce, sept grains, qu’elle avait 
pressés entre ses lèvres. Un seul témoin l’avait vue, c’était Vscalaphe, que l'illustre nymphe 
Orphné , amante d’Achéron, enfanta jadis dans les antres sombres de l’Averne. Il l’avait vue, 
et le cruel , en révélant son action , lui enleva tout espoir de retour, La reine de l’Erèbe, saisie 
de douleur, changea en Oiseau ce témoin indiscret. Son visage, arrosé de l’eau du Phlégéton, 
devient un bée, entouré de plumes, et surmonté de deux grands yeux; Vscalaphe, dépouillé 
de sa première forme, est revêtu de deux ailes fauves; sa tête s’élargit, ses ongles s’allongent 
et se recourbent; il agite avec peine les plumes nées sur ses bras affaiblis; il n’est plus qu’un 
Oiseau hideux, un morne Hibou, messager de deuil, et funeste présage pour les Humains. » 
G f. n ne G IGG AB A , Giccnba, deWagler (xtxxaê->„ Chat-huant). Dans ce Genre, le bec est 

allongé, la tête est dépourvue d’aigçettes, le disque facial est 
incomplet, les tarses sont emplumés , les doigts demi-nus, les 
ailes obtuses, la queue assez longue. 

Le G icc ab a un hui. ( Giccnba huhuln, de Wagler ; Slrix 
tineata , de Shaw), nommée Huhul , par Levaillant , est une 
Espèce de l’Amérique tropicale du Sud. Sa taille est à peu près 
celle de notre Chouette commune ;, elle est noire , finement 
rayée de blanc par lignes nettes et légères ; la queue est noire, 
traversée de trois bandes blanches en zigzags; le bec est jaune; 
le doigt intermédiaire est seul emplumé; les doigts et les ongles 
sont jaunes, ainsi que le bec. — Celte jolie Espèce habite la Guyane, où on l’a nommée 
Chouette de jour, à cause de ses habitudes. 

Gknuk 1M10DILE, Phodilus, d’is. Geoffroy (cjdoç, lumière, SstXoç , craintif, c’est-à-dire 


I I 


I! \l* \ ( ! K S \ 0 C T I H N K S. 


<S2 


craignant la lumière.); Ce Genre ne diffère du précédent que par les doigts nus, et la queue 
courte; le disque facial ne s’élève que jusqu’à la hauteur de la paupière supérieure. 

Le Phodile c a long ( Phodilm badins, d'Is. Geoffroy; Stria : badia, de Horsfield) est une 
Espèce de l’Asie méridionale ; son plumage est, en dessus, d’un brun châtain très-pur, et un 
peu doré, marqué de taches et de points blancs encadrés de noir; la face et le front sont d’un 
brun clair; le collier est formé de plumes blanches, terminées de brun doré ; le dessous du 
corps est de couleur isabelle, marquée de taches brunes, oblorigues, éparses. La taille est de 
dix pouces. 

Cet Oiseau habite File de Java, où il es! désigné sous les noms de Calonge tde Wowo-wiwi ; 
il séjourne au fond des plus épaisses forêts, qu'il abandonne rarement; le peuple croit qu’il 
choisit pour domicile le repaire du Tigre royal , et que le Mammifère carnassier respecte 
l’Oiseau rapace. 

Genre ÉPHIALTE , Ephialtes , de Ch. Bonaparte («pia)B)ç, oppresseur, de eVi, aXkouai, 
s’élancer sur). Ce Genre a pour caractères : le bec long, comprimé, la tête surmontée de deux 
aigrettes, le disque facial incomplet, les tarses emplumés, et les ailes aiguës. 

L’Éphialte aux joues blanches ( Ephialtes leucotis , de Ch. Bonaparte; Strix leu- 
rotis , de Temminck) est l’Espèce-type du Genre ; les aigrettes naissent au-dessus des yeux, 
et sont longues et pointues ; le bec est corné, muni à sa base de poils très-longs. La face est 
d’un blanc pin 1 , marquée de roux au-dessous de l’œil , et bordée de noir ; les rebords de l’aile, 
et les tectrices sont de couleur blanche ; le plumage est roux clair, flammé très-courtement de 
noir vif, vermiculé de brun sur chaque plume, sur le dos et le ventre; le bas-ventre et les 
tarses sont blancs ; les rémiges et les rectrices sont rectilignes, barrées de noir. La taille est 
de dix pouces. — Cet Oiseau vit au Sénégal. 


Genre NYGTAÈTE, Nyctaetus , d’Is. Geoffroy (vùç, ierôç, Aigle de nuit). Les caractères 
de ce Genre sont les mêmes que ceux du précédent, dont il 
diffère par les ailes obtuses. 

Le Nyctaète lacté ( Nyctaetus /adeus, d’Is. Geoffroy; 

Strix lactea, de Temminck), nommé, par quelques auteurs, 

Hibou lacté , est l’Espèce-type du Genre. Sa taille est celle 
du Grand-Duc, c’est-à-dire d’environ deux pieds. Les 
aigrettes sont petites et courtes; le bec bleuâtre, plombé; 
les joues blanches, bordées par un cercle noir; l’œil est 
surmonté d’un sourcil très-noir; la gorge est d’un blanc pur; 
le dessus du corps est roux , finement traversé de brun eu 
zigzags; le dessous est blanchâtre, avec des taches sinueuses noires. 

Sénégal. 



Cet Oiseau habite le 


Genre KÉTUPU, Ketupa , de Lesson (le mot Kétupu est le nom populaire de FEspèce- 


type). Ce Genre ne se distingue des deux précédents que parles tarses 
écailleux ou réticulés, et non emplumés; les aigrettes sont déjetées 
en arrière, les ailes sont obtuses, la queue courte et élargie. 

Le Kétupu javanais [Ketupa javanensis ; de Lesson; Strix 
ketupa, de Horsfield) est l 'Espèce-type. Son plumage est d’un rouge 
ferrugineux vif, taché de noir par plaques arrondies; les rémiges sont 
noires, rayées de roux, e.t moins longues que la queue; celle-ci est 
noire , barrée de jaune ; les joues sont rousses ; le ventre roux , 
flammé de brun; les huppes rousses et brunes, les tarses jaunes, le 
bec noir. La taille est de quinze ou seize pouces. — Cette Espèce 
porte à Java le nom vulgaire de Blo-Kétupu; elle habite les régions 
montagneuses, et fréquente aussi les bords des rivières. 

Genre CHAT-HUANT, Syrnivm , de Charles Bonaparte (cupvtov. 



Kêtupiî. 


Oiseau de nuit). Le 


F A Ml LL fai DES STRIGIDÉS. 


<S3 



disque est presque complet, le bec court, la tête dépourvue 
d’aigrettes, les tarses moyens, les doigts emplumés, les ailes 
obtuses. 

Le Chat-huant hulotte (Sijrnium aluco , de Savigny; 
Slrix aluco et strklula, de Linné) ; vulgairement la Hulotte , 
la Chouette des bois, est l’Espèce-tvpe du Genre Chat-huant. 
Elle est un peu plus grande que le Hibou commun, dont elle 
a toutes les mœurs : elle est couverte partout de taches longi- 
gitudinales brunes , dechirees sur les cotes en dentelures 
transversales ; elle a des taches blanches aux scapulaires, et veis le boid anteiieui de I aile, 
la face est gris bleuâtre, avec des raies circulaires brunes, les i en liges et les rectrices soûl 
rayées transversalement de brun et de roux; I iris est d un brun roussàtre; le lond du plu- 



mage est grisâtre dans le mâle , rous- 
sàtre dans la femelle et dans le jeune, 
ce qui les avait fait longtemps considérer 
comme deux Espèces différentes : la il u- 
lotte (Slrix aluco), et le Chat-huant 
( Strix stridula ). La Hulotte a près de 
quinze pouces de hauteur; le Chat-huant 
n’en a que douze. Le cri de la Hulotte 
est plus sourd que celui du Chat-huant : 
c’est un hou, hou, hou, qui ressemble à 
un hurlement lointain; le cri du Chat- 
huant est plus clair : lioho , holio , hoho , 
hoho , espèce d’appel, que l’oiseleur met 
à profit dans la pipée, pour attirer les 
petits Oiseaux. 

Cette Espèce habite les grandes forêts 
de l’Europe; elle se nourrit principale- 
ment d’Écureuils et d’autres petits Ron- 
geurs, ainsi que de Chauves-Souris; elle 
s’empare des nids abandonnés de la Ruse, 
de la Corneille ou de la Pie; elle y dépose 
quatre ou cinq œufs obtus, et d’un blanc 
pur; elle pond souvent aussi dans les 
trous d’arbres. 

Le Chat-huant nébuleux ( Syr - 
nium nebulosum , de Boié; Slrix nebulosa , de Gmelin) , vulgairement Chouette grise du 
Canada , est l’Espèce- type du Genre Vlula, de Cuvier, que nous réunissons aux Syrniuru. 
Son plumage est brun, tacheté de blanc; le ventre et les tectrices inférieures de la queue sont 
d’un blanc sale, rayé de brun; la queue est courte, barrée de brun et de blanchâtre; le bec est 
jaune. La taille est de dix-huit pouces. 

Cet Oiseau habite l’Amérique septentrionale; c’est un grand destructeur de Poulets, Souris, 
Levrauts, Lapins, Reptiles; il recherche surtout une Grenouille brune, et à la Louisiane on h* 
croit piscivore. «Son cri est un waali, waahha, qu’on est tenté, dit Audubon, de comparer 
au l'ire affecté d’un fashiouable. Combien de fois, dans mes excursions lointaines, étant campé 
sous les arbres, et me disposant à faire rôtir une tranche de venaison ou un Ecureuil, au 
moyen d’une broche de bois, 11’ai-je pas été salué du rire île ce perturbateur nocturne! Il 
s’arrêtait à quelques pas de moi, exposant tout sou corps à la lueur de mon feu, et me regar- 
dant d’une si bizarre manière, que si je n’avais pas craint de passer pour fou à mes propres 


Chai-hüant hulotte (Syrniutn aluco). 


R APACES iNIOCTC R N ES. 


84 

yeux, je l’aurais invité poliment à venir partager mon souper. Il habite constamment la 
Louisiane; on le rencontre dans tous les bois isolés, même en plein jour, et aux approches de 
la nuit. S’il y a apparence de pluie, il se met à rire plus fort que jamais; son wàah, wanh , 
pénètre dans les retraites les plus reculées, et ses camarades lui répondent avec des tons 
étranges et discordants; on serait tenté de croire que la nation des Hiboux célèbre une fête 
extraordinaire. Lorsqu’on s’approche d’un de ces Oiseaux, ses gestes deviennent d’une 
bizarrerie inexprimable; son attitude droite change, il baisse la tête et incline son corps; les 
plumes de sa tête se hérissent, et l’enveloppent comme d’une fraise; il roule ses yeux comme 
un aveugle, et exécute avec sa tête des mouvements anguleux, comme si elle était disloquée. 
Il suit, pendant tout ce manège, les moindres mouvements de l’étranger, et, s’il soupçonne 
de mauvaises intentions, il s'envole, puis s’arrête le dos tourné, fait subitement volte-face, 
comme un conscrit qui apprend l’exercice, et recommence à examiner l’inconnu qui s’approche 
de lui. Si l’on tire sur lui et qu’on le manque, il fuit au loin, et quand il a gagné le large, il 
fait entendre son éclat de rire avec pompe. Pendant le jour, il se laisse assaillir par les petits 
Oiseaux, et semble saisi de frayeur; si un Écureuil s’approche de lui, il prend la fuite devant 
ce timide Animal, qu’il va manger tout à l’heure, aussitôt que le soleil sera couché. » 

La Chouette du Canada se montre accidentellement dans le Nord de l’Europe. Elle niche 
dans les trous des arbres, et pond deux œufs blancs, assez arrondis, dont le grand axe est de 
vingt-deux lignes, et le petit axe de vingt lignes. 

Le Chat-huant de e’Ouual ( Syrnium tirai e use , de Ch. Bonaparte ; Strix ura/ensis , 
de Pallas) , vulgairement Chouette de /'Oural , est une Espèce septentrionale. Le dessus de la 
tête, du cou et du corps, est blanchâtre, légèrement lavé de cendré roussàtre, marqué de 
longues mèches longitudinales brunes; les tectrices de la queue sont d’un brun cendré, à raies 
transversales blanches, peu apparentes et irrégulières; le dessous du corps est blanc, tacheté 
longitudinalement de brun; la face est d’un gris bleuâtre; la queue est longue, étagée, d'un 
blanc sale, avec six ou sept bandes brunes; les tarses et les doigts sont couverts de plumes 
blanches, tachetées de brun; le bec est jaune, les yeux petits, et l’iris brun. La taille est de 
vingt-un pouces. 

Ce Chat-huant habite les régions du cercle polaire arctique, et surtout la Laponie et les 
monts (Jurais; il se nourrit d’Oiseaux et de petits Mammifères, et, vers la tin du jour, il sort 
des forêts pour chasser; il établit son nid dans les trous des arbres, et y dépose quatre ou 
cinq œufs, d’un blanc pur. 

Le Chat-huant de Laponie ( Syrnium cinereum, de Ch. Bonaparte; Strix laponica, 
de Retzius) habite la calotte polaire de l’hémisphère boréal, où on le rencontre rarement ; il 
est gris en dessus, avec des taches et des raies brunes en zigzag; les parties inférieures sont 
blanchâtres, parsemées de taches brunes allongées; les pieds et les doigts sont rayés de zigzags 
blancs et bruns; la conque auditive est en demi-cercle, et pourvue d’un opercule membraneux; 
le bec est jaune. La taille est de vingt-deux pouces. Les mœurs, les habitudes, le régime et la 
propagation de cette Espèce sont inconnus. 

Le Chat-huant des Pagodes (Syrnium pagodarum , du Muséum de Paris; Strix pago- 
darum , de Temjniuck) est une Espèce des Indes orientales; la face est d’un roux vit, la 
gorge blanche ; la tête et le manteau sont d’un roux vif, parsemé de taches arrondies, blanches ; 
les rémiges sont brunes, rayées de jaunâtre; le dessous du corps est blanchâtre, teinté de 
roux, et marqué de croissants noirs; le bec est noir, les doigts très-velus; la conque auditive 
est operculée, comme dans l’Espèce précédente. La taille est de dix -sept pouces; - — Cette 
Espèce est nommée vulgairement dans l’Inde Ouiné-Kotau. 

Cenkp N Y CT \ LE, Nyclate , de Brolim (vu/cxaXoç , ami des ténèbres) . Ce genre ne dillère 
du précédent que par les tarses courts, de la longueur du doigt médian. L Espèce type est le 
\ y <: t \ i. v. ni Tengmai.m ( Ngctate Tengma/mi , de Ch. Bonaparte; Strix Tengmalnii , de 
Gmelin) , vulgairement la Chevêche à pieds emplumés. Sa taille égale à peine celle d’un Merle. 


FAMILLE DES ST R IGI DÉS. 


85 



Dans le. maie, le dessus est d’un roux brun , avec des nuances noirâtres;' le liant de la tête et 
du cou porte des taches blanches 
arrondies; le bec est jaune, l’iris 
jaune brillant; la femelle est un peu 
plus forte : on la nomme Chevêche 
rousse; le dessus est d’un brun gri- 
sâtre , avec des taches blanches 
arrondies sur la tête et sur les 
pennes des ailes; il y a une tache 
noire entre l’œil et le bec; le des- 
sous est varié de blanc, ainsi que lo 
duvet des pieds et des doigts. 

Cette Espèce habite la Norwége, 
la Bussie, l’Allemagne, et même la 
France; on la rencontre dans les bois 
de sapins, elle niche dans les trous 
des arbres verts , pond deux œufs 
un peu allongés, d’un blanc pur, et 
se nourrit de Phalènes, de Scara- 
bées , quelquefois même de petits 
Oiseaux jeunes ou malades. NvCTAU; DB f* kUt (N,Jctalc »'«"""• 

Genre HIBOU , Olus, de Cuvier (oïïç, iotoç, oreille). Les Hiboux ont le bec court comme 
les Chats-huants et les Nyctales, mais ils en diffèrent par leur disque facial complet, leurs 
ailes aiguës, et leur tète surmontée de deux aigrettes mobiles, plus ou moins distinctes; la 
conque auditive est en demi-cercle, et munie d’un opercule membraneux; les tarses et les 
doigts sont emplumés. 


Le Hibou commun (Otus commuais, de Lesson; Stries Otm, de Linné , nommé vulgaire- 



lliiîor com m t n (Oins ranninnus). 




86 


H A PAGES NOCTURNES. 


ment Moyen-Duc') est une Espèce répandue dans toute l’Europe, et très-commune en France, 
où elle vit sédentaire; ses aigrettes sont placées au-dessus des yeux, composées de six plumes, 
et longues comme la moitié de la tète; son plumage est fauve, avec des taches longitudinales 
brunes sur le dos et en dessous. Elle porte des lignes brunes sur les ailes et le dos; la queue 
offre huit ou neuf bandes brunes. La taille est de treize pouces. Get Oiseau habite ordinaire- 
ment les cavernes, les bâtiments en ruines, le creux des vieux arbres et les forêts inontueuses; 
il fait entendre pendant la nuit un cri plaintif, ou gémissement grave et allongé : Coivl , cloud! 
c’est de lui que se servent les oiseleurs pour attirer à la pipée les gros Oiseaux. Il ne construit 
de nid que très-rarement, et pond, dans les nids abandonnés d’Écureuil , de liuse, de Pie ou 
de Corbeau, quatre ou cinq œufs oblongs et d’un blanc pur, dont le grand axe est de quinze 
lignes, et le petit axe de douze lignes. Il chasse et prend les petits Oiseaux, et surtout les 
Mulots et les Campagnols; lorsque le gibier manque aux champs, il vient dans les granges 
pour y chercher des Souris et des lîats, et retourne au gîte de grand matin. 

Le Moven-Duc, contrairement à la plupart des Rapaces nocturnes, se montre disposé à la 
sociabilité. On le voit souvent, dit M. Degland, par petites bandes de sept ou huit individus , 
lesquels ne tardent pas à se réunir de nouveau, lorsqu’on les a séparés en les effarouchant. 

[je Hibou a aigrettes courtes [Otus brachyotos , de Cuvier ; Slrix ulula, de Gmelin; 
vulgairement Grande Chevêche ) ressemble au Hibou commun pour la taille et pour le plu- 
mage; son dos n’offre pas de lignes en réseau; mais son ventre est marqué de lignes longitu- 
dinales étroites; ses huppes sont très-petites, placées au milieu du front, formées de deux ou 
trois plumes, et il les relève rarement. 

Cet Oiseau habite le Nord, et se répand dans toute l’Europe; il est de passage régulier en 
France. Sa sociabilité est encore plus remarquable que celle de l’Espèce précédente; il séjourne 
presque constamment à terre, pour guetter les petits Mammifères rongeurs, dont il fait sa 
principale nourriture; aussi est-il, dans quelques pays, estimé des cultivateurs, parce qu’il 
détruit une grande quantité de Mulots. C’est aussi à terre qu’il établit son nid, où il dépose 
trois ou quatre œufs blancs, dont le grand axe est de quinze lignes, et le petit axe de douze 
lignes; il pond quelquefois dans un nid de Rusard. 

O en re EFFRAYE, Slrix, de Sa vigny (ffTftÇto, produire un son aigre). Les Effrayes dif- 


fèrent des Hiboux, en ce qu’elles ont 
le bec droit allongé, et la tète dépour- 
vue d’aigrettes; la conque est munie 
d’un opercule plus grand encore que 
celui des Hiboux; les tarses sont 
emplumés, mais les doigts sont seu- 
lement poilus; les plumes effilées, 
formant le disque facial, sont plus 
étendues que chez les autres Noc- 
turnes, et donnent aux Effrayes une 




physionomie toute particulière. 

L’Effraye commune ( Strix flammea, de Linné), vulgairement nommée Frênaie, est une 
Espèce répandue sur tout le globe, et commune en France, où elle est sédentaire. Elle a 
environ quatorze pouces de longueur. Les parties supérieures sont d’un roux jaune, varié de 
gris et de brun glacés, pointillé de noir et de blanc; les parties inférieures sont blanches ou 
fauves, parsemées de petites taches brunâtres ou noirâtres, et quelquefois sans taches; la face 
est blanche ou grise, avec le tour des veux d’un brun plus ou moins roussàtre. La queue est 
légèrement barrée de brun; l'iris est brun noir. Dans le midi de la France, les gens de la cam- 
pagne la désignent sous le nom de Buéou-l’holi , parce qu’ils croient que cette Chouette vient 
pendant la nuit boire l’huile qui brûle dans les lampes des églises. C’est elle que l’on nomme 
vulgairement Chouette des clochers. « Son nom êê Effraye lui vient de l’effroi qu'elle inspire, 


<S7 


V V Ml LL K I) ES ST R ICI DÉS. 



dit Buffon, par ses souftlements che , cher, dieu, diiihou, ses cris âcres et lugubres, grei, grè, 
crei, et sa voix entrecoupée, qu’elle fait souvent retentir dans le silence de la nuit. Elle est 
pour ainsi dire domestique, et habite au milieu des villes les mieux peuplées; les tours, les 
clochers , les toits des églises et des au- 
tres bâtiments élevés lui servent de re- 
traite pendant le jour, et elle en sort à 
l’heure du crépuscule. Son soufflement, 
qu’elle réitère sans cesse, ressemble à 
celui d’un homme qui dort la bouche 
ouverte; elle pousse aussi, en volant et 
en se reposant , différents sons aigres , 
tous si désagréables, que cela, joint a 
l’idée du voisinage des cimetières et des 
églises, et encore à l’obscurité de la 
nuit, inspire de l’horreur et de la crainte 
aux enfants, aux femmes, et même aux 
hommes soumis aux mêmes préjugés, 
et qui croient aux revenants, aux sor- 
ciers, aux augures; ils regardent I’Ef- 
fraye comme l’Oiseau funèbre, comme 
le messager de la mort; ils croient que 
quand il se fixe sur une maison et qu’il 
y fait retentir une voix différente de ses 
cris ordinaires, c’est pour appeler quel- 
qu’un au cimetière. » Cette mauvaise 
réputation faite à l’Effraye, par la su- 
perstition populaire, devrait être rem- 
placée par un sentiment de gratitude et 
de bienveillance, car cet Oiseau est, de 
tous les Rapaces nocturnes , le plus 
utile à l’homme, par suite de la chasse 
destructive qu’il fait aux Mulots, Rats, 
et autres Rongeurs nuisibles à l’agriculture. L’Effraye niche sur les vieilles tours, ou dans les 
creux de rochers; elle pond trois ou quatre œufs un peu allongés, et d’un blanc pur; leur 
grand axe est de dix-lmit lignes, et le petit, de quatorze lignes. 


Eitiuyi commune (Strix Jlammea). 


Nous terminons ici l’histoire des Oiseaux de proie , histoire pleine de violences ét de 
cruautés, dont les détails ont plus d’une fois, peut-être, produit sur l’âme de nos lecteurs 
une impression pénible : il n’est personne qui, en étudiant les mœurs de ces Animaux, les 
uns courageux, les autres lâches, mais tous voraces et féroces, ne se soit laissé aller à un 
mouvement d’indignation contre des êtres, qui 11e vivent que de la destruction d’êtres animés 
et sensibles comme eux. Cette aversion, que nous inspirent les Rapaces, prend sa source 
dans une erreur dont nous ne pouvons nous défendre, et qui consiste à leur attribuer la notion 
du juste et de l’injuste et le libre arbitre que Dieu a donnés à l’Espèce humaine. 

Les Carnivores, il est vrai, sont la cause de bien des douleurs individuelles dans le Règne 
animal ; mais, sans chercher ici l’utilité générale qui peut résulter de leurs rapines; sans nous 
étendre sur la fatalité irrésistible qui les condamne à obéir aux lois de leur organisation meur- 
trière, nous nous demanderons humblement si nous avons le droit de nous indigner contre 
ces Animaux. Sans doute, l’Homme, se regardant comme le propriétaire légitime de la planète 


R V PAGES N OC TL UNES. 


<s<s 

dont le Créateur lui a concédé la souveraineté, peut voir dans 1ns Rapaces des usurpateurs, 
qui lui disputent la possession exclusive de son domaine; et, toujours enclin à établir des 
comparaisons morales entre son Espèce et les Espèces inférieures , il leur appliquera les qua- 
lifications injurieuses que nous prodiguons à des rivaux dont nous ne pouvons tolérer la con- 
currence; mais, pour peu qu’il fasse sur lui-même un retour sincère, il se verra réduit à 
confesser que, de tous les Animaux, le plus vorace et le plus cruel, c’est l'Homme. 

Le Condor nous inspire de l’horreur quand nous le voyons, debout, sur un rocher, atten- 
dant qu’une mère ait mis bas son fruit, pour dévorer, entre ses pattes, l’être débile qu’elle ne 
peut elle-même défendre : l’Homme fait-il donc autre chose, quand il arrache à la Brebis, à 
la Vache, à la Truie, leur progéniture, presque au moment de sa naissance, pour l’égorger 
et s’en repaître? Mais ne parlons pas des victimes qu’il immole à sa faim; il subit en cela la 
même nécessité que les Oiseaux de proie; ne parlons pas des Animaux dont il confisque la 
fourrure et la peau pour s’en revêtir (bien que souvent cette tuerie ait pour objet la posses- 
sion d’une parure de luxe, plutôt que d’un vêtement utile; témoin les Autruches et les Oiseaux 
de Paradis, témoin les millions de Bombyx étouffés, avant leur éclosion, dans leur berceau 
de soie) ; n’accusons que les cruautés superflues et les goûts dépravés qui assimilent l’Homme 
aux Faucons les plus cruels et aux plus immondes Vautours. 

Les exemples ne manquent pas pour justifier cette comparaison; nous ne citerons que les 
plus vulgaires : les Cathartes vivent de charognes et d’immondices, mais l’Homme savoure 
voluptueusement les fromages putrides et le gibier faisandé; les Faucons et les Chouettes 
plument et dépècent sans pitié leur proie vivante ; mais ce supplice est de courte durée; tandis 
que l’Homme, pour préparer des pâtés de foie gros, engraisse de force des Oies, les condamna 
à l’obscurité et à l’immobilité dans des cages étroites, et détermine chez l’Animal une maladie 
de langueur, qui rend le foie cancéreux et lui donne la saveur dont les gourmands font leurs 
délices. 

A toutes ces barbaries nous pourrions ajouter la plus odieuse de toutes, l’ingratitude de 
l’Homme envers les Animaux domestiques qui ne peuvent plus le servir : cette question, toute 
morale, a été traitée par le bon La Fontaine, dans un admirable apologue, qui n’a de fabuleux 
que la forme, et auquel nous renvoyons nos Lecteurs. 

Quelle est notre pensée en établissant cet humiliant parallèle entre l’Homme et les Animaux? 
Est-ce à dire que l’Homme, obéissant aux préceptes de Pvthagore et de Brahma, doive renoncer 
au droit de vie et de mort que Dieu lui a donné sur eux? Non, certes; mais, tout en recon- 
naissant ce droit, nous Voudrions que, par l’observation attentive et judicieuse du mal 
physique, qui n’est, hélas! que trop répandu sur la terre, l’Homme fût conduit à user modé- 
rément de sa suprématie, et que, si l’instinct de sa conservation le force à détruire , il sût, 
dans l’accomplissement même de son œuvre de destruction, respecter les lois de l’humanité, 
qui doivent protéger, aussi bien que l’Espèce humaine, tous les êtres doués de la triste faculté 
de souffrir. 





Coucou cuiyré. . .Couroucou Pavonin. . . . Merle .aaiié. Ari-rjuJia, ' '.Pics:. 


Oiseau mouche Sapho. Cassique Jupuba.' Kakatoès.. 


ORDRE des PASSEREAUX 

( PASSE RE S et PICÆ, de Linné..) 

Bec polymorphe ; pieds courts ou médiocres ; doigts généralement au 
nombre de quatre , dont trois antérieurs et un postérieur , ou deux 
antérieurs et deux postérieurs ( rarement trois doigts , dont deux 
antérieurs ) ; pouce articulé au niveau des doigts antérieurs ; ongles 
grêles , recourbés , mais non crochus ni acérés. 

Les Passereaux et les Grimpeurs, qui, dans Cuvier, forment deux Ordres 
indépendants l’un de l’autre, ont été réunis en un seul par Vieillot, sous le nom 
de Sylvains ( Sylvicolæ). Lesson, Ch. Bonaparte et Isid. Geoffrov-Saint-Hilaire 
ont maintenu cette réunion, et les deux Ordres réunis portent le nom de Pas- 
sereaux. 

Les Passereaux se distinguent des Rapaces, dont le bec est crochu et les ongles 
très-acérés, quoiqu'ils soient liés à cet Ordre par les Pies-Grièches; ils se sépa- 
rent des Gallinacés, en ce que ceux-ci ont la mandibule supérieure voûtée et les 
trois doigts antérieurs unis à la base par une petite membrane; ils ne peuvent être 
confondus avec les Échassiers, dont les jambes sont dégarnies de plumes au- 
dessus de l’articulation tibio-tarsienne; ni avec les Palmipèdes , dont les doigts 

12 


90 PASSEREAUX Z YG.OD A CT YLES. 

sont ou bordés de festons membraneux, ou entièrement réunis par une large mem- 
brane. 

Les Passereaux varient par leurs mœurs comme par leur conformation : les 
uns sont solitaires, les autres sociables; tous sont monogames, à l’exception du 
Coucou. Ils se nourrissent d'herbes, ou de graines, ou de baies, ou d'insectes, ou 
de Vers, ou de Poissons, ou d’Oiseaux; quelquefois même ils sont omnivores. La 
plupart sont de petite taille. Quelques-uns ont un chant agréable, et la chair de 
beaucoup d’entre eux fournit à l’homme un aliment délicat. 

SYNOPSIS DES SECTIONS DE L’ORDRE DES PASSEREAUX. 


Doigt externe dirigé en arrière ZYGO DACTYLES. 

Doigt externe dirigé en avant, et réuni à sa base avec 

Je médian 1 SYND ACTYLES. 

Doigt externe dirigé en avant, et libre DÆODACTYLES. 

Doigt externe versatile AMPHID ACTYLES. 


SYNOPSIS DES FAMILLES 

DE LA SECTION DES PASSEREAUX ZYGODACTYLES. 


Dec très-recourbé , crochu PSITT ACIDÉS. 

Dec un peu recourbé, 

énorme RAMPIIASTIDÉS. 

de dimension ordinaire CUCULI DÉS. 

Dec droit. 

Langue très-extensible ; doigts antérieurs libres. . . P ICI DÉS. 

Langue peu ou point extensible ; doigts antérieurs 

en partie réunis GALBULI DÉS. 


FAMILLE des PSITTACIDÉS 

( PSITTACUS , lie Linné.) 

CARACTÈRE. — Bec gros, dur, solide, bombé de toutes parts ; mandibule supérieure 
courbée dès la base, crochue et aiguë au bout, et dépassant l’inférieure ; narines nues, 
ovoïdes, percées dans une membrane garnissant la base du bec ; langue épaisse, charnue, 
arrondie, mobile, souvent terminée par des papilles nerveuses très -développées, ou par un 
petit gland cartilagineux ; ailes fortes ; tarses réticulés; quatre doigts opposés deux à 
deux ; les antérieurs réunis à leur base par une membrane étroite; les postérieurs entiè- 
rement libres. 

Les Psittacidés, communément désignés sous le nom de Perroquets, habitent, pour la 
plupart, la zone intertropicale, et surtout les latitudes voisines de Féquatem’ ; aussi leur 


FAMILLE DES PSITT AC1 DÉS. 91 

plumage offre-t-il des couleurs vives et tranchées, telles (pie le vert, le rouge, le bleu et le 
jaune. Ces Oiseaux sont essentiellement grimpeurs ; mais leur mode de grimper n'appartient 
qu’à eux. Ce n’est ni en marchant ni en sautant qu’ils parcourent le tronc des arbres, c’est 
en se servant surtout de leur bec, qui est pour eux un véritable organe de locomotion; ils 
saisissent d’abord avec leurs mandibules le rameau qu’ils veulent escalader, et y posent 
ensuite les pieds l’un après l’autre; s’ils ont une proie dans le bec, ils appuient fortement sur 
la branche leur mandibule inférieure, et se soulèvent en contractant les muscles du cou ; 
lorsqu’ils veulent descendre, ils abaissent la tête, posent sur le rameau la convexité de leur 
mandibule supérieure, et, quand leur cou tendu supporte le poids du corps, ils abaissent 
successivement leurs pattes vers le point d’apptd. Leur vol, assez rapide, mais peu soutenu, 
suffit à leurs besoins de locomotion, parce qu’ils habitent des forêts où ils n’ont à traverser 
que de courts intervalles pour se transporter d’un arbre à un autre ; cependant quelques 
Espèces peuvent voler longtemps, et parcourent, dans leurs émigrations périodiques, des 
espaces de plusieurs centaines de lieues. 

Mais, quelle que soit la puissance du vol chez les diverses Espèces de Perroquets, presque 
tous ont une marche lente et embarrassée, qui s’explique par la brièveté, l’écartement et la 
largeur de leurs pattes; ils sont même obligés de s’aider de leur mandibule supérieure, dont 
ils appuient sur le sol la pointe ou même la face dorsale, en gtdse de béquille ou de bâton. 

Les Perroquets sont frugivores, et c’est principalement l’amande qu’ils recherchent dans 
les fruits à noyau, pour la gruger après l’avoir soigneusement épluchée. Les instruments em- 
ployés dans cette opération, qu’ils exécutent avec une dextérité et une promptitude merveil- 
leuses, sont d’abord une de leurs pattes, dont ils se servent comme d’une main, puis leur 
langue élastique et agile, et leur mandibule supérieure, qui s’articule sur leur front de telle 
sorte qu’elle peut s’élever et s’abaisser à volonté. Les Perroquets réduits en captivité devien- 
nent omnivores et mangent du pain, de la pâtisserie, du sucre, et même de la viande cuite ou 
crue ; ils s’habituent facilement à boire du vin, et, quand ils en ont pris, ils sont plus gais et 
plus babillards. 

De toutes les particularités que présente l’histoire des Perroquets, la plus curieuse est 
l’instinct qui les pousse à imiter la voix des autres animaux , et surtout la parole humaine ; 
cet instinct est favorisé par la disposition de leurs narines, par la mobilité de leur langue et 
de leur mandibule supérieure , et surtout par les trois paires de muscles qui tendent ou relâ- 
chent les cordes vocales et les membranes de leur larynx inférieur ; c’est cette singulière 
faculté, bien plus (pie la beauté de leur plumage, et le développement de leur intelligence, 
qui les fait rechercher par l’homme. 

Les Perroquets gris, les Perroquets verts et les Perruches, sont les plus habiles dans cette 
imitation; ils retiennent des airs et des phrases entières, et les répètent avec une fidélité et 
une justesse surprenantes. Buffon dit avoir vu un Perroquet qui, ayant vieilli avec son maître 
valétudinaire, et étant accoutumé ;V ne plus entendre que ces mots : Je suis malade, répon- 
dait à tous ceux qui l'interrogeaient: Je suis malade, d’un ton lamentable, et en prenant une 
attitude languissante. Levaillant a entendu une Perruche réciter le Pater en langue hollan- 
daise, se tenant couchée sur le dos, et joignant les doigts des deux pieds. Dans une ville de 
Normandie, une bouchère battait impitoyablement tous les jours son enfant, à peine âgé de 
cinq ans ; Tentant succomba sous les mauvais traitements. La justice des hommes ne s’en 
émut pas ; mais un Perroquet gris, qui habitait la maison d’un cordonnier, située en face de 
celle de la bouchère, se chargea du châtiment de cette mère dénaturée : il répétait continuel- 
lement le cri que poussait le pauvre enfant quand il voyait sa mère courir sur lui la verge à la 


02 


PASSEREAUX ZYGODACT VUES. 


main : A cause de quoi? A cause de quoi? et cette phrase était articulée par l’Oiseau avec 
un accent si douloureux et si suppliant, que les passants indignés entraient brusquement dans 
la boutique du cordonnier, et lui reprochaient sa barbarie ; le cordonnier se justiliait en mon- 
trant son Perroquet, et en racontant l’histoire de l’enfant; après quelques mois, la bouchère, 
poursuivie par la phrase accusatrice et par les murmures de l’opinion publique, se vit obligée 
de vendre son fonds et d’abandonner la ville. 

Les Perroquets vivent généralement en troupes nombreuses ; ils passent la nuit perchés sur 
des arbres ; au point du jour, ils poussent tous ensemble des cris aigus et perçants, et pren- 
nent leur vol en commun pour aller chercher pâture ; vers dix heures, la chaleur devenue 
trop forte, les fait retourner sous la feuillée, et quelques heures avant le coucher du soleil, 
ils reviennent en bandes aux lieux où ils trouvent la nourriture qui leur convient. Ces Oiseaux, 
une fois appariés, vivent dans une étroite union à toutes les époques de leur vie ; la ponte a 
lieu plusieurs fois dans l’année ; les œufs, au nombre de deux à quatre, sont elliptiques, 
courts, et d’une couleur uniformément blanche ; ils sont déposés tantôt dans un nid grossiè- 
rement construit, tantôt dans des trous creusés à l’intérieur des vieux troncs d’arbres, tantôt 
dans.des cavités de rochers. Ces Oiseaux, pour la plupart, ne se reproduisent pas dans l’état 
de captivité^ on a vu cependant pondre et couver, en France, des Aras bleus et de petites 
Perruches, qu’on avait placés dans des conditions de température analogues à celles que ces 
Oiseaux trouvent sous la zone équatoriale. On a pu observer chez les époux un amour très- 
vif et très-constant, plus fort même que l’amour maternel, qui, cependant, se révèle, quand 
ils ont perdu leurs petits, par des cris perçants, une agitation continuelle et le refus de 
manger. 

Les Perroquets sont tous plus ou moins éducables, et c’est surtout quand ils ont été pris 
jeunes qu’ils s’attachent au maître qui les soigne. On prend les petits au nid, et on les expédie 
en Europe ; mais on fait aussi la chasse aux adultes. Au Paraguay, les naturels savent les 
frapper avec des (lèches terminées par un bourrelet de coton, qui les étourdissent sans les 
blesser. Le père Labat nous a fait connaître la manière dont les Caraïbes s’emparent des Per- 
roquets : « Ils observent, sur le soir, les arbres où il s’en perche le plus grand nombre, et 
quand la nuit est venue, ils portent, aux environs de l’arbre, des charbons allumés, sur 
lesquels ils mettent de la gomme avec du piment vert. Cela fait une fumée épaisse, qui étourdit 
de telle sorte ces pauvres Animaux, qu’ils tombent à terre comme s’ils étaient ivres, ou à 
demi-morts ; ils les prennent alors, leur lient les pieds et les ailes, et les font revenir en leur 
jetant de l’eau sur la tête. » 

Pour apprivoiser les Perroquets qu’on a pris adultes, et (pii sont très-farouches, il suffit de 
leur souffler par petites bouffées de la fumée de tabac ; cette vapeur les enivre bientôt, et on 
peut les toucher impunément ; lorsque le narcotisme a cessé, ils se réveillent déjà bien moins 
violents ; on renouvelle ce moyen jusqu’à ce que leur caractère soit complètement adouci ; on 
emploie aussi, pour les dompter, les immersions dans l’eau froide, les menaces, les caresses 
et les friandises. 

La longévité des Perroquets est connue depuis longtemps : un Perroquet, apporté à la 
grande-duchesse de Florence, en 1633, mourut en 1743, âgé de plus de cent dix ans. Vieillot 
a vu, près de Bordeaux, un Jaco qui avait quatre-vingts ans ; Buffon en a possédé un qui mou- 
rut à 43 ans ; les Perruches ne vivent guère au delà de trente ans ; mais ces chiffres si diffé- 
rents, s’appliquant à des animaux réduits en captivité, ne peuvent donner une idée exacte de la 
longévité des Psittacidés. 


93 


FAMILLE DES PS ITT AC I DÉS. 

SYNOPSIS DES TRIBUS DE LA FAMILLE DES PSITTACIDÉS. 


Langue bien développée ; jambes emplumées , 

Oiseaux diurnes P s rr t a c i e n s. 

Oiseaux nocturnes Strigopiens. 

Langue très-petite ; jambes écailleuses inférieurement Microglossiens. 


TRIBU DES PSITTÂC1ENS 


SYNOPSIS DES GENRES DE LA TRIBU DES PSITTAC1ENS. 

Tarses courts. 

Queue étagée , 
longue. 

Joues nues 

Jolies emplumées. 

Langue ordinaire. 

Pennes caudales ordinaires. 

Bec ordinaire 


. Ara. 


Macrocercus. 


Perruche. 


Conurus. 


Bec très-renflé Anodorhynque. Anodorhynchus. 


Bec à mandibule supérieure très-prolongée. Enicognatiie. 

Pennes caudales larges Platycerque. 

Langue ciliée T r i c h o g l o s s e. 

courte. 

Bectrices obtuses Psittacule. 

Bectrices aiguës M i c R o p s i t t e. 

Queue ronde Lori. 

Queue plus ou moins régulièrement carrée. 

Point de huppe. 

Queue allongée. 

Bec ordinaire Vaza. 

Bec très-renfl é M a s c a r i n . 

Queue moyenne. 

Bec ordinaire Perroquet. 

Bec à mandibule supérieure très-prolongée .... Nestor. 

Une huppe érigible. 

Queue allongée. 

Mandibule supérieure peu comprimée ; bec ordi- 
naire I)É ROT Y PE. 

Mandibule supérieure peu comprimée , et très- 


Enicognathus. 

Platycerçus. 

Trichoglossus. 

Psittacula. 

Micropsitta. 

Lorius. 


Vaza. 

Mascarinus. 

Psittacus. 

Nestor. 


Derotypus. 


prolongée Dasyptile. Dasyptilus. 

Mandibule supérieure très-comprimée Plictolophe. Plictolophus. 

Queue moyenne. 

Bec ordinaire Kakatoè. Cacatua. 

Bec à mandibule supérieure très-prolongée.... Licmétide. Licmetis. 

Tarses allongés Pézopore. Pezoporus. 

Genre ARA, Macrocercus, de Vieillot ([/.axpoç, xÉpxoç, longue queue). Le bec est robuste, 
très-élevé, à arête convexe, et à pointe très-recourbée ; les narines sont situées dans la mem- 


PA S S K R E A U \ Z Y G 0 1) AC T Y L E 8. 


brane, et cachées par les plaines du front; la face est nue, quelquefois parsemée de petites 
lignes de plumes ; la queue est plus longue que le corps, étagée, à rectrices aiguës. 

Les Aras tirent leur nom du mot qu’ils articulent plus ou moins distinctement , mais avec 
une voix assourdissante; ce sont des Perroquets de grande taille, appartenant à P Amérique 
méridionale, dont le plumage est peint des plus vives couleurs. 

« Ils s’apprivoisent aisément, dit l’ornithologiste Mauduytj et sont même capables de recon- 
naissance et d’attachement; ils usent de la liberté qu’on leur accorde, regagnent d’eux-mêmes 
les lieux auxquels ils sont accoutumés, reçoivent avec plaisir les caresses qu’on leur fait, et 
en rendent aux personnes qu’ils connaissent ; ils n’apprennent guère à parler, et ne répètent 
jamais que quelques mots, qu’ils articulent mal. Leur cri trop fort, déchirant, qu’ils font 
entendre fort souvent, porte à les éloigner, malgré leur beauté et leur aptitude à la domesti- 
cité; ils 11 e sont bien placés que dans les lieux vastes, à l’entrée des vestibules ou des jardins. » 

L’Ara rauna ( Macrocercus Ara-rnuna , de Vieillot ; Psittacus Ara-rauna, de Grrièlin) 
est nommé, par Buffon, Ara bleu ; son plumage est, en dessus, d’un bleu d’aigue-marine, 
ainsi que les tectrices inférieures ; la gorge est ornée d’un collier noir ; les parties inférieures 
sont jaunes, ainsi que le dessous de la queue ; le bec et les tarses sont noirs ; l’iris est jaune ; 
la face porte plusieurs lignes sinueuses, comme poilues, de plumes courtes et régulières ; la 
queue est très-étagée. 

Cette Espèce qui habite le Brésil et le Paraguay, fréquente de préférence les lisières des bois; 
elle se nourrit principalement des fruits du Palmier latanier ; l’Ara rauna jette son cri quand il 
est effrayé, et le fait entendre aussi en volant ; il se perche sur 1a cime des plus hauts arbres, 
va toujours à une lieue de là pour y chercher sa nourriture , et revient le soir au lieu ordinaire 
de sa retraite; il descend rarement à terre, parce qu'il ne pourrait s’enlever, en raison de la lon- 
gueur de ses ailes et de sa queue, et de la brièveté de ses pattes. 11 établit son nid dans les 
trous des vieux arbres , et s’arrache des plumes pour en garnir le berceau de ses petits ; la 
ponte est de deux œufs, et a lieu deux fois dans l’année; le mâle et la femelle couvent alterna- 
tivement, et se gardent une fidélité inaltérable. Azara raconte qu’un habitant du Paraguay, qui 
chassait aux environs de l’Assomption, ayant tué un Ara rauna, et l’ayant attaché sur la croupe 
de son cheval, un autre Oiseau de la même Espèce le suivit jusqu’à sa maison, située au 
centre de la ville; arrivé dans la cour, il se jeta sur l’Oiseau mort; le lendemain et les jours 
suivants, il se tint sur le mur; enfin, les domestiques le trouvèrent à terre, à côté de son 
compagnon ; il se laissa prendre, et resta dans la maison. 

L’Ara Macao ( Macrocercus Macao , de Vieillot; Psittacus Macao, de Linné) est le plus 
grand des Aras. Le sommet de la tête est d’un rouge vif, ainsi que le haut du dos, le cou, la 
poitrine, le ventre et les cuisses; les rémiges sont vertes en dessus, azurées et noires en des- 
sous; les tectrices sont nuancées de bleu; la peau nue des joues est blanche, ornée de petites 
[dûmes rouges disposées en lignes autour des yeux. Cette Espèce habite les Antilles et le con- 
tinent de l’Amérique méridionale : elle est peu farouche et s’accoutume à la captivité ; mais 
alors, dit-on, elle devient très-sujette à l’épilepsie. 

L’Ara Macao se nourrit, dans sa patrie, des fruits de Palmier; en cage, il s’accommode très- 
bien de pain blanc trempé dans du lait, le biscuit lui convient aussi; mais la viande et les 
sucreries lui sont nuisibles; à la longue, et après en avoir longtemps mangé impunément, il 
devient malingre, ses plumes se hérissent, il les pique, les déchire, et se fait même des plaies 
dans les différentes parties du corps. Cet Oiseau boit peu , ce qui vient peut-être de ce qu’il 11 e 
mange presque rien de sec. 

L’Ara canga [Macrocercus Ara-canga, de Vieillot; Psittacus Ara-canga, de Gmelin) est, 
comme le précédent, une Espèce de l’Amérique méridionale. Sa taille est de près de trente 
pouces; tout le corps, excepté les ailes, est d’un rouge de feu, tirant à l’orangé sur les cotés 
du cou; les quati’e plus longues rectrices sont du même rouge; les rémiges sont d’un bleu 
d’azur en dessus, et, en dessous, d’un rouge de cuivre, sur fond noir; les moyennes rémiges 


95 


FAMILLE DES PSI TT AC M) ÉS. 

sont verdâtres et jaune d’or ; les tectrices de la queue sont bleues ; le front porte un toupet de 
plumes veloutées , d’un rouge mordoré ; le bec est jaune en dessus et noir en dessous. 



Am canga ( Macrocercvs Ara-canga) ■ 


Les Aras canga habitent, dans la Guyane et le Brésil, les forêts de Lataniers, dont le fruit 
fait leur principale nourriture ; ils vont ordinairement par paires , et rarement en troupes. Cet 
Oiseau s’apprivoise aisément quand il est pris au nid ; mais il est sujet, surtout dans les pays 
chauds, à des attaques d’épilepsie, qu’on nomme crampes, et qui arrivent toujours, disent les 
colons, quand l’Ara se perche sur du fer; aussi lui donne-t-on toujours un perchoir de bois ; 
on remédie à cette maladie en entamant l’extrémité d'un des doigts de l’Animal pour en faire 
couler une ou deux gouttes de sang. 

L’Ara militaire ( Macrocercus militaris , de Vieillot; Psittacus militaris , de Gmelin; 
nommé par Buffon Ara vert) est une Espèce bien plus rare que Y Ara rouge et Y Ara bleu ; il 
est aussi bien plus petit, et n’a guère que seize pouces de longueur. Son plumage est d’un 
vert qui paraît, selon la direction des rayons visuels, éclatant ou doré, ou olive foncé; les 
rémiges et les pennes secondaires sont d’un bleu d’aigue-marine, sur fond brun, doublé d’un 
rouge de cuivre; le dessous de la queue est de ce même rouge, et le dessus est d’un bleu fondu 
dans du vert; le bec est brun jaune, ainsi que les tarses. 

Cet Oiseau se familiarise sans peine avec les personnes qu’il voit fréquemment ; mais il 
repousse les caresses des étrangers, et surtout celles des enfants; il apprend plus facilement à 
parler et prononce plus distinctement que l’Ara bleu et l’Ara rouge; mais sa voix est moins 
forte que la leur, et il articule moins nettement le mot ara. 

Genre PERRUCHE , Conurus , de Kuhl (xôivoç, ôupà, queue en cône). Le bec est moins 

gros que celui des Aras, et la mandibule supérieure moins 
crochue à son extrémité. La face est emplumée; la queue 
est étagée, plus longue ou aussi longue que le corps, à rec- 
trices pointues ; les narines sont basales et arrondies ; les 
ailes aiguës. 

La Perruche pavouane ( Conurus Guyanensis, de 
Kuhl; Psittacus Guyanensis , de Linné) est une Espèce de 
la Guyane et des Antilles, à queue en coin, épaisse à la 
base, et à tour de l’oeil nu. Son plumage est vert ; le dessus 
de la tête et le front sont bleus; le rebord des ailes rouge de 



PASSE R E A lj X XX (.01) A G T Y G ES. 


96 

l'eu; la queue jaune en dessous; le bec est blanchâtre, avec la pointe cendrée; les pattes sont 
grises ; les ongles noirâtres. La taille est d’un pied. 

Cette Espèce est facile à transporter, et se trouve communément chez les marchands d’Oi- 
seaux : « C’est, dit Buffon, de toutes les Perruches du nouveau continent, celle qui apprend 
le plus facilement à parler; néanmoins, elle n’est docile qu’à cet égard, car, quoique privée 
depuis longtemps, elle conserve toujours un naturel sauvage et farouche; elle a même l’air 
mutin et de mauvaise humeur; mais comme elle a l’œil très-vif, et qu’elle est leste et bien 
faite, elle plaît par sa figure. » 

La Perruche a gorge variée ( Commis versicolor , de Lesson; Psittacus versicolor , 
de Gmelin) est une Espèce de la Guyane et des Antilles, dont le bec, la tête et la poitrine 
sont rouges, avec une tache derrière l’œil, jaune, ainsi que la gorge, et une bande bleue sur 
la joue; le reste du plumage est vert. 

La Perruche jaune (Conurus solstitiatis , de Lesson; Psittacus sotstitiatis , de Gmelin; 
Aratinga chrysoceplialus , de Spix) a le plumage d’un jaune d’or, teint d’orangé sur la tête, la 
face, la poitrine et le ventre; les ailes sont jaunes, puis vertes et bleues; le bec est noir et 
corné; l’iris est jaune. La taille est de onze pouces et demi. Cette Espèce vient d’Angola, et 
apprend facilement à parler. 

La Perruche de la Caroline ( Conurus Carolinensis , de Lesson; Psittacus Caroli- 
nensis , de Linné) est une Espèce américaine, à peu près de la grosseur d’une Tourterelle. 
Son plumage est vert; les épaules sont mordorées; la nuque, la gorge et les côtés du cou, 
jaune serin ; le front et les joues orangés; le bec est blanc d’ivoire ; le tour des yeux gris blanc, 
ainsi que les pattes et les ongles. 

Cette jolie Perruche habite la Guyane, mais elle niche aussi dans la Caroline, et même 
pénètre jusqu’en Virginie, où elle arrive en grandes troupes, à l’époque de la maturité des 
fruits à noyaux , et où elle cause beaucoup de ravages ; c’est l’Espèce la plus commune et la 
moins chère sur les marchés d’Europe. On la nourrit, dit Buffon, avec du chènevis; mais il 
vaut mieux y ajouter du pain blanc imbibé d’eau ou de lait cuit, et non aigri, du blé, du 
maïs, etc. Elle crie beaucoup, est un peu méchante, et ne parle pas ; mais elle dédommage 
amplement par sa beauté, l’élégance de ses formes, ses mouvements pleins de grâce, et par 
un attachement vif et presque exclusif pour sa maîtresse ; elle aime à se suspendre accrochée 
par le bec, même pour dormir, et se laisse transporter de cette manière à la promenade, ou 
partout ailleurs, sans bouger, pendant un temps assez considérable. 

La Perruche souris (Conurus mur inus , de Lesson; Psittacus murihus, de Gmelin) est 
une Espèce du Brésil ; son plumage est vert ; la tête et le devant du cou sont gris ; les rémiges 
vertes et bleues; la queue verte, terminée de jaune; le bec corné; l’iris gris brun; les tarses 
noirs. Cette Perruche, distinguée par son gris argentin, est de la taille de la précédente; le 
renflement des plumes de sa tête et de ses joues, et l’inclinaison remarquable de son bec, 
qu’elle tient toujours rentré dans le cou, lui donnent un peu la physionomie d’une petite 
Chouette. Elle est d’un caractère doux ; mais elle parle fort peu, et semble être d’un tempéra- 
ment mélancolique. Sa voix d’appel est Kéïrche , haute et sonore. 

La Perruche a front jaune (Conurus pertinax , de Kuhl ; Psittacus pertinaa. ■, de 
Linné) est longue de neuf pouces et demi ; le dessus du corps est vert ; le dessous gris jau- 
nâtre; le front, les joues, la gorge sont d’un orangé brillant; le sommet de la tête est vert; 
la nuque, vert jaunâtre ; la queue est verte ; le bec, gris clair ; le tour des yeux grisâtre, ainsi 
que les tarses ; l’iris orange. 

Cette Espèce est une des plus répandues dans le commerce. Elle habite l’Amérique équato- 
riale, et se tient dans les savanes ou autres lieux découverts. Elle va à la picorée par bandes 
de cinq à six cents individus, et des sentinelles sont placées de distance en distance pour avertir 
de l’approche de l’ennemi; à la moindre alarme, toute la troupe prend la fuite en poussant 
des cris aigus. On ne peut conserver ces Oiseaux captifs que par paire; on les nourrit avec 



. ^T/rJr. . S£,/zifit/z-i/ Æczzez/f -, J^^z-z'/sf 



97 


FAMILLE DES PSITT ACIDES. 

des noix et du pain imbibé de lait cuit; ils vivent très -étroitement unis, et se témoignent leur 
attachement par des caresses continuelles. Si l’un des deux meurt, son compagnon ne lui sur- 
vit pas longtemps. Du reste, cette Perruche n’apprend presque rien, et ses cris fréquents 
finissent par importuner. 

La Perruche a queue sagittée (Conurus Alexandri, dpLesson; Psittacus Alexanclri, 
de Linné) habite les Indes orientales. Elle a les parties supérieures vertes , la gorge noire , le 
collier d’un rouge vif ; les épaulettes d’un rouge foncé qui se prolonge sur le poignet ; les par- 
ties inférieures d’un vert clair; le dessous des ailes et de la queue jaunâtre; le bec rouge, les 
pieds gris ; les deux rectrices du milieu dépassent de beaucoup les autres. Sa taille est de 
vingt pouces. Le jeune et la femelle n’ont point de collier. On connaît une variété tapirée de 
jaune sur les ailes et sur le corps. 

Cette Espèce est la première connue en Europe, où elle fut apportée par Alexandre de Macé- 
doine , dont elle porte le nom. 

La Perruche a bec rouge ( Conurus rufirostris , de Lesson ; Psittacus rufirostris , do 
Gmelin) , nommée, à Saint-Domingue, le Sincialo , a le plumage vert, plus pâle en dessous, 
les rémiges vertes et bleues. La taille est de douze pouces et demi. La queue est longue de 
plus de sept pouces ; les rectrices médianes dépassent de cinq pouces les antérieures ; la man- 
dibule supérieure du bec est d’un rouge sanguin, avec la pointe noire; l’inférieure est toute 
noire; le tour des yeux, la membrane du bec et les pattes sont couleur de chair; l’iris est 
orangé. 

Cette Espèce habite les contrées les plus chaudes de l’Amérique méridionale ; son cri est 
bruyant et fréquent ; elle apprend facilement à parler, à siffler, à imiter la voix des animaux ; 
son caquet incessant finit par importuner. 

La Perruche cardinale ( Conurus erythrocephalus , de Lesson; Psittacus erythroce- 
phalus , de Gmelin) est une Espèce du Bengale, où on la nomme vulgairement Maran-Koti ; 
le plumage est vert, teint de roux en dessus et de jaune en dessous; la tête et le cou sont 
d’un rouge pourpre , bordé de noir en bas et sur la gorge ; le demi-collier est d’un vert gai ; 
les deux rectrices médianes sont allongées , bleues , terminées de blanc ; le bec est rose et 
noir ; l’iris orangé ; les pattes grises. 

Cette Espèce ne se recommande guère que par la beauté de son plumage ; elle est farouche 
et peu éducable. 

La Perruche Gu aruba ( Conurus Guaruba, de Kuhl ; Psittacus luteus , de Latham) est 
une Espèce du Brésil , à queue étagée à peu près également. Sa taille est de treize pouces ; le 
plumage est jaune ; les rectrices intermédiaires verdâtres, terminées de bleu ; les rectrices laté- 
rales terminées par la même couleur ; le bec et les pieds sont bruns. 

Cette jolie Perruche est très-méfiante et fort difficile à approcher ; elle passe une partie du 
jour dans les champs de mais ; le soir elle regagne les coteaux boisés, qui lui fournissent, 
comme la plaine , une abondante nourriture. C’est surtout des amandes du Sapucaya ( Leciy- 
this oit aria) que le Guaruba est friand : le fruit de cette plante est, avant la maturité de ses 
graines, recouvert d’un opercule qui ne se détache qu’avec difficulté. Les Singes parviennent 
à enlever ce couvercle, à force de patience et d’adresse, et le Guaruba, profitant de leur tra- 
vail , s’empare des débris de leur festin. 

La Perruche de la Nouvelle- Hollande (Psittacus Novœ-Hollandiœ , de Latham; 
Galopsitta Guy, de Lesson) a pour caractère distinctif une huppe de plumes roides sur la tête; 
ce qui la fait regarder par quelques auteurs comme le type d’un Genre particulier. Elle a le 
front, la huppe et les côtés de la tête jaune d’or, avec une tache d’un beau rouge près de 
l’oreille, le devant de la gorge et la poitrine verdâtre; tout le reste du plumage est d’un bleu 
clair. 

Genre ANO DO R HYNQU E , Anodovhynchus , de Spix (àvooou;, ^uyyoç, bec non denté). 
Ce Genre a, comme le précédent, la queue étagée, longue; les joues emplumées, .et les pennes 

13 


1' VSSERE YUX Z YGOD ACT YLËS. 


98 


caudales ordinaires ; il en diffère par son bée très-renflé, dont 
la mandibule inférieure est seule garnie d’une peau nue sur 
son pourtour. 

L’Espèce type du Genre est I’Anodouh ynqij e hyacinthe 
( Anodorhynclius hyacintliinus , de Spix ; Macrocercus hyacin- 
thimis, de Vieillot) , vulgairement nommé Ara Hyacinthe ; le 
plumage est d’un beau bleu; le bec brun pâle, démesurément 
grand, la queue est très-longue, étroite, d’un noir soyeux en 
dessous; les tarses sont noirs, robustes, et les ongles puis- 
sants. L’Ara Hyacinthe habite l’Amérique méridionale. 

Genre EN1 COGNA TIIE, Enicognathus , de Gray (Ivtxo;, singulier, yvaOoç, mâchoire). 
Ce Genre diffère des deux précédents en ce que le bec a sa mandibule supérieure mince, com- 
primée, non recourbée, et plus longue du double que la man- 
dibule inférieure, dont les bords offrent plusieurs échancrures ; 
les narines sont basales et cachées dans les plumes du front ; 
les ailes sont sub-aiguës. 

L’Espèce type de ce Genre est I’Énicognathe a bec 
mince ( Enicognathus leptoMjjrichus , de King) ; son plumage 
est vert bronzé en dessus, gris verdâtre en dessous, rouge 
vif sous la queue; les rectrices sont rougeâtres, terminées 
de vert; un bandeau rouge écarlate, passant sur la base du 
bec, s’étend d’un œil à l’autre; le bec est blanchâtre; les 
pieds sont gris. La taille est de seize pouces. 

Cette Espèce habite le Chili, et descend vers le Sud jusqu’au 52 e parallèle, oii l’a rencontrée 
le commodore Bvron , dans la dernière moitié du siècle dernier. 

Genre PL AT YGEBQUE , Platycercus , de Gray (TtXaTÙç, large, xepxoç, queue) . Ce Genre 
a pour caractères, les tarses courts, la queue étagée, longue, les joues emplumées, et les 
pennes caudales larges, s’ouvrant en éventail; le bec est médiocre, 
à bords sinueux, à arête arrondie, à pointe peu aiguë; les narines 
sont plus ou moins apparentes ; les ailes subaiguës. Les Espèces do 
ce Genre appartiennent presque toutes à l’Australie. 

Le Platycerqije de Pennant (Pr atycer eus Pennantii , de Les- 
son; Psittacus Pennantii, de Shaw) a le dessus du corps rouge; les 
plumes du manteau et les tectrices des ailes noires, cerclées de rouge; 
la gorge, les épaules et les tectrices de la queue azur; les rectrices 
terminées de blanc; le dessous du corps est rouge brun; le bec 
plombé, blanchissant vers la pointe; l’iris orange ; les tarses d’un brun 
clair. La femelle, que les marchands d’Oiseaux vendent pour une 
Espèce différente, sous le nom de Perruche des Palmiers, a pour 
couleur dominante le jaune vert. 

Cette magnifique Espèce habite la Nouvelle-Galles du Sud, où on la connaît sous le nom de 
Houri ; elle est craintive, sauvage, peu éducable, se paye fort cher et demande beaucoup de 
soin ; les marchands la désignent sous le nom de Purpure. 

Le Platycerque om ni colore (Platycercus eximms , do Lesson ; Psittacus eximms , de 
Shaw) est une curieuse Espèce qu’on trouve aux environs de Port-Jackson ; la tête, les joues 
et le devant du cou sont d’un rouge vermillon ; la gorge est blanche ; le dos jaune et noir, par 
flammèches; le croupion vert pommé, le ventre et les flancs jaunes; les tectrices inférieures 
rouges; les épaules azur; la queue verte et bleue; le bec plombé; les tarses noirâtres. 

Le Platycerque d’Amboine (Platycercus Amboinensis , de Vigors; Psittacus Amboi- 
nensis , de Linné), nommé par Buffon Lori-Pcrruchc tricolore , a la tête, la nuque et toute la 





AiVOUORIlYlNQUF. 



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Qÿ'-rryt. * , J&t u,ru?<2 k/ 




FAMILLE DES PS1TTAG1DÉS. 


99 


partie inférieure du corps d’un rouge vermillon; un collier bleu céleste, étroit, entoure le cou; 
les plumes du dessus du corps sont d’un beau vert, finement bordées de bleuâtre et d’obscur ; 
le croupion est bleu foncé ; la queue noire, rayée en dessus légèrement de bleu et de vert; les 
pennes sont bleuâtres , bordées extérieurement de vert. La taille est de seize pouces ; la man- 
dibule supérieure est orange à la base et noire à la pointe; l’iris est doré; les pattes sont 
grises et les écailles d’un brun obscur. 

Cet Oiseau est timide et sauvage; on le transporte en Europe plutôt à cause de sa beauté 
que de son langage ; il a un sifflement aigu, crie gaïck , mais ne parle pas. 

Le Platycerque a scapulaires ( Platycercus scapularis , de Swainson) nommé par 
Lcvaillant Perruche laticaude à croupion bleu , habite la Nouvelle-Hollande. La tète, le cou, 
et les parties inférieures sont rouges vermillon ; les ailes et le dos vert d’émeraude ; les scapu- 
laires, aigue-marine ; le demi-collier et le croupion, azur ; les tectrices inférieures sont rouges, 
cerclées do vert ; la queue est brune en dessous ; les tarses sont bruns ; le bec est rouge en 
dessus , noir en dessous. Chez la femelle, le bec est noir ; la tête et le cou , verts ; le thorax et 
l’abdomen, rouges. 

Sur la limite qui sépare les Psittaciens à queue étagée longue , de ceux qui ont la queue 
courte, se placent deux Espèces, dont Wagler a composé son Genre Prioniturus ; la queue 
est carrée; les deux roctrices médianes seules sont plus longues du double que les autres ; la 
portion de leur tige qui dépasse les autres pennes est dépourvue de barbes, et ne porte que de 
courtes barbules offrant l’aspect d’une scie; mais leur extrémité se termine en large palette 
obovale. Tel est le Platycekque a raquettes ( Psittacus setarius , de Temminck) , qui 
habite les îles Philippines ; son plumage est généralement vert ; l’occiput cramoisi et azuré ; 
le manteau orangé ; les épaules sont bleues ; les ailes glacées de jaune. 

Genre TRICHOGLOSSE, Trichoglossus , de Vigors et Horsfield (6p\Ç , poil, yXwc-ca, 
langue). Ce Genre ne diffère de ceux à queue étagée, longue et à joues emplumées, que par 
la langue ciliée ; le bec est comprimé, la mandibule supérieure dépasse de beaucoup l’infé- 
rieure; les bords sont ondulés, mais lisses ; les narines sont ovalaires, percées dans une mem- 
brane étroite et très-voisine des plumes du front. Les Espèces qui constituent ce Genre appar- 
tiennent toutes à l’Australie. 

Le Tiuchoglosse hématode ( Trichoglossus hœrnatodus , de Vigors ; Psittacus luerna- 
todus, de Gmelin) habite la Nouvelle-Galles du Sud, et est très-commun dans les montagnes 
bleues; la tète est revêtue de plumes étroites, roides, d’un bleu d’azur glacé, sur l’occiput et 
les joues ; le devant du cou et le demi-collier de la nuque sont vert pomme ; le thorax est jaune, 
teint de carmin pur ; le ventre est bleu d’azur ; les plumes des cuisses sont vertes et rouges ; 
le dos, les côtés du cou et des ailes, d’un vert émeraude ; la queue verte et jaune ; le bec jaune 
et les tarses noirs. 

Genre PSiTTACULE, Psittacula, de Brisson (diminutif de Psittacus). Ce Genre diffère 
des précédents par la brièveté de la queue et la petitesse du corps; le bec est large; la mandi- 
bule supérieure déprimée, à bords festonnés; les narines sont 
basales, arrondies, presque percées dans les plumes du front; les 
tarses sont courts ; les ailes sont aiguës ; la deuxième rémige est 
la plus longue. 

Le Psittacule poussin ( Psittacula put /aria , de Lesson; 
Psittacus pull arius , de Gmelin), nommé par Buffon Perruche à 
tête rouge , est une Espèce africaine dont le plumage est vert gai; 
le front et la gorge sont rouges; les épaules azurées; la queue est 
rouge en dessous, bordée de noir; le bec est rouge, pâle à la pointe; 
le tour des yeux est cendré; l’iris bleuâtre et les pattes grises. 

Le Psittacule poussin se trouve sur les côtes orientale et occidentale de l’Afrique et à Java; 
il est connu dans le commerce sous le nom do Moineau de Guinée ; on en expédie beaucoup en 



Psittacule toui-étk. 


J(iü 


PASSEREAUX Z Y G 0 1) A C T Y L E S. 


Europe; autrefois, la plupart périssaient dans le voyage : maintenant on prend les précautions 
convenables, et tous les marchands en sont fournis. Ils ne parlent point, et leur cri est désa- 
gréable; mais ils plaisent à cause de leur beauté, de leur douceur et de leur nature amou- 
reuse : ils ne peuvent vivre en cage que par couple, et ce couple offre le spectacle de l’amour 
le plus tendre. Ee mâle se tient sans cesse près de sa femelle, lui donne à manger, la caresse, 
et celle-ci témoigne à son tour la plus vive inquiétude si elle est un instant séparée de son 
compagnon. Les deux consorts sont si attachés l’un à l’autre, que si l’un meurt, l’autre lui 
survit très-rarement. Pour consoler celui-ci, on a imaginé de suspendre à sa cage un miroir 
dans lequel, en se voyant, il croit voir l’époux qu’il a perdu. Ces Oiseaux, en captivité, sont 
nourris avec de l’Alpiste, du Millet et du pain blanc imbibé de lait. 

Le P s i t t a c u l e tou i -été { Psitt acuta passerina , de Lesson ; Psittacus passerinus , de 
Gmelin) est du Brésil ; sa grosseur ne surpasse guère celle d’un Moineau; son plumage est 
d’un beau vert clair; le croupion est bleu, ainsi que les grandes tectrices de l’aile; le bec est 
corné. La femelle est d’un vert olivâtre, à ailes uniformément vertes. 

Cette Espèce a les mœurs aimables de la précédente, mais elle est plus rare et plus chère ; 
on la nourrit de la même manière. 11 ne faut pas la confondre avec le Psittacule toui { Psittacus 
lui, de Gmelin), qui a le front jaune, avec un trait de même couleur derrière l’œil. 

Le Psittacule de Taïti {P sittacula taïtiana ; Psittacus taïticinus , de Gmelin) a toutes 
les parties supérieures , les ailes, la queue, les lianes el l’abdomen d’un bleu foncé; les joues, 
la gorge, le devant du cou et la poitrine sont blancs. 

Cette Espèce est très-commune dans la Polynésie, et vénérée par les habitants d’Otahiti, 
qui lui donnent le nom de Vini. Elle se tient constamment sur les Cocotiers, et vit du fruit de 
ces arbres. 

Genre M1CROPS1TTE, Micropsitta (uixpoç, Arn-ax-/) , petit 
Perroquet). Ce Genre, qui se compose d’une Espèce unique, ne dif- 
fère du précédent que par les ailes suraiguës , et les rectrices termi- 
nées en pointe mucronée ; le bec est court, très-haut, très-comprimé, 
à pointe très -recourbée à bords saillants, séparés de la pointe par 
une profonde échancrure triangulaire. 

Le Micropsitte pygmée {Micropsitta, pygmœa , de Lesson) est 
le plus petit des Psittac.idés ; sa taille n’atteint pas quatre pouces; 
son plumage est vert en dessus, vert jaunâtre en dessous, avec une 
teinte de rouille sur les joues et sur le front; la queue est brune, 
ocellée de jaune pur. 

Genre LO RI {Lorius , de Brisson). Les Loris se distinguent des 

Genres précédents par la forme arrondie de leur queue; le bec est 
convexe , à arête arrondie , peu sensible , légèrement renflé sur les 
côtés, et lisse sur ses bords; la mandibule inférieure est taillée en 
biseau à son extrémité; la supérieure, terminée en pointe aiguë; les 
narines sont basales, arrondies, et découvertes; les ailes sont aiguës, 
à peu près aussi longues que la queue; la langue est terminée par 
des papilles très-développées , disposées en couronne à son extrémité. 

Les Loris doivent leur nom au mot que la plupart des Espèces 
articulent en criant ; tous appartiennent à la Polynésie asiatique. 
Leur plumage est, presque entièrement, d’un rouge éclatant; ils ont 
le bec jaune et les tarses noirs. 

Le Lori babillard {Lorius garrulus , de Lesson; Psittacus gar- 
rulus , de Linné) habite aussi les Moluques, où il est connu sous le 
nom de Nuira; sa taille est celle d’un Pigeon; le plumage est rouge de feu; les ailes sont 
vertes; les épaules el le milieu du dos, d’un jaune d’or; la queue, noire et rouge; le bec, 









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FAMILLE DES PSITT AGI DÉ S. 101 

taché de noir vers les narines ; l’iris , jaune foncé ; les pattes brunes. Get Oiseau se familiarise 
promptement, et son caractère le fait rechercher par les Indiens. 

Le Loin a coll if. a (Lorius domicella, de Lesson; Psittacus domicella, de Gmelin) est 
de la même taille que le précédent. Son plumage est rouge; le manteau rouge brun; les ailes 
vertes, les épaules bleues, tachetées de jaune; la queue est rouge en dessous; la tête est noir 
mat; la nuque pourpre violet; le bec est orangé; la membrane noirâtre, ainsi que le tour des 
yeux; l’iris rouge brun. 

Cet Oiseau est le plus doux, le plus caressant, le plus éducable et le plus parlant des 
Perroquets; il crie lori , babille continuellement; mais d’une voix sourde, ressemblant à celle 
des ventriloques ; il retient tous les airs qu’on lui siffle , et sa mémoire est si prompte qu’il 
répète ce qu’il a entendu une seule fois. Il veut qu’on le caresse et qu’on s’occupe de lui. 

Le Lori tricolore ( Loiius tricolor, de Lesson; Psittacus tory, de Gmelin) doit son 
nom spécifique aux trois couleurs qui dominent dans son plumage. La poitrine, les flancs et 
la partie inférieure du dos sont d’un rouge carmin; le milieu du ventre, les cuisses et le 
manteau sont bleu d’azur ; les ailes et le milieu de la queue sont de couleur verte. Cette Espèce 
habite la Nouvelle-Guinée; elle est aussi éducable que les précédentes, et siffle d’une voix forte 
et mélodieuse. 

Genre VAZA (Vaza, de Lesson). Le bec est gros, bombé, 
élevé, très-convexe, jusqu’à la pointe; l’arête dorsale est aiguë à sa 
naissance seulement, et très— dilatée sur les côtés; les bords man- 
dibulaires sont entiers; les narines sont basales, latérales, arron- 
dies, percées à découvert sur le haut du bec; les ailes sont aiguës; 
la (jueue est plus ou moins régulièrement carrée et allongée. 

Le Vaza noir ( Vasa obscura; Psittacus obscurus, de Bechstein; 

Psittacus Vaza, de Shaw) a le bec corné et le plumage tout noir; 
il habite Madagascar. 

Genre MASCAR1N (Mascarinus , de Lesson). Le bec est gros, 

très-bombé , très-convexe , élevé , 
sans arête, très-dilaté sur les côtés, 
et terminé en pointe aiguë et re- 
courbée ; les narines sont cachées par les plumes, sur le bord 
du front; les ailes sont aiguës; la queue est plus ou moins 
régulièrement carrée et allongée. 

Le M asc a r in malgache ( Mascarinus Madagascariensis, 
de Lesson; Psittacus madagascariensis , de Gmelin) est une 
Espèce qui habite Madagascar. La tête et le cou sont d’un 
gris cendré ; le ventre et le dessous du corps d’un gris ferru- 
gineux ; les ailes et la queue sont gris brun ; le bec et les tarses sont rouges. 

Genre PERROQUET, Psittacus, de Linné (^iT-raxY] , Perroquet). Le bec est épais , 
bombé, régulier, à arête arquée et arrondie, à bords festonnés; la mandibule inférieure 
est échancrée sur ses bords , carénée dans son milieu , à pointe aiguë ; les narines sont 
ouvertes, arrondies, larges, saillantes, percées dans la membrane qui s’avance sur le bec en 
l’entamant; la queue est courte, régulière, ou presque carrée. 

Les Perroquets ont été divisés en plusieurs Sections, fondées sur la couleur dominante dn 
plumage : ainsi, chez les Tavouas ou Criks , la masse du plumage est verte, et offre du jaune 
et du rouge; tel est le Perroquet Amazone. Chez les Jacos . le plumage est gris de perle; chez 
les Caïcas , le plumage est varié, le bec plus faible et peu échancré sur les bords de la man- 
dibule inférieure, etc. 

Le Perroquet ce n d r é ( Psittacus erythacus , de Linné) , nommé vulgairement Jaco , est 
une Espèce d’Afrique très-connue, dont tout le plumage est d’un gris cendré, plus ou moins 



Mascaiun. 



102 


P A S S E R E A U X Z Y G O I) A C T Y L E S. 


clair, à l’exception de la queue, qui est rouge, du ventre, qui est blanchâtre, et de l’extrémité 
des rémiges, qui est noirâtre; les membranes des yeux et les joues paraissent recouvertes 
d’une poussière écailleuse; le bec et les pieds sont noirs. La longueur est de treize pouces. 
Cette Espèce est celle que l’on préfère en Europe, à cause de sa douceur, de son attachement 
pour son maître, et de sa facilité à parler. Baccivore et granivore dans son pays natal, elle 
devient omnivore en captivité; mais le pain trempé de lait cuit et les fruits sont les aliments 
ipû lui conviennent le mieux; la viande, qu’elle aime beaucoup, lui cause la diarrhée, comme 
aux autres Perroquets, et lui fait prendre l’habitude de s’arracher les plumes pour en sucer la 
base. Le régime animal, l’usage du vin et des sucreries lui donnent aussi la goutte, que l’on ne 
peut guérir , mais dont on peut rendre les accès moins fréquents par des mesures de propreté, 
et une diète exclusivement végétale. 

Le Perroquet cendré niche , dans sa patrie , sur les arbres élevés ; quelquefois il se repro- 
duit en Europe. Buffon rapporte qu’un couple de cette Espèce, élevé avec soin dans une ville 
du midi de la France, à Mar manne, donna, pendant cinq ou six années, des petits, que le père 
et la mère élevèrent avec succès : «Chaque ponte était de quatre œufs, dont il y avait toujours 
trois de bons et un de clair. La manière de les faire couver à leur aise fut de les mettre dans 
une chambre où il n’y avait autre chose qu’un baril défoncé par un bout, et rempli, en partie, 
de sciure de bois; des bâtons étaient ajustés en dedans et en dehors du baril , afin que le mâle 
pût y monter également de toute façon , et coucher auprès de sa compagne. Une attention 
nécessaire était de n’entrer dans cette chambre qu’avec des bottines, pour garantir les jambes 
des coups de bec du Perroquet jaloux, qui déchirait tout ce qu’il voyait approcher de sa 
femelle. » 

C’est principalement à cette Espèce qu’il faut rapporter les merveilleux exemples qu’on cite 
de l’éducabilité des Perroquets et de leurs facultés mimiques; le Jnco parle et siffle parfaite- 
ment, apprend à faire des gestes et des tours d’adresse, et se distingue surtout par son atta- 
chement et ses manières caressantes pour son bienfaiteur. Cette communauté de langage entre 
l’Homme et l’Oiseau rend la société de ce dernier récréative pour les personnes que les 
exigences de leur profession condamnent à la vie sédentaire. On sait fort bien que le Perroquet 
n’est que l’écho fidèle des sons articulés qu’il a entendus, et qu’il n’en connaît nullement la 
signification; mais, un mot jeté au hasard, et formant un à-propos piquant, ou même une 
disparate bizarre , suffit pour provoquer la gaieté de l’auditeur et le distraire de l’ennui de ses 
travaux. Willughby parle d’un Perroquet qui, lorsque quelqu’un lui disait : «ris, Poil, ris,» 
éclatait de rire sur-le-champ, et, un moment après, s’écriait : «Quelle impertinence! m’or- 
donner de rire ! » Un autre, qui habitait un magasin de cristaux, ne manquait jamais , quand 
un commis brisait ou heurtait violemment quelque vase, de s’écrier, d’un ton de mauvaise 
humeur : «Le maladroit! il n’en fait jamais d’autres! » Goldsmith raconte qu’un Perroquet, 
appartenant au roi d’Angleterre Henri VU, et qui séjournait dans une chambre dont les fenêtres 
donnaient sur la Tamise, avait appris plusieurs phrases, qu’il entendait répéter tous les jours 
aux bateliers et aux passagers. Un jour, en jouant sur sa perche, il se laissa choir dans l’eau; 
aussitôt il cria d’une voix forte: «Un bateau! à moi un bateau! vingt livres, pour me sauver! » 
Un batelier, qui passait par là, se précipita dans l’eau, croyant sauver un être humain; il ne 
retira que le Perroquet, et il le porta au palais, en réclamant les vingt livres promises par 
l’Oiseau : le roi paya. Buffon , cite un Perroquet qui, «instruit en route par un vieux matelot, 
avait pris sa voix rauque et sa toux, mais si parfaitement, qu’on pouvait s’y méprendre. 
Quoiqu’il eût été donné ensuite à une jeune personne, et qu’il n’entendît plus la voix de son 
premier maître, il n’oublia pas ses leçons, et rien n’était si plaisant que de l’entendre passer 
d’une voix douce et gracieuse à son vieux enrouement, et à son ton de marin. Non-seulement 
cet Oiseau a la faculté d’imiter la voix de l’Homme, il semble encore en avoir le désir; il le 
manifeste par son attention à écouter, par l’effort qu’il fait pour répéter, et cet effort se réitère 
à chaque instant, car il gazouille sans cesse quelques-unes des syllabes qu’il vient d’entendre. 


FAMILLE DES PSITTACIDÉS. 


103 


et il cherche à prendre le dessus de toutes les voix qui frappent son oreille, en faisant éclater 
la sienne. Souvent, on est étonné de lui entendre répéter des mots ou des sons que l’on n’avait 
pas pris la peine de lui apprendre , et qu’on ne le soupçonnait pas même d’avoir écoutés. Il 
semble se faire des tâches, et chercher à retenir sa leçon de chaque jour; il en est occupé 
jusque dans le sommeil , et jase encore en rêvant. C’est surtout dans ses premières années 
qu’il montre cette faculté, qu’il a plus de mémoire, et qu’on le trouve plus intelligent et plus 
docile. Cette mémoire est quelquefois étonnante : comme dans ce Perroquet, dont parle Rodi- 
ginus, qu’un cardinal acheta cent écus d’or, parce qu’il récitait correctement le Symbole des 
Apôtres; et M. de la Borde nous a dit en avoir vu un qui servait d’aumônier sur un vaisseau, 
récitant la prière aux matelots , et disant ensuite le rosaire. » 

Le Perroquet amazone ( Psittncus amazonicus , de Latham) habite l’Amérique méri- 
dionale. Son plumage est d’un vert brillant; le front porte un bandeau bleuâtre; le tour de 
l’œil, les joues, la gorge et les jambes sont jaunes; l’épaule est rouge, ainsi que le milieu 
des rémiges intermédiaires , et les barbes internes des rectrices. 

Cette Espèce, qui est très-commune à la Guyane, où elle produit de grands dégâts dans les 
plantations , est une des plus recherchées, à cause de la facilité qu’elle a à parler, et du peu 
de soins qu’exige son éducation : elle offre plusieurs variétés , dues à l’intervention artificielle 
de la couleur jaune dans sa livrée, qui est généralement verte. Les naturels de l’Amérique 
méridionale, qui vendent les Amazones aux Européens, ont imaginé de varier les nuances de 
leur plumage par des moyens qui ne nous sont pas bien connus; ils se servent, dit-on, du 
sang d’une Grenouille, beaucoup plus petite que celles de l’Europe, et dont la peau est bleu 
d’azur, rayé de bandes dorées. Ils prennent un jeune Perroquet au nid, lui arrachent quelques- 
unes des plumes de l’épaule et du dos, et le frottent ensuite du sang de cette Grenouille; les 
plumes qui renaissent, après cette opération, deviennent d’un beau jaune, ou d’un beau 
rouge. Ce sont les individus ainsi variés qu’on nomme Perroquets tapirés , ou tapirefés. 
Beaucoup de ces Animaux périssent par suite de cette extirpation de plumes, et les Perroquets 
tapirés sont fort rares, malgré le prix élevé qu’en obtiennent les sauvages. Azzara, dans son 
ouvrage sur l’Amérique méridionale, rapporte que les habitants des régions chaudes du 
Paraguay vendent quelquefois aux Européens des Perroquets, de la section des Amazones, 
entièrement jaunes, à l’exception du bleu et du rouge primitifs qu’ils ont conservés; ils 
opèrent, disent-ils, la substitution du jaune au vert, en frottant, avec du rocou, la peau 
dépouillée de ses plumes vertes; mais ils ne font pas connaître complètement leur procédé : 
ce qu’il y a de certain, c’est que les Perroquets, dont le plumage est ainsi dénaturé, sont 
tristes , silencieux et d’une santé très-délicate. 

Le Perroquet tavoua ( Psittncus festivus , de Linné) a le plumage vert, le dos et le 
croupion rouges, le sommet de la tête violet, le front rouge ferrugineux , les rémiges bleues, 
le bec plombé. 11 habite la Guyane. 

Le Perroquet meunier (Psittacus pulverulentus , de Gmelin) a le plumage vert, sau- 
poudré d’une teinte glauque; le sommet de la tête est jaune orange; la gorge et le rebord de 
l’aile sont rouges. Cet Oiseau habite l’Amérique méridionale. 

Le Perroquet a tête blanche ( Psittacus Icucocepluihis , de Linné) est désigné, par 
Buffon , sous le nom de Perroquet à ventre pourpre , de la Martinique ; la masse du plumage 
est verte, v le dessus de la tête est blanc; les joues, la gorge, le cou, l’abdomen, sont 
rouges, ainsi que la base des rectrices latérales; le bec est corné, les tarses bruns. Cette 
Espèce habite les Antilles, et on la rencontre abondamment chez les marchands d’Europe; 
elle est d’un caractère fort doux, très-causeur, et imite en perfection le miaulement du Chat, 
l’aboiement du Chien et le cri des autres animaux domestiques. Elle est très -frileuse et 
demande de grands soins de propreté. 

Le Perroquet caïca [Psittacus pileatus , de Gmelin) est une Espèce américaine, dont 
la taille est de six pouces et demi; le plumage est d’un vert brillant; la tête, le haut du cou 


104 


P A S S E R E A L X Z Y G O I) A C T Y L E S. 



et une partie de la gorge sont noirs; le derrière du cou est jaune orangé; les ailes sont bleues 
à leur partie moyenne; la poitrine et le devant du cou sont cendrés, le bec et les pieds noirâ- 
tres. Dans la variété nommée Caïca Barraband , le scapulaire noir est accidenté par deux 
larges moustaches, d’un jaune souci; les épaules sont orangées, les ailes sont rouges en 
dedans; le thorax d’un vert olive sale; les plumes des cuisses orangées. Cet Oiseau habite le 
Brésil et la Guyane. 

Genre NESTOR ( Nestor , deWagler). Ce Genre diffère du Genre Perroquet par la dis- 
proportion de ses mandibules , dont la supérieure est du 
double plus longue que l’inférieure; le bec est très-large, 
très-haut ; les joues sont emplumées ; la base du bec est 
garnie de plumes offrant l’aspect de soies, et s’étendant jus- 
qu’aux oreilles , caractère beaucoup moins développé que 
dans le Strigops, et que M. Pucheran a remarqué comme 
rapprochant les deux Genres. Les narines sont médianes , 
arrondies ; les ailes sont sub-obtuses et la queue égale. 

Le Nestor de la Nouvelle-Zélande (Nestor Novœ- 

ÏSKSTOR. ' 

Zelandiœ , de Lesson ; Psittacus Nestor, de Kuhl) a le plu- 
mage brun ferrugineux, un demi-collier rouge noir sur le cou; les épaules, le ventre et les 
jambes de cette couleur; la queue est terminée de roux; les plumes de l’oreille sont jaunes, 
pectinées; celles qui s’avancent en barbe sur le bec sont rouges. 

Le Nestor, nommé Kakn par les naturels de la Nouvelle-Zélande, apprend facilement à 
parler, et devient très-familier; il saute en marchant, et n’a point les allures des autres 
Psittaciens. 

Genre DÉROTYPE, Derotypus , de Wagler (Sipaç, peau , tutoxç, maillet). Dans ce Genre, 
la queue est un peu moins carrée que dans le Genre Perroquet ; les 
plumes de la tète et du cou sont lâches , et peuvent se dresser en 
huppe; la mandibule supérieure est peu comprimée et de dimension 
ordinaire. 

Le Dérotype accipitrin (Derotypus accipitrinus , deWagler; 
Psittacus accipitrinus , de Gmelin) , nommé, par Buffon, Perroquet 
maillé , est une Espèce qui habite la Guyane; la tête et le cou sont 
variés de mèches jaunes et brunes ; la huppe occipitale et la colle- 
rette sont rouges, frangées de bleu d’azur; le manteau et les ailes 

sont verts; la poitrine est d’un brun pourpre; le milieu du ventre 
rouge; chaque plume est cerclée de pourpre et d’azur. 

Genre DASYPTILE, Dasyptilus, de Wagler (Sorouç, velu; imÀov, plume). Dans ce Genre, 
la mandibule supérieure est très-prolongée, comprimée, terminée en pointe recourbée, et forme 
un angle rentrant avec le bord de la cire ; la tête et le haut du cou sont en partie dénudés, recou- 
verts d’une peau revêtue de poils simples et roides, autour des yeux et sur les joues; les 

plumes de la nuque et du cou sont étroites, roides, couchées, et peuvent se dresser en huppe; 

le plumage est serré, à barbes finement barbelées; les narines sont ovalaires, latérales, nues; 
les ailes sont obtuses, la queue moyenne, large et arrondie. 

Le Dasyptile de Pecquet ( Dasyptilus Pequetü, de Wagler; Psiltric/ias Pecquetii, de 
Lesson) , Espèce unique de ce Genre, habite la Nouvelle-Galles du Sud ; la partie nue de la 
tête est violette; le dessus du corps, les ailes et la poitrine sont noirs; les tectrices des ailes, 
le ventre et le croupion, sont rouges, avec un trait au-dessous de l’œil, de la même couleur. 
La taille est de vingt pouces. 

Genre K AK AT O E , Cacatua, de Brisson. La tête est surmontée d’une, huppe érigible; le 
bec est fort, épais, peu comprimé, un peu plus haut que large; la mandibule supérieure a 
son arête élargie, ses bords sinueux, sa pointe crochue; la mandibule inférieure est épaisse , 





t 



FAMILLE DES PSITTAC1DÉS. 105 

carénée, un peu échancrée au bout; les narines sont larges, arrondies, entièrement cachées 
par les plumes du front ; les ailes sont aiguës ; 
la queue est courte, carrée, égale; les tarses 
courts et réticulés. 

Les Kakatoès sont des Perroquets des Indes 
et de l’Australie; le fond de leur plumage est 
blanc, quelquefois rosé; leur cri est rauque , 
bruyant , et exprime généralement le nom 
qu’on leur a donné ; ils habitent les forêts 
épaisses, situées au bord des marécages, et 
dévastent les rizières. Ils s’abattent quelque- 
fois, au nombre de six à huit cents, sur un 
seul champ ; mais ils détruisent encore plus 
qu’ils ne consomment; ils semblent avoir 
besoin de rompre et de briser toutes les sub- 
stances végétales que leur bec peut entamer. 

Les Kakatoès n’ont pas la démarche lourde 
des autres Perroquets ; ils sont agiles et mar- 
chent en trottant par petits sauts. 

Le Kakatoè a huppe blanche (Ca- 
catuu cristata, de Vieillot ; Psiltaais cristatus, 
de Gmelin) est une Espèce des Moluques, 
dont le plumage est blanc , teint de jaune 
sous les ailes et la queue; la huppe est d’un 
blanc pur, longue de cinq pouces ; le bec est 
noirâtre , et la membrane noire ; l’iris est 
brun ; le cercle nu des veux , blanc. lia taille 
est de dix-sept pouces. 

Le Kakatoè à huppe blanche est connu en Europe ; il apprend difficilement à parler, mais il 
est très-apprivoisable et très-éducable ; il préfère les légumes, les graines farineuses et la 
pâtisserie. «Ces Oiseaux, dit Buffon, semblent être devenus domestiques en quelques endroits 
des Indes, car ils font leurs nids sur les toits des maisons, et cette facilité d’éducation vient 
du degré de leur intelligence, qui paraît supérieure à celle des autres Perroquets. Ils écoutent, 
entendent et obéissent mieux; mais c’est vainement qu’ils font les mêmes efforts pour répéter 
ce qu’on leur dit. Ils semblent vouloir y suppléer par d’autres expressions de sentiment et 
par des caresses affectueuses. Ils ont, dans tous leurs mouvements, une douceur, une grâce 
qui ajoute encore à leur beauté. » 

Le Kakatoè a huppe jaune citron (Caca tua sulpliurea , de Vieillot; Psittacus sul- 
pliureus, de Gmelin) est de moitié plus petit que le précédent; son plumage est d’un blanc de 
neige, teinté de jaune sous les ailes et sous la queue; la huppe et les joues sont d’un jaune 
citron , avec une tache de même couleur sous les yeux. 

Cette Espèce, qui nous vient aussi des Moluques, ne le cède à la précédente, ni en élégance 
ni en intelligence, ni en docilité; elle aime à recevoir et à rendre des caresses, et tous ses 
mouvements sont gracieux et délicats. 

Le Kakatoè a huppe rouge (Cacatua enjtrolophus , de Lesson ; Psittacus molucconsis , 
de Gmelin) est un peu plus gros que le Kakatoè à huppe blanche; son plumage est blanc, 
lavé de rose pâle ; la huppe est très-fournie de plumes larges , dont les antérieures sont blan- 
ches , et les dernières d’un rouge pâle ; les rectrices latérales sont jaune soufre à leur hase 
interne ; le bec est noir bleuâtre, ainsi que les tarses ; l’iris rouge. 

Cette belle Espèce appartient, comme les deux précédentes, aux îles Moluques; elle pro- 

14 



PASSER E \l\ Z Y (i 0 D A C T Y L E S. 


100 

nonce son nom de Kakatoè, et articule d’une voix stridente le mot lerlingue ; elle imite à mer- 
veille le cri des animaux, et surtout le caquetage des Gallinacés. 

Le Kakatoè d i- s Philippines ( Cacatua P.hilippinarurfi , de Gray ; Psittacus Philippïna- 
rum, de Linné) est de la grosseur du Jaco ; son plumage est blanc ; sa huppe, d’un jaune clair 
à la base et blanche au sommet ; les plumes du croupion sont rougeâtres, ainsi que celles des 
oreilles ; le bec est couleur de chair. 

Cette Espèce ne se recommande que par sa beauté et sa docilité ; elle ne parle pas ; elle est 
jalouse des autres Perroquets qu’on caresse devant elle, et au lieu de prononcer le mot Kaka- 
toè , elle crie aïai, rniaî ! avec un accent très-désagréable. 

Le Kakatoè noiii ( Cacatua Banksii, de Vieillot; Psittacus Banksii , de Shaw) est la plus 
belle et la plus rare des Espèces du Genre. Sa taille est de deux pieds et plus ; la couleur domi- 
nante de son plumage est le noir; sa huppe reste couchée sur la tête, à l’état de repos, et 
chaque plume est terminée par une tache jaunâtre ; sa queue est zonée de rouge en dessous. 

Cet Oiseau habite la Nouvelle-Galles du Sud. 

Le Kakatoè rosalbin ( Cacatua rosea, de Vieillot; Psittacus Eos , de Kubl) est une 
Espèce de la Nouvelle-Hollande; elle a la taille du Kakatoè à huppe jaune; le plumage est 
rose ; les ailes et la queue d’un gris glacé ; les rémiges noires ; la queue brunâtre à l’extrémité; 
le bec jaune. 

Genre PLICTOLOPHE, Pliciolophus , de Swainson (tOsxm, 
friser; Xo'cpoç, huppe). Ce Genre est formé aux dépens de celui des 
Kakatoès, dont il se distingue par la queue allongée et la mandibule 
supérieure très-comprimée. 

Le Plictolophe a tête rouge ( Plictolophus galeatus , de 
Swainson; Psittacus galeatus, de Latham) est une belle Espèce de 
la Nouvelle-Galles du sud. Le plumage est d’un gris d’ardoise, chaque 
plume cerclée de gris clair; les plumes de la tête sont d’un rouge de 
vermillon, et s’élèvent en houppe frisée. La tête de la femelle est d’un 
rouge brun. 

Genre L IC MET IDE, Licmetis , de Wager (Xtxtxoç, van). La tête est surmontée d’une 
huppe érigible; le bec est comprimé à la base; la mandibule supérieure est très-allongée, peu 
courbée, mais très-déclive, à pointe formant la moitié de sa longueur, à bords largement 
échancrés ; la mandibule inférieure est simplement concave dans toute son étendue ; les narines 
sont percées dans la membrane du bec, et recouvertes par les petites plumes frontales; les 
ailes sont aiguës ; la queue courte et ample ; les tarses courts et réticulés. 

Le Lie met ide nasique ( Licmetis tenuiroslris , de Wagler ; Psittacus tenuirostris , île 
Kubl) esl l’Espèce type de ce Genre; le plumage est blanc; le dedans des ailes et la queue 
sont teintes de jaune; le front est rouge; les joues et le devant du cou teintés de rouge; la 
huppe blanche, peu fournie; le bec jaune, et les tarses noirs. 

Cet Oiseau habite la Nouvelle- Hollande, et fréquente les forêts voisines des marécages ; il 
se nourrit de plantes bulbeuses et de larves d’insectes, dont il s’empare en soulevant avec sa 
mandibule supérieure l’écorce des arbres. 

Genre PÉZOPORE, Pezoporus , d’illiger ( TcsÇoTtopo? , 
marcheur). Ce Genre est le seul dans lequel les tarses soient 
allongés; le bec est médiocre, convexe, à bords mandibu- 
laires légèrement ondulés, et laissant entre les deux man- 
dibules un léger intervalle; les narines arrondies, percées 
dans la membrane qui fait saillie à la base du bec; les ailes 
sont aiguës ; la queue allongée, étagée, à rectrices pointues; 
les tarses sont réticulés, grêles, de la longueur du doigt ex- 
terne antérieur; les ongles sont longs et peu courbés. 




107 


FAMILLE DES' PS ITT A Cl DÉS. 


Le Pézopore t un n est re. (. Pezoporus terrestris, d’Hligér ; Psittacus forrnosus , de Latham) , 
nommé par Levaillant la Perruche ingambe, a le plumage vert, flammé de noir, les ailes 
vertes, courtement rayées de noir et de jaune, le ventre et le dessous de la queue jaunes, 
rayés de noir; le front porte une bande rougeâtre; le bec est plombé, et les tarses blanchâtres. 

Cette Espèce habite l’Australie, et diffère, par ses habitudes, de tous les autres Psittaciens; 
on 11e la voit jamais perchée; elle reste constamment à terre, et, si on la fait lever, elle ne se 
réfugie point sur les arbres, mais parmi les herbes. M. J. Verreaux, zélé naturaliste et fidèle 
observateur de mœurs, affirme que les Chiens tombent en arrêt sur cet Oiseau, comme sur 
les Cailles et les Perdrix , dont il observe les allures. 


TRIBU des STRIGOTIENS 



Dans ce Genre intéressant , nouvellement établi pour une Espèce unique de la Nouvelle-Zé- 


lande, le bec est gros, recourbé dès la base, à mandibule 
supérieure dépassant l’inférieure, qui est cannelée en dessous 
à sa partie moyenne; les narines sont situées à la base du 
bec, ovalaires, creusées dans la membrane du bec, et décou- 
vertes ; quelques poils seulement s’étendent jusqu’à leur bord 
supérieur; les tarses sont gros, assez longs, nus, réticulés 
en avant comme en arrière ; les doigts et les ongles égale- 
ment gros et allongés; les ailes sont médiocres, arrondies, 
surobtuses, et ne dépassent pas les tectrices supérieures de 
la queue, qui est courte et très-peu étagée. 



SHilGOPS \ PLUMAGE SOYEUX. 


Le S t ri go ps a plumage soyeüx (Strigops habroptilus , de Gray) a un plumage où le vert 
domine, mais cette teinte est plus foncée en dessus qu’en dessous ; des rayures transversales 
noires se voient sur le dos, le croupion, à la partie supérieure et inférieure des rectrices; d’au- 
tres rayures jaunes , en forme de zigzags, alternent, à la région caudale, avec les traits noirs 
qui présentent la même disposition. Les rémiges sont noires, tachées de jaune ; la gorge, le 
thorax, l’abdomen, sont parsemés de taches triangulaires jaunes, et les lianes cerclés de zones 
tranversales noires; le bec est couleur de corne; la membrane qui le recouvre est noirâtre, 
ainsi que les pieds. 

Les mœurs de cette singulière Espèce sont encore très-peu connues. La personne qui a cap - 
turé l’individu déposé au Muséum de Paris, a assuré à M. J. Verreaux que l’Oiseau en ques- 
tion vit dans des terriers creusés au pied des arbres , et que ces terriers ont une profondeur de 
quatre ou cinq pieds ; qu’il se nourrit de racines de diverses plantes, et ne sort de son trou que 
pendant la nuit ; enfin , qu’au lieu de fréquenter le séjour des arbres , il a des habitudes ter- 
restres, mais dans des forêts humides et profondes, qui l’abritent de l’éclat du jour. « Au dire 
des indigènes , ajoute M. J. Verreaux, le Strigops , quoique d’un naturel peu farouche, puis- 
qu’il ne s’envole jamais à leur approche, ne se trouve jamais qu’isolé. Il grimpe parfois parmi 
les lianes épaisses, et c’est de là qu’il fait entendre un gémissement lugubre, qui amène sou- 
vent près de lui son compagnon, que l’on n’entend pas venir, tant son vol est léger. D’après 
d’autres observations des gens du pays, le son de sa voix change, lorsque l’obscurité est plus 
grande; devenue alors plus sonore, elle ressemble à celle de notre Chouette. Le nid est com- 
posé de fougères, et placé au fond du terrier. La chair de cet Oiseau exhale une forte odeur, 
désagréable comme celle do la Fourmi. » 

Les naturels de la Nouvelle-Zélande, suivant M. Groy, gouverneur des possessions anglaises 


1 08 


PASSEREAUX Z Y G 0 D A C T Y L E S . 


dans la Polynésie, nomment le Strigops Kakapo, ce qui signifie Perroquet de nuit. Le même 
observateur avance que, depuis l’introduction des Chats dans Pile, les individus de cette Espèce 
sont, devenus tellement rares que, dans certaine partie de la Nouvelle-Zélande, leur existence 
est regardée comme fabuleuse, opinion que partagent beaucoup d’Européens. 

Nous croyons devoir ajouter à l’histoire des Strigops de cette curieuse Espèce, quelques- 
unes des considérations qu’a publiées sur cette Espèce M. le docteur Pucheran. « L’allonge- 
ment et la force de ses tarses et de ses ongles, dit ce sagace observateur, décèlent un Animal 
essentiellement marcheur. Sous ce point de vue, le Strigops est un Pézopore avec des propor- 
tions beaucoup plus fortes. Pour ce qui est du peu d’allongement des rémiges, beaucoup 
d’autres Espèces pourraient lui être comparées ; mais aucune d’entre elles ne nous a offert des 
ongles aussi peu arqués. L’organe du vol est lui-même très-imparfait, et il se trouve plus 
défavorablement organisé que chez les Espèces du Genre Platycerque ; encore ces dernières 
ont-elles les ongles moins allongés et plus arqués. 

« Si , par certaines formes particulières de ses organes , cette Espèce s’isole de presque tous 
les autres Psittacidés, les caractères de ptilose qui lui sont inhérents ne sont guère moins 
dignes d’attention. Son pelage est très-abondant, assez uniforme, comme c’est la coutume 
chez les Espèces nocturnes. Mis à côté de certaines Espèces de Strigidés, on retrouve, chez 
l’un comme chez les autres, de grandes analogies dans la disposition générale des taches et des 
raies. Mais le fond de la coloration est resté celui du Perroquet, de la Perruche ingambe 
( Pezoporus ) particulièrement. Il est encore Perroquet par l’état de nudité des tarses, particu- 
larité dont on connaît si peu d’exemples dans les Rapaces nocturnes. Il est superflu de dire que 
presque tous les caractères du Rapace se sont évanouis. Le bec, par sa courbure basale, 
semble bien nous en offrir un vestige ; mais la forme générale du Pézopore est absolument 
semblable. 

« Ge qui l’éloigne, au contraire, des Psittacidés, c’est la présence des plumes écailleuses 
de la face. Il se rapproche de nouveau par ce caractère des Espèces nocturnes, et se rappro- 
chement est complété encore par la présence de longues soies qui couvrent les narines, et 
dépassent le bec. » 

L’anatomie est venue mettre son poids dans la balance tenue avec tant d’impartialité par le 
docteur Pucheran : en examinant un crâne de Strigops, il a reconnu que ce crâne offrait une 
similitude complète avec celui des Psittacidés. 


TRIBU des MICR0GL0SS1ENS 

Gette Tribu se compose du Genre unique Micrcglosse , Microglossum ((juxpoç, petit, yÀMcoa, 
langue), établi par Geoffroy Saint- Hilaire. La tête est ornée d’une huppe de plumes effi- 
lées, retombant sur la nuque; le bec est trois fois plus haut que large; la mandibule supé- 
rieure est très-longue, très-comprimée, fortement arquée, à bords garnis d’une dent très-large 
et à pointe aiguë, dépassant de beaucoup la mandibule inférieure ; celle-ci est large, carénée, 
creusée sur son bord latéral, et son bord terminal s’avance en biseau ; les narines sont percées 
dans la membrane du bec, et cachées par les plumes courtes qui recouvrent cette membrane; 
les joues et le tour des yeux sont nus ; les ailes sont allongées ; la queue longue, carrée ; les 
tarses très-courts et réticulés, les doigts écailleux. 

Ce Genre se distingue des Psittacidés et de tous les Oiseaux, par la conformation de sa langue ; 
celte langue est cylindrique, terminée par un petit gland corné, fendu au bout, et peut se pro- 
longer considérablement hors de la bouche. C’est Levaillanl qui, le premier, appela, sur la 


109 



FAMILLE DES PSITT AC1ÜÉS. 

structure île cet organe, l’attention des naturalistes, en faisant connaître le Microglosse, qu'il 
appelait Ara à trompe. « j’ai remarqué , dit-il , que les Aras à trompe prennent leur nourriture 
d’une manière qui leur est particulière , et 
par un mécanisme tout à fait singulier. La 
nature a placé sur le palais de l’Oiseau une 
petite saillie, qui sert à détacher du bout de 
la trompe ce qui s’y trouve engagé. Lorsque 
l’Oiseau veut prendre sa nourriture , il com- 
mence par la réduire en petits morceaux , en 
la décomposant ou en la brisant au moyen de 
ses mandibules ; allongeant ensuite la trompe, 
il la promène et en appuie le bout à plusieurs 
reprises sur les aliments qu’il a préparés. Dès 
qu’une parcelle s’est engagée dans le petit 
vide que l’on remarque à l’extrémité de cet 
organe , il retire aussitôt sa trompe dans le 
bec, en la raccourcissant le plus possible; 
puis , la repoussant au dehors , il a soin de la 
faire glisser contre le palais, dont la saillie 
détache sans peine la parcelle de nourriture , 
et la fait tomber directement dans le gosier. 

Geoffroy Saint-Hilaire a publié un mémoire 
très-curieux sur le même sujet. « La langue 
du Microglosse, dit cet illustre zoologiste, est 
très-petite pour un si gros bec ; sa forme est 
cylindrique et allongée ; sa couleur est rouge 
jusqu’à son extrémité, où elle se termine par 
un petit gland noir, qui est creusé en cupule; 
ce gland, tout petit qu’il est, représente la vraie langue de l’Oiseau, et la partie cylindrique 
et allongée qui la précède, et qui n’en est que le support, est une dépendance de l’appareil 
hyoïdien , non visible chez les autres Psittacidés. Cette langue , ainsi réduite aux plus petites 
dimensions, ne perd rien de son efficacité comme organe du goût. Les Oiseaux qui en sont 
pourvus émiettent tout ce qu’on leur donne, et recueillent chaque parcelle sur le centre de 
cette langue, qui prend alors la forme d’un cueilleron, évidemment pour en percevoir la 
saveur, lis brisent, comme les autres Perroquets, sans aucune difficulté, les noix, noisettes, 
et toutes espèces de noyaux , mais n’avalent les amandes qu’après les avoir grugées et avoir 
porté l’extrémité de leur langue sur chaque partie détachée, en la saisissant au moyen du 
creux qui termine cet organe, et dont les bords sont susceptibles de s’ouvrir et de se res- 
serrer à volonté. » 

Le Microglosse noir (Microglossum aterrimum, de Lesson; Psittacus citer et aterrimus , 
de Gmelin) habite la Nouvelle-Guinée; son plumage est en entier noir bleu; la peau nue des 
joues est rouge. 


Microglosse noir 

sue un Pandanus de nie du Prince. 


P A S S E R E A U X Z Y G 0 D A C T Y L ES. 


1 10 


FAMILLE des RAMPHASTIDÉS 

( Genre RA MPIIASTOS, de Linné. ) 

CARACTÈRE. — Bec grand , cellulaire; langue barbelée sur ses bords, comme une plume; 
les deux doigts antérieurs soudés jusqu’il leur milieu. 

SYNOPSIS DES GENRES DE LA FAMILLE DES R A M 1> II A STI DÉS . 


Bec énorme Toucan. Ramphastos. 

Bec très-grand A R a c a r i . Pteroglossus. 


Genre TOUCAN, Ramphastos, de Linné. (Le nom de Toucan est la traduction du mot 
lue à , par lequel ces Oiseaux sont désignés au Brésil; celui de Ramphastos a été forgé par 
Linné , par extension du mot pagyo ç , bec. ) Le bec est plus long que la tête , très-grand , très- 
épais, remarquable par son énorme développement, garni à sa base d’une peau nue, spon- 
gieux ou celluleux en dedans ; la mandibule supérieure est recourbée , convexe en dessus , à 
bords denticulés; les narines sont basales, latérales, ovalaires, ouvertes, en partie cachées par 
les plumes du front. La langue est de la longueur du bec, étroite, frangée, et garnie de barbes 
rangées comme celles d’une plume; la face est nue; les tarses sont robustes, écussonnés; les 
ongles vigoureux et recourbés; les ailes sont obtuses; la queue est égale, médiocre, composée 
de dix rectrices. 

Les Toucans, que notre vieux naturaliste Belon décrit le premier sous le nom d 'Oiseau 
rare des terres neuves , sont des Oiseaux de l’Amérique tropicale , dont le plumage est 
peint des couleurs les plus brillantes, et auxquels la disproportion de leur bec et l’expres- 
sion fade de leurs grands yeux donnent une physionomie triste et sérieuse , contrastant 
avec la vivacité de leurs mouvements : ce bec volumineux semblerait, au premier abord, 
devoir gêner l’Oiseau par. son poids; mais il est celluleux intérieurement, et sa légèreté 
ne lui permet pas d’être une arme offensive de quelque puissance. Les Toucans habitent 
les parties chaudes de l’Amérique, où ils vivent en petites troupes de six à dix individus; 
leur vol est lourd et pénible, à cause de la brièveté de leurs ailes, de la longueur de leur 
bec et du peu de développement de leur sternum; cependant ils s’élèvent jusqu’à la cime des 
plus hauts arbres, non pas en grimpant, mais en sautant de branche en branche; ils sont 
très -déliants et très -vigilants. Sans opérer de migrations régulières, ils errent de canton 
en canton, pour chercher leurs aliments; quand ils ont saisi leur nourriture avec leur bec, 
ils la jettent en l’air, afin de la faire arriver jusque dans leur gosier par les seules lois de la 
pesanteur. Cette nourriture consiste, selon la saison, en fruits, en bourgeons d’arbres, en 
insectes et en petits Oiseaux; ils attaquent les parents de ces derniers, les chassent de leur 
nid, et, en leur présence, mangent leurs œufs, leurs petits, qu’ils tirent des trous à l’aide de 
leur bec, ou qu’ils font tomber avec les nids. Azara dit qu’ils établissent leur nid dans les 
trous d’arbres, et que de leur ponte naissent deux petits, que le père et la mère nourrissent 
jusqu’à ce qu’ils volent la queue renversée sur le dos. Les Toucans sautillent obliquement, 
d’assez mauvaise grâce et les jambes très-écartées. Quand ils dorment, leur tête est cachée 
entre les plumes de leur dos , et leur bec est étendu jusqu’à la queue , qui se relève et se rabat 
sur lui. 

Le Toucan du Brésil ( Ramphastos Tucanus , de Gmelin) a vingt pouces de longueur; 
les parties supérieures noires, à reflets bronzés; les joues, la gorge et le devant du cou d’un 
jaune orangé, avec une bordure rouge cramoisi en bas; les couvertures de la queue d’un jaune 
de soufre; le bec long de quatre pouces et demi; la mandibule supérieure verte,- avec trois 
grandes taches triangulaires d’un jaune orangé sur les côtés, une raie jaune en dessus el 







<Utt> IL 44 


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y-zpr/c ** ■*'!• rnt/ar,-/ i sfrï-rtrz.yr S ;// 




. FAMILLE DES RAMPHASTIÜÉS. III 

l'extrémité bleue; lu mandibule inférieure est bleue, nuancée de vert au milieu; les pieds sont 
d’un cendré bleuâtre. 

Les plumes de ce bel Oiseau, et surtout celles de la poitrine, étaient recherchées autrefois 
■par les dames du Pérou et du Brésil, qui en garnissaient leurs vêtements. La mode en a passé 
dans l’ancien monde, et, pendant un certain temps, les Européennes ont fait grand cas d’une 
robe garnie de gorges de Toucans. 

Le Toucan Ariel ( Ramphastos Ariel, de Vigors; Rnmphaslos maximus , de Cuvier) est 
une belle Espèce qui habite Para et le Brésil. Tout le dessus du corps, l’abdomen, les ailes et 
la queue sont d’un beau noir luisant, à reflets bronzés; le menton, la gorge et le devant du 
cou sont d’une belle couleur orange, bordée inférieurement d’une bande jaune citron; la poi- 
trine et les tectrices de la queue sont d’un rouge vif; le bec est entièrement noir, excepté à la 
base, où l’arête de la mandibule supérieure est bleuâtre, et où tout le reste du contour de la 
base offre une bande jaune citron, bordée postérieurement d’une ligne noire; la nudité du tour 
de l’œil est rouge; les pieds sont bleuâtres. La taille est de vingt-un pouces. 

Genre ABACAR1, Pteroglossns , d’Illiger (irTEpov, yXoïacra, langue pennée). Le bec est 
très-grand, mais faible, quoique plus solide et moins cellulaire que celui des Toucans; la 
mandibule supérieure a son arête arrondie , 
aplatie et triangulaire à la base ; les deux 
mandibules sont courbées en bas , vers le 
bout, et crénelées sur leurs bords ; les narines 
sont arrondies et contiguës aux premières 
plumes frontales; la langue est médiocre, 
cartilagineuse, étroite et en forme de plume; 
les tarses sont médiocres, à doigts grêles et 
allongés , les ailes sont obtuses ou surobtuses 
et courtes; la queue est très-étagée, et com- 
posée de dix rectrices. 

Les Aracaris , qui doivent leur nom au 
mot exprimé par leur cri , ont les mœurs des 
Toucans et vivent dans les mêmes contrées. 

L’Aracari Grigri ( Pteroglossns A ra- 
cari , de Wagler; Ramphastos Aracari , de 
Gmelin) , nommé aussi Aracari à ceinture 
rouge , est une Espèce de la Guyane. La 
mandibule supérieure est blanche; l’inférieure 
noire, avec un rebord blanc autour de la 
gorge; la tête et le cou sont noirs; les ailes 
et le dos verts; la poitrine et le ventre jaunes, 
avec une écharpe rouge sur le milieu du 
ventre; les plumes des cuisses sont brunâtres. 

L’Aracari de Bâillon ( Pteroglossus 
Baillonii, de Wagler) est une Espèce brési- 
lienne qui a le bec plombé à la base, corné à l’extrémité; tout le dessous du corps est d’un 
jaune intense et uniforme; le dessus du corps est d’un verdâtre mêlé de jaune, plus décidé 
sur la tête et le cou. 



112 


PASSE R E A EX / Y G 0 1) A G T Y GE S. 


FAMILLE les CUCULFDÉS 

(Genres CUCULUS, CROTOPHAGA , TROGON, BUCCO, de Linné.) 

CARACTÈRE. — Doigt externe dirigé en arrière; bec an peu recourbé, de dimension 
ordinaire; ailes généralement courtes, concaves; queue généralement étagée. 

SYNOPSIS DES TRIBUS DE LA FAMILLE DES ClICULIDÉS. 


Dec non barbu. 

Dec grand ScythroPi.éâs. 

Dec moyen Cu eu liens. 

Dec muni à sa base d’un faisceau de barbes Ru ceo ni en s. 


TRIBU des SCYTHROPIENS 

Cette Tribu se compose du seul Genre Scythrops , Scythrops, de Latliam ( axuOpwTtoç , 
farouche). Le bec est robuste, plus long .pie la tête, plus haut que large, très-convexe en- 
dessus, entier, comprimé; la mandibule supérieure est en pointe recourbée, à bords finement 
dentelés, séparée par un large et profond sillon de la mandibule inférieure, qui est recourbée 
à la pointe; le tour des yeux est nu; les narines sont basales, latérales, arrondies, à moitié 


fermées en dessus par une membrane nue; 
les ailes sont médiocres, subobtuses; la queue 
est longue, arrondie, composée de huit rec- 
Irices; les tarses sont annelés, courts et forts. 

Le Scythrops présageur ( Scythrops 
Novœ-Hollandiœ , de Latliam) , est l’Espèce 
unique du Genre; la tête, le cou et tout le 
dessous du corps ont une teinte gris clair; le 
dos, les ailes et la queue sont d’un gris cou- 
leur de plomb ou bleuâtre, toutes les plumes 
terminées de noir; la queue est très- étagée , 
les rectrices sont terminées par une bande 
noire et une tache blanche ; les pieds sont 
d’un bleu noirâtre, et le bec est couleur de 
corne grisâtre dans sa moitié basale, jaune 
dans sa moitié terminale; la peau des narines 
et du tour des yeux est rouge. La taille est de 
vingt-cinq pouces. Cet Oiseau est connu à la 
Nouvelle- Hollande sous le nom de Goë-ree- 
Gang. Son naturel est farouche ; quand on 
l’a pris, il ne se laisse pas apprivoiser, refuse 
toute nourriture, et pince tous ceux qui l’ap- 
prochent. Le Scythrops se tient caché lorsque 
le temps est beau; et quand l’état de l’atmo- 
sphère va changer, son apparition . ses mou- 



FAMILLE DES CLCIIL1 DÉS. 


113 


vements inquiets et ses cris sont l’annonce certaine de la pluie ou de l’orage; de là le nom 
de Aménro , que lui donnent les naturels des îles Célèbes. Il se nourrit de petits fruits, d’in- 
sectes et d’Escargots, dont il brise la coquille pour manger le mollusque. 11 étend souvent 
la queue en éventail, et fait entendre un cri strident et très-désagréable, tel que celui du Coq 
lorsqu’il aperçoit un Oiseau de proie. 


TRIBU des CUCULIENS 


( Genres CBOTOPHA GA et CUCULUS, de Linné.) 

Les Cuculiens sont des Oiseaux omnivores, à formes massives; leur bec est robuste ou 
médiocre, notablement fendu et comprimé; la mandibule supérieure a son arête arquée et sa 
pointe crochue ou recourbée. Les ailes sont courtes et s’arrêtent au croupion ou au tiers supé- 
rieur de la queue , qui est longue et souvent très-étagée. 

SYNOPSIS DES GENRES DE LA TRIBU DES CI CI LIENS. 


Bec surmonté d’une crête A ni. Crotophaga. 

Bec sans crête , 


encore assez grand , 
long, épais, 


à arête courbe 

. .. Malcoha. 

Phœnicophaus . 

à arête presque droite 


Leptosomus. 

comprimé ; 



ongle du pouce ordinaire 


Cultrides. 

ongle du pouce allongé 

. . . Go UC AL. 

Centropus. 

long et grêle 


Saurotliera . 

moyen ; 



tarses longs 


Coua. 

tarses moyens ou courts. 



Bec presque conique 


Indicator. 

Bec comprimé 


Cuira. 

Bec déprimé à la base , comprimé à la pointe . . . . 

. . . Coucou. 

Cuculus. 


Genre A NI, Crotophaga, de Linné (zpo-rov, tique, vermine; cpay w > manger). Le bec est 
très-élevé, très-comprimé, et forme une carène arquée très-mince, se prolongeant entre les 

plumes du front. Les narines sont placées près de la base du 
bec , vers le milieu de la mandibule. Les ailes sont faibles , 
subobtuses ; les tarses largement écussonnés ; les doigts 
minces, à ongles faibles; la queue est étagée. 

Les Anis sont des Oiseaux appartenant à l’Amérique équa- 
toriale. On les rencontre, dans les cantons chauds et humides, 
par troupes de quinze à vingt; ils se tiennent dans les lieux 
découverts, sur les buissons des savanes; ils vivent de maïs, 
de riz, de fruits, et surtout d’insectes; ils s’abattent même 
souvent sur le dos des Bœufs , qu’ils débarrassent des larves 
d’insectes parasites logées sous leur peau. C’est ce qui leur a valu leur nom générique : la crête 
convexe de leur mandibule supérieure est un instrument parfaitement adapté à ce genre d’opé- 
ration. Quand la saison des œufs est arrivée, les Anis continuent de vivre en commun, caractère 
exceptionnel de sociabilité qui les distingue de la plupart des autres Oiseaux; un seul et même 



Ani des Palétuviers. 


PASSEREAl \ ZYGODACTYLES. 


114 

nid reçoit toutes les couveuses de la troupe; il est proportionné au nombre des œufs, et offre 
quelquefois quatre pieds et demi de circonférence; les Anis le construisent grossièrement, 
mais solidement, avec de petites tiges de plantes filamenteuses, et des branches d’arbrisseaux; 
lu dedans est seulement tapissé., et couvert de feuilles tendres , qui se fanent bientôt : c’est sur 
ce lit de feuilles que sont déposés les œufs; ils ont une couleur d’aigue-marine, et leur volume 
est égal à celui des œufs de Pigeon. Il arrive toujours que, dans ce petit phalanstère suspendu, 
les œufs se mêlent ; alors les couveuses étendent leurs ailes protectrices sur tous indifférem- 
ment, et, quand les petits sont éclos, les parents donnent, sans distinction, la becquée à tous 
ceux qui la demandent. Il y a deux pontes par an, la première au mois de mars, la seconde 
dans l’arrière-saison; mais si, au printemps, les œufs sont mangés par les Couleuvres ou par 
les Rats, les Anis font immédiatement une nouvelle ponte, ce qui n’empêche pas celle du mois 
d’août d’avoir lieu. 

Ees Anis ont le vol court, et se posent, de préférence, sur les buissons et les branches des 
arbres peu élevés : ils s’v tiennent rapprochés, autant que possible, les uns des autres. Ils 
gazouillent ainsi tous ensemble; leur ramage est plutôt un sifflement aigre qu’un chant; il 
devient plus aigre encore quand ces Oiseaux voient s’approcher quelque ennemi; cependant, 
les Anis ne sont ni craintifs, ni farouches, et le bruit des armes à feu ne les épouvante guère; 
il est vrai que le chasseur s’abstient de tirer sur eux, parce que leur chair n’est pas comes- 
tible, et qu’elle exhale même une mauvaise odeur. 

L’A ni des Palétuviers {Crotophaga major, de Linné) , est long de dix-huit pouces; son 
plumage est en entier d’un noir violâtre profond ; les bords des rémiges sont teints de vert. 
Cette Espèce se tient habituellement dans les grands arbres, nommés Palétuviers, qui croissent 
sur les bords de la mer, à la Guyane et au Brésil, et dans les Antilles. On lui donne vulgaire- 
ment le nom vulgaire de hout-fde-petun , fondé sur la ressemblance de son bec avec le fourneau 
d’une pipe. 

L’A n i des Savanes ( Crotophaga Ani , de Gmelin) , nommé, par les Nègres, petit bout de 
petun, est long de treize pouces ; sou plumage est noir, teint de violâtre; les bords des rémiges 
sont d’un vert cuivré brillant; les rémiges et les rectrices d’un bleu noir intense. Il habite 
toute l’Amérique tropicale. 

Genre MAL CO HA, Phœnicopliaus , de Vieillot (cpoivtxocp«v)ç, ayant l’éclat de la pourpre). 
Le bec est plus long que la tête, dépourvu de crête, garni à sa base de soies divergentes, 

épais, arrondi, arqué vers le bout; les narines sont basales, 
latérales ; l’orbite et une portion de la joue sont recou- 
vertes d’une peau nue , et mamelonnée ; les ailes sont sur- 
obtuses; les tarses minces, annelés, et les ongles faibles. 

Les Malcohas habitent les îles méridionales de l’Inde; ils 
vivent retirés dans les forêts, et se nourrissent de baies et 
autres fruits charnus. 

Le Malcoh a \ bec peint ( Phœnicopliaus calgorhyn- 
chus, de Temminck) est une Espèce des Moluques. Sa taille 
est de dix-neuf pouces; le dessus du corps est d’un marron 
rouge vif; la queue est longue, presque étagée, violette, à reflets bleus; la nuque est d’un 
cendré bleuâtre; la mandibule supérieure est jaune, puis noire, et ensuite blanche à la pointe; 
l’inférieure, d’un rouge de cerise. 

Le Malcoha a tête rouge ( Phœnicopliaus pyrrhocephalus , de Vieillot) est l’Espèce- 
type; le sommet de la tête et les joues sont d’un rouge de feu, entouré d’une bande blanche ; 
la queue est terminée de blanc. Cet Oiseau habite l'île de Ceylan et le Bengale. 

Le Malcoha rouverdin ( Phœnicopliaus viridis , de Vieillot; Cucu/us curvirostris , de 
Shavv ) a les joues d’un gris cendré; le tour des yeux rouge; la queue très-longue, bleue, les 
rectrices externes rousses. Il habite le Bengale et Java 



Malcoha a blc film. 


FAMILLE DES CLIC U Ll DÉS. 


IL 



Comtoi. 


Genre COUROL, Leptosomus , de Vieillot (Xeitxoç, mince, <7W[/.a, corps),. Le bec est 

gros, pointu, robuste, assez court, légèrement comprimé, 
un peu triangulaire, à mandibule supérieure portant au bout 
une petite échancrure; les narines sont obliques, presque 
médianes, linéaires; les tarses courts, minces; les ailes ai- 
guës; la queue est longue, presque égale, composée de dix 
rectrices. 

Le nom de Courol, donné aux Oiseaux de ce Genre, a été 
créé par Levaillant, pour indiquer que ces Oiseaux représentent 
à la fois les formes des Coucous et celles des Roi les. 

Le Courol vourong-driou ( Leptosomus viridis, de Vieillot; Cuculus cafer , de Latham) 
est long de quinze pouces ; les couleurs dominantes de son plumage sont le gris ardoisé et le 
brun; le dos, chez le mâle, est d’un vert glacé, teinté de cuivre rouge, qui s’étend sur les 
moyennes rémiges. Le bec est noir et les pieds de couleur carnée; l’occiput porte une calotte 
brune, à reflets bronzés; un trait noir va de la commissure du liée à l’œil. 

Les Vourong-drioux ont la tête massive, le corps épais, l’air lourd et stupide. Ils se tiennent 
dans l’épaisseur des grandes forêts du pays des Cafres et de Madagascar, et se nourrissent de 
fruits, ou d’insectes orthoptères, tels que Mantes, Sauterelles, etc. Le nom de Vourong- 
driou est celui que leur donnent les naturels de Madagascar. 

Genre CULTRIDE, Cul truies, de Pucheran {cul ter, couteau). Le bec est long, élevé 
à la base, très-arqué dans son dernier tiers, comprimé sur les cotés jusqu’à la pointe, sans 
être crochu; la mandibule supérieure représente une lame de couteau ; les narines sont presque 

en croissant, percées oblique- 
ment dans une membrane 
basale et très-rapprochée du 
bord de la mandibule; les 
ailes sont courtes, plus que 
surobtuses ; la queue est lon- 
gue, large, étagée; les tarses 
sont très -longs, largement 
écussonnés ; les doigts sont 

UlLiltlDE. 7 ^ GüLTRIDE. 

courts, ainsi que les ongles, 
qui sont comprimés, peu courbés et peu aigus. 

Le Cultride de Geoffroy {Cultrules Gcoffroyi, de Pucheran; Coccyzus Geoffroy) , de 
Tennninck) porte sur la tête une huppe, dont les plumes sont de couleur bleuâtre, à reflets 
d’acier poli ; le front, les joues, le devant du cou et la poitrine sont couverts de plumes 
courtes, imbriquées comme des écailles de Poisson, brunes au milieu, et terminées par des 
croissants d’un blanc roussâtre ; la poitrine est entourée par une ceinture d’un noir bronzé ; 
tout le ventre est fauve; le dos et les ailes sont d’une belle couleur vert bronzé, à reflets 
dorés; le tour des yeux est nu; le bec est jaunâtre ; les tarses sont d’une teinte cendrée ver- 
dâtre, et les ongles sont jaunes. La taille est de dix-huit à dix-neuf pouces. 

Cette belle Espèce, pour laquelle M. Pucheran a créé le Genre Cultride, a été retirée du 
Genre Coua, de Temminck ; elle habite l’Amérique méridionale; ses mœurs sont celles îles 
Couas. 

Genre COUCAL, Centropus, d’Jlliger (xévrpov, aiguillon, ttoïï;, pied). Le bec est robuste, 
très-comprimé; la mandibule supérieure a son arête mince, recourbée en voûte, et sa pointe 
presque perpendiculaire ; l’inférieure est droite ; les bords mandibulaires sont entiers ; les 
narines sont basales, latérales, obliques, à demi fermées par une membrane nue; les ailes 
sont très-courtes, surobtuses; la queue longue, Irès-étagée; les tarses allongés, robustes, 
largement écussonnés; l’ongle du pouce est long, droit et pointu. C’est à ce dernier caractère 




116 


PASSEREAUX Z YGO DACTYLES. 


que fait allusion le 110m de Centropus ; c’est aussi la longueur de l’ongle du pouce qui a porté 
Levaillant à forger le mot de Coucal , abrégé de Coucou et d’Alouette. 

Les Coucals sont des Es- 
pèces d’Afrique et des Indes , 
qui diffèrent des Coucous en 
ce qu’ils couvent eux-mêmes 
leurs œufs : c’est dans un 
grand trou , sur la tête d’un 
arbre , ou dans une grosse 
branche cassée et vermoulue, 
que le couple fait sa nichée ; 
la femelle pond quatre œufs 
d’un blanc roux, qu’elle dépose sur des brins de bois, dont elle remplit le fond du trou; le 
male partage avec la femelle les soins de l’incubation. Ces Oiseaux sont insectivores, et 
vivent principalement d’Orthoptères, tels que Grillons, Criquets, Sauterelles ; ils séjournent 
dans les forêts , dans les plaines et sur le bord des rivières ; leur vol est court et très-saccadé ; 
ils ne peuvent faire le moindre trajet sans être obligés de se reposer. 

Le Coucal des Philippines ( Centropus Philippcnsis , de Lesson) , qui est l’Espèce- 
type, est un grand Oiseau à plumage d’un bleu noir intense en dessous, à bec et tarses noirs, 
à ailes et manteau chocolat, à queue d’un bleu noir. Il habite Java et les îles Philippines. 

Le Coucal Hou hou ( Centropus senegalensis , de Lesson; Guculus senegalensis, de Gme- 
lin) est une Espèce africaine, dont la taille est de quinze pouces ; les parties supérieures sont 
d’un vert obscur irisé; les tectrices de l’aile, d’un roux verdâtre ; les rémiges rousses termi- 
nées de vert ; la croupe brune, les rectrices vertes, avec des reflets brillants ; les parties infé- 
rieures d’un blanc roussàtre; le bec noir; l’iris rouge et les pieds noirâtres. 

Le Houhou exprime très-distinctement, par ses cris, les syllabes courou, couroucou, cou, 
cou , cou. Comme tous les Oiseaux chanteurs, les Houhous sont très-faciles à approcher pen- 
dant qu’ils chantent : dans tout autre moment ils sont très-défiants, et ne se laissent jamais 
surprendre. Si on tue le mâle le premier, on n’aura pas la femelle ; mais, en tuant la femelle, 
on est sûr d’avoir le mâle, qui vient l’appeler par des cris perçants, sans cesser pour cela de 
chanter le matin et le soir aux heures accoutumées. Les Houhous ont l’habitude singulière de 
se percher dans le sens longitudinal des branches basses des arbres. 

Genre SAUROTHËRE , Saurotliera, de Vieillot (caïïpoc, lézard, 6-/)pdu), chasser). Le bec 
est plus long que la tête, lisse, comprimé, droit, courbé seulement à sa pointe, dentelé sur 

les bords de la mandibule 
supérieure ; les narines sont 
basales, oblongues, couvertes 
par une membrane ; la pau- 
pière est garnie de cils ; le 
tour de l’œil est nu ; les ailes 
sont concaves, subaiguës; la 
queue est très-longue et très- 
saohoihèrk. étagée ; les tarses sont courts, 

grêles, écussonnés, les ongles 

courts, arqués. 

Le Saurothère vieillard [Saurotliera vetula, de Vieillot; Guculus vetula, deGmelin) 
est l’Espèce-type du Genre; la tête, le dos, les ailes sont d’un cendré roux; le devant du 
cou et le thorax , d’un cendré gris ; le bas-ventre et le croupion , de couleur rousse ; les rec- 
trices, bleu d’acier, terminées de blanc; le bec est roussàtre. La taille est de seize pouces. 

Cette Espèce habite l’Amérique tropicale, où elle porte le nom vulgaire de Tacco , qui rap- 






117 


FAMILLE DES CICIJLIDÉS. 

pelle un de ses cris; elle articule durement la première syllabe, et descend d’une octave sur 
la seconde. On la nomme encore Oiseau de pluie , parce que ses cris sont plus fréquents lors- 
qu’il doit pleuvoir; Vieillard, parce qu’elle a les plumes du menton blanches; Rieur, parce 
qu’elle semble pousser un éclat de rire en prononçant les syllabes qua-qua-qua, ou cra-cra-ra, 
qu’elle jette lorsqu’elle s’envole ou qu’elle voit un animal qui lui cause de l’inquiétude. 

Le Tacco est plutôt marcheur que voilier; son vol est peu élevé; il fréquente les terres cul- 
tivées, les buissons, les savanes et les forêts; il se nourrit de grosses Chenilles et de petits 
Lézards Anolis, qu’il poursuit sans cesse sur les branches des arbres, où ces Reptiles insec- 
tivores guettent eux-mêmes leur nourriture ; il est tellement occupé de sa chasse, qu’on peut 
l’approcher et le frapper avec un bâton , au moment où il se dispose à fondre sur sa proie. 
A l’époque des amours , il s’enfonce à l’intérieur des forêts , et place son nid sur les arbres , 
dans la bifurcation des grosses branches ; il y pond quatre ou cinq œufs d’un blanc sale , 
tacheté de noir. 

Genre COUA, Coua, de Levaillant. Le bec est voûté, robuste, comprimé, très-élevé, 

légèrement courbé, pointu, à mandibule inférieure droite; 
les narines sont basales, linéaires, à demi fermées par une 
membrane ; le tour des yeux est nu ; les ailes sont sur- 
obtuses ; la queue est large et étagée; les tarses sont longs, 
garnis d’écussons peu adhérents ; les ongles sont courts , 
comprimés et aigus. 

Les Couas sont des Oiseaux de l’Afrique australe et orien- 
tale; ils établissent leurs nids dans les trous creusés à la 
bifurcation des vieux arbres ; ils se nourrissent de mollus- 
ques terrestres. 

Le Coua de De lalande (Coua Delalandii , dePucheran; Cuculus Delalandii, de Tem- 
minck) a le dos et les parties supérieures d’un bleu azuré ; tout le dessous du corps, jusqu’aux 
cuisses, est d’un blanc pur; le bas-ventre et le croupion sont d’un roux cannelle ; les rectrices 
sont bleu d’acier, et terminées de blanc. 

Cet Oiseau habite Madagascar, où il a reçu des naturels le nom de Casseur d’Escargols 
( Farnac-acora ) ; il chemine dans les bois , en sautillant de branche en branche , de roche en 
roche, pour chercher les Agathines , mollusque gastéropode, qui forme sa principale nourri- 
ture. Lorsqu’il en trouve une, il l’emporte, va se poser sur une grosse pierre, tenant avec le 
bout de son bec le bord libre de la coquille ; puis il en frappe la pierre, en tournant et levant 
la tête tantôt à droite, tantôt à gauche, jusqu’à ce qu’il l’ait brisée; alors il met une patte 
dessus, et avec son bec, il retire le mollusque, qu’il avale aussitôt. M. Ackerman, chirurgien 
de la marine, qui a observé, à Madagascar, les mœurs de ces Oiseaux, rapporte qu’il en avait 
élevé un, qu’il nourrissait dans une volière avec d’autres Oiseaux; il était devenu presque 
familier. Si, à travers le grillage, son maître lui montrait une Agathine, il voltigeait dans tous 
les sens, et chantait comme dans les bois ; ce chant se bornait à un crou-ou , modulé en des- 
cendant, qu’il répétait en raison de son contentement ou de son impatience; quand on lui 
avait donné l’Agathine, il se promenait en la tenant au bec, proférait son crou-ou plusieurs 
fois de suite, après quoi il cassait la coquille, mangeait le contenu, et essuyait son bec, sali 
par la matière gluante que rendait le mollusque. 

Genre G LIRA {Cuira, de Lesson). Le bec est aussi long que la tête, robuste, triangu- 
laire à la base, très-comprimé, à bords recourbés; les narines sont basales, en scissure lon- 
gitudinale, percée au centre d’une membrane qui occupe le milieu de la mandibule; le tour 
des yeux est nu ; les ailes sont obtuses; la queue étroite, longue et étagée; les tarses assez 
longs, recouverts de larges écailles; les doigts longs; les ongles peu comprimés, peu arqués, 
et aigus. 

Le Guira cantara {Guira piririgua , de Strickl ; Cuculus gui ra , de Gmelin) est l’Espèce 



l’ A S S E R R A l \ / Y G 0 1) V C T Y L E S. 


l 18 




Coucou COMMUN. 


unique du Genre. Son plumage est mélangé de roux, de 
flamiriètes longitudinales brunes sur un fond blanc; la nuque 
porte des plumes relevées en huppe , rousses au sommet , 
blanchâtres à la hase; les ailes sont brunes, variées de brun 
et de blanc; la queue est blanche en dessous, traversée, 
dans son milieu, par une très-large bande noire; le bec 
est rougeâtre; l’œil est garni de cils; les tarses sont jaunes. 
, ;uiu Cet Oiseau habite le Brésil; ses habitudes, suivant Azara, 

sont les mêmes que celles des Anis; il séjourne, de préfé- 
rence, dans les plantations voisines des habitations, et il entre même dans les lieux habités; 
il établit son nid sur des buissons hauts et épais, le compose de bûchettes, et en garnit l’in- 
térieur de feuilles sèches. 

G e n a iî COUCOU, Cuculus , de Linné (Le mot cuculus, vocalisé à la romaine, est, 
comme le mot français coucou, une onomatopée exprimant le cri de l’Oiseau). Le bec est 

large , un peu déprimé à la base , comprimé graduelle- 
ment jusqu’à la pointe, légèrement arqué, entier et lisse; 
les narines sont basales , ovales , entourées d’une mem- 
brane saillante; la bouche est fendue; le gosier large; les 
ailes sont subohtuses ou subaiguës:; la queue est arrondie 
et allongée; les tarses sont courts, plus ou moins complè- 
tement emplumés. 

Les Coucous sont célèbres par une particularité de mœurs 
qui a longtemps occupé et occupe encore en ce moment les 
naturalistes : non-seulement ils ne construisent pas de nids 
pour leurs petits, mais ils déposent leurs œufs dans des nids étrangers, laissant au proprié- 
taire les soins de l’incubation et de l’éducation de leur progéniture : ils n’en déposent qu’un 
dans chaque nid, et leur instinct les porte toujours à choisir celui d’un Oiseau insectivore; en 
outre, l’Espèce à laquelle ils accordent cette triste préférence a des petits bien moins forts que 
les leurs, et l’on comprendra bientôt quelle est la prévoyance qui les dirige dans leur choix. 
La cause de ce phénomène, presque unique dans l’histoire des Oiseaux, est restée longtemps 
inconnue. Les uns pensent que la femelle agit ainsi pour dérober ses œufs à la voracité du 
mâle; les autres prétendent que cela tient à la largeur et à l’épaisseur du sternum, qui, chez 
le Coucou, se continue depuis la poitrine jusqu’aux jambes, et empêche conséquemment la 
communication de la chaleur du corps de la mère, qui est si nécessaire dans l’incubation; 
peut-être même que la femelle écraserait ses œufs dont la coque est très-mince, par la seule 
pression de ce même os. D’autres, enfin, attribuent ce phénomène à la position du gésier, 
qui serait comprimé par l’incubation; mais les curieuses observations de M. Florent Prévost, 
chef des travaux zoologiques du Muséum de Paris, sur les mœurs du Coucou d’Europe, ont 
singulièrement éclairé la question, comme on le verra bientôt. 

Le Coucou guis d’Europe ( Cuculus canorus , de Linné) a onze pouces de longueur; les 
parties supérieures sont d’un cendré bleuâtre, plus foncé sur les ailes, plus clair sur la gorge et 
la poitrine; des taches blanches se voient sur les barbes internes des rémiges ; les rectrices sont 
noirâtres, tachées et terminées de blanc; les parties inférieures blanchâtres, rayées transversa- 
lement de noir; le bord du bec, l’iris et le? pieds jaunes. Cet Oiseau arrive dans nos climats en 
avril, et s’annonce par un chant assez monotone, auquel il doit son nom. Il habite les bois situés 
sur les coteaux, vit seul, et change de place à tous moments pour chercher sa nourriture, qui 
consiste en Insectes et en Chenilles : il peut même avaler les Chenilles velues, ce que ne font 
pas les autres petits Oiseaux; de même que les Rapaces nocturnes, il vomit les poils, roulés 
eu boulette dans son estomac. Il mange aussi les œufs des petits Oiseaux. Le Coucou se laisse 
approcher difficilement , et vole d’arbre en arbre, sans s’éloigner beaucoup du chasseur. 8a 


II!) 


FAMILLE DES (!) EL El DÉS. 

chair est grasse et bonne à manger vers l’arrière-saison; c’est à son arrivée, en avril , que la 
comparaison proverbiale, maigre comme un Coucou, a sa juste .application. Jl émigre en 
voyageant de nuit, et va chercher la nourriture, qui lui manquerait chez nous en hiver, dans 
l’Afrique et dans l’Asie méditerranéen- 
nes. il arrive, dans les îles de Malte 
et de l’Archipel grec, en même temps 
que les Tourterelles, au milieu des- 
quelles il est toujours seul ; c’est à 
cause de cet isolement que les habi- 
tants de ces îles le désignent sous le 
nom de Conducteur des Tourterelles. 

« On sait, dit M. Florent Prévost, 
que les Coucous arrivent dans notre 
climat, isolément et successivement, 
dans le courant du premier mois du 
printemps, et vivent solitaires, occu- 
pant chacun une sorte de canton , un 
espace assez circonscrit, dans lequel 
ils restent pendant l’été. J’ai reconnu 
que cela n’est vrai qu’à l’égard des 
males; la femelle, au contraire, par- 
court un espace beaucoup plus consi- 
dérable, comprenant plusieurs can- 
tons, fait choix d’un mâle, et aussitôt 
qu’elle a pondu le fruit de cette union, 
et qu’elle s’est assurée que les Oiseaux 
dans le nid desquels elle l’a déposé 
en prennent soin , elle va chercher 
un nouveau mâle, pour l’abandonner 
bientôt, comme le premier. Ce fait est 
d’accord avec la remarque qu’ont faite 
plusieurs auteurs , mais sans en tirer 
aucune autre conclusion, que les mâles de cette Espèce d’Oiseaux sont plus nombreux que les 
lemelles. Parmi les observations qui m’ont conduit à le constater, je ne citerai que la sui- 
vante, la plus complète que j’aie eu occasion de faire. 

« Il y a quelques années, vers la fin d’avril , je réussis à prendre au filet, dans un bois des 
environs de Paris, un Coucou femelle, que je venais de voir retirer d’un nid , et déposer sur 
I herbe, un œuf de Bergeronnette. Pour le rendre reconnaissable, je lui colorai les ailes avec 
de la teinture écarlate, et je fixai sur sa tête un morceau de drap rouge; puis, je lui rendis la 
liberté. Le lendemain, m’étant placé de manière à pouvoir l’observer, je la vis, au point du 
jour, s’abattre auprès du même nid de Bergeronnette, et y enfoncer sa tête. Dès qu’elle fut 
éloignée, je m’approchai du nid, et vis qu’elle venait d’y déposer son œuf; dans l’espace de 
quatre heures environ, elle revint plus fie cinquante fois dans le même endroit, tantôt s’y 
arrêtant, tantôt passant avec rapidité. Trois jours après, je la vis dans un autre canton, et, 
pendant plus de six semaines, je la suivis et la retrouvai successivement dans les cantons de 
cinq ou six males, avec deux desquels je la vis s’accoupler. 

<( Les Coucous sont très-ardents dans leurs amours ; mais cette ardeur dure a peine deux 
jours, et, dès le troisième, les deux amis commencent à se négliger; la femelle quitte son 
lovori de la veille, pour en choisir un nouveau. C’est dans l’attente de la femelle que le Coucou 
-s a ^ t<l et change à chaque instant de place pendant la saison des amours; c’est pour l’appeler, 



120 


PASSER K V L \ ZYGODACTYLES. 


ot l’exciter à le choisir, qu’il répète incessamment son cri, et lorsque, à son tour, elle fait 
entendre son gloussement , il se précipite vers elle, et la poursuit avec rapidité. 

« J’ai ouvert plusieurs femelles de Coucous à l’époque des amours, et je ne leur ai jamais 
trouvé que deux œufs, l’un dans l’oviducte, et près de sortir, l’autre encore attaché à l’ovaire; 
et tous deux à peu près égaux en grosseur. Lorsque la femelle doit pondre, elle ne quitte point 
le canton du mâle chez lequel elle se trouve alors; elle pond ordinairement deux œufs en deux 
ou trois jours. 

« Après que le Coucou femelle est sûr que ses œufs seront soignés, il abandonne le canton 
ou il s’était tenu pendant quelques jours, et passe chez un autre mâle; il fait assez souvent, 
chez celui-ci, sa deuxième ponte, et ce n’est qu’après deux mois environ qu’il a pondu tous 
ses œufs : c’est ce qui explique pourquoi on trouve de jeunes Coucous, non-seulement en mai 
et juin , mais aussi aux mois de juillet et août. » 

Il résulte de ces observations de M. Florent Prévost, exposées dans ses Lettres au président 
de V Académie des sciences, que la femelle du Coucou est essentiellement polygame, que 
chaque union est suivie d’une ponte, composée de deux œufs seulement; que ces unions, 
multipliées et successives, ne permettent pas à la femelle de couver ses œufs, et d’élever ses 
petits, puisque ces deux fonctions contraires, dont l’une l’oblige à rester dans le nid , tandis 
que l’autre l’en éloigne, devraient avoir lieu en même temps; que l’instinct qui la porte à se 
dispenser des devoirs de la maternité, et à les transmettre à des Oiseaux étrangers, provient 
de celui qui détermine à la fois l’inconstance et la continuité de ses amours, et, qu’enfîn, 
cette polygamie est la conséquence toute providentielle du petit nombre des femelles et de l’in- 
suffisance de chaque ponte. 

Comment la femelle du Coucou introduit-elle son œuf dans le nid d’autrui? On a longtemps 
cru qu’elle l’y pondait; il est aujourd’hui bien avéré qu’elle prend son œuf dans son bec, qui 
est très-large, et, le tenant à demi avalé, elle va le dégorger dans le nid de la Fauvette, de 
la Lavandière, du Rouge-Gorge, du Rossignol de muraille, du Bruant, de la Grive, du Merle, 
de la Mésange, de la Bergeronnette, du Verdier, du Bouvreuil, du Pouillot, de la Pie-Grièche, 
du Geai, et, plus rarement, de la Pie et de la Tourterelle; c’est toujours furtivement, et en 
l’absence du propriétaire, que cette opération a lieu; l’usurpateur est obligé de prendre les 
plus grandes précautions pour n’être pas vu; car il serait repoussé vigoureusement. Vieillot 
parle d’une femelle de Rouge-Gorge, ((laquelle étant fort échauffée à couver, se réunit à son 
mâle pour défendre l’entrée du nid à une femelle Coucou , qui voulait s’en approcher. Tandis 
que l’un des opposants donnait à l’étrangère des coups de bec dans le bas-ventre, celle-ci 
avait dans les ailes un frémissement presque insensible, ouvrait le bec fort large, et si large 
que l’autre Rouge-Gorge, qui l’attaquait au front, s’y jeta plusieurs fois, et y cacha sa tête 
tout entière, mais toujours impunément. Bientôt, le Coucou accablé, chancela, perdit l’équi- 
libre, et tourna sur la branche, à laquelle il demeura suspendu les pieds en haut, les yeux à 
demi-fermés, le bec ouvert, et les ailes étendues; étant resté environ deux minutes dans cette 
attitude, et toujours pressé par les deux Rouges-Gorges, il quitta sa branche, alla se percher 
plus loin, et ne reparut plus. » 

Ce qu’il y a de plus remarquable , c’est que la couveuse devient pour ces intrus , qu’on a 
déposés en son absence, une mère tendre et infatigable. Mais si l’amour maternel l’aveugle au 
point de lui faire adopter comme siens des étrangers qui se sont introduits dans sa famille, il 
n’en est pas de même du petit Coucou, qui, presque toujours, traite en ennemis ceux dont il 
est le frère illégitime : dès qu’il est éclos, il emploie ses forces naissantes à expulser ses 
commensaux, plus faibles que lui; pour y parvenir, il se glisse sous l’un d’eux, le place sur 
son dos, où il le retient à l’aide de ses ailes écartées; ensuite, se traînant à reculons jusqu’au 
bord du nid, il le jette par-dessus; puis il recommence les mêmes manœuvres, jusqu'à ce 
qu’il ait précipité tous les autres. 11 arrive cependant quelquefois qu’il vit en bonne intelli- 
gence avec eux; cela doit nécessairement dépendre de la quantité de nourriture que peut lui 


121 


FAMILLE DES CUCULLDÉS. 

fournir sa mère adoptive. Quelquefois, aussi, c’est la marâtre qui, avant do déposer son œuf, 
a soin de détruire ceux qui se trouvent dans le nid qu’elle veut usurper. Dans tous les cas , les 
parents du petit Coucou restent voisins de l’endroit où les œufs ont été déposés, et leurs 
petits, quand ils sont assez forts pour voler, quittent leurs premiers pourvoyeurs, pour 
rejoindre leurs parents naturels, qui se chargent de compléter leur éducation. Lothinger, 
dans un Mémoire sur le Coucou 'd’Europe , raconte, à ce sujet, qu’observant des Pouillots qui 
nourrissaient un Coucou , il lui vint à l’idée de profiter de l’occasion , pour découvrir si les 
père et mère , en livrant à des Oiseaux étrangers leurs œufs et les jeunes qui devaient en pro- 
venir, les abandonneraient pour ne plus s’en occuper, «et bientôt, dit-il, j’eus lieu de me 
convaincre de ce qui en était. En effet, m’étant caché sous des feuillages, de façon à ne pas 
être aperçu, et y étant resté en silence, bientôt après vint un Coucou, chantant et rôdant aux 
environs du jeune Oiseau : pour mieux remplir mon objet , je pris ce dernier, et je le plaçai 
dans une clairière, à peu de distance du nid, après l’avoir excité à faire quelques cris qui 
pussent efficacement attirer ses parents , mais ce fut en vain ; ils n’approchèrent pas 
davantage; cependant, j’eus lieu d’observer que le vieux Coucou redoublait son chant, à 
raison des cris du jeune', et que tous deux paraissaient se prêter la plus grande attention. » 

Les œufs du Coucou sont très-petits, relativement à la taille de l’Oiseau, et varient beau- 
coup pour la couleur : ils sont ou cendrés, ou roussâtres , ou verdâtres, ou bleuâtres, avec 
des taches petites et grandes, rares ou nombreuses, d’un cendré foncé, ou vineuses, ou oli- 
vâtres, ou brunes, avec quelques points, et, parfois, des traits déliés noirâtres. Toutes ces 
variations de couleur dépendent, suivant la plupart des auteurs, de l’âge, de la santé de 
l’Oiseau, de l’abondance de la ponte, de la nature des aliments; quelques autres sont portés 
à croire que la couleur de l’œuf du Coucou varie selon celle des œufs de l’Espèce dans le nid 
de laquelle ils ont l’intention de le déposer. 

« Le chant du Coucou , dit Montbeillard , appartient exclusivement au mâle : il fait 
entendre son cri ordinaire dans la saison des amours; il l’interrompt quelquefois par un 
râlement sourd, tel à peu près que celui d’une personne qui crache, et comme s’il prononçait 
crou-crou, d’une voix enrouée, et en grasseyant : outre ces cris, on en entend quelquefois un 
autre, assez sonore, quoique un peu tremblé, composé de plusieurs notes : go-go-guet-guet- 
guet; cela arrive quand les mâles et les femelles se cherchent et se poursuivent. Quelques-uns 
soupçonnent que c’est le cri de la femelle; celle-ci, lorsqu’elle est bien animée, a encore un 
gloussement, glou-glou, qu’elle répète cinq à six fois d’une voix forte, et assez claire, en 
volant d’un arbre à un autre; il semble que ce soit son cri d’appel , ou plutôt d’agacerie, vis- 
à-vis de son mâle; car, dès que ce mâle l’entend, il s’approche d’elle avec ardeur, en répétant 
son tou-cou-cou. » 

Le Coucou solitaire ( Cuculus solitarius , de Cuvier) est une Espèce d’Afrique, dont la 
taille est de dix pouces; les parties supérieures sont noirâtres, avec l’extrémité des barbules 
cendrée; les rectrices sont terminées de blanc, -et les rémiges noirâtres; les parties inférieures 
sont rousses; le bec est brun, jaunâtre en dessous , à sa base. Cet Oiseau a été nommé Soli- 
taire, par Levaillant, parce qu’on en rencontre rarement plus d’un couple dans une assez 
vaste étendue de pays. C’est le mâle qui fait entendre continuellement un chant plaintif et 
lamentable : cou-a-ach, composé de trois notes, dont la première est basse, la deuxième est 
la quarte de la première, et la troisième l’octave de la précédente. La femelle fait entendre 
une espèce de roucoulement sonore , qui exprime le contentement. C’est surtout au Jan- 
Frédric et au Capocier que ce Coucou laisse le soin de couver ses œufs et d’élever ses petits. 
Levaillant a vu ces œufs éclore le vingt-troisième jour chez le Capocier, et le dix-neuvième 
chez le Jan-Frédric, ce qui prouve que la durée de l’incubation dépend uniquement de la 
couveuse. 

Le Coucou criard ( Cuculus clamosus , de Cuvier) appartient aussi à l’Afrique méridio- 
nale. Sa taille est de douze pouces; son plumage est d’un noir bleuâtre; les rémiges sont 

IG 


122 


PASSEREAUX Z YGO DACTYLES. 


noires, vers l’extrémité; les rectrices étagées et terminées de blanc; le bec noir et les pieds 
jaunâtres. Cet Oiseau a une voix forte et retentissante, qui se fait entendre à des distances 
prodigieuses; il commence sa triste chanson dès l’aube du jour, et la reprend le soir : c’est 
une phrase de trois notes, se succédant par tierces, et exprimant les syllabes ha, houa , ach. 
Il dépose ses œufs dans le nid du Capocier, et comme ce nid est entièrement fermé, à la 
réserve d’un petit trou par où pénètre l’Oiseau qui l’a fait , on ne peut admettre que le Coucou 
y soit entré pour y pondre son œuf; c’est ce qui conduisit Levaillant à soupçonner que les 
Coucous transportaient dans leur bec l’œuf qu’ils voulaient déposer dans le nid hospitalier. Ce 
fut une autre Espèce de Coucou, le Dridric, dont nous allons parler, qui confirma les soup- 
çons de cet ingénieux observateur. 

Le Coucou Dridric (Cuculus auratus, de Gtnelin) a, comme les Espèces précédentes, 
été observé en Afrique, par Levaillant. Sa taille est de sept pouces et demi; les parties supé- 
rieures sont d’un vert doré , avec cinq bandes blanches sur la tête ; les rémiges sont d’un brun 
verdâtre, tacheté de blanc; les rectrices peu étagées, ‘terminées de blanc; les parties infé- 
rieures sont blanches; le bec et les pieds bruns, l’iris orangé. Le Dridric diffère des Espèces 
précédentes par son bec un peu plus déprimé. Ce magnifique Coucou est peu difficile à décou- 
vrir; le mâle chante sans cesse d’un ton égal et traînant les syllabes di-di-di-clric , qui lui ont 
valu son nom; la femelle n’a qu’un cri, wic , wic, par lequel elle répond à l’appel de son 
compagnon. 

Genre INDICATEUR (lndicator, de Vieillot). Le bec est très-court , presque conique , 
pointu, convexe, dilaté vers la pointe, à mandibule supérieure à peine recourbée; les narines 

sont basales, arrondies, bordées; les ailes sont longues, 
subaiguës; la queue est éch ancrée au milieu; les tarses sont 
médiocres , nus , écussonnés. 

Les Indicateurs sont des Espèces de l’Afrique et de l’Asie, 
que Levaillant a séparé du Genre Coucou, à cause de la 
forme du bec, de l’échancrure delà queue et de la nudité 
des tarses. Levaillant, croyant que ces Oiseaux nichaient 
dans des trous d’arbres, s’est cru autorisé, par cette diffé- 
rence, à séparer les Indicateurs des Coucous; mais, d’après 
les observations des frères Verreaux, zélés et intelligents 
voyageurs, il paraît certain que les Indicateurs introduisent leurs œufs , comme notre Cou- 
cou, dans le nid des Espèces étrangères. M. Jules Verreaux a observé, avec persévérance et 
sagacité, dans le Sud de l’Afrique, les mœurs de ces Oiseaux, et il a vu que la femelle pond 
son œuf à terre, puis s’élance dans le nid qu’elle a choisi, pour l’y déposer, en dérobe un 
de ce même nid, qu’elle brise ou qu’elle mange, puis vient rechercher le sien, qu’elle y 
substitue, à l’aide de son bec. M. J. Verreaux a suivi la même femelle pendant toute la 
période de sa ponte, et il l’a vu déposer, de la même manière, les trois œufs qu’elle avait 
pondus à deux jours d’intervalle; ces trois œufs se trouvaient placés, chacun dans le nid de 
trois Espèces distinctes d’Oiseaux , à la distance de sept à huit cents pas l’un de l’autre. Ce 
fut au commencement d’octobre que cette observation eut lieu : le lendemain de la dernière 
ponte, la femelle, accompagnée de son mâle, qui se tenait toujours à distance, disparut 
avec lui, et tous deux ne reparurent qu’un mois après. Il ne restait à cette époque, dans le 
premier nid (qui était celui d’une Espèce de Pie-Grièche), que le jeune Indicateur, qui, en 
grossissant, avait fini par jeter en dehors ses deux frères adoptifs, et, cependant, le père et 
la mère de ceux-ci lui prodiguaient les mêmes soins qu’à leur postérité légitime,. Bientôt, la 
femelle de l’Indicateur, s’approchant du nid, appela son jeune, qui commençait à voler, 
et qui ne tarda pas à venir la rejoindre, abandonnant les pauvres Oiseaux qui l’avaient adopté, 
et qu’il avait privés de leurs petits. La mère, alors, laissant son jeune aux soins du mâle, 
se rendit au second nid, et en ramena son autre enfant; puis, enfin, le troisième. 



AL. 


Indicateur. 


FAMILLE DES CUCUL1DÉS. 


123 


Les Indicateurs grimpent , comme les Pics , le long des arbres , avec leurs doigts , pour y 
chercher les larvés cachées sous les écorces; ils se nourrissent aussi du miel, de la cire et des 
nymphes des Abeilles; et, comme leur voix criarde, leur vol court et leur caractère peu farouche 
permettent à l’homme de les suivre, les habitants de l’Afrique sont persuadés que ce Coucou 
appelle le voyageur pour lui indiquer les ruches d’Abeilles et partager ensuite avec lui le fruit 
de sa découverte. C’est le voyageur Sparmann qui, le premier, a fait connaître cette curieuse 
particularité : «C’est, dit-il, dans l’intérieur de l’Afrique méridionale que se trouve cet Oiseau. 
Le matin et le soir sont les deux temps de la journée où il fait entendre son cri , qui est fort 
aigu, et semble appeler les chasseurs et autres personnes qui cherchent le miel dans le désert : 
ceux-ci lui répondent d’un ton plus grave, en s’approchant toujours; dès qu’il les aperçoit, il 
va planer sur l’arbre creux où il connaît une ruche, et si les chasseurs tardent à s’y rendre, il 
redouble ses cris, vient au-devant d’eux, retourne à son arbre, sur lequel il s’arrête et voltige, 
et qu’il leur indique d’une manière très-marquée; il n’oublie rien pour les exciter à profiter du 
petit trésor qu’il a découvert, et dont il ne peut apparemment jouir qu’avec l’aide de l’homme. 
Tandis qu’on travaille à se saisir du miel, il se tient dans quelque buisson peu éloigné, obser- 
vant avec intérêt ce qui se passe, et attendant sa part de butin, qu’on ne manque jamais de 
lui laisser. » 

Mauduyt et Levaillant n’admettent pas cette combinaison d’idées dans la conduite de l’Indi- 
cateur : « S’il fallait, dit Levaillant, que chaque Indicateur conduisît ou entraînât, pour ainsi 
dire, malgré lui, un homme vers une ruche, pour que celui-ci l’aidât à s’emparer du miel 
qu’il aurait découvert, on doit facilement concevoir que les Indicateurs risqueraient fort de. 
mourir de faim. Comment vivent donc tous les individus de cette Espèce qui pullulent dans 
les vastes contrées de l’Afrique, où l’on ne voit pas un homme, et qui ne s’en nourrissent pas 
moins du miel qu’ils ont trouvé? Encore, dans les cantons habités, pour un homme qui s’avise 
de suivre un Indicateur, afin de découvrir une ruche, n’est-il pas des centaines, des milliers 
de ces Oiseaux, qui non-seulement savent bien se passer de secours étranger, mais qui, 
disons-le, ne voient probablement pas sans effroi un être absolument étranger à eux dévaster 
et vider en un moment le garde-manger, où chaque jour l’un d’eux trouvait sa nourriture 
favorite? Effroi qu’expriment au reste très-distinctement ces Oiseaux par leurs cris redoublés 
et des inquiétudes marquées dont ils sont agités pendant la dévastation de leur ruche nour- 
ricière. » 

Si le docteur Sparmann avait affirmé que l’intervention exclusive de l’homme est une con- 
dition indispensable de l’existence des Indicateurs, l’objection de Levaillant serait sans réplique, 
en ce qui concerne les régions où l’homme ne pénètre jamais; mais on peut y répondre que 
cette intervention, loin d’être une nécessité, n’est qu’une simple assistance, une sorte de col- 
laboration, acceptée même par d’autres Mammifères, tels que le Rntel, carnassier plantigrade, 
qui habite le sud de l’Afrique, et recherche avidement la cire et le miel des Abeilles. Nous 
croyons, au reste, que le scepticisme de Mauduyt et de Levaillant perd toute son autorité 
devant les assertions contenues dans le Journal de M. Jules Verreaux. « L’instinct de ces 
Oiseaux, dit ce naturaliste, surpasse toute imagination, car ils ont la faculté de reconnaître 
l’homme ou les animaux qui peuvent leur être utiles pour découvrir les ruches d’Abeilles, 
dont les nymphes leur servent de nourriture; aussi sont-ils on ne peut plus estimés, non- 
seulement des colons de l’intérieur, mais plus encore des sauvages, qui semblent avoir pour 
eux un respect très-grand : c’est au point que ceux-ci ressentent beaucoup de peine lorsqu’on 
tue un de ces Oiseaux. C’est donc avec assez de difficulté que mes frères et moi nous sommes 
arrivés à nous en procurer. Pour en revenir à leur instinct, il suffira de dire que lorsqu’un de 
ces Oiseaux vous aperçoit, il semble venir à vous, et vous attirer par son cri de kyi-kyi-kyi- 
kyi, souvent répété, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il voie que l’on s’occupe de lui. Alors, volti- 
geant de buisson en buisson, et battant des ailes, il paraît vous prouver sa satisfaction. C’est à 
ce moment qu’il vous conduit parfois à de grandes distances; je dirai même que j’en ai suivi 


124 


PA SSER E A U X Z Y G 0 DA G T Y LE S. 


ainsi l’espace de plus de sept à huit milles. Mais si, pendant la route, ou à cause de sa lon- 
gueur, vous avez l’air distrait, il s’approche de vous et redouble son cri; si vous déviez de la 
route, il ne cesse de vous harceler en vous poursuivant. Dans le cas contraire, si vous avez 
eu la patience de le suivre, quand il arrive près de la ruche, il recommence de plus fort ses 
cris, et bat des ailes avec beaucoup plus de vivacité. Si la ruche est sur un arbre, il y vole, 
et continue son manège jusqu’à ce que vous paraissiez vous en occuper; tandis que quand elle 
est au-dessous du sol ou dans les crevasses des rochers , il s’y rend également en voltigeant 
autour. Ce n’est que lorsque cette ruche est détruite ou altérée, que l’Oiseau s’en approche 
pour en extraire les nymphes, qui paraissent être sa nourriture favorite. Dans cette attitude, 
rien ne peut l’émouvoir, pas même les Abeilles, qui bourdonnent souvent autour de lui, et qui 
certainement ne manquent pas de le piquer. Du reste, sa peau est si dure, qu’elle paraît à 
l’épreuve de l’aiguillon. » Levaillant rapporte que les invasions de l’Indicateur ne restent pas 
toujours impunies , et que les Abeilles le harcèlent avec persévérance en l’attaquant toujours 
aux yeux, de sorte qu’il n’est pas rare de rencontrer au pied des ruches le cadavre d’un Indi- 
cateur qui, après avoir été aveuglé par les Abeilles, n’a pu gagner un asile, et est mort de 
faim devant la cité qu’il était venu dévaster. Ajoutons que ces Insectes industrieux, pour 
garantir leur ruche des émanations putrides qu’exhalerait le corps ée leur ennemi, l’envelop- 
pent d’un linceul de cire. 

Le grand Indicateur ( Indicator major, de Vieillot; Guculus indicator, de Gmelin) a 
le manteau brun; les parties inférieures d’un roux jaune clair, la queue blanche en dessous, 
tachée de noir, le bec et les tarses noirs. 

Le petit Indicateur {Indicator minor , de Cuvier) a le dos et les parties supérieures 
brun verdâtre, les ailes brunes, flammées de roux, les parties inférieures grises, teintées de 
verdâtre. Il est de la taille du Moineau commun, et habite, comme le précédent, le cap de 
Bonne-Espérance. 

L’Indicateur a bec blanc ( Indicator albirostris , de Temminck ) a la gorge noir 
marron, les joues blanches, la tête brune en dessus. Il habite le Gap, le Sénégal et l’Égypte. 


TRIBU des BUCCONIENS 

( Genres TIW G ON, BU CG O , GUCULUS [en partie |, de Linné.) 

Les Oiseaux composant cette Tribu ont le bec abondamment garni de soies à la base; le 
corps épais et massif, les ailes courtes, concaves, la queue généralement inégale, les tarses 
écussonnés. 


SYNOPSIS DES GENRES DE LA TRIBU DES CUCUL1DÉS BUCCONIENS. 


Bec court 

Bec assez allongé ; 

comprimé , sans échancrure ni crochet. 

Tarses courts 

Tarses moyens 

très-élevé , sillonné , à fortes crénelures 

Bec long ; 

à arête supérieure courbe , sans crochet 

à arête supérieure droite, avec crochet terminal 


Couroucou. 

Barbu. 

Micropogon. 

Barbican. 

♦ 

Bakbacou. 

'P AM ATI A. 


Trogon. 

Bucco. 

Micropogon. 

Laimôdon. 

Monasa. 

Tamatia. 


Genre COUROUCOU, Trogon , de Linné (xpioyM , broyer). Le bec est plus court que la 
tête, gros, voûté, convexe, plus large que haut, courbe a la pointe, dentelé sur les bords, et 


125 


FAMILLE DES CUCLL1DÉS. 

garni de longs poils à la base; les narines sont basales, cachées par les poils de la face; les 

ailes sont surobtuses ; la queue est longue et étagée ; les 
tarses sont courts , grêles , presque entièrement emplumés. 

Les Couroucous habitent la zone intertropicale des deux 
continents; leur port est lourd et disgracieux, mais leur plu- 
mage , doux et soyeux , est orné des couleurs les plus bril- 
lantes, où dominent le vert glacé d’or, le noir bleuâtre 
bronzé, le vert bleu, ou le roux marin et le gris cendré; le 
dessous du corps est , en général , rouge , orange , jaune ou 
rose. La queue est, le plus communément, noire ou rousse, 
et les rectrices sont variées de blanc. 

Les Couroucous sont des Oiseaux solitaires, vivant dans les endroits les plus retirés des 
forêts; semblables aux Chouettes et aux Engoulevents, dont ils ont le plumage soyeux, ils 
semblent craindre la lumière du soleil , et ne sortent que le matin et le soir, pour chasser aux 
Insectes et aux Chenilles, dont ils font leur nourriture presque exclusive. Leur vol est vif, 
court, vertical et onduleux. Ils font entendre, à l’époque des amours seulement, un cri très- 
désagréable, qui exprime, dans la plupart des Espèces, les syllabes cou-rou-couou , dont la 
dernière est très-prolongée. Ils pondent deux fois par an; le mâle creuse, avec son bec, dans 
un tronc d’arbre pourri, une cavité où la femelle dépose deux à quatre œufs; pendant qu’elle 
couve, le mâle lui apporte à manger, et répète près d’elle le cri pio , pio , qui est à la fois fort 
et plaintif. 

Le Couroucou temnure ( Trogon temnurus , de Temminck) a la tête et le manteau 
d’un vert bleu doré; les rémiges grandes et moyennes, rayées de blanc; la gorge, le cou , le 
bas-ventre d’un gris ardoisé uniforme; la région anale d’un rouge vif; les rectrices découpées, 
et comme tronquées au bout , les deux supérieures vertes en dedans , bleues en dehors , les 
trois latérales bleuâtres, terminées et maculées de blanc; le bec rouge, la mandibule supé- 
rieure noire à son extrémité. La taille est de dix pouces. 

« Ce Couroucou, dit M. Alcide d’Orbigny, n’a encore été rencontré que dans l’île de Cuba , 
dont il n’est pas le moins bel ornement; très-commun dans les bois, son séjour favori, on 
entend, le soir et le matin surtout, son chant plaintif, répété à de longs intervalles, et qu’on 
pourrait rendre par tocorr, la première syllabe plus haute et plus forte. Toujours solitaire dans 
les grands bois, il se pose principalement sur les basses branches, où il reste immobile des 
heures entières , paraissant endormi , ou , du moins , s’occupant peu de ce qui l’entoure ; aussi 
est-il facile à chasser, et l’on en tue beaucoup pour la table, sa chair étant très-bonne. Il ne 
se nourrit que de petites graines , genre de vie qui le rapproche beaucoup des Gallinacés , et 
paraît être en contradiction avec la forme de son bec, qui annoncerait un insectivore plutôt 
qu’un granivore. » 

Le Couroucou resplendissant {Troyon pnvoninus , de Spix) a la tête surmontée 
d’une huppe comprimée; le corps entier est d’un vert d’émeraude, glacé d’or, à reflets pour- 
prés; les grandes rectrices s’allongent en quatre ruhans flottants et gracieux, d’un vert doré 
brillant, qui atteignent jusqu’à près de trente pouces de longueur; le dessous du corps est 
d’un rouge vermillon; les rémiges sont noires, ainsi que les rectrices moyennes; les latérales 
sont d’un blanc pur. 

Cette magnifique Espèce habite le Brésil et le Mexique; elle était vénérée chez les anciens 
Mexicains; les filles des Caciques se paraient de son plumage, comme aujourd’hui s’en parent 
les dames créoles. 

Le Couroucou iiosalra ( Troyon varieyntus , de Spix) est une Espèce de la Guyane, 
dont la taille est de sept pouces; les parties supérieures sont d’un vert d’émeraude; la gorge 
est verte, avec un collier blanc sur le cou; les parties inférieures sont rouges; les trois rec- 
trices latérales sont barrées, alternativement de noir et de blanc; le bec et les pieds sont 



COtllüUCOU U ES IM. EM) I SSA NT 


126 


PASSEREAUX Z YGO DACTYLES. 

bruns. Cet Oiseau est fort rare à Cayenne, où on ne le trouve que dans l’intérieur des terres. 

Genre BARBU, Bucco, de Linné (Bucca, joues : ce nom fait allusion au renflement de 
la mandibule à sa base). Le bec est gros, fort, disposé en large cône, un peu convexe en 
dessus, lisse sur ses bords, ou, parfois, denté, 
à mandibules aussi épaisses et aussi larges à 
leur base que hautes , à pointe légèrement 
comprimée; les narines sont arrondies, laté- 
rales, basales, recouvertes par de longs poils 
libres ; les tarses sont écailleux ; les ailes 
courtes , concaves , obtuses ; la queue est 
médiocre. 

Les Barbus ont le plumage bariolé, ordinai- 
rement, de couleurs assez vives. Leur corps 
est gros et massif ; ils vivent , en grandes 
bandes, dans les forêts de la zone torride, se 
nourrissant de fruits, principalement de Figues 
et d’insectes; ils sont peu farouches, et se 
laissent facilement approcher; ils nichent dans 
des trous d’arbres, et y pondent deux œufs 
d’un blanc pur. 

Le Barbu a moustaches jaunes ( Bucco 
chrysopogon , de Temminck) estime Espèce 
remarquable par sa taille et son plumage. 11 a 
près d’un pied de longueur; son plumage est 
vert, maillé de vert glacé en dessus, vert jau- 
nâtre en dessous; la queue est couleur d’aigue- 
marine ; le front est rouge , le vertex gris ; la 
nuque variée de pourpre, d’azur et de rouge de 
feu ; le tour des yeux noir, le bas des joues 
jaune de soufre, le menton et la gorge gris clair; le liée noir, et aussi fort que celui du Cor- 
beau d’Europe. Il habite Sumatra. 

Le Barbu biga'rré ( Bucco versicolor , de Baffles) a le bec noir, le front noir, le vertex, 
jusqu’au dos, rouge de cinabre; les sourcils bleus d’aigue-marine ; la gorge d’un bleu azuré, 
bordé de rouge; le plumage, partout ailleurs, vert, tirant sur le jaune vers les parties infé- 
rieures; les rémiges noires. Cette Espèce habite Sumatra, oh elle porte le nom de Takou. 

Genre MICROPOGON, Micropogon, de Temminck (pixpoç, petit; Ttwywv, barbe). Ce 
Genre diffère du précédent, par les tarses moins courts, le bec plus comprimé, et l’absence 
de longs poils à la base. 

Le Micropogon élégant ( Bucco elegan-s , de Gmelin) , nommé aussi Cabezon élégant , 
est un Oiseau de l’Amérique méridionale, dont la taille est de cinq pouces trois lignes; il a les 
parties supérieures vertes, le sommet de la tête, le menton et la gorge rouges, bordés de 
bleu, la poitrine jaune, avec une plaque d’un rose sale, (pii descend sur le ventre, dont la 
couleur, ainsi que celle des cuisses, est le verdâtre rayé de vert; les rectrices sont vertes; les 
pieds sont plombés , ainsi que le bec , qui a une teinte jaunâtre à la pointe et sur le bord des 
mandibules. Ce rare et bel Oiseau habite les rives du fleuve des Amazones , et , comme les 
contrées encore sauvages où il a fixé son séjour offrent d’insurmontables obstacles aux inves- 
tigations des naturalistes, il est pou de Musées en Europe où on puisse le rencontrer. Le 
Cabezon élégant détruit une immense quantité de Mouches et de Papillons, qu’il saisit adroi- 
tement par le corps, en faisant sauter les ailes d’un seul coup de bec. Patient comme tous 
les Insectivores chasseurs , il reste des heures entières immobile et l’œil au guet. S’il aperçoit 



F AMI LL K DES Cl CL El DÉS. 


127 


au Papillon, il déploie ses ailes courtes, et le suit dans son vol tortueux; l’Insecte cherche 
vainement à fuir; ses circonvolutions retardent de peu d’instants une mort inévitable. Le 
Cabezon le saisit de son bec tranchant, et les ailes diaprées de la gracieuse victime flottent 
abandonnées au vent. 

Genre BARBICAN, Laimodon, de Gray (Xoauwç, gosier; ôSoù;, dent, bec denté). Le bec 
est garni à sa base, sur les côtés, en dessus et en dessous, de soies roides, droites, couchées 

en avant , et disposées par paquets ; il est robuste , très-con- 
vexe, et très-renflé sur les côtés, trigone, terminé en pointe 
conique, à bords festonnés et dentés, avec deux sillons sur 
sa voûte; les narines sont orbiculaires, basales; les ailes sont 
médiocres , subobtuses ; les tarses sont écussonnés , à ongles 
faibles. 

Le nom français de Barbican indique la position intermé- 
diaire que l’Espèce-type occupe entre les Barbus et les Tou- 
cans. Les Barbicans grimpent le long des arbres, à la manière 
des Pics, et, comme eux, en frappent l’écorce à coups redoublés. 

Le Barbican de Barbarie ( Laimodon dubius , de Gray; Pogonicis major, de Cuvier; 
Bucco dubius, de Gmelin) a le plumage noir en dessus, le devant du cou rouge vermillon, 
une écharpe noire sur le ventre, l’abdomen rouge, les flancs d’un jaune serin, le croupion et 
la queue noirs, les tarses jaunes, ainsi que le bec, qui est fortement sillonné. B habite 
l’Afrique. 

Genre BARBACOU, Monasa (u.o'voç, solitaire). Le bec est allongé, pointu, à mandibule 
supérieure convexe, recourbée en pointe à son sommet, à bords très-entiers, et comprimé; 

les narines sont basales , le tour des yeux nu ; les ailes sont 
amples, subaiguës; les tarses courts, robustes, écussonnés. 

Les Barbacous, ainsi nommés par Buffon et Levaillant, 
à cause de leur analogie avec les Barbus et les Coucous , 
habitent l’Amérique méridionale. Ce sont des Oiseaux séden- 
taires et solitaires; ils se tiennent, des heures entières, 
perchés sur une branche sèche, d’où ils se lancent sur les 
Insectes qui 
passent à leur 
portée; sou- 
vent, ils s’élèvent perpendiculairement en l’air 
pour s’en saisir, après quoi ils redescendent à 
leur premier poste , et reprennent leur immo- 
bilité. Ils nichent dans les trous des arbres, et 
y pondent quatre œufs. 

Le Barbacou a face blanche ( Monasa 
personata , de Vieillot) est l’Espèce la plus 
connue de ce Genre; elle habite le Brésil; elle 
a la taille d’un Merle; son plumage est brun, 
teinté de gris en dessus; le front et la gorge 
sont recouverts d’un masque blanc; le tour des 
yeux est couleur de chair; le bec jaunâtre. 

Genre TA M A T I A ( Tamatia, de Cuvier ) . 

Le bec est allongé, comprimé, et l’extrémité 
de la mandibule supérieure est recourbée en 
dessous. Les Tamatias sont des Oiseaux d’Amé- 
rique, à corps gros, épais, à formes lourdes. 





Tamatia a gorge rousse. 


! 28 


PASSEREAUX ZYGODACT YLES. 


Le T am ati a a g o il ge housse ( Tamcitia maculata , de Cuvier; Bucco tamatia , de 
Gmelin) a le plumage roux brun en dessus, blanc rayé ou cerclé de noir en dessous; le bec 
est noir. Il habite la Guyane. 


FAMILLE des PICIDÉS 


( Genres YUNXet PIC US, de Linné.) 

CARACTÈRE. — Bec droit, conique ou pyramidal; langue longue, très-extensible; doigts 
antérieurs unis à leur base ; les deux rectrices externes à peine visibles. 


SYNOPSIS DES GENRES DE LA FAMILLE DES PICIDÉS. 


Queue ordinaire. 
Ailes suraiguës. . 
Ailes obtuses. 
Quatre doigts . 
Trois doigts. . 
Queue roidc. 

Bec un peu arqué 
Bec droit. 

Quatre doigts . . 
Trois doigts . . . 


T o r col. Yunx. 

Pi eu le. Piculus. 

P i c u m n e. Picumnus. 


Col apte. Col aptes. 

Pic. Picus. 

Picoïde. Pi coides. 


Genre PI G (Picus, de Linné). Le bec est droit, aussi haut que large, robuste, en forme 
de coin, sillonné en dessus; les narines sont ouvertes, ovales, plus ou moins cachées par 
des plumes sétacées, qui recouvrent la base du bec; la langue est très-mobile, armée d’ai- 
guillons courbés en arrière, et cornée vers le bout. Les tarses sont forts, écussonnés, pourvus 
de quatre doigts , dont le postérieur externe est plus long que l’antérieur correspondant; les 
ongles sont aplatis, aigus; les ailes sont obtuses; la queue est composée de pennes à tiges 
roides et élastiques. 

L’organisation de la langue, chez les Pics, est des plus remarquables. «Leur langue, dit 
Buffon, n’est que cette pointe cornée qui ne paraît en faire que l’extrémité : ce que l’on prend 
pour la langue est l’os hyoïde lui-même, engagé dans un fourreau membraneux, et prolongé 
en arrière en deux longs rameaux (cornes de l’hyoïde) , d’abord osseux, puis cartilagineux, 
lesquels, après avoir embrassé la trachée, fléchissent, se courbent sur la tête, se couchent 
dans une rainure tracée sur le crâne , et vont s’implanter dans le front , à la racine du bec : 
ce sont ces deux rameaux, garnis d’un appareil de ligaments et de muscles extenseurs et 
rétracteurs, qui fournissent à l’allongement et au jeu de cette espèce de langue : tout le 
faisceau de cet appareil est enveloppé, comme dans une gaîne, d’une membrane qui est le 
prolongement de celle dont la mandibule inférieure est tapissée, de manière qu’elle s’étend et 
se défile comme un Ver, lorsque l’os hyoïde s’élance, et qu’elle se ride et se replisse en 
anneaux quand cet os se retire. La pointe cornée, qui tient seule la place de la véritable 
langue, est implantée immédiatement sur l’extrémité de cet os hyoïde, et recouverte d’un 
cornet écailleux , hérissé de petits crochets tournés en arrière; et, afin qu’il ne manque rien 
à cette espèce d’aiguillon, pour retenir comme pour percer la proie, il est naturellement 
enduit d’une glu , que distillent , dans le fond du bec , deux canaux excréteurs , venant d’une 
double glande. » M. Gerbes pense que cette viscosité doit servir aussi à conserver la langue 
dans un état de souplesse propre à favoriser en elle l’action du toucher. 


FAMILLE DK S PIC1DÉS. 


1 29 

Les Pics sont, de tous les Passereaux Zygodactyles , ceux qui possèdent, au plus haut 
degré, la faculté de grimper; on les voit parcourir en tous sens le tronc des arbres, tantôt 
perpendiculairement de bas en haut, ou même de haut en bas, tantôt horizontalement , ou en 
spirale; mais ils ne grimpent pas, comme les Perroquets, en posant un pied après l’autre, et 
en s’aidant de leur bec; ils parcourent les troncs, au moyen de petits sauts brusques et sac- 
cadés, en s'accrochant, par leurs ongles, aux aspérités, et en appliquant contre le tronc, 
l’extrémité de leur queue, composée de pennes roides, élastiques, et légèrement recourbées, 
qui les soutiennent en arc-boutant. Leur nourriture consiste surtout en larves d’insectes, qui ■ 
vivent entre le bois et l’écorce des arbres : ils s’en emparent, soit en frappant avec leur bec 
sur le tronc, et produisant une secousse qui fait sortir l’Insecte de son trou, soit en enfonçant 
rapidement leur langue gluante dans les fentes de l’écorce. On les voit, après qu’ils ont frappé 
sur un côté, courir aussitôt vers le côté opposé; ce n’est pas, comme le croient bien des 
gens, pour voir si l’arbre est percé, mais bien pour saisir les Insectes qu’ils ont réveillés et 
mis en mouvement. Buffon pense que le son rendu par la partie du bois qu’ils frappent, leur 
fait connaître les endroits creux où se nichent les Vers, ou bien une cavité dans laquelle ils 
pourront se loger eux-mêmes et disposer leur nid. 

Les Pics sont inquiets, farouches, et, presque toujours, ils vivent solitaires; ils se tiennent 
dans les bois, marchent difficilement à terre et volent par saccades. Dans la saison des œufs, 
ils s’appellent en donnant des coups de bec rapides sur une branche sèche. Ils nichent dans les 
cavités naturelles qu’ils rencontrent au sein des vieux arbres, et, quand cette cavité est recou- 
verte par l’écorce ou une portion de bois sain, ils attaquent le tronc de leur bec vigoureux, et 
l’entaillent à coups redoublés, jusqu’à ce qu’ils soient arrivés à la partie cariée. Ils causent 
ainsi des dégâts dans les forêts et dans les 
vergers ; mais ces dégâts sont peut - être 
compensés par les services qu’ils rendent, 
en débarrassant les arbres des Insectes per- 
foreurs qui les rongent et les font périr. 

M. Z. Gerbes, loin de regarder les Pics 
comme des Oiseaux malfaisants, n’hésite 
pas à les ranger parmi les animaux dont il 
faudrait favoriser la propagation. 

Le Grand Pic noir ( Picus Martius , 
de Linné) a dix-sept pouces de longueur, 
c’est-à-dire presque la taille d’une Corneille; 
tout son plumage est d’un beau noir, à l’ex- 
ception de la tête, qui est entièrement rouge 
dans le mâle, et seulement vers la nuque 
dans la femelle. Cet Oiseau est très-farouche, 
et on ne l’approche que difficilement ; il vit 
dans les bois de Sapins du Nord , qu’il 
endommage, non-seulement en soulevant 
l’écorce pour y saisir sa proie, mais en creu- 
sant l’intérieur de l’arbre à coups de bec , 
afin d’y nicher. Cette Espèce est friande 
d’Abeilles , de Guêpes , de Fourmis et de 
Chenilles ; elle est quelquefois frugivore. 

Son nid contient trois ou quatre œufs , d’un 
blanc lustré, sans taches, dont le grand axe 
est de treize lignes, et le petit de dix lignes. 

Le Pic vert ( Picus viridis , de Linné) , nommé vulgairement Pivert , est un de nos plus 

17 



Grand Pic noir ( Picus martius) 


130 PASSEREAUX Z Y G 0 D A G T Y L E S. 

beaux Oiseaux d Euiope. Sa taille est de douze pouces et demi, à peu près celle d’une Tour- 
terelle. Son plumage est d un vert jaunâtre en dessus, d’un vert olivâtre clair en dessous; le 
dessus de la tête est rouge, les joues sont noires; les rémiges sont marquées de taches carrées, 

blanches; la queue est brunâtre en 
dessus, et traversée par des bandes 
olivâtres; la croupe est jaune; le bec 
est noirâtre en dessus, jaune en des- 
sous, et sur les côtés ; l’iris est blanc, 
les pieds bruns. 

Le Pic vert habite les forêts peu 
épaisses, et surtout les bois de Hêtres 
et d’Ormes. Son vol est par élans et 
par bonds; il plonge, se relève, et 
trace en l’air des arcs ondulés, ce 
qui ne l’empêche pas de s’y soutenir 
assez longtemps, car il franchit d’assez 
grands intervalles de terres décou- 
vertes, pour passer d’une forêt à 
l’autre. Il annonce son arrivée par un 
cri dur et aigre , tiacacan , tiacacan ; 
il a, de plus que ce cri, un chant 
d’appel qui ressemble à un éclat de 
rire, tiô, tiô , tiô , tiô , et qu’il répète 
jusqu’à trente et quarante fois de 
suite ; enfin , on lui en connaît un 
autre, plaintif et traîné, plieu, plieu, 
plieu, qui annonce, dit-on, la pluie. 
Son goût pour les Insectes logés dans 
les arbres n’est pas exclusif : au prin- 
temps et en été, il se tient souvent 
à terre , habitude que n’ont pas les 
autres Pics européens : c’est pour 
manger des Fourmis, dont il est très-friand. Quand arrive la saison des œufs, le mâle et la 
femelle choisissent un arbre tendre, rarement un Chêne, et travaillent de concert à y creuser 
un trou oblique et profond pour leur nid. C’est sur un lit de mousse et de laine que la femelle 
pond quatre à six œufs blancs , dont le grand axe est de douze lignes , et le petit axe de neuf 
lignes. 

La sylviculture doit à M. de Kerkado , propriétaire dans le département de la Gironde, un 
moyen, aussi ingénieux que simple, d’empêcher ou de diminuer les dégâts causés par le Pic 
vert : cet agronome ayant remarqué que l’Oiseau attaque de préférence les cicatrices et les 
caries formées par la taille des arbres, conseille de laisser un moignon de deux à trois pouces, 
au lieu de couper les branches à ras de leur naissance , afin d’éviter l’espèce de godet qui se 
forme par la cicatrice, et qui retient assez d’eau pour commencer la dégradation de l’arbre. 

II paraît que le Pic profite volontiers de ces lésions , pour creuser les trous dans lesquels il se 
retire et établit son nid. 

Le Pic cendré (Picus canus , de Gmelin) , vulgairement nommé Pic de Norwége , Pic A 
tête grise , a le plumage vert, avec le dessus de la tête cendré ; le front est rouge dans le mâle; 
les joues portent deux bandes noires; les rémiges sont tachetées de grisâtre; la queue est 
brune, avec les deux rectrices médianes, rayées transversalement de gris jaunâtre; le bec est 
brun, l’iris rouge, les pieds noirs. La taille est de dix pouces. Gette Espèce habite surtout le 



FAMILLE DES PI CI DES. 131 

Nord de l’Europe; elle se nourrit principalement de Fourmis, et pond quatre à six œufs , d’un 
blanc pur, dont le grand axe est de onze lignes , et le petit axe de neuf lignes. 


Le Pic épeiche {Picus major, de Linné) , 
Agachette , a le dessus du corps d’un noir lustr 
qui manque dans la femelle; le dessous du 
corps est d’un gris roussâtre ; le ventre et les 
sous-caudales sont rouges ; la partie de la face 
qui entoure le bec est noire , le front blanc 
roussâtre; les joues, les côtés de la tête et du 
cou sont blancs ; les moustaches sont noires , 
et se divisent, pour se rendre au dos et sur les 
côtés de la poitrine , en laissant un espace 
blanc dans la bifurcation ; les scapulaires sont 
blanches, les rémiges tachetées de blanc; 
les rectrices latérales blanches , tachetées 
transversalement de noir; le bec et les pieds 
d’un brun plombé , ainsi que les paupières , 
qui sont nues ; l’iris est brun rougeâtre. La 
taille est de huit pouces et demi environ. 

Cette Espèce européenne n’est pas rare en 
France; elle parcourt continuellement les bois 
et les vergers , pour y chercher sa nourriture , 
qui consiste en Insectes et en graines d’Amen- 
tacées et de Conifères; elle fiche dans des 
fentes d’arbres les noisettes et les glands , et. 



vulgairement Grand Epeiche, Grand Pic varié, 
é, avec une plaque rouge cramoisi à l’occiput, 



Pic g h anu lipticiiE (Picus major). 


les brise à coups de bec. La ponte est de 
quatre à six œufs blancs, sans taches, dont 
le grand axe est de dix lignes , et le petit axe 
de huit lignes. 

Le Pic a dos blanc. ( Picus leuconotus , 
de Bechstein) a le vertex et l’occiput rouges, 
le front , les joues , le cou , le dos et le crou- 
pion blancs, la poitrine et l’abdomen blancs 
au milieu , roses et flammés de noir sur les 
côtés , les tectrices sous-caudales d’un rouge 
cramoisi , les rectrices latérales tachées de 
noir, sur fond blanc, les autres noires, le 
bec brun corné, les pieds brun cendré, l’iris 
orangé. La taille est de dix pouces. Cette 
Espèce habite le Nord de l’Europe et la Sibé- 
rie. Elle vit d’insectes, et principalement de 
Punaises des bois ; elle pond quatre à sept 
œufs , d’un blanc lustré , sans taches. 

Le Pic mar {Picus médius , de Linné; Picus 
varias, de Brisson), nommé, par Buffon, Pic 
varié à tête rouge , a le dessus du corps d’un 


l’H. MOYKN KT'KIC.HH (PicUS l>ie<lillS . 


132 


l' A S S E R E A l \ Z Y (i 0 D A G T V LES. 


noir lustré , avec les scapulaires blanches , le front et les joues cendrés , l'occiput et le vertex 
rouges , le dessous du corps d’un blanc roussâtre , les côtés du cou et de la poitrine bordés 
d’une bande noire, les flancs roses, et rayés longitudinalement de brun noirâtre, l’abdomen 
et les sous-caudales rouge cramoisi , les rectrices médianes noires , les latérales bordées et 
tachetées de blanc sale , le bec d’un brun de plomb , l’iris brun. 

Le Pic Mar habite la France, et se montre plus fréquemment dans le Midi que dans le Nord ; 
il se tient dans les forêts de Chênes; il pond quatre à six œufs, d’un blanc pur, dont le grand 
axe est de dix lignes , et le petit de huit lignes. 

Le Pic épeichette ( Picus minor, de Linné), nommé aussi Petit Épeiche , est grand 
comme un Moineau; les parties supérieures sont noires, tachetées de blanc; le front, la région 
des yeux les côtés du cou et les parties inférieures sont d’un blanc finement strié de noir 
sur la poitrine et sur les lianes; le sommet de la tête est rouge; la nuque, le manteau et les 
couvertures des ailes sont noirs, ainsi que les moustaches, qui descendent sur les côtés du 
cou; les rectrices latérales sont terminées de blanc et rayées de noir; le bec et les pieds noi- 
râtres et l'iris rouge. La femelle n’a pas de rouge sur la tête; son plumage est, en général, 


plus nuancé de brun , et couvert de 
taches plus nombreuses. Cette Espèce 
n’est guère commune en France; elle 
est plus répandue dans le Nord de l’Eu- 
rope et les parties orientales de la Si- 
bérie. Elle habite les forêts de Hêtres et 
de Chênes , cherchant adroitement les 
Insectes sous l’écorce et la mousse de 
ces arbres ; elle saute même à terre 
pour les trouver dans l’herbe. Elle ne 
creuse pas son nid dans les arbres ; 
elle choisit un trou naturel , qu’elle 
dispute quelquefois à la Mésange char- 
bonnière; elle y dépose quatre à six 
œufs blancs , dont le grand axe est de 
huit lignes et demi , et le petit de six 
lignes. Cet Oiseau n’est pas aussi fa- 
rouche que les autres Pics, et quand on 
le prend jeune, il peut être gardé en cage. 



À l’histoire des Pics se rattache une 
tradition fabuleuse que nous croyons 
devoir reproduire pour le délassement 
de nos lecteurs. L’admirable livre des 
Métamorphoses, que l’on regarde avec 
raison comme un des plus beaux pré- 



sents que nous ait faits l’Antiquité, renferme un petit nombre de fictions relatives à des 
Oiseaux : nous ne manquerons pas de les traduire quand l’occasion s’en présentera. 

V Picus, fils de Saturne, régnait dans l’Ausonie; la beauté de son âme égalait celle de son 
visage ; il n’avait pas encore atteint sa vingtième année , et déjà il attirait les regards des 
Dryades nées sur les monts Latins; les Divinités qui président aux fontaines s’efforçaient de 
lui plaire; les Naïades du Tibre, celles qui habitent les ondes du Numique, de l’Anio paisible, 
du Nar impétueux , de l’Almo (pii termine son cours si près de sa source, du Farfarus aux 
Irais ombrages et des lacs bocagers consacrés à Diane, lui adressaient d’amoureuses prières : 
il dédaigna leurs feux, et n’aima que la fille de Janus au double front, que Vénilie avait mise 
au jour sur le mont Palatin. Quand cette vierge eut atteint l’âge de l’hyménée, elle fut donnée 



F VMILLE DES PICIDÉS. 


1 33 

pour épouse à Picus. Douée d’uue beauté merveilleuse et d’une voix plus merveilleuse encore, 
elle avait reçu le nom de Canente : son chant faisait mouvoir les arbres et les rochers, adou- 
cissait les bêtes féroces, retardait le cours des fleuves, et arrêtait les Oiseaux dans leur vol rapide. 

« Un jour, pendant qu’elle s’exerçait à des modulations harmonieuses, son époux était allé 
poursuivre les Sangliers dans les forêts de Laurente; il pressait les flancs d’un Cheval fou- 
gueux, sa main était armée de deux javelots ; un manteau de pourpre attaché par une agrafe 
d’or couvrait ses épaules. Dans ces mêmes forêts était venue Circé, la fille du Soleil, qui cher- 
chait, loin de son domaine, des plantes nouvelles pour ses enchantements. Cachée par le 
feuillage, la magicienne a vu le jeune chasseur : elle sent s’amollir son âme, et les herbes 
malfaisantes tombent de ses mains. Bientôt , remise de son trouble , et cédant à sa passion 
soudaine, elle veut se montrer à Picus, et lui déclarer son amour. Mais le prince s’éloigne sur 
son coursier rapide, avec les gardes qui l’entourent. « Fusses-tu porté sur l’aile des vents, tu 
ne m’échapperas pas, dit-elle, si mes herbes ont conservé leur vertu, et si je puis encore me 
fier à mon art. » Elle dit, et crée le fantôme d’un Sanglier qu’elle fait passer devant les yeux 
du chasseur, et qui va s’enfoncer dans le plus épais du bois, au milieu des taillis oii ne peut 
pénétrer un cavalier. Aussitôt, Picus, abusé par cette apparence, s’élance de son Cheval écu- 
mant, et s’engage à la poursuite de la proie imaginaire dans les détours de la vaste forêt. Circé 
commence alors ses conjurations ; elle invoque , dans un langage mystérieux , des Divinités 
inconnues aux mortels; elle prononce les paroles magiques qui obscurcissent le visage de la 
Lune, et enveloppent de nuages le front de son père. Ses noirs enchantements troublent la 
sérénité du ciel, de sombres vapeurs s’exhalent de la terre; les compagnons du prince s’éga- 
rent au milieu des ténèbres et cherchent en vain leur maître. La magicienne paraît en ce 
moment devant lui. « Sois, lui dit-elle, le gendre du Soleil, dont le regard embrasse l’uni- 
vers, et ne dédaigne pas l’amour de Circé. » Le jeune homme repousse les prières de sa redou- 
table amante : « Qui que tu sois, lui dit-il, je ne puis être à toi; une autre me possède; je la 
chérirai jusqu’à la mort, et, tant que les Dieux me la conserveront, un amour adultère ne 
rompra point les nœuds qui m’attachent à Canente. » La fille du Soleil redouble ses ardentes 
supplications; Picus reste insensible : « Ton orgueil sera puni, s’écrie-t-elle, tu ne reverras 
pas Canente, et tu vas savoir ce que peut une femme amoureuse et outragée, quand cette 
femme amoureuse et outragée se nomme Circé. » Alors elle se tourne deux fois vers l’Orient, 
deux fois vers l’Occident, touche trois fois de sa baguette le malheureux chasseur, et récite 
trois vers magiques. Picus prend la fuite, et s’étonne de courir avec une vitesse surnaturelle; 
son corps se couvre de plumes, et il se voit avec indignation devenir un Oiseau, nouvel hôte 
des forêts du Latium; il frappe d’un bec irrité le dur tronc des chênes, et parcourt les longs 
rameaux en déchirant leur écorce; son plumage a conservé la pourpre et l’or de son manteau; 
et du beau Picus , il ne reste plus que le nom. 


a Le Soleil était descendu aux rivages de l’Ibérie, et Canente attendait en vain son époux. 
Ses serviteurs et ses sujets se dispersent dans l$s bois , et le cherchent à la lueur des flam- 
beaux. Son épouse s’arrache les cheveux, et fait retentir l’air de ses gémissements. Bientôt 
elle sort de son palais, et parcourt éperdue les campagnes latines. Pendant six jours et six 
nuits, on la vit errer au hasard à travers les montagnes et les vallées, oubliant le sommeil 
et la nourriture. Le dernier jour, elle reposa ses membres exténués sur le frais rivage du Tibre; 
là, par des chants plaintifs, elle exhalait ses douleurs, et, comme le cygne mourant qui chante 
ses funérailles, sa voix expirante formait encore des sons mélodieux. Enfin son corps se fondit 
en eau, et se dissipa en vapeur légère. Les Muses ont voulu perpétuer la mémoire de cette 
épouse infortunée, et le lieu de sa mort porte encore aujourd’hui le nom de Canente. » 

Genre PIGOÏPE ( Picoides , de Lacépède). Dans ce Genre, les doigts sont au nombre de 
trois seulement, le doigt postérieur interne manquant ; le bec est applati, élargi à la base et 

non élpvp 


PASSEREAUX Z YGO DACTYLES. 


134 






COLAPTE. 


Le P i c o i d e t r i l> a c t y l e ( Picoides europœus , de Lesson ; 

Picus tridactylus , de Linné ) a le dessus du corps varié de 
blanc sur le dos et les rémiges ; le dessous du corps est blanc 
avec des raies plus ou moins nombreuses à l’abdomen et sui- 
tes flancs; 1e front est noir, 1e sommet de la tête d’un jaune 
d’or, varié de lignes d’un blanc argenté; la nuque, tes joues et 
tes moustaches sont noires; 1e bec et tes pieds noirâtres; l’iris 
est bleu. 

PlCOIDE. 

Cette Espece habite l’Europe centrale et septentrionale, ainsi 
que 1e Nord de l’Asie et de l’Amérique; elle ne se montre en France qu’accidentel lement : 
ses mœurs, son régime, sa ponte sont tes mêmes que chez tes Pics. 

Genre COLAPTE, Colaptes , de Swainson ( xoXcnrroi , creuser en frappant). Le bec est 

long, large à la base, à sommet recourbé; tes narines sont 
basales, latérales; tes ailes obtuses, la queue longue, étagée; 
tes tarses plus longs et moins robustes que chez tes Pics, et 
pourvus de quatre doigts, dont l’antérieur externe est plus long 
que 1e postérieur correspondant. 

Les Oiseaux de ce Genre marchent à terre plus aisément et 
plus souvent qu’ils ne grimpent sur tes arbres : de là 1e nom 
de Géopics (Pics terrestres) qui leur a été donné par M. Mal- 
herbe; ils sont baccivores autant qu’insectivores. 

Le Colapte laboureur ( Colaptes olivaceus , de Stephens; Picus olivaceus , de Grnelin; 
Picus avatar, de Cuvier) appartient à l’Afrique méridionale. Sa taille est de dix pouces; tes 
parties supérieures sont d’un brun olivâtre, tacheté et vermiculé de fauve; la gorge et 1e devant 
du cou sont d’un brun sombre tacheté de fauve; la poitrine, 1e milieu du ventre et la croupe 
sont rouges, tes flancs brunâtres, 1e bec noir et tes pieds bruns. Le Colapte laboureur ne 
grimpe jamais : c’est à terre qu’il cherche sa proie, c’est en la grattant des pieds et en la pio- 
chant du bec qu’il découvre tes trous pratiqués par tes larves des Hannetons, des Carabes et 
autres Insectes dont 1e Ver a une vie souterraine ; c’est avec sa longue langue à harpons qu’il 
retire ces larves de leurs trous , comme 1e pratiquent tes autres Pics à l’égard de celtes qui 
vivent sous l’écorce des arbres. Les Colaptes laboureurs habitent tes montagnes rocheuses de 
l’Afrique méridionale , d’où ils s’échappent pendant 1e jour pour se répandre dans tes plaines , 
et où ils reviennent 1e soir pour regagner des cavernes, dans lesquelles ils élèvent aussi leurs 
petits. 

Le Colapte aux ailes dorées ( Colaptes auratus , de Swainson; Picus auratus , de 
Grnelin) est un oiseau de l’Amérique septentrionale, dont la taille est de onze pouces ; il a tes 
parties supérieures brunes, rayées de noirâtre, 1e sommet de la tête et 1e cou d’un gris plombé, 
la nuque d’un rouge vif, tes moustaches noires, la croupe blanche, tes couvertures de la 
queue variées de noir et de blanc, tes tiges des rémiges et des rectrices d’un brun jaune doré, 
te devant du cou d’un cendré vineux, un large croissant noir sur la poitrine, tes parties infé- 
rieures blanchâtres, lavées de roussâtre, 1e bec noir et tes pieds bruns. Cet Oiseau est vulgai- 
rement appelé Pique-bois jaune par tes Français de la Louisiane. Dès que 1e temps des œufs 
est arrivé, sa voix se fait entendre du sommet des arbres vieux et desséchés, proclamant 
joyeusement l’ouverture de la belle saison. Son chant est la joie elle-même, car il imite un 
rire jovial et prolongé. On voit une douzaine de mâles attachés à courtiser une seule femelle, 
voltiger autour d’elle, monter, descendre, baisser la tête, étendre la queue, se balancer en 
avant, en arrière, à droite, à gauche, exécuter enfin une espèce de ballet burlesque, dont il 
est difficile d’être témoin sans rire. C’est ainsi que tes prétendants témoignent à leur belle 1e 
désir de lui plaire et de l’amuser. Point de jalousie, point de haine entre ces dandys emplu- 
més ; d’arbre en arbre, de buisson en buisson, tes mêmes cérémonies se répètent : la coquette, 


1 35 


FAMILLE DES IM Cl DÉ S. 

après bien des indécisions, donne un coup de bec à celui qu’elle honore de son choix, aussitôt 
tous les prétendants s’envolent , et le couple s’occupe de chercher une habitation commode 
pour la future famille; ils partent ensemble, et choisissent dans le bois un tronc d’arbre facile 
à creuser. Tour à tour le mâle et sa compagne opèrent à coups de bec l’excavation qui doit 
contenir eux et leurs petits. A mesure qu’un débris de l’arbre vole dans l’air sous le bec de 
l’un d’eux, l’autre le félicite par un cri aigu qui exprime la joie. Enfin le nid s’achève, et c’est 
plaisir de voir les deux Oiseaux monter et redescendre l’arbre dans tous les sens, aiguiser leur 
bec sur tous les rameaux , chasser inexorablement les Rouges-Gorges , les Geais pourprés et 
les autres Oiseaux dont le voisinage leur est suspect , aller en course lointaine à la recherche 
de Fourmis, de larves et d’insectes. Quinze jours après, six œufs blancs et transparents comme 
le cristal sont déposés dans le nid ; ils n’échappent pas toujours à la voracité de la Couleuvre 
noire; les parents eux-mêmes sont attaqués par l’Épervier, mais ils trouvent facilement un 
asile impénétrable dans les trous étroits et profonds des arbres. 

Le Colaptf. des CHAMPS ( Picus campestris , d’Illiger) est une Espèce qui habite le Brésil 
et le Paraguay; le dessus de la tête est noir, ainsi que la gorge; les joues, les côtés du cou 
et la poitrine sont d’un jaune d’or; le dos est brun, rayé de blanc; le ventre est gris clair, rayé 
de noir. 

Azara désigne sous le nom de Pic des champs cette Espèce, qu’il ne faut pas confondre avec 
le Pic aux ailes dorées de l’Amérique septentrionale. « Quoique cette dénomination, dit-il, 
paraisse ne pas s’accorder avec l’idée d’un Pic , aucune cependant ne peut mieux caractériser 
l’Espèce dont il s’agit. En effet, on ne voit jamais ces Oiseaux pénétrer dans les bois, ni 
grimper contre les arbres, ni rechercher les Vers qui sont sous l’écorce : ils saisissent les 
petites proies dont ils se nourrissent dans les campagnes découvertes , qu’ils parcourent à pas 
précipités; c’est par cette raison qu’ils ont les jambes plus longues que les autres Pics. Ils 
frappent avec force de leur bec sur le gazon , où ils savent que se réfugient les Vers de terre et 
les Insectes : un seul coup ou deux suffisent; quand les fourmilières sont humides, ils y enfon- 
cent aussi leur bec pour prendre les Fourmis ou leurs larves. Ils ne laissent pas pour cela de 
se poser sur les arbres , leurs troncs et les branches , et sur les pierres ; s’y tenant tantôt hori- 
zontalement, tantôt verticalement; tantôt accrochés pour grimper, tantôt à la manière des 
autres Oiseaux. Soit qu’ils volent, soit qu’ils courent à terre, ils jettent fréquemment un cri 
fort. Ils se tiennent par paires ou en famille ; ils nichent au fond des trous qu’ils creusent dans 
les murs construits en terre ou en briques crues, ou sur les bords escarpés des ruisseaux. » 

Genre PICUMNE (Picumnus , de Temminck). Le bec est court, droit, conique, pointu, 
sans arête; les narines sont basales, linéaires, à demi cachées par les plumes du front; le 
tour des yeux est nu; les ailes sont courtes, arrondies, obtuses; 
la queue est très-courte , arrondie , à pennes non usées ; les tarses 
sont écailleux, pourvus de trois doigts seulement, dont deux anté- 
rieurs et un postérieur un peu plus long que l’antérieur externe. 

Les Picumnes habitent les forêts de la zone intertropicale; ils 
grimpent le long des petites tiges dans les forts buissons. Ils sau- 
tent d’une branche à l’autre en la saisissant fortement avec les 
doigts, et tenant le corps en travers. Ils ne s’aident pas de leur 
queue pour grimper ; comme les Pics , ils se creusent avec le bec 
des trous dans la partie cariée des vieux arbres , et ils y déposent 
leurs œufs. 

Le Picumne anomal (Picumnus abnormis , de Temminck) , ainsi nommé à cause de la 
forme exceptionnelle de ses ailes , dont les pennes secondaires sont au niveau des primaires , a 
le dessus du corps d’un beau vert, l’occiput nuancé de cendré, le front et les joues d’un brun 
marron , le dessous du corps et le croupion d’un roux canelle fort vif, le bec et les tarses 
blancs. Cette Espèce habite Java. 



I3G 


P A S S Ë R E A U X Z Y Cl 0 D A C T Y L E S. 


G F. n h e PICULE ( Picu/us , d’Isid. Geoffïoy-Saint-Hilaire). Ce 
Genre, tiré du précédent, s’en distingue par ses tarses pourvus de 
quatre doigts, dont le postérieur interne est beaucoup plus court 
que l’antérieur correspondant. 

Les Picules appartiennent tous à l’Amérique méridionale ; ils ne 
sont pas aussi grimpeurs que les Pics, et leur queue ne les soutient 
pas ; du reste leurs mœurs sont semblables. 

Le Picule nain (Picus minutissimus , de Latham; Yunxminu- 
tissima, de Gmelin) a le dessus du corps brun, avec des taches 
arrondies, blanches; le front et le sommet de la tête d’un rouge assez vif; les parties infé- 
rieures d’un brun fauve, rayé de brun foncé. 

Genre T O RG O L ( Yunx , de Linné). Le bec est droit, conique, presque rond, pointu, 
emplumé à sa base; les narines sont basales, nues, en partie fermées par une membrane; la 
langue est très-extensible, mais dépourvue d’aiguillons; les ailes sont médiocres, aiguës; la 
queue est arrondie, flexible, impropre à servir de point d’appui pour grimper; les tarses sont 
courts, écailleux, pourvus de quatre doigts à ongles courts et arqués. 



Torcol ( Yunx Torquilla). 



Les Torcols, quoique conformés comme les Pics, ne grimpent pas comme eux, mais ils se 
cramponnent aux arbres pour y chercher leur nourriture à l’aide de leur langue extensible; ils 
ne se perchent guère que pour dormir; le plus souvent ils se tiennent à terre. 

Le Torcol verticille ( Yunx Torquilla, de Linné ) a six pouces et demi de hauteur, c’est- 
à-dire environ la taille d’une Alouette; il est brun en dessus, et marqué de petites ondes noi- 
râtres et de mèches longitudinales fauves qui produisent un effet très-agréable; le dessous est 
blanchâtre avec des raies transversales noirâtres; son cri est un sifflement plus ou moins aigu; 
il vit et émigre solitairement, et cherche sa nourriture plutôt à terre que sur les arbres; c’est 
surtout de Fourmis qu’il se repaît; il plonge dans les fourmilières sa langue cylindrique et 
glutineuse, et la retire garnie de butin. Son nom générique ( torquere collum, tordre le cou) 
lui vient d’une habitude singulière : lorsqu’on le surprend , ou qu’il aperçoit quelque objet 
nouveau , il tourne le col d’un mouvement lent et sinueux , de manière que la tête se renverse 
en tous sens. 

Cet Oiseau habite l’Europe, l’Asie et l’Afrique; il est très-commun en France à son passage 
d’automne. Quoique très-solitaire, il est peu défiant; il niche dans les trous naturels des 


137 


FAMILLE DES GALBULIDÉS. 

arbres, ou dans ceux qui ont été creusés par les Pics. La ponte est de six à huit œufs blancs, 
sans taches, dont le grand axe est de huit lignes et le petit de six; le mâle, pendant l’incuba- 
tion, pourvoit à la subsistance de la femelle. 

Leïorcol s’habitue facilement à la captivité, et devient très-familier; il est très-friand d’œufs 
de Fourmis, et on le voit sonder avec sa langue, pour chercher des Insectes, toutes les fissures 
des crevasses de la chambre où il est renfermé. « Indépendamment de son joli plumage, il est 
difficile, dit Bechstein, de ne pas prendre plaisir à lui voir exécuter les mouvements qui lui 
ont attiré son nom : le cou s’allonge, et la tête se contourne, de façon que le bec se trouve 
dans la direction du dos. Son attitude ordinaire est de se tenir droit; les plumes de la tête et 
de la gorge dressées, et la queue étendue en éventail , faisant quantité de grandes et longues 
révérences. Si on l’irrite, ou même si l’on s’approche seulement du vase où est sa mangeaille, 
son corps se porte lentement en avant; les plumes de sa tête se hérissent; celles du cou 
s’appliquent fortement les unes sur les autres; ses yeux tournent, il s’incline, étale sa queue, 
murmure quelques sons creux dans sa gorge, prend enfin les postures les plus singulières, et 
fait les grimaces les plus comiques; son tempérament paraît d’ailleurs mélancolique; au prin- 
temps, il crie souvent à plein gosier : gui, gui, gui, gui, pour appeler sa femelle. » 


FAMILLE des GALBULIDÉS 

( Genre GALBULA, de Brisson.) 

CARACTÈRE. — Bec long, entier, étroit, quailr angulaire, pointu, garni, de soies sur les 
côtés; mandibule supérieure à arête vive; narines ovales, à demi fermées ; langue courte, 
cartilagineuse ; tarses courts, en partie emplumés, pourvus de quatre doigts, dont deux en 
avant et deux en arrière, ou de trois doigts seulement, dont un seul postérieur ; ailes courtes, 
subobtuses; queue ordinairement longue et étagée, quelquefois irrégulière et courte. 

Les Galbulidés ont le bec beaucoup plus long que la tête, qui est grosse et carrée; le cou 
court et gros; le corps tout d’une venue; les plumes longues, moelleuses, à barbules peu 
adhérentes et à reflets métalliques. Ils habitent tous l’Amérique tropicale; leurs mœurs sont 
encore peu connues; ils vivent en général isolés ou par paires, et s’écartent peu du canton 
qu’ils ont choisi; les uns préfèrent les bois, les autres les plaines, d’autres les lieux humides; 
ils sont insectivores. Ils ont été rangés par les anciens naturalistes , tantôt parmi les Martins- 
Pêcheurs , tantôt parmi les Pics; ils forment aujourd’hui une Famille intermédiaire entre les 
Picidés et les Alcédinidés ; leur squelette les rapproche surtout de ces derniers. 

SYNOPSIS DES GENRES DE LA FAMILLE DES GALBULIDÉS. 


Bec fort et un peu arqué Jacamérops. Jacamerops. 

Bec grêle et droit , 

Quatre doigts Jacamar. Galbula. 

Trois doigts J acam ar-Alcyon. Jacamar- Alcyon. 


Genre JACAMAR ( Galbula , de Mœhring). Ce Genre est caractérisé par un bec grêle et 
droit, et des tarses munis de quatre doigts, dont deux postérieurs et deux antérieurs; la queue 
est étagée. 

Le Jacamar commun ( Galbula viridis , de Latham) a le plumage d’un riche vert doré 
très-brillant, à reflets chatoyants; l’abdomen et les tectrices sous-caudales sont roux; le bec 

18 


138 


PASSEREAUX Z Y G ODACT Y LES. 




est noir, ainsi que les ongles, les tarses jaunes, l’iris brun. La taille est de sept à huit pouces. 
Cette Espèce habite Cayenne. 

Le Jacamar a bec blanc ( Galbula albi- 
rostre , de Latham) habite la Guyane. Son plu- 
mage est vert doré; le dessous du corps est 
roux cannelle ; la gorge est blanche ; le bec 
blanc , brun vers la pointe. 

Le Jacamar a queue rousse ( Galbula 
ruficauda , de Cuvier) habite l’île de la Trinité. 

Il est vert doré; la gorge est blanche; la poi- 
trine et le ventre roux; la queue est longue, 
vert doré et rousse; la poitrine porte une cein- 
ture vert dorée. 

Le Jacamar a longue queue ( Galbula 
paradisœa, de Latham; Alccdo paradisœa , de 
Gmelin) a le bec long, mince, noir; la tête bru- 
nâtre; le plumage brun; la cravate en triangle, 
d’un blanc pur; la queue longue, fourchue; 
les deux rectrices externes très-allongées. Cette 
Espèce habite Cayenne. 

Le Jacamar a ventre blanc ( Galbula 
nlbiventris , de Lesson) habite le Brésil ; c’est la 
plus petite Espece du Genre. Le bec est long , jacamar a qoeof. rocsse (Galbula ruficauda). 

grêle , noir et blanc ; le plumage est vert doré ; 

le gosier blanchâtre, puis roux; le thorax et les flancs sont d’un vert brun; le milieu du 
ventre est blanc , et la queue courte. 

Genre J AC AM É RO PS [Jacamerops , de Levaillant). Le nom de ce Genre indique qu’il 

ressemble aux Mérops par le bec, qui est fort et un peu arqué, 
et par le reste aux Jacamars. 

Le Jacamerops grand ( Jacamerops grandis, de Les- 
son; Galbula grandis , de Latham), nommé par Levaillant, 
.lacamarici, a le plumage gris vert doré, brillant; le gosier et 
les joues vert doré, la cravate blanche; tout le dessous du 
Jacamerops. corps cannelle foncé; le bec noir et les pieds brunâtres. Tl 

habite Cayenne. 

Genre J AC A MAR -ALCYON [Jacamar- Alcyon, de Levail- 
lant). Ce Genre, dont le nom indique un rapport avec les Alcyons, 
se distingue des deux précédents par les tarses munis de trois 
doigts seulement; le bec est grêle et droit. 

Le Jac amar Alcyon trydactile [Jacamar Alcyon Brasi- 
liensis , de Lesson; Galbula tridactyla, de Vieillot) a le plumage 
gris brun vert ; le ventre et le milieu du corps blanc ; la queue 
médiocre, arrondie; le bec et les pieds noirs. jacamar-aicvon. 


FAMILLE DES BUCÉRIDÉS. 


139 

SYNOPSIS DES FAMILLES 

DE LA SECTION DES PASSEREAUX SYNDACTYLES. 


Bec lony = LONGI ROSTRE S. 

Bec très-grand et très-renflé. 

Réunion des doigts médian et externe très-étendue. . . BUCÉRIDÉS. 
Réunion des doigts médian et externe peu étendue. . . EUR Y CÉ RI DÉS. 
Bec non renflé , 
un peu arqué. 

Langue plumeuse • • • MOMOTIDES. 

Langue ordinal MÉ RO PI DES. 

droit, 

non aplati • • • ALCÉDINI D ES. 

très-aplati TOI) I DÉS. 

Bec peu allongé = L AT IROST RES. 

Bec très-élargi et un peu renflé. . . EURY LAMIDES. 

Bec peu élargi et non renflé PIPR1DES. 


PASSEREAUX SYNDACTYLES LONG! ROSTRES. 


FAMILLE des BUCÉRIDÉS 

( Genre B UC E ROS , de Linné.) 

CARACTÈRE. — Bec variable, toujours grand, à substance celluleuse, très-élevé, à partie 
supérieure arquée, à bords sinueux ou inégalement dentelés ; narines rondes ou ovalaires, 
basales, ouvertes dans la substance cornée ; membrane nue entourant la base du bec ; com- 
missure dépassant les yeux ; paupières longuement ciliées; tarses épais, charnus, écus- 
sonnés ; doigts courts et gros ; ailes obtuses; queue ample, allongée, arrondie à son 
extrémité. 

Les Bucéridés ont le corps massif, le plumage rare et très-peu fourni, souvent duveteux, 
ou comme poilu ; la livrée presque totalement noire. Ce sont des Oiseaux d’un naturel taci- 
turne, qui vivent en troupes nombreuses, dans les forêts des contrées chaudes de l’ancien 
continent et de l’Australie. Leur vol est pesant et court ; leur marche laborieuse ; ils sautent 
comme les Corbeaux , et se tiennent perchés sur les arbres élevés , peu touffus ; le claquement 
de leurs mandibules produit un bruit singulier, qui s’entend au loin. Ils vivent de fruits, de 
graines et d’insectes ; mais ils se repaissent également de chair fraîche ou putréfiée. Us con- 
struisent leur nid dans le creux des arbres, et y déposent quatre ou cinq œufs d’un blanc sale, 
que le male et la femelle couvent alternativement. Leur chair est comestible et délicate, 
surtout celle des Espèces qui vivent de graines aromatiques. 


140 


PASSEREAUX S YN DACTYLES LONG 1 ROSTRES. 
SYNOPSIS DES GENRES DE LA FAMILLE DES BUCÉRIDÉS, 


Bec très-comprimé , mais sans proéminence Tock. Tockus. 

Bec surmonté d’un casque , 

Casque sans ouverture. Calao. Buceros . 

Casque tronqué et ouvert en avant Bucorve. Bucorvus. 


Genre TOCK ( Tockus , de Lesson). Le bec est recourbé, très-comprimé, à arête vive, 
nue , sans aucune excroissance cornée. 

Le Tock couronné ( Tockus melanoleu- 
cus , de Lichtenstein; Buceros coronatus , de 
Shaw) a le bec rouge, son arête est amincie 
en crête; les plumes de la tête sont lâches; 
le haut du corps est enfumé ; le bas-ventre 
blanchâtre. Il habite le sud de l’Afrique. 

Levaillant rapporte qu’il vit un jour une 
bande de plus de cinq cents de ces Oiseaux , 
assemblés avec tous les Corbeaux et les Vau- 
tours du canton, sur les débris de plusieurs 
Éléphants que ses compagnons avaient tués 
et laissés sur la place. 

Genre CALAO, Buceros, de Linné (Sou;, 
bœuf, xépaç, corne). Le bec est élargi, très- 
variable, surmonté d’un casque ou crête de 
J'orme bizarre ; la mandibule inférieure offre 
une courbure parallèle à celle de la mandibule 
supérieure. 

Le Calao concave (Buceros cavatus, de 
Gould) est une belle Espèce, qui habite les 
monts Himalaya et l’archipel Malais. Sa man- 
dibule supérieure est creusée en gouttière , 
dans sa première moitié, et sa couleur est 
d’un jaune orangé vif; la mandibule inférieure 
est d’un jaune plus clair, noire à la base; le 
dessous du corps et les ailes sont noirs; les 
rémiges et leurs tectrices terminées de blanc; la queue est blanche, traversée par une large 
bande noire, à deux pouces de son extrémité. Le manteau est blanc; le tour de l’œil et du 
gosier noir, ainsi que les ongles; les doigts sont d’un gris cendré. 

Le Calao Rhinocéros ( Buceros Rhinocéros , de Linné) a quatre pieds quatre pouces de 
longueur totale, en y comprenant celle du bec, qui est d’environ un pied. Le plumage est 
noir, à l’exception de la croupe, du ventre, de la base et de l’extrémité des rectrices qui sont 
blancs. Le bec a la figure d’une faulx, et porte un casque énorme, recourbé en haut, imitant 
la corne du Rhinocéros, dont la couleur est d’un beau rouge et d’une teinte orangée que 
séparent deux lignes noires ; les jeunes n’ont qu’un rudiment de casque, et point de corne. On 
trouve cette Espèce aux Indes orientales. 

Le Calao unicorne ( Buceros monoceros , de Shaw; Buceros Malabaricus , de Gmelin) 
a le bec énormément développé, surmonté d’un casque considérable, terminé en pointe avancée 
ou en biseau oblique; il est jaune, taché de noir en dessus; le corps est noir; le ventre blanc, 
ainsi que l’extrémité des pennes de la queue. « Ce Calao, dit Levaillant, se trouve dans une 
grande partie de l’Inde, et il est fort multiplié à Ceylan surtout, oîi il arrive souvent aux habi- 
tants d’élever ces Ojseaux dans un étal de domesticité, parce qu’ils chassent les Rats et les 



Tock cochonné (Tockus melanoleucusj. 





GklAO .V C.kS>Q,YYL CAYYm 
VWucctos C.a\ia\\vç,V 


W k\\A\^-Y ÈC.™ W Y kCAULYY, 

V kYtîÀo &uUaYa \. 



FAMILLE DES EURYCÉR1DÉS. (41 

Souris; ils leur tiennent lieu de Chats, dont ils font très-bien l’office, en purgeant les maisons 
de tous ces petits animaux immondes et nuisibles. » Bontius dit qu’avant de manger une 
Souris, le Calao l’aplatit, en la serrant dans son bec pour l’amollir, et qu’il l’avale tout entière 
en la jetant en l’air et la faisant retomber dans son large gosier. 

Genre B UC O R VE ( Bucorvus , de Lesson; mot composé de la première syllabe de Buce- 
ros , et du mot latin corvus , Corbeau). Le bec est très-long, peu recourbé, à mandibules 

très-comprimées ; les narines 
sont couvertes par deux fais- 
ceaux de plumes rigides , sé- 
tacées ; le casque est creux , 
tronqué, et ouvert en avant; 
les tarses sont plus allongés 
que dans les Calaos. 

Le Bucorve caroncule 
( Bucorvus Abyssinicus , de 
Lesson; Buceros Abyssinicus , 
de Gmelin ) a le bec et les 
pieds noirs , les joues et la 
gorge nues , d’un bleu livide , 
la peau du cou vermillon, le 
plumage tout noir, excepté les 
rémiges, qui sont blanches à 
leur extrémité. 

Cet Oiseau est très-commun 
dans l’Abyssinie, il a une odeur très-forte, ce qui a fait penser qu’il se nourrit de charognes; 
mais Bruce affirme qu il ne l’a jamais vu s’en approcher : « Les lieux qu’il fréquente, dit ce 
voyageur, indiquent assez quelle est sa nourriture, et ces lieux sont les champs de teff, 
qu’on voit toujours couverts de Scarabées verdâtres ; il prend dans son bec la tige du teff, et, 
en la rifflant tout entière, il ramasse les Scarabées qui y sont attachés. Je n’ai jamais trouvé 
que ces sortes d’insectes dans le jabot de ceux que j’ai ouverts. » Cet Oiseau est considéré 
comme immonde en Abyssinie, où on le nomme Teir-el-Naciba , c’est-à-dire, Oiseau de la 
destinée ; on prétend que ses intestins et ses excréments , appliqués sur le crâne des chauves , 
ont la propriété de faire pousser les cheveux. 



Bucorve. 


FAMILLE des EURYCÉRIDÉS 

Cette Famille ne comprend qu’un Genre, qui, lui - même , se compose d’une seule 
Espèce. 

Genre EURYCÈRE (Euryceros , de Lesson). Le bec est épais, renflé, bulleux, cellu- 
leux, aussi haut que long, et très-comprimé; la mandibule supérieure est élevée, discoïde 
sur le front, carénée, à arête presque demi-circulaire, terminée par une pointe recourbée; ses 
bords sont fortement dentés, arqués et lisses; les narines sont nues, arrondies, ouvertes, 
creusées dans un sillon profond , garnies à la base de plumes veloutées ; la mandibule infé- 
rieure, très-comprimée à la pointe, qui est aiguë, redressée, est lisse sur ses bords, qui sont 
plans; la commissure du bec est garnie de cils roides, implantés à l’angle du bec; les ailes 
sont obtuses ; la queue est moyenne, composée de douze rectrices ; les tarses sont médiocres, 
emplumés jusqu’aux talons, écusson nés en avant. 


I 12 


PASSE R E A EX S Y N 1) A G T Y LES LO N G I R O S T 1! E S. 



limtvcÈRE de Prévost (Euryceros Prevostii). 


L’Eurycère de Prévost ( Euryceros Prevostii, de Lesson) est une Espèce habitant 
Madagascar, dont la grosseur est celle d’un Merle ; le cou, la tête, la poitrine, la moitié des 
rémiges et les dix rectrices latérales sont d’un noir velouté profond ; le ventre, les flancs et les 
tectrices inférieures de la queue sont d’un noir brunâtre ; le manteau, le dos, le croupion, les 
deux rectrices moyennes et les tectrices des ailes sont d’un marron doré très-brillant; le bec 
est gris perlé, et les tarses plombés. Cet Oiseau a le port et les tarses d’un Eurylaime , les 
ailes et la soudure des doigts d’un Buceros : de là son nom générique, Eury-ceros. 


FAMILLE des MOMOTIDÉS 

Cette Famille ne comprend qu’un Genre. 

Genre MOMOT, Prionites, d’Illiger (-irptojv , scie). Le bec est long, robuste, épais, con- 
vexe, à arête élevée, infléchie vers la pointe, à bords profondément crénelés; les narines sont 
arrondies, basales, obliques; la commissure est garnie de soies; la langue est étroite, allon- 
gée et barbelée sur ses bords ; les ailes sont obtuses , et n’ex- 
cèdent guère la naissance de la queue , qui est longue et 
étagée ; les tarses sont minces , écussonnés ; les doigts faibles 
et grêles. 

Les Momots sont des Oiseaux de l’Amérique tropicale, dont 
le corps est épais , les formes lourdes , le vol difficile et peu 
soutenu; ils habitent l’intérieur des forêts, sont très-défiants, 
ne se posent que sur les branches basses des arbres, et nichent 
dans des trous creusés par des Tatous ou autres Mammifères, 
qu’ils garnissent d’herbes sèches , avant d’y déposer leurs 
œufs. Ils sont principalement carnivores, et vivent de petits Mammifères et d’insectes; quel- 
quefois , cependant , ils se contentent d’une nourriture végétale. 

Le Momot hou tou {Prionites momota , de Lesson; Ramphastos momotn , de Linné) est 
de la grosseur d’une Pie; la tête est noire, couronnée d’azur; le devant du corps vert roux; 





FAMILLE DES MÉROPIDÉS. M3 

les deux rectrices moyennes terminées en palette. Il habite le Brésil et la Guyane ; son nom de 
Houtou exprime le cri qu’il fait entendre toutes les fois qu’il saute. 

Le Mo mot tutu ( Prionites tutu, d’Azara ; Baryphonus cyanogaster , de Vieillot) a le 
dessus de la tête d’un roux cannelle, et les joues noires; la moitié inférieure de la poitrine et 
le reste des parties inférieures du corps sont d’un bleu assez vif. 11 habite le Brésil et doit son 
nom de Tutu à son cri habituel. Azara a observé cette Espèce en captivité. « Ces Oiseaux , 
dit-il, quoique assez farouches, vivaient dans la maison en liberté; ils étaient lourds dans 
leurs mouvements ; leur démarche consistait en sauts brusques et obliques, pour lesquels ils 
ouvraient beaucoup les jambes ; ils agitaient leur cou en divers sens ; ils dormaient sur le 
dos d’une chaise , et ne descendaient à terre que pour manger ; on leur jetait de petits mor- 
ceaux de pain ou de viande crue, à laquelle ils donnaient la préférence; ils ont aussi mangé 
quelquefois des melons d’eau ; ils ne buvaient jamais , et ne se servaient point de leurs serres 
pour saisir les morceaux qu’on leur donnait , et qu’ils frappaient à plusieurs reprises contre 
terre , avant de les avaler ; ils en agissaient de même envers les Figuiers et autres petits 
Oiseaux qu’on lâchait dans la chambre, lorsqu’après une poursuite acharnée, ils s’en étaient 
emparés. Cette habitude paraissait avoir pour motif non-seulement de les tuer, mais aussi de 
leur briser les os , pour amincir leur corps , afin de les avaler ensuite avec plus de facilité , en 
commençant par la tête , ainsi qu’ils le pratiquaient pour les Souris. » 


FAMILLE des MÉROPIDÉS 

( Genre MEBOPS, de Linné.) 

CARACTÈRE. — Bec plus long que la tête , arrondi, recourbé, pointu, s’amincissant 
régulièrement jusqu’à l’extrémité , un peu comprimé, à arête vive; narines latérales, 
arrondies ou en fente longitudinale ; ailes longues et pointues; queue longue, égale ou 
étagée , ou fourchue ; tarses courts , grêles , écussonnés. 

Les Méropidés , désignés sous la dénomination commune de Guêpiers , habitent les régions 
chaudes de l’ancien continent; ils se nourrissent d’insectes hyménoptères, et surtout de Guêpes 
et d’ Abeilles. La plupart des naturalistes ont avancé qu’ils poursuivent leur proie dans les 
airs, comme les Hirondelles; «mais ils ont, dit M. Z. Gerbes, un moyen bien plus simple 
et plus facile de s’emparer de leur proie, c’est celui que met en usage le Guêpier d’Europe, et 
que doivent probablement aussi employer ses congénères. Lorsque cet Oiseau a. découvert 
l’entrée des galeries souterraines qu’habitent les Guêpes ou les Bernbex, il y vole, s’établit tout 
à côté , et gobe , sans plus de façon , tous les individus qui cherchent à gagner leur nid sou- 
terrain , ou qui en sortent. » 

Ces Oiseaux choisissent de préférence, pour leur ponte, les coteaux voisins de la mer, et 
les rives escarpées des fleuves et des rivières , dont Je sol sablonneux et mobile leur permet de 
creuser des galeries horizontales , longues de cinq à six pieds , au fond desquelles ils établis- 
sent leur nid. Les jeunes abandonnent souvent, pendant le jour, leur lit de mousse, pour 
venir prendre l’air à l’entrée du souterrain ; mais , à la moindre alarme , ils rentrent à recu- 
lons dans leur retraite. 

Les Guêpiers se perchent volontiers sur les branches sèches des arbres ; lorsqu’ils sont 
posés, lorsqu’ils volent, lorsqu’ils voyagent, ils font entendre continuellement un cri guttural: 
yruî, gnd , prouî , proui. Ils voyagent par grandes bandes, et souvent dans des régions fort 
élevées. Leur vol est assez rapide et soutenu. C’est en décrivant de grands cercles qu’ils des- 
cendent du haut des airs. Les migrations de l’Espèce européenne ont lieu en mai et en octobre. 


I 44 


1‘ A S S E | E A r \ SYN DACTYLES LONG 1 RO S T R E S . 


SYNOPSIS DES GENRES DE LA FAMILLE DES MÉROPIDÉS. 

Réc grêle , 

Ailes suraiguës Guêpier. Merops. 

Ailes subobtuses ; couleurs vives , non métalliques. . . . Mélittophage. Melittophagus. 

A îles obtuses ; couleurs métalliques. . . Rhinopomaste. Rhinopomastes. 

Bec robuste , caréné supérieurement ; ailes obtuses Alcémérops. Alcemerops. 

Genre GUÊPIER ( Merops , de Linné). Le bec est grêle, régulièrement aminci; les 
narines ovalaires; les deux rectrices médianes sont rubanées et plus allongées que les autres; 
les ailes sont suraiguës; les tarses grêles. 

Le Guêpier d’Europe ( Merops apiaster, de Linné) a dix pouces de longueur, le dos 
fauve, le front et le ventre bleu d’aigue-marine, et la gorge jaune entourée de noir. Ce bel 
Oiseau voyage en troupes nombreuses dans le midi de l’Europe; il ne fréquente jamais que 
les plaines, les coteaux humides et les bords des rivières, pour y attraper au vol les Insectes 
hyménoptères qui vont sucer le miel des fleurs, et il n’est jamais piqué par ces animaux. Il 
place son nid le long des rives sablonneuses et escarpées des rivières, dans des trous qu’il 
creuse à quatre et cinq pieds de profondeur. Les petits y séjournent longtemps avec leurs 
parents : ce qui a fait croire aux anciens que le Guêpier prenait soin de son père et de sa 
mère dans leur vieillesse. La ponte est de cinq à sept œufs, à peu près ronds, d’un blanc 
lustré, pur; leur grand axe est de dix lignes; le petit axe de neuf lignes. 



Guêpier a tète bleue des rives du Nil-Blanc. 


Le Guêpier a tête bleue ( Merops nubiens, de Linné) habite le Sénégal et les rives du 
Nil-Blanc. Son plumage est rouge; la tête est de couleur aigue-marine, le collier noir. 

Genre MÉLITTOPHAGE, Melittophagus, de Roié (géhiacoc , abeille; «pocyw, manger). Ce 
Genre diffère du précédent par la forme des ailes, qui sont subobtuses; la queue est plus ou 
moins fourchue. 

Le Mélittophage minule ( Melittophagus minulus , de Lesson; Merops erythropterus , 
de Gmelin) est une Espèce du Sénégal , qui a la gorge jaune, la poitrine noire et rousse, les 
ailes et la queue rouges , noires au sommet. 

Genre RHINOPOMASTE, Rhinopomastes , de Smith (ptv, narines; -wu.âÇw , boucher). 
Le bec est grêle, trigone à la base, à narines peu ouvertes, longitudinales; les ailes sont 
obtuses ; la queue est étagée ; le plumage est enrichi de couleurs métalliques. 


FA MILLE DES AEC E D t N I !) E S. 


Le Rhinopom aste Namaquois (Rhino- 
pomastes cyanomelas , de Smith; Falcinellus 
cyanomelas, de Lesson) habite I Afrique aus- 
trale. Le dessus du corps est bleu d’azur, à 
reflets, le dessous noir; l’aile porte un miroir 
blanc. 

Genre ALCÉMÉROPS ( Alcemerops , 
d’Is. Geoffroy-Saint-Hilaire) . Ce Genre, dont 
le nom indique un rapport entre les Alcedo et 
les Merops , est caractérisé par un [bec' ro- 
buste , dont l’arête supérieure est légèrement 
canaliculée; les ailes sont obtuses. 



ALCÉMÉROPS. 



L’Alcémérops a fraise ( Alcemerops ' 

amictus; Merops amictus , de Temminck) a ii«ikop.om»stk. 

la face et le devant du cou rouge vermillon, 

la calotte azur pourpré, le plumage vert. Cette Espèce habite Sumatra; ses habitudes noc- 
turnes et crépusculaires le séparent des autres Guêpiers, à plus juste titre encore que la 
rainure longitudinale de la mandibule supérieure. 


FAMILLE des ALCÉDINIDÉS 

( Genre ALCEDO, de Linné.) 

CARACTÈRE. — lire fort, plus long que la tête, tantôt droit et quadr angulaire ou com- 
primé, tantôt conique, assez renflé, et légèrement fléchi à la pointe; narines situées sur 
le rebord des plumes du front, arrondies ou percées en fente ; langue courte et triangu- 
laire', ailes courtes, concaves, subaiguës ou subobtuses; queue courte et carrée, ou 
allongée et étagée ; tarses ordinairement à quatre doigts, dont l’externe réuni au médian 
jusqu’à l’ongle. 

Les Alcédinidés ont le corps épais et ramassé; la tête allongée et grosse; le plumage riche- 
ment coloré. Les uns fréquentent les rivages, où ils se nourrissent de petits poissons ; les autres, 
les forêts , où ils chassent aux Insectes. De là leur division , adoptée par quelques auteurs , 
en Riverains, ou Martins-Pêcheurs , et en Sylvams , ou Martins-Chasseurs. Ils vivent soli- 
taires; leur vol est rapide, bas, droit et-court. Ils font entendre un cri perçant, qui, dans cer- 
taines Espèces , ressemble à des éclats de rire. Ils nichent dans les crevasses qui existent le 
long des berges des rivières, ou dans les trous des vieux troncs d’arbres. Ces Oiseaux sont 
répandus sur tout le globe en nombre considérable, et surtout en Afrique et en Asie. 


19 


146 


PASSEREAU \ S YN DA CT VUES LONG! R O ST R ES. 


SYNOPSIS DES GENRES DE i. \ FAMILLE DES ALCÉDINIDÉS. 


Bec comprimé , 

dentelé en scie Symé. Syma. 

non dentelé en scie. 

Quatre doigts Martin-Pêcheur. Alcedo. 

Trois doigts Céyx. Ceyx. 

Bec élargi. 


Bords de la mandibule supérieure rectilignes Martin-Chasseur. Dacelo. 

Bords de la mandibule supérieure sinueux et excavés 
vers la pointe Ghoucalcyon. Clioucalcyon . 

Genre MARTIN-PÊCHEUR ( Alcedo , de Linné). Le bec est très-droit, anguleux, 
pointu, à mandibules égales; le corps gros et massif; la queue courte, en coin; le plumage à 
éclat métallique. 

Le Martin-Pêcheur vulgaire {A Icedo ispida , de Linné) est une Espèce européenne 
qui, pour la beauté des couleurs, rivaliserait avec les plus brillants Passereaux des régions 
tropicales. Sa taille est celle d’un Moineau; son plumage est lisse, et lui permet de plonger 
dans l’eau sans inconvénient; le dos, la croupe et les couvertures supérieures de sa queue 
sont d’un bleu d’azur éclatant ; cette couleur forme des mouchetures sur la tête et les scapu- 
laires; les autres parties supérieures du corps sont d’un verdâtre changeant en aigue-marine. 
Entre le bec et l’œil , et sur les joues, est une bande rousse; sur la gorge et sur les côtés du 
cou, une bande d’un blanc roux; une belle couleur d’un roux ardent couvre la poitrine et 
s’étend sur l’abdomen, le ventre et les couvertures inférieures de la queue; les plumes de 
celles-ci sont très-courtes, noirâtres en dessous; d’un beau bleu en dessus; de chaque côté du 
bec s’étend une bande colorée comme le dessus de la tète ; les rémiges sont noires sur leurs 
barbes intérieures, d’un vert bleuâtre sur les extérieures; le bec est noir, rougeâtre en des- 
sous ; l’iris et les pieds sont rouges. 



Martin-Pêcheur vulgaire (./Icedo ispida). 


Le Martin-Pêcheur est triste, sauvage et méfiant; il vit solitaire pendant presque toute 
l’année. Il part d’un vol rapide, et file le long des contours des ruisseaux, en rasant la surface 
de l’eau, puis il va se poser sur une pierre ou sur une branche sèche qui s’avance au-dessus 



147 


FAMILLE DES ALCÉDIN1DÉS. 

du courant : c’est de là qu’il guette patiemment sa proie, et se précipite d’aplomb sur les Pois- 
sons et les Insectes aquatiques dont il se nourrit; après une courte immersion, il sort de l’eau, 
tenant dans son bec le Poisson , qu’il va battre ensuite sur une pierre , pour l’assommer avant 
de l’avaler. 

Cet Oiseau, dont les mœurs sont faciles à observer, possède aux yeux du vulgaire des vertus 
merveilleuses : « Il y a peu de nations, dit M. Z. Gerbes, qui ne lui aient reconnu quelque 
propriété extraordinaire. Les anciens croyaient que son corps desséché repoussait la foudre ; 
qu’à la personne qui le portait sur soi il communiquait la grâce et la beauté; qu’il donnait le 
calme à la mer et rendait la pêche abondante sur toutes les eaux. Ce qu’il y a de singulier, 
c’est que des idées à peu près pareilles se trouvent chez les Tartares et chez les Asiatiques. Si 
ces croyances ont disparu, d’autres sont restées, et l’on n’est pas peu surpris d’entendre, dans 
nos campagnes, dire et affirmer que la dépouille du Martin-Pêcheur a la singulière propriété 
de conserver les draps et les autres étoffes de laine, en éloignant les Teignes qui pourraient 
les dévorer. Les dénominations dê Oiseau-Teigne , Drapier , Garde-boutique , font allusion à 
cette prétendue faculté. » 

Le Martin-Pêcheur vulgaire niche le long des cours d’eau, entre les grosses racines des 
arbres riverains , et s’empare quelquefois , à cet effet , des galeries creusées par les Rats d’eau 
ou par les Hirondelles de rivage. Sa ponte est de six à neuf œufs , presque ronds , d’un blanc 
pur et lustré, dont le grand axe est de neuf lignes, et le petit, de huit lignes et demie. 

Le Martin-Pêcheur Alcyon ( Alcedo Alcyon, de Linné; Ceryle Alcyon, de Ch. Bona- 
parte) est une Espèce répandue dans l’Amérique septentrionale. Sa taille est de neuf pouces; 
il porte un large ceinturon bleuâtre à la poitrine, sur un fond blanc; les rectrices sont barrées 
de cette couleur; une tache blanche s’étend entre le bec et l’œil; les plumes de l’occiput sont 
longues et effilées et se relèvent en huppe. On le connaît sous les noms vulgaires de Martin- 
Pêcheur de la Louisiane , et de Jaguacati. 

Genre CEYX, Ceyx , de Lacépède (nom mythologique). Le bec est comprimé , à man- 
dibules lisses sur leurs bords, ayant chacune une arête à leur milieu, à pointe égale et 
mousse; la queue est très-courte, légèrement inégale; les tarses sont courts et minces, 
pourvu de trois doigts grêles, dont les deux antérieurs soudés. Les Ceyx ont le plumage métal- 
lisé , et ne diffèrent des Martins-Pêcheurs que par leurs pieds tridactyles. 

Le Ceyx bleu ( Ceyx cyaneus , de Lesson; Alcedo tridactyla, de Linné) a le bec noir, le 
dos bleu et azur, le dessous du corps roux. Il habite Timor. 

Le Ceyx pourpre (Ceyx purpureus , de Lesson) a le bec jaunâtre, le dos azur, la tête et 
le croupion pourprés, la gorge blanche, le ventre jaune roux clair. Il habite l’Inde et Java. 

Genre SYMÉ, Syma, de Lesson ( Symé est le nom mythologique d’une nymphe de la 

mer). Le bec est long, élargi à la base, comprimé vers l’ex- 
trémité; la mandibule supérieure est marquée par une arête, 
terminée en pointe recourbée , très-aiguë et plus longue que 
l’inférieure, qui est carénée en dessous et convexe; les bords 
sont garnis de dents aiguës en scie. La queue est arrondie, 
inégale. 

Le Symé torotoiio ( Syma torotoro, de Lesson) a le bec 
doré, la tête rousse, le dos bleu, le ventre roux blanchâtre. 
Il habite les rivages de la mer, dans la Nouvelle-Guinée, et 
saisit sur les grèves les petits Poissons, dont il fait sa nourriture. 

Genre M A RT IN - CH AS SElî R , Dacelo , de Leach (anagramme d 'Alcedo). Le bec est 
épais, très-ample; les mandibules sont à bords minces et tranchants; la supérieure est droite, 
l’inférieure renflée en dessous et carénée ; les ailes sont amples, subobtuses; la queue allongée, 
et les tarses robustes. 

Les Martins-Chasseurs sont des Oiseaux appartenant aux régions chaudes de l’Asie; ils 



Symé torotoro. 


148 


PASSEREAUX -S Y NI) A CT Y LES LONG 1 ROSTRES. 


habitent les lieux frais et humides des forêts et des marécages, et y vivent de Lombrics, de 
Larves et d’insectes mous. 




Martin-Cuasseür (Dacelo). 


Le Martin-Chasseur a coiffe noire ( Dacelo atricapilla, de Lesson; Alcedo atrica- 
pilla , de Gmelin) a la tète noire, la gorge blanche, les flancs et le ventre roux, le manteau 
noir, les ailes azur. Il habite le Cap. 

Genre CHOUCALCYON ( ChoucalcyM , de Lesson). Le bec est très-renflé , très-ample; 

la mandibule supérieure est évasée, voûtée , à bords échan- 
crés vers la pointe, qui est crochue; la mandibule inférieure 
est carénée, large, à bords denticulés ; les ailes amples; 
la queue allongée et un peu inégale. — Les Choucalcÿons 
sont des Oiseaux de l’Australie, à plumage soyeux; ils habi- 
tent les forêts humides, et s’y nourrissent de Vers. 

Le Choucalcyon australien^ Choucalcyon australe, 
de Lesson; Alcedo fuse a , de Gmelin) est une Espèce de 
grande taille. Elle a treize pouces et demi de longueur. Son 
plumage est blanchâtre, avec le front, la nuque, de larges 
moustaches, le dos et les ailes noirâtres; le croupion et la queue brun roux, celle-ci traversée 
de bandes anguleuses noires, mais blanches sur les côtés et à l’extrémité. 

Les noms de Ceyx et d 'Alcyon, donnés à quelques-uns des membres de cette Famille, font 
allusion à l’histoire de deux tendres époux, qui vivaient dans les temps fabuleux. Ce jeune 
• Ceyx, roi de Trachyne, en Thessalie, que nous avons vu pleurer si douloureusement son frère, 
changé en Faucon, venait d’épouser Alcyone, fille d’Eole; mais le souvenir des prodiges 
accomplis sous ses yeux troublait le bonheur qu’il goûtait près de sa jeune épouse; il crai- 
gnait sans cesse que la vengeance de Diane ne s’étendît sur toute la famille de l’infortuné 
Dédalion. Pour dissiper ses terreurs, il voulait porter ses offrandes au temple d’Apollon; mais 
la route qui conduit à Delphes était infestée par le brigand Phorbas. Il entreprit alors de tra- 
verser la mer et d’aller en Ionie, pour adorer le Dieu de Claros. « Que devins-tu, tendre 
Alcyone, quand Ceyx t’annonça son départ? Un froid mortel pénétra jusque dans la moelle de 
tes os; ton beau visage prit les teintes livides du buis, et tes joues furent inondées de larmes. 
Trois fois elle voulut parler, trois fois ses pleurs l’en empêchèrent. Enfin, d’une voix entre- 
coupée par les sanglots : « Quel crime ai-je commis, mon bien-aimé, dit-elle, pour que ton 
cœur soil changé? Où donc est cet amour qui me plaçait au-dessus de tout? Quoi! tu peux 



Cllül CALCYON. 


149 


FAMILLE DES ALCÉD1N I DÉS. 

déjà vivre tranquille loin d’Alcyone? Déjà te plaît un long voyage, et l’absence seule peut me 
prêter des charmes aux yeux de mon époux ! Si du moins tu prenais ta route sans quitter la 
terre, ma douleur serait exempte de crainte; mais l’aspect orageux de la mer m’épouvante. 
J’ai vu naguère sur le rivage les débris d’un vaisseau naufragé , et trop souvent j’ai lu des 
inscriptions funèbres sur des tombeaux vides. Qu’une confiance trompeuse n’égare point ton 
esprit parce que tu es le gendre d’Eole; ne crois pas qu’il puisse retenir toujours les Vents 
dans leur prison, et apaiser à sa volonté les flots soulevés par eux. Lorsqu’une fois les Vents 
déchaînés se sont répandus dans les champs de l’air, rien n’est à l’abri de leur fureur : la terre 
et les ondes leur appartiennent; ils bouleversent le ciel même, et leur choc fait jaillir du sein 
des nuages les feux étincelants de la foudre. Je les connais ces Vents impétueux , je les ai vus 
souvent, aux jours de mon enfance, dans le palais de mon père, et c’est pour cela que je les 
redoute. Si ta résolution ne peut être ébranlée par mes prières, emmène Alcyone avec toi, 
cher époux; je partagerai tes fatigues; s’il est des périls à craindre, j’y serai du moins exposée 
comme toi, et nous voguerons ensemble sur l’abîme des mers. » 

« Ceyx rassure et console son épouse; mais il part sans elle, et, au milieu de la traversée, 
une tempête furieuse brise son navire. Ceyx devient le jouet des ondes; il invoque Lucifer, son 
père; il invoque Eole, père de son épouse; mais sa prière est vaine. Il nage avec l’énergie 
du désespoir, mais bientôt ses forces sont épuisées. Voyant la mort inévitable , ses dernières 
pensées sont pour Alcyone : il l’appelle, il lui dit adieu d’une voix défaillante; il supplie les 
flots de porter son corps sur le rivage habité par elle, pour qu’il soit enseveli par des mains 
amies. Bientôt une vague aux flancs recourbés vient se briser sur sa tête, et sa bouche, que 
remplit l’onde amère, murmure encore le doux nom d’Alcyone. 

« Cependant, cette épouse infortunée, ignorant son malheur, compte les jours et les nuits; 
elle apprête pour Ceyx des vêtements nouveaux; elle essaie d’avance ceux dont elle doit elle- 
même se parer à son arrivée, et se promet, hélas! toutes les joies du retour. Elle va porter de 
l’encens à toutes les divinités de l’Olympe; Junon surtout reçoit ses offrandes : elle lui demande 
que son époux échappe à tous les dangers du voyage, qu’il revienne, et qu’il lui soit resté 
fidèle. Hélas! le dernier de ces vœux devait seul être exaucé. Junon, émue de pitié, ordonne 
à Morphée de lui faire connaître la mort de celui qu’elle attend. L’ombre de Ceyx lui apparaît 
en songe, et l’avertit de prendre des habits de deuil. Alcyone, endormie, s’agite sur sa cquche 
en gémissant; elle tend les mains au fantôme, qui se dérobe à ses embrassements : « Où vas- 
tu? lui dit elle. Nous partirons ensemble. » Troublée par l’image et la voix de son époux, elle 
secoue le sommeil, et pousse des cris douloureux; ses serviteurs accourent avec des flam- 
beaux; elle cherche d’un œil égaré son époux à la place où elle vient de le voir, et, ne le 
retrouvant plus, elle se frappe la poitrine et s’arrache les cheveux. Sa nourrice veut en vain 
la calmer : « Ne cherche pas à me consoler, dit-elle : Alcyone n’est plus; elle est morte en 

même temps que Ceyx Je l’ai vu, je l’ai reconnu, quoiqu’il eût perdu sa beauté.... Pâle, nu, 

les cheveux humides, il se tenait devant moi, ici, à cette place, où je cherche en vain les traces 
de son passage. Voilà donc ce malheur que je craignais et que j’avais prévu!... O mon Ceyx ! 
la mer t’a englouti, tu as péri loin d’Alcyone; mais comme toi j’ai fait naufrage, et la douleur 
ne me sera pas moins funeste que ne l’ont été pour Ceyx les flots de l’Océan ! Je n’ai pu mourir 
avec toi, mais je te suivrai de près aux rives infernales, et si mes cendres ne sont pas mêlées 
aux tiennes dans la même urne , ton nom et le mien seront unis sur un même tombeau. » 

« Le jour venait de paraître, Alcyone sort éplorée de son palais, et court au rivage d’où elle 
avait vu partir son époux. Ses yeux, errants sur la vaste mer, aperçoivent au loin un objet flottant, 
de forme incertaine: bientôt les ondes le rapprochent de la terre, et lui font voir un corps humain. 
Sans le reconnaître , elle s’apitoie sur son sort : » Malheureux! dit-elle; mais plus malheu- 
reuse encore l’épouse qui te survit ! » Cependant le corps , poussé par la mer, arrive près du 
bord; elle regarde, elle se trouble, elle refuse d’en croire ses yeux; mais enfin il ne lui est 
plus permis de douter : Alcyone a reconnu le cadavre de Ceyx : « C’est lui, s’écrie-t-elle; est-ce 


150 


PASSEREAUX SYNDACTYLES L O N G 1 R O S T R E S. 


ainsi , cher époux , que tu reviens vers moi ? » Elle monte aussitôt sur le môle qui repousse 
l’assaut des vagues; elle s’élance; ô prodige! elle vole! devenue Oiseau, elle frappe l’air de 
ses plumes qui viennent de naître; elle effleure la surface des ondes, et s’éloigne en poussant 
un cri plaintif; bientôt elle atteint le corps livide qui flotte sur les ondes; elle embrasse de ses 
ailes les membres chéris de son époux, et cherche à le ranimer par les froids baisers de son 
bec endurci; Cevx lève la tête : en ce moment les Dieux, touchés de compassion, le changent 
en Oiseau comme elle , et les deux époux sont unis de nouveau , pour ne plus se séparer. 
Pendant les sept jours sereins qui précèdent l’hiver, Alcyone couve son nid, suspendu sur les 
flots : alors Éole, en faveur de sa postérité, retient les Vents dans leur prison, et la mer est 
tranquille. » 


FAMILLE l)ES TODIDÉS 

( Genre T O DU S, de Linné.) 

CAR ACTE RE. — Bec allongé , plus large que haut, entouré de longs poils à la base ; man- 
dibules minces , la supérieure terminée en pointe et offrant une arête distincte; l’infé- 
rieure obtuse, tronquée , toutes deux denticulées le long de leurs bords ; narines petites , 
ovales, couvertes d’une membrane ; pieds médiocres ; quatre doigts , trois en avant, l’in- 
terne uni jusqu’à la deuxième articulation, l’externe jusqu’à la troisième; ailes obtuses; 
queue médiocre, élargie, légèrement échancrée. 

Cette Famille est constituée par un seul Genre. 

Genre TODIER, Todus , de Linné (Todus , petit Oiseau). Les Todiers sont des Oiseaux 
de petite taille, qui habitent les régions humides de l’Amérique tropicale, où ils se nourrissent 
d’insectes qu’ils saisissent à terre ou au vol. 


Todikr veut (Todus viridis) 
sur un Aluns napcilis. 


Le Todier vert ( Todus viridis, de Gmelin) est vert glacé en dessus; la gorge est d’un 
rouge cramoisi velouté. Ce charmant Oiseau habite les Antilles ; on le nomme , à Saint- 
Domingue, Perroquet de terre , à cause de sa belle couleur verte, et de l’habitude qu’il a de 
se tenir sur le sol; il se tient aussi sur les branches, d’où il guette patiemment sa proie, le 



CV.V'INi'.SEV . 


151 


FAMILLE DES EU R YM ALI DÉS. 

cou rentré entre les épaules , le bec dirigé en l’air, les plumes ébouriffées , et dans une atti- 
tude qui semble stupide, mais qui ne l’est qu’en apparence; car, si son corps est immobile, 
ses yeux sont sans cessé en mouvement, et dès qu’ils ont avisé un Insecte, l’Oiseau prend 
l’essor et s’en saisit , puis revient à son poste , où il l’avale. 

Le Todier est peu craintif, et vit facilement en captivité; il voltige continuellement dans la 
chambre, effleurant tous les meubles, et y cherchant des Insectes et des Araignées. Cette 
Espèce place son nid à terre , sur le bord des ruisseaux ou des torrents , dans des crevasses 
naturelles ou dans des galeries qu’elle creuse avec son bec et ses pattes. Elle pond quatre œufs 
d’un gris bleu, tacheté de jaune. Le ramage du mâle est assez agréable à l’époque des amours; 
dans toute autre saison , son cri est triste et souvent répété. 


PASSEREAUX SYNDACTYLES LATIROSTRES 


FAMILLE des EURYLAMIDÉS 

CARACTÈRE. — Bec moyen, voûté, fendu, déprimé ; narines ouvertes, nues. 

Les Eurylamidés sont des Oiseaux de Sumatra , de Java et de la Nouvelle-Guinée, à formes 
trapues, à plumage vivement coloré, offrant un large hausse-col d’une couleur tranchée. Ils 
habitent les marécages et les bords des cours d’eau, dans les cantons les plus déserts, et 
vivent de Vers et d’insectes qu’ils ramassent à terre, 

SYNOPSIS DES GENRES DE LA FAMILLE DES EURYLAMIDÉS. 

Bec large ; narines percées dans le bec, près de sa base . . Ë r o i. l e. Erolla. 

Bec très-large , 

Narines rostrales Cymbirrhynque. Cymbirrhynchus. 

Narines basales Eurylaime. Eurylaimus. 

Bec extrêmement large et renflé sur ses bords Cor y don. Corydon. 

Genre EURYLAIME, Eurylaimus , de Horsfield (eupùç, large, Xat.ao;, gosier). Le bec 
est beaucoup plus large que 
haut; la mandibule supérieure 
a son arête tronquée brusque- 
ment au sommet, échancrée 
et légèrement recourbée; les 
narines sont basales ; les ailes 
subobtuses ; la queue courte , 
droite , arrondie ; les tarses 
sont robustes , écussonnés. 

L’Eurylaime de Java 
( Eurylaimus Javanicus , de 
Horsfield) a la tête et le cou 
d’un brun vineux, le dos et les 
ailes noirs flammés de jaune 
doré ; le dessous du corps 
vineux; un collier noir, les 
tarses jaunâtres. 



Eurylaime ( Ettrylaimus ) sur un Castanea martabanica . 


152 


PASSE R E AUX S Yi\ I) A C T Y L E S L A T J R 0 S T R E 8. 


Genre CYMBIRRHYNQUE, Gymbirrhynchus , de Vigors ( xuaG/] , barque, puyx 0 ? > bec). 
Ce Genre a le bec très-large , comme le précédent , mais les narines , au lieu d’être basales , 
sont situées au milieu de la voûte du bec. La queue est étagée. 

Le Cymbirrhynque n a s i o u e ( C ymbirrhynchus macrorhynchus , de Gray ; Eurylaimus 
nasutus , de Temminck ) a le liée brun , à stries blanches et noires , le hausse-col et le crou- 
pion rouge pourpre , les tectrices moyennes blanches. 11 habite Sumatra. 

Genre EROLLE , Erolla, de Lesson. Le bec est aussi haut que large, à mandibule supé- 
rieure convexe dans le sens de sa largeur, sans arête marquée, et terminé en crochet; les 
narines sont rapprochées du bord mandibulaire et presque basales; les ailes sont obtuses; la 
queue large, presque carrée, ou légèrement échancrée; les tarses sont grêles. 

L’Erolle de Blainville ( Erolla Blainvillii, de Lesson; Eurylaimus Blainvillii , de 
Garnot) habite la Nouvelle-Guinée; le plumage entier est noir, avec trois taches blanches 
partant des yeux et de la nuque ; le croupion nt les tectrices de la queue sont d’un rouge de 
sang; le bec et les tarses bruns. La taille est de cinq pouces et demi. 

Genre CORYBON ( Corydon , de Lesson). Le bec est extrêmement large et fort, à bords 
très-dilatés latéralement, et renflés postérieurement; les autres caractères sont ceux du Genre 
Eurylaime. 

Le Corydon de Sumatra ( Corydon Sumatranus , de Strickl ; Eurylaimus Corydon, de 
Temminck) a le plumage noir, avec un miroir blanc sur l’aile, le dos rouge, et la gorge 
rousse. 


FAMILLE des PI PR ID ES 

( Genre P I P B A , de Linné.) 

CARACTÈRE. — Bec court, voûté, comprimé, à narines cachées par les plumes du 
front; ailes obtuses; queue très-courte et presque carrée. 

SYNOPSIS DES GENRES DE LA FAMILLE DES PIPRIDÉS. 


Bec court et large Calyptoméne. Cal yptomena . 

Bec assez élevé , 

Tarses courts Ru picole. Bupicola. 

Tarses allongés Manakin. Pipra. 


Genre M ANAKIN [Pipra, de Linné). Le bec est court, assez profondément ouvert, 
déprimé, trigone à sa base ; la mandibule supérieure est échancrée vers la pointe; les narines 
sont basales, triangulaires; les ailes médiocres; les tarses sont écussonnés, grêles, allongés; 
les doigts faibles , à ongles petits. 

Les Manakins sont de jolis Oiseaux de l’Amérique méridionale, dont les plus grands éga- 
lent à peine la taille d’un Moineau , et dont les plus petits ont celle du Roitelet. Leur plumage 
est vivement coloré ; ils habitent les forêts profondes et n’en sortent jamais pour aller en 
plaine ; leur vol est assez rapide , mais court et peu élevé ; ils se perchent sur les branches 
moyennes des arbres. Le matin, ils se réunissent en petites bandes de huit ou dix, et cherchent 
leur nourriture, qui consiste en Insectes et en petits fruits ; leur gazouillement est faible, mais 
agréable; quand la chaleur du jour augmente, ils se séparent et se retirent sous les ombrages 
les plus frais, où ils vivent isolés et silencieux. Ils établissent leur nid dans les broussailles, 
et pondent cinq ou six œufs. 

Le Manakin casse-noisette ( Pipra manacus, de Linné) est une Espèce de la Guyane; 






"m 




FAMILLE DES PIPB1DES 


153 


son plumage est noir en dessus, blanc en dessous ; les ailes et le cou sont tachés de blanc ; le 
bec est noir et les pieds jaunes. La taille est de quatre pouces. Son nom de casse -noisette 
vient de son cri qui imite le bruit de cet instrument. Ces Oiseaux mangent plus d’insectes que 
de fruits, et se tiennent ordinairement à terre, à la suite des colonies de Fourmis; ils sont 
fort vifs et très-agiles : on ne les voit presque jamais en repos, quoiqu’ils volent peu ; ils sau- 
tillent au milieu des Fourmis, qui les piquent au pied, et leur font pousser leur cri. 

Le Man a ki n tijé (Pipra pareola , de Linné), nommé aussi le Grand Manakin, est une 
Espèce du Brésil, dont le plumage est d’un beau noir velouté, avec une calotte bleue chez le 
mâle, et rouge chez la femelle. 

Le Manakin goitreux ( Pipra gutturosa, de Desmarets) est noir en dessus, blanc en 
dessous, et porte, sous la gorge, une touffe épaisse de plumes. Cette jolie Espèce habite le 


Brésil. 

Le Manakin militaire ( Pipra militaris , de Shaw) est aussi 
une Espèce du Brésil ; son plumage est brun ; le front et le croupion 
sont rouges ; le manteau noir ; la gorge et le devant du cou d’un gris 
bleuâtre. 

Genre BUPICOLE, Rupicola, de Brisson ( rupes colere , habi- 
ter les rochers). Le bec est médiocre, robuste, comprimé vers le 
bout, à mandibule supérieure échancrée et crochue à son extrémité; 
les narines sont ovales, grandes, latérales; les ailes moyennes; les 
tarses courts et robustes. 

Les Bupicoles sont nommés vulgairement Coqs de roche , parce 
qu’ils portent sur la tête une double crête verticale de plumes dispo- 
sées en éventail. Ils habitent, dans l’Amérique méridionale, les grands 

bois des régions tempérées ; on les rencontre , par petites troupes de trois à huit individus 




Kupicole orangé livpicola uurantiai 


i 


20 



154 


P A S S E R E A U X S Y N I) A C T Y LES 1, A T 1 R 0 S T R E S. 


d’un seul sexe , dans le voisinage des lieux escarpés qui bordent-les grands torrents. Ils sont 
très-méfiants , et se laissent difficilement approcher. Ils ne grattent jamais le sol , comme le 
rapporte Buffon , sur la foi de Sonnini ; leur vol est lourd ; lorsqu’ils sont perchés , ils font 
sans cesse des mouvements brusques et saccadés; ils vivent de baies et de drupes; leur chant 
est un cri rauque de la syllabe két-ke't-két, grasseyée, mais répétée avec force et d’un ton 
aigu. Ils construisent leur nid dans les anfractuosités des roches coupées à pic, qui bordent 
les torrents. Ces nids sont formés de filaments de racines chevelues , entrelacés et cimentés 
avec de la terre ; la ponte est de deux œufs d’un tiers plus petits que ceux des Poules, d’un 
blanc sale, et irrégulièrement tachetés de brun et de gris. 

Le R cpi cole orangé ( Rupicola aurantia , de Vieillot; Pipra rupicola de Linné) a le 
plumage d’un jaune orangé ; la tête porte une belle huppe demi-circulaire, composée de deux 
plans de plumes, inclinés et se rejoignant au sommet ; cette huppe est d’un orange très-vif, 
et bordé d’un cercle étroit rouge ; les ailes sont brunes, avec un trait blanc au milieu, et les 
plumes qui recouvrent la queue sont frisées et coupées carrément ; la femelle est d’un brun 
fuligineux. Cette Espèce habite la Guyane , oii elle devient très-rare. 

Le Rupicole du Pérou ( Rupicola Peruviana, de Dumont) est aussi de couleur orangée, 
mais la huppe est disposée en touffe ; le manteau est d’un gris cendré ; les rectrices sont d’un 
noir profond ; les tectrices ne sont pas frisées. 

Il habite le Mexique. 

Genre CALYPTOMËNE, Calyptomena, 
de Horsfield ( xaXuTTTop-evoç , caché). Le bec est 
court , très-large à la base ; la mandibule su- 
périeure a son arête et ses bords recourbés 
jusqu’à la pointe ; les narines sont latérales , 
arrondies ; les ailes longues ; les tarses épais , 
et les doigts longs. 

Les Calyptomènes portent sur la tête des 
plumes relevées en huppe simple , et non dis- 
posées en éventail ; ils vivent dans les lieux 
les plus reculés des forêts : de là leur nom 
générique. 

Le Calyptomène verdin ( Calyptomena 
viridis , de Horsfield ; Rupicola viridis , de 
Temminck) habite Java et Sumatra. Son plu- 
mage est d’un beau vert d’émeraude , avec 
deux taches d’un noir de velours sur les côtés 
du cou , et les ailes traversées par trois bandes 
noires. La couleur verte de cet Oiseau, peu 
différente de celle du feuillage au milieu duquel 
il vit sur la cime des arbres , fait qu’on le 
découvre difficilement , et que l’Espèce paraît 
rare. 



FAMILLE DES H1R0ND1N1DÉS. 


155 


SYNOPSIS DES FAMILLES 

DE LA SECTION DES PASSEREAUX DÆODACTYLES 

Bec large et très-profondément fendu — FISSIROSTRES. 

AUes très -longues ; plumage serré. Oiseaux diurnes. . HIRONDINIDÉS. 
Ailes longues; plumage mou. Oiseaux nocturnes .... CAPRIMULGIDÉS. 
Bec grêle et allongé — TÊNU1ROSTRES. 

Doigts médian et externe inégaux. 

Tarses très-courts ; ailes extrêmement longues. . . TROCHILIDÉS. 
Tarses ordinaires. 

Ailes longues CERTHIDÉS. 

Ailes médiocres UPUPIDÉS. 

Doigts médian et externe sensiblement égaux ...... P ICUCU LI DÉS. 

Bec comprimé et couvert à la base = CULTRIROSTRES. 

Bec plus ou moins grêle , prismatique , droit SU TIRÉS. 

Bec robuste CORVIDÉS. 

Bec nettement échancré = D ENTIROSTRES. 

Bec plus ou moins allongé et aminci TU RDI DÉS. 

Bec plus ou moins gros à la base et conique. TAN AG RII) ÉS. 

Bec conoïdal, sans échancrure nette = CON 1 ROSTRES. 

Ongle du pouce plus ou moins recourbé. 

Mandibules courtes, aiguës, avec des poils à la base, PA RI D ÉS. 
Mandibules comprimées, la supérieure plus ou moins 

arquée COUDÉS. 

Mandibules assez allongées STURNIDÉS. 

Mandibules épaisses, robustes . FRINGILLIDÉS. 

Ongle du pouce long et presque droit ALAUDIDÉS. 


PASSEREAUX DÆODACTYLES FISSIROSTRES 


FAMILLE des HIRONDINIDÉS 

( Genre HIRUNDO , de Linné.) 

CARACTÈRE. — Bec petit, très-déprimé, très-large à la base, de forme triangulaire, à 
commissure ample, comprimé à sa pointe, qui est petite, recourbée, et un peu entaillée; 
narines basales arrondies, à demi fermées; langue bifide au sommet; ailes longues, aiguës 
ou suraiguës; queue ordinairement très- fourchue, rarement égale, à dix ou douze rec- 
trices; tarses courts, doigts grêles; l’externe soudé à sa base avec le médian. 


PA SSE RE Al X DÆODACTYLES Fl S SI R O ST RES. 


1 50 

Les Hirondinidés sont des Oiseaux sociables, à vol puissant, insectivores, qui habitent les 
climats chauds des deux mondes, les Espèces qui s’avancent dans les zones tempérées 
émigrent vers la fin de l’été, et se rapprochent de l’équateur, pour revenir au printemps 
suivant. 

SYNOPSIS DES TRIBUS ET DES GENRES DE LA FAMILLE DES HIRONDINIDÉS. 

Doigt médian beaucoup plus long que les latéraux = TBIBU DES H I BON D I N I E N S. 

Genre unique Hirondelle. Hirundo. 

Doigt médian presque égal aux latéraux. 

Pouce dirigé en arrière — TBIBU DES SA LA N GA E I E NS. 

Queue ordinaire Salangane. Salangane. 

Queue épineuse Acanthylis. A cantliylis. 

Pouce dirigé latéralement , ou en avant = TBIBU DES GYPSE LIE N S. 

Genre unique Mar t i n e t. Cypsehts. 


TRIBU des III ROND INIENS 

Genre HIRONDELLE ( Hirundo , de Linné). Les tarses sont plus ou moins vêtus, ainsi 
que les doigts; ces derniers sont grêles; le pouce est dirigé en arrière; le doigt médian beau- 
coup plus long que les latéraux; les ailes sont suraiguës; la queue ordinairement fourchue. 

Le vol rapide et infatigable des Hirondelles, leurs cris joyeux, leur régime insectivore, utile 
à l’Homme; leur sociabilité, leurs émigrations périodiques, leur attachement au pays natal, 
leur retour, annonçant celui de la belle saison, la structure merveilleuse de leur nid , et mille 
autres détails de mœurs, ont attiré sur ces Oiseaux la curiosité, l’intérêt, la bienveillance des 
peuples anciens et modernes, et fourni à plus d’un poète d’heureuses inspirations. Nous 
nous contenterons de citer la brillante description du vol de l’Hirondelle, par Montbeillard , 
digne collaborateur et souvent rival heureux de Ruffon: « Le vol est son état naturel , je 
dirais presque, son état nécessaire; elle mange en volant, elle boit en volant, se baigne en 
volant, et, quelquefois, donne à manger à ses petits en volant. Sa marche est peut-être 
moins rapide que celle du Faucon, mais elle est plus facile et plus libre; l’un se précipite 
avec effort; l’autre coule dans l’air avec aisance : elle sent que l’air est son domaine; elle en 
parcourt toutes les dimensions , et dans tous les sens , comme pour en jouir dans tous les 
détails, et le plaisir de cette jouissance se marque par de petits cris de gaîté. Tantôt elle donne 
la chasse aux Insectes voltigeants, et suit avec une agilité souple leur trace oblique et tor- 
tueuse, ou bien quitte l’un pour courir à l’autre, et happe en passant un troisième; tantôt elle 
rase légèrement la surface de la terre et des eaux, pour saisir ceux que la pluie ou la fraîcheur 
y rassemble; tantôt elle échappe elle-même à l’impétuosité de l’Oiseau de proie par la flexibi- 
lité preste de ses mouvements : toujours maîtresse de son vol, dans sa plus grande vitesse, 
elle en change à tout instant la direction; elle semble décrire, au milieu des airs, un dédale 
mobile et fugitif, dont les routes se croisent, s’entrelacent, se fuient, se rapprochent, se 
heurtent , se roulent , montent , descendent , se perdent et reparaissent pour se croiser, se 
rebrouiller encore en mille manières, et dont le plan, trop compliqué pour être représenté aux 
yeux par l’art du dessin, peut à peine être indiqué à l’imagination par le pinceau de la parole. 

«Les Hirondelles vivent d’insectes ailés, qu’elles happent en volant; mais, comme ces 
Insectes ont le vol plus ou moins élevé, selon qu’il fait plus ou moins chaud, il arrive que le 
froid ou la pluie les rabat près de terre , et les empêche même de faire usage de leurs ailes. 
Nos Oiseaux rasent la terre, et cherchent ces Insectes sur les tiges des plantes, sur l’herbe 
des prairies, et jusque sur le pavé de nos rues; ils rasent aussi les eaux, et s’y plongent quel- 


157 


FAMILLE DES H 1 150 N DIM DÉ S. 

quefois à demi, en poursuivant les Insectes aquatiques, et, dans les grandes disettes, ils vont 
disputer aux Araignées leur proie jusqu’au milieu de leurs toiles , et finissent par les dévorer 
elles-mêmes. Dans tous les cas, c’est la marche du gibier qui détermine celle du chasseur. 
On trouve dans leur estomac des débris de Mouches, de Cigales , de Scarabées, de Papillons , 
et même de petites pierres, ce qui prouve qu’ils ne prennent pas toujours les Insectes en 
volant, et qu’ils les saisissent quelquefois étant posés. » 

On pense, dans tous les pays, que les Hirondelles sont amies de l’Homme, ou, du moins, 
qu’elles recherchent les lieux habités par lui, et paraissent se complaire dans sa société. Il 
serait plus juste de voir en elles des commensales intéressées, poursuivant les Insectes qui 
abondent partout oh beaucoup d’animaux sont rassemblés, et fréquentant le littoral de nos 
fleuves parce qu’elles y trouvent un rafraîchissement et une pâture. Quoiqu’il en soit, leur uti- 
lité n’est pas douteuse : elles purgent l’air de myriades d’insectes nuisibles ou importuns, et 
leur vigilance à signaler l’approche des Oiseaux rapaces est une sauvegarde pour les Gallinacés 
domestiques. Aussi sont-elles respectées, et même protégées, dans beaucoup de contrées de 
l’Europe; et dans le Nouveau -Monde, l’Homme les invite à venir habiter près de lui, en 
perçant exprès pour elles, autour de sa maison, des trous qui leur offrent un asile assuré. 

La sociabilité de ces Oiseaux donne lieu à des observations du plus haut intérêt. Dès qu’un 
ennemi menace l’un d’eux ou ses petits, l’Hirondelle pousse des cris aigus, et aussitôt arrivent 
toutes les Hirondelles du voisinage, qui harcèlent de concert l’animal dont elles redoutent 
l’attaque. On a vu des Hirondelles se réunir en bandes nombreuses devant un de leurs nids, 
dont venait de s’emparer un Moineau , en murer l’ouverture avec du mortier, et condamner 
ainsi l’usurpateur au supplice d’Ugolin. Des exemples de ce fait ont été constatés en France 
et en Allemagne. Montbeillard les a révoqués en doute; mais, tout récemment, il s’est renou- 
velé sous les yeux d’un observateur véridique , qui en a publié la relation. « Portant mes 
regards, dit M. de Tarragon, sur un groupe de nids d 'Hirondelles de Fenêtre, placé dans 
l’angle d’une corniche, j’aperçus un Moineau Friquet, qui, quelques jours auparavant, s’était 
installé, à force ouverte, dans un de ces nids, et revenait paisiblement à son gîte, pour y 
couver ses œufs. A peine l’imprudent spoliateur est-il rentré dans sa demeure, qu’une Hiron- 
delle, qui avait son nid près de là, pousse le cri d’alarme. A ce cri, une multitude innombrable 
de ses pareilles s’assemble, et, comme d’habitude, passe et repasse en volant près de l’ou- 
verture du nid, comme pour s’assurer qu’il était réellement envahi. De son coté, le Moineau, 
tranquille possesseur, sinon légitime propriétaire du nid, y avait pondu, et ne se doutait guère 
que ses anciens rivaux dussent venger une vieille injure. La femelle (car le mâle était allé 
chercher sa subsistance) , la femelle , dis-je , dont l’incubation était déjà fort avancée , couvait 
paisiblement ses œufs. Les Hirondelles, assurées de la présence de leur ennemi , poussèrent 
simultanément leur cri de guerre, et disparurent en un instant. Je les vis s’abattre près d’un 
bourbier, situé à cent pas plus loin, oh j’avais l’habitude de les observer, lorsqu’elles amas- 
saient de la terre humide, pour la dégorger ensuite et l’appliquer, enduite de leur salive vis- 
queuse, contre les parois d’un mur ou dans l’angle d’une fenêtre; mais, cette fois, une seule 
becquetée suffît , et se précipitant toutes à la fois , et comme d’un commun accord , vers le 
repaire du bandit, elles en eurent, en deux secondes, bouché l’ouverture d’une masse de terre. 
Après cet exploit, elles volèrent, poussant des cris aigus et continuels, comme pour célébrer 
leur victoire, et, quelques minutes après, il n’en paraissait plus aucune autour du tombeau 
dans lequel elles venaient d’enfermer vivant le téméraire Moineau. J’attendis quatre ou cinq 
jours pour que la terre eût le temps de sécher, et qu’il me fût possible d’enlever le nid sans le 
briser. J’v trouvai l’Oiseau mort sur ses œufs; l’orifice du nid était obstrué par une masse de 
terre ayant à peu près le volume et la forme d’un œuf de Poule. » 

Voici un autre exemple, plus touchant encore, de l’esprit d’association qui anime ces inté- 
ressants Animaux. «J’ai vu, dit Dupont de Nemours, une Hirondelle qui s’était malheureu- 
sement, et je ne sais comment, pris la patte dans le nœud coulant d’une ficelle dont l’autre 


158 


PASSEREAUX DÆODACTYLES F1SS1ROSTRES. 


bout tenait à une gouttière du collège des Quatre-Nations. Elle cherchait à se dégager, et, sa 
force épuisée, elle pendait et criait au bout de la ficelle, qu’elle relevait quelquefois, en voulant 
s’envoler. Toutes les Hirondelles du vaste bassin compris entre le pont des Tuileries et le 
Pont-Neuf, s’étaient réunies au nombre de plusieurs milliers. Elles faisaient nuage, toutes 
poussant le cri d’alarme et de pitié. Après une assez longue hésitation , et un conseil tumul- 
tueux , une d’elles inventa un moyen de délivrer leur compagne, le fit comprendre aux autres, 
et en commença immédiatement l’exécution. On fit place : toutes celles qui étaient à portée 
vinrent à leur tour, comme à une course de bague, donner, en passant, un coup de bec à la 
ficelle. Ces coups, dirigés sur le même point, se succédaient de seconde en seconde, et plus 
promptement encore..... Une demi-heure de ce travail fut suffisante pour couper la ficelle, et 
mettre la captive en liberté. Mais la troupe, seulement un peu éclaircie, resta jusqu’à la nuit, 
parlant toujours, d’une voix qui n’avait plus d’anxiété, et comme se faisant mutuellement 
des félicitations et des récits. » 

Venons à la nidification des Hirondelles : cette partie de leur histoire n’est pas la moins 
digne d’admiration. Le bon versificateur Louis Racine, fils du grand poète Jean Racine, en 
faisait un de ses arguments contre les matérialistes, dans son poème de la Religion : 

O toi , qui follement fais ton Dieu du hasard , 

Viens me développer ce nid qu’avec tant d’art, 

Au même ordre toujours architecte fidèle , 

A l’aide de son bec maçonne l’Hirondelle. 


Chaque Espèce, pour construire son nid, suit un instinct particulier, qui la guide dans le 
choix du lieu et des matériaux. 

Ce nid est fixé , soit contre les murs 
ou les cheminées, sous les corniches, 
dans les embrasures de fenêtre , et 
presque dans les chambres des mai- 
sons, soit contre des rochers coupés 
à pic , ou sous la voûte des cavernes. 

Quelques Espèces choisissent la rivé 
sablonneuse des fleuves, et creusent, 
au moyen de leurs ongles , dans le sol 
mobile, des galeries souterraines; d’au- 
tres s’établissent dans des carrières , 
ou dans des trous pratiqués par d’autres 
Animaux; d’autres, enfin, préfèrent les 
crevasses des rochers . ou les trous des 
vieux arbres. Le nid de Y Hirondelle de 
cheminée est hémisphérique; celui de 
V Hirondelle de fenêtre a la forme d’un 
quart de sphère; Y Hirondelle à collier 
blanc , de Cayenne, donne au sien la 
forme d’un cône tronqué à base large , 
divisé à l’intérieur par une cloison 
oblique, et elle le garnit de la ouate 

enlevée aux graines des Apocynées. IY Hirondelle du Cap, qui abonde dans le Sud de l’Afrique, 
et qui pousse la familiarité jusqu’à pénétrer dans les cahutes des paysans , pour y établir son 
nid, l’attache au plafond, contre une poutre, et le construit avec de la terre gâchée, comme 
chez les Hirondelles d’Europe; mais elle lui donne une forme toute différente : c’est une 
boule creuse, à laquelle est adapté un long tuyau, par lequel la femelle se coule à l’intérieur 



Nid D’IllHONDtlLL Dli CllBMlNÉt. 


KAMI LL K DES H I NON DI N 1 DÉS. 


15!) 


de son nid, revêtu, avec profusion, de tout ce que i’Oiseau a pu trouver de plus moelleux. 

« Chez les Hirondelles, comme chez la plupart des autres Oiseaux, dit Montbeillard , c’est 
le mâle qui chante l’amour, mais la femelle n’est pas absolument muette ; son gazouillement 
ordinaire semble même prendre alors de la volubilité. Elle est encore moins insensible, car 
non-seulement elle reçoit les caresses du mâle avec complaisance, mais elle les lui rend avec 
ardeur. Ils font deux pontes par an. Tandis que la femelle couve, le mâle passe la nuit sur le 
bord du nid ; il dort peu, car on l’entend babiller dès l’aube du jour, et il voltige presque jus- 
qu’à la nuit close. Lorsque les petits sont éclos, les père et mère leur portent sans cesse à 
manger, et ont grand soin d’entretenir la propreté dans le nid, jusqu’à ce que les petits, deve- 
nus plus forts, sachent s’arranger de manière à leur épargner cette peine. Mais ce qui est 
• plus intéressant , c’est de voir les vieux donner aux jeunes les premières leçons de voler, en 
les animant de la voix, leur présentant d’un peu loin la nourriture, et s’éloignant encore à 
mesure qu’ils s’avancent pour la recevoir, les poussant doucement, et non sans quelque 
inquiétude, hors du nid, jouant devant eux et avec eux dans l’air, comme pour leur offrir un 
secours toujours présent, et accompagnant leur action d’un gazouillement si expressif, qu’on 
croirait en entendre le sens. » 

L’éducation des petits est toujours terminée quand le besoin de l’émigration se fait sentir 
aux Hirondelles. Le moment du départ est retardé ou accéléré de quelques jours par la tem- 
pérature de la saison, qui leur offre des conditions d’existence plus ou moins faciles. Quand 
ce moment est arrivé, les individus habitant un même canton se montrent plus agités que de 
coutume; leurs cris d’appel, leurs ébats, leurs rassemblements sont plus fréquents. On les 
voit se réunir, plusieurs fois dans la journée, sur les toits ou sur les branches desséchées des 
arbres, comme pour tenir conseil. Enfin, si le vent est favorable, toutes ensemble s’élèvent 
lentement en tournoyant dans les hautes régions de l’air, comme pour agrandir leur horizon 
et s’orienter avec plus de sûreté ; puis elles disparaissent vers le Sud. 

« C’est sur un arbre, dit Montbeillard, mais sur un très-grand arbre, que les Hirondelles 
de cheminée ont coutume de s’assembler pour le départ. Ces assemblées ne sont que de trois 
ou quatre cents individus, car l’Espèce n’est pas aussi nombreuse, à beaucoup près, que 
celle des Hirondelles de fenêtre. Elles s’en vont de ce pays-ci vers le commencement d’oc- 
tobre; elles partent ordinairement la nuit, comme pour dérober leur marche aux Oiseaux de 
proie, qui ne manquent guère de les harceler dans leur route. M. Frisch en a vu quelquefois 
partir en plein jour, et M. Hebert en a vu plus d’une fois, au temps du départ, des pelotons 
de quarante à cinquante , qui faisaient route au haut des airs, et il a observé que, dans cette 
circonstance , leur vol était non-seulement plus élevé qu’à l’ordinaire , mais encore beaucoup 
plus uniforme et plus soutenu. Elles dirigent leur route du côté du Midi, en s’aidant d’un 
vent favorable , autant qu’il est possible; et, lorsqu’elles n’éprouvent point de contretemps, 
elles arrivent en Afrique dans la première huitaine d’octobre. M. Adanson en a vu arriver dès 
le 6 octobre, à six heures et demie du soir, sur les côtes du Sénégal , et les a bien reconnues 
pour être nos vraies Hirondelles. Il s’est assuré qu’on ne les voyait dans ces contrées que 
pendant l’automne et l’hiver. Il nous apprend qu elles y passent les nuits, seules ou deux à 
deux, dans le sable, sur le bord de la mer, ou quelquefois, en grand nombre, dans les cases, 
perchées sur les chevrons de la couverture. Enfin il ajoute une observation importante, c’est 
que ces Oiseaux ne nichent point au Sénégal. Aussi ne ramènent-ils jamais avec eux des 
jeunes de l’année, d’où l’on peut inférer que les contrées septentrionales sont leur véritable 
patrie ; car la patrie d’une Espèce quelconque est le pays où elle fait l’amour et se perpétue. » 

Cependant toutes les Espèces d’Hirondelles n’émigrent point; quelques-unes vivent séden- 
taires dans leur pays natal ; il arrive même que quelques individus des Espèces voyageuses, 
habitant les régions les plus méridionales de l’Europe, se dispensent de quitter le pays où les 
Insectes ne leur manquent dans aucune saison de l’année; c’est ce qu’on observe dans les îles 
d’Hyères, et sur la côte de Gênes, où les Hirondelles passent les nuits sur des orangers en 


I (il) 


l> \SSERE VUX I) ÆO I) VCTYLES F I SS I RO ST R ES. 


pleine terre, <|ue leur station endommage considérablement. Enfin, il en est qui, après avoir 
passé la saison chaude dans des climats plus septentrionaux, ou toute nourriture doit leur 
manquer pendant la saison rigoureuse, y passent l’hiver dans un état d’engourdissement 
léthargique, semblable au sommeil hivernal des Mammifères insectivores. Aristote avait déjà 
mentionné cette curieuse particularité, qui a été, depuis un siècle, constatée par plusieurs 
observateurs. Les Hirondelles qui n’émigrent pas se cachent dans des trous exposés au Midi, 
ou dans des troncs d’arbres, ou même dans les habitations de l’Homme : nous ne citerons 
qu’un exemple de cette hibernation. Achard de Privy-Garden , descendant le Rhin à la fin de 
l’hiver de 1701 , vit des enfants qui, attachés à des cordes, se glissaient le long des falaises 
méridionales qui bordent le fleuve, au-dessous de Basilea, et, munis de baguettes armées de 
tire-bourres, fouillaient dans les trous, et en tiraient des Hirondelles. Ces Oiseaux étaient' 
engourdis et comme inanimés; Achard en mit un dans son sein, et, au bout d’un quart 
'd’heure, le sentant remuer, il le posa sur sa main ; mais, comme il ne pouvait encore se ser- 
vir de ses ailes, il le remit dans son sein, où il continua de le réchauffer pendant un autre 
quart d’heure; alors l’Hirondelle, complètement ranimée, prit son vol et s’enfuit. 

Cette hibernation des Hirondelles, et notamment de l’Hirondelle de rivage, a donné lieu, dans 
le xvi e siècle, à une erreur singulière : on a prétendu qu'elles passaient l’hiver engourdies au 
fond de l'eau. Olaüs Magnus, évêque d’Upsal, affirme que, dans les pays du Nord, les pêcheurs 
tirent souvent dans leurs filets , avec le Poisson, des groupes d’Hirondelles pelotonnées, se 
tenant accrochées les unes aux autres, bec contre bec, pieds contre pieds, ailes contre ailes, 
et que ces Oiseaux, transportés dans des .lieux chauds, se raniment assez vite, mais pour 
mourir bientôt après. Ce fait, malgré son invraisemblance, n’est pas révoqué en doute par 
Cuvier. 

Parlons maintenant du retour des Hirondelles, qui a lieu, dans nos pays, vers l’équinoxe 
du printemps, comme leur départ vers l’équinoxe d’automne. Elles arrivent, non pas en 
bandes, comme elles partent, mais isolément et par couple, et chaque jour on voit leur nombre 
augmenter. De nombreuses observations ont constaté que ces Oiseaux reviennent constamment 
chaque année à leur nid , et que le mariage qu’ils y ont contracté est indissoluble. Frisch, le 
premier, ayant imaginé d’attacher aux pieds de quelques-uns de ces Oiseaux un fil teint en 
détrempe, revit, l’année suivante, ces mêmes Oiseaux avec leur fil , qui n’était point déco- 
loré, preuve assez bonne, remarque Montbeillard, que du moins ces Individus n’avaient point 
passé l'hiver sous l’eau, ni même dans un endroit humide, et présomption très-forte qu’il en 
est ainsi de toute l’Espèce. Spallanzani a renouvelé l'expérience de Frisch, et il a vu, pendant 
dix-huit années consécutives, six ou sept couples d’Hirondelles de fenêtre revenir à leur ancien 
nid, et y faire deux couvées annuelles, sans presque s’occuper de le réparer. Il en est de même 
de l’Hirondelle de cheminée, seulement celle-ci bâtit chaque année un nouveau nid au-dessus 
de celui de l’année précédente. Ecoutons, sur leur constance conjugale, l’honnête philanthrope 
Dupont de Nemours : « Les amours des Hirondelles sont des mariages indissolubles, non des 
fantaisies du moment, comme ceux de quelques Oiseaux, ni même des liaisons d’un prin- 
temps, comme ceux de la plupart des autres. Et, quand un des deux époux meurt, il est rare 
que l’autre ne le suive pas en peu de jours. Le doux caquetage a cessé; plus de chasse, plus 
de travail : un sombre repos, un morne silence sont les signes de la douleur à laquelle le sur- 
vivant succombe. J’en avertis les jeunes gens qui s’amusent quelquefois à leur tirer des coups 
de fusil, parce qu’elles sont difficiles à toucher. Mes amis, tirez des noix en l’air, cela est 
plus difficile encore , et respectez ces aimables Oiseaux. Songez que chaque coup qui porte 
tue deux Hirondelles : la dernière par un supplice affreux.» 

Ce n’est pas seulement pour exercer son adresse, c’est surtout pour y trouver un profit 
matériel que l’Homme détruit les Hirondelles. Comme elles sont devenues très-grasses à l’au- 
tomne, et que leur chair est sapide et délicate, on leur fait une chasse active en Lorraine, en 
Alsace, et surtout en Italie. « A cette époque, dit Vieillot, elles passent la nuit sur les roseaux 



FAfMILLË DES H l H 0 ND I N I D É S. 


I G 1 


et les joncs qui sont dans les marais, et il suffit de laisser tomber, à l’entrée de la nuit, un 
filet tendu sur ces plantes marécageuses, pour noyer, le lendemain, tous les Oiseaux qui se 
trouvent pris dessous. » 

Les Hirondelles ont, en général , un plumage peu brillant et peu varié, dont les seules cou- 
leurs sont le blanc, le cendré, le roux, le bleu et le noir. Leur mue est simple, et n’amène 
aucun changement; elles s’habituent à la captivité, malgré leur tempérament délicat, et, 
lorsqu’elles sont bien soignées, elles sont très-douces et très-familières, et on en a vu vivre 
en cage huit ou neuf ans. On en compte, en Europe, six Espèces, que nous allons décrire 
succinctement. 

L’Hirondelle de cheminée ( Hirundo rustica, de Linné) a six pouces et demi de lon- 
gueur; le front et la gorge d’un marron roux ; toutes les parties supérieures du corps d’un 
noir à reflets violets : cette couleur est brune sur la poitrine , où elle forme une large bande. 
Les rémiges sont noires , ainsi que les rectrices , qui , à l’exception des intermédiaires , ont 
toutes une tache blanche plus ou moins ronde sur les barbes intérieures ; la queue est four- 
cime; le ventre est d’un blanc terne ; le bec et l’iris noirs, et les pieds bruns. 



Hirondelle de cheminée (Hirundo rustica). 


L’Hirondelle de cheminée est, dans nos climats, la messagère du printemps; elle nous 
arrive en avril ; elle est aussi la dernière à nous quitter. Elle gagne l’ Afrique et l’Asie pour y 
passer l’hiver. Les habitants du littoral de la Sicile font une guerre d’extermination à ces 
Oiseaux vers la fin du mois de mars, époque oh s’effectue leur retour en Europe. Ils construi- 
sent leur nid dans la partie la plus élevée des tuyaux de cheminée : M. Degland a vu un 
couple bâtir maison sur le ressort de sa sonnette. L’extérieur est de terre gâchée, mélangée de 
paille et de crin ; l’intérieur se compose d’herbes sèches et de plumes; la mère y dépose trois 
à cinq œufs blancs, marqués de petites taches brunes et violettes, dont le grand axe est de 
huit lignes et demie, et le petit axe de six lignes et demie. 

L’ Hirondelle rufuline ( Hirundo ru fui a , de Temminck) , vulgairement nommée 
Rousseline , a sept pouces de longueur ; le dessus de la tète et le croupion sont roux ; les par 
ties inférieures sont striées de brun; la queue est très-fourchue, unicolore, noire, ainsi que 
les ailes ; le bec et l'iris sont d’un brun foncé. 

Elle habite le Nord de l’Afrique et se montre dans le Sud de -l’Europe; ses mœurs sont 
celles de l’Espèce précédente. 


21 


102 


]> \ S S E II E A L \ I ) Æ OD A G T V LES El S S I II O S T R E S. 



L’Hirondelle de fenêtre (Hirundo urbica, de 
Hirondelle à cid blanc, est d’un noir violet 
plus ou moins foncé en dessus ; blanche en 
dessous et à la croupe ; ses pieds sont revêtus , 
jusqu’aux ongles, de petites plumes blanches 
assez rares ; le bec et l’iris sont noirs. La taille 
est de cinq pouces. C’est la plus commune et 
la plus répandue des Espèces d’Europe. Elle 
arrive en France huit à dix jours avant l’Hiron- 
delle de cheminée ; elle bâtit son nid à l’en- 
coignure des fenêtres , et sous les poutres des 
granges et des écuries : elle le compose de terre 
à l’extérieur, et particulièrement de celle qui a 
été rendue par les vers, et que l’on voit çà et là 
dans les prairies. Le milieu de ce ciment est 
fortifié par des brins de paille, et doublé en 
dedans d’une grande quantité de plumes, qu’elle 
saisit dans l’air. La femelle y pond quatre ou 
cinq œufs d’un blanc pur et sans tache, du 
même volume et un peu moins oblongs que 
ceux de l’Hirondelle de cheminée. 

C’est à cette Espèce que se rapporte l’his- 
toire révoquée en doute par Montbeillard : Un 
cordonnier de Bâle ayant pris à sa fenêtre une 
Hirondelle avant son départ , lui attacha un 
collier portant cette inscription : 


jinné), nommée vulgairement Pelite 


Hirondelle i>e fesètre ( Hirundo urbica). 


Hirondelle , 

Si fidèle . 

Dis-moi, l’hiver, où vas-tu? 

Au printemps suivant, il reçut, par le même courrier, une réponse à sa demande : 

Dans Athènes, 

Chez Antoine. 

Pourquoi t’en informes-tu? 

Montbeillard soupçonne la même main d’avoir écrit la demande et la réponse, et fonde son 
incrédulité sur ce que les Hirondelles de Grèce émigrent en Afrique et en Asie, comme celles 
des autres régions de l'Europe. Nous ne pensons pas qu’il soit prouvé que toutes les Hiron- 
delles européennes traversent l’Océan ou la Méditerrannée : il peut se faire que quelques-unes 
d’entre elles , trouvant dans le Sud de l’Europe .des moyens d’existence suffisants , s’abstien- 
nent de descendre vers des latitudes plus méridionales. 

L’Hirondelle pourpre ( Hirundo purpurea, de Linné) a le plumage noir bleu irisé 
chez le mâle; brun varié de gris aux parties supérieures chez la femelle; le hec et les pieds 
sont noirs. La taille est de sept pouces et demi. Elle habite l’Amérique septentrionale, et se 
montre accidentellement en Angleterre. C’est cette Espèce qui, par ses cris, avertit les Oiseaux 
de basse-cour de l’approche des Faucons. 

L’Hirondelle de rivage ( Hirundo riparia , de Linné) a le plumage gris brun en des- 
sus, aux joues, à la poitrine et aux flancs ; la gorge, le devant du cou, le ventre et les sous- 
caudales sont blancs, avec quelques plumes brunes au milieu de l’abdomen; le hec et l’iris 
sont bruns. La taille est de quatre pouces. 


F \MILLE DES H-ERONDIN I DÉS. 


( (i.'5 



Hirondelle de rivage (Hirundo riparia). 


L’Hirondelle de rivage habite l’Europe et la Sibérie; elle est moins nombreuse en France 
que l’Hirondelle de cheminée et l’Hirondelle de fenêtre; mais on la rencontre fréquemment 
sur les bords des fleuves et des rivières. Elle se creuse, dans les berges sablonneuses, des 
terriers où elle établit son nid ; elle y pond cinq à six œufs allongés, d’un blanc pur et lustré, 
dont le grand axe est de huit lignes , et le petit de cinq lignes et demi. 

L’Hirondelle de montagne (Hirundo mpeslris , de Linné) est longue de cinq pouces 
et demi; son plumage est gris cendré clair en dessus ; blanc roussâtre à la gorge, au devant 
du cou, à la poitrine, à l’abdomen, et gris brun sur les flancs et au bas du ventre ; les rec- 
trices , excepté les deux médianes , portent une tache ovale , blanche , sur les barbes internes ; 
le bec est noirâtre, et l’iris noisette. 

Cette Espèce habite le littoral de la Méditerranée et les hautes montagnes des Alpes et des 
Pyrénées ; elle niche dans les fentes des rochers, et construit un nid avec de la terre, de la 
paille et des plumes , où elle pond cinq ou six œufs blancs , tachetés et piquetés de roux. Son 
vol est moins rapide et plus élevé que celui des autres Hirondelles. 


TRIBU des SALANGANIENS 

Genre SALANGANE, Salangane, d’Isid. Geoffroy Saint -Hilaire; Collocalia, de Gray 
(xôXXa , colle; xaXtà, nid, c’est-à-dire nid gélatineux) . Le bec est petit, plus haut que large, 
bombé en dessus, concave en dessous; les narines sont basales, ovales; les ailes aiguës; la 
queue est à peine échancrée; les tarses sont nus, courts, robustes; les ongles comprimés et 
arqués. 

La Salangane comestible ( Collocalia troglodytes, de Gray; Hirundo esculenta, de 
Linné), Espèce principale de ce Genre, lequel en renferme quatre, appartenant au sud de l’Asie 
et à l’Océanie, habite l’archipel des Indes; elle est de petite taille, brune en dessus, blanchâtre 
en dessous et au bout de la queue; la gorge est rousse. Cet Oiseau attache son nid aux parois 
des cavernes. Ces nids , que les Chinois vendent fort cher, et qu’ils regardent comme un ali- 
ment très-substantiel, sont jaunâtres , demi-transparents, et à cassure vitreuse; ils ont à peu 
près la forme d’un bénitier, et présentent des rides concentriques, comme le dos d’une coquille 


1 64 


PASSE H E A E X J) Æ 0 D A C T Y LES F1SSI R 0 STR E S. 

il huître; ils se dissolvent dans l’eau comme de la gélatine, et on en prépare une sorte de 
consommé , d’un goût très-agréable. 

L’origine des matériaux employés à leur 
construction a été longtemps un point dou- 
teux pour les naturalistes : les Chinois disent 
que c’est du frai de poisson recueilli par la 
Salangane à la surface de l’eau; les Javanais 
croient qu’elle n’emploie que le suc balsa- 
mique d’un arbre nommé Calambouc; quel- 
ques voyageurs ont prétendu que la matière 
du nid n’est autre chose qu’un suc animal , 
élaboré dans l’estomac de l’Oiseau. L’opinion 
la plus généralement admise aujourd’hui est 
que la Salangane compose son nid en entas- 
sant symétriquement des Varechs du genre 
Gelidium , qu’elle a recueillis à la surface des 
eaux , et macérés avec sa salive. C’est le 
botaniste Lamouroux qui a démontré, le pre- 
mier, la nature végétale de ces nids de la 
Salangane; il a établi que les Algues gélati- 
neuses constituent la matière principale du 
nid de la petite Espèce de Salangane, qui ne 
s’éloigne jamais des bords de la mer. Tou- 
tefois, Lesson n’accepte l’opinion de Lamou- 
roux qu’en ce qui concerne la Salangane de 
l’Inde : la plupart des mers, sur les côtes 
desquelles vivent des Salanganes, ne possè- 
dent point ces Algues, dont la patrie est res- 
treinte à l’archipel d’Asie; en outre, il existe de pareils nids dans les profondes cavernes des 
hautes montagnes situées au centre de l’île de Java, et, vu leur éloignement de la mer et la 
violence des vents qui régnent dans ces contrées, il y a lieu de penser que ces petits Oiseaux 
ne tirent rien de la mer, ni pour leur 
nourriture, ni pour la confection de 
leurs nids. « Nous avons donné , dit 
Lesson, à une collection particulière, 
un nid de Salangane , dont la moitié 
de chaque libre était intacte, et prouve 
qu’elle appartenait à une espèce de 
Lichen branchu des montagnes, tandis 
que l’autre moitié avait été élaborée 
par l’Oiseau, et avait la texture blanche 
et nacrée des fibres si estimées, comme 
aliment, dans toute l’Indo-Chine. » 

La préparation de ces nids coûte, dit-on, deux mois de travail aux Salanganes de l’archipel 
Indien; elles y pondent deux œufs, qu’elles couvent pendant quinze jours. C’est surtout à Java 
qu’on les recueille pour les livrer aux Chinois : les cavernes profondes creusées dans les 
rochers qui bordent le rivage sont tapissées de ces nids. On en cherche aussi dans les mon- 
tagnes de l’intérieur, et ceux-là sont plus colorés, parce qu’il entre dans leur composition des 
herbes terrestres moins gélatineuses. Les Javanais descendent dans les cavernes, au moyen 
d’une échelle de Roseaux et de Bambous, en s’éclairant d’un flambeau. Pour réussir dans 





Nid de Salangane. 



FAMILLE DES MillOND IN1DÉS. 


165 


cette chasse, périlleuse autant que productive, ils invoquent une Divinité, dont les attributions 
spéciales sont de protéger les chercheurs de nids; ils lui font le sacrifice d’un buffle, et ils ne 
descendent dans le précipice qu’après en avoir fait parfumer l’entrée par un prêtre, qui y 
brûle du Benjoin, résine balsamique très-suave. 

Genre ACANTHYLIS, Acanlhylis , de Boié (àxav0a, épine). Le bec est petit, très- 
déprimé, élargi à la base; les narines sont médianes, ovalaires; les ailes sont longues, 
aiguës; la queue courte, jamais fourchue, à rectrices dont la lige dépasse les barbules et se 
prolonge en longue épine; les tarses sont nus, robustes; les ongles comprimés, arqués 
et aigus. 

L’Acanthylis acutipenne ( A canthylis pelasgia, de Boié; Hirundo pelasgia, dé 
Latham) est longue de cinq pouces et demi; le dessus du corps est d’un brun noirâtre, plus 
foncé sur les ailes et sur la queue; la gorge est d’un gris brun; le bec est noir. «Elle niche, 
dit Vieillot, dans les cheminées des habitations rurales, préférant les campagnes aux grandes 
villes, et elle construit son nid avec une industrie qui lui est particulière. Elle établit d’abord une 
espèce de plate-forme, composée de petites branches sèches et de broussailles, liées ensemble 
avec la gomme-résine du Liquidambar styracifère. Ces matériaux sont, dit-on, quelquefois en si 
grande abondance, qu’ils obstruent l’ouverture de la cheminée, et on prétend que l’Oiseau se 
soutient dans ce travail en appliquant les pointes de sa queue contre le mur. C’est sur cet 
échafaudage qu’elle place le berceau de ses petits, lequel n’est composé que de bûchettes, 
collées avec la même gomme, et disposées à peu près comme les osiers du panier qu’on 
donne aux Pigeons pour couver. Le nid que j’ai sous les yeux a la forme d’un tiers de cercle; 
il est beaucoup plus petit que celui de l’Hirondelle de fenêtre, et était attaché, par les deux 
extrémités, aux parois d’une cheminée. » 

Cette Espèce habite l’Amérique septentrionale, depuis les Florides jusqu’au delà de l’État 
de New-York; on la trouve aussi dans les Antilles et à la Guyane. Elle arrive aux États-Unis 
en mai, et les quitte en août; elle y est connue sous le nom de Chimney-Swallow. 


TRIBU des CYPSÉLIeTnS 

Genre MARTINET, Cypselus , d’ J Niger (xifysXoç, nom grec du Martinet). Le bec est 
petit, déprimé, et triangulaire à sa base, étroit et comprimé à sa pointe; la mandibule supé- 
rieure est crochue, l’inférieure un peu retroussée a sou extrémité; les narines sont longitudi- 
nales, larges, ouvertes au milieu, et bordées de petites plumes; les tarses très-courts, 
robustes, emplumés jusqu’aux doigts, qui sont libres; le doigt postérieur est articulé sur le 
côté interne du tarse, et dirigé en avant; les ongles sont étroits et crochus; les ailes très-lon- 
gues, aiguës; la queue composée de dix pennes. 

Les Martinets ont les ailes plus longues et les pattes plus courtes que les Hirondelles; lors- 
qu’ils sont à terre, ils ne peuvent prendre leur élan, mais leur vol est plus puissant, à pro- 
portion , que celui de tous les autres Oiseaux. 

Le Martinet noir ( Cypselus apus , d’J Niger; Hirundo apus , de Linné), vulgairement 
nommé Martinet de muraille , est l’Espèce la plus commune en Europe; il est long d’environ 
huit pouces; son envergure est de quinze pouces; sa queue est fourchue, son plumage d’un 
noir de suie, à reflets verdâtres, à l’exception de la gorge, qui est blanche; le bec et l’iris 
sont bruns. Il arrive dans nos climats pendant le cours du mois d’avril , et plus tard que les 
Hirondelles, parce que les Insectes dont il fait sa nourriture ne s’élèvent aux régions oii il a 
coutume de voler, que quand l’atmosphère y est suffisamment échauffée. Il revient, comme 
Es Hirondelles, prendre possession du domicile qu’il avait adopté les années précédentes : 


PASSE RE VI \ DÆODACT VEES FISSI R O ST R ES. 


166 

les trous, les crevasses des murailles, les avant-toits des maisons couvertes de tuiles, sont 
les lieux qu’il préfère pour établir son nid, et, lorsqu’il retrouve l’ancien, il ne se donne pas 
la peine d’en construire un nouveau. Pendant les grandes chaleurs, les Martinets restent au 
milieu du jour dans leur domicile; ce n’est que le matin et le soir qu’ils vont à la provision, 
ou voltigent sans autre but que de prendre leurs ébats et d’exercer leurs ailes. C’est dans ce 
dernier cas qu’ils décrivent en l’air des courbes infinies autour des clochers, ou des lignes 
droites le long des maisons, en poussant des cris aigus. 



Martinet noir (Cypselus apus). 


Montbeillard , Spallanzani et M. Gerbes, ont constaté un détail très-curieux dans les 
mœurs des Martinets : c’est leur séjour dans les airs pendant la nuit. «Vers la fin de juin, 
dit M. Gerbes, après qu’ils ont bien tourné, selon leur coutume, autour d’un clocher ou d’un 
autre édifice, on les voit s’élever à des hauteurs plus qu’ordinaires, et toujours en poussant 
des cris aigus. Divisés par petites bandes de quinze à vingt, ils disparaissent bientôt totale- 
ment, Ce fait arrive régulièrement chaque soir, vingt minutes environ après le coucher du 
soleil, et ce n'est que le lendemain, lorsqu’il commence à paraître à l’horizon, qu’on voit les 
Martinets redescendre du haut des airs, non plus par bandes, mais dispersés, çà et là. Avant 
la ponte, mâles et femelles s’en vont ainsi chaque soir; mais., lorsque les soins de la mater- 
nité retiennent les femelles dans leur nid , les mâles seuls exécutent ces courses nocturnes. 
Spallanzani dit même que, lorsque l’éducation des jeunes est terminée, les Martinets se 
retirent dans les hautes montagnes, où ils vivent, jusqu’à leur départ d’Europe, au sein des 
airs, et sans jamais se poser sur aucun appui. » 

La ponte du Martinet noir est de trois ou quatre œufs, allongés, d’un blanc parfait, sans 
taches; leur grand axe est de dix lignes et demi, leur petit axe de sept lignes. «Leur nid, dit 
Montbeillard, se compose de matériaux de toute espèce, de paille, d’herbe sèche, de mousse, 
de chanvre, de bouts de ficelle, de soie, de gaze, de mousseline, de plumes d’Oiseaux domes- 
tiques, en un mot, de tout ce qui peut se trouver dans les balayures des villes. Mais com- 
ment des Oiseaux, qui ne se posent jamais à terre, peuvent-ils amasser tout cela? Un 
observateur célèbre soupçonne qu’ils enlèvent ces matériaux en rasant la surface du terrain , 
de même qu’ils boivent en rasant la surface de l’eau Je trouve beaucoup plus vraisem- 

blable ce que m’ont dit quelques gens simples, témoins oculaires, qu’ils avaient vu fort 
souvent les Martinets sortir des nids d’Hirondelles et de Moineaux, emportant des matériaux 
dans leurs petites serres; et, ce qui augmente la probabilité de cette observation, c’est que : 
1° les nids des Martinets sont composés des mêmes choses (pie ceux des Moineaux; 2° l’on 


1G7 


FAMILLE DES II I MON DJ NI DÉS. 

sait, d’ailleurs, que les Martinets entrent quelquefois dans les nids des petits Oiseaux, pour 
manger leurs œufs, d’où l’on peut juger qu’ils ne se font pas faute de piller le nid, quand ils 
ont besoin de matériaux. A l’égard de la mousse qu’ils emploient , il est possible qu’ils la 
prennent avec leurs petites serres , qui sont rétractiles , et très-fortes , sur le tronc des arbres , 
où ils savent fort bien s’accrocher, d’autant plus qu'ils nichent aussi, comme on sait, dans 
les arbres creux. » 

La chair du Martinet est sapide , surtout celle des petits , pris au nid ; on recherche aussi 
les adultes, et, comme leur vol est impétueux, il suffit de se mettre à leur portée, dans un 
clocher ou sur un rempart, et de profiter du moment où ils viennent directement au chasseur; 
on peut les tirer à petit plomb, ou même les abattre à coups de baguette. «Il y a, dit le vieux 
Melon , une isle en Grèce , anciennement nommée Zacinthus , et maintenant Zanthe , qui a un 
chasteau là hault sur la roche, au dessus de la ville : et là les garçons de léans se mettent 
aux fenestres, tenants une ligne entre leurs mains, tout ainsi que s’ils vouloient pescher du 
poisson, ayants une petite plume pour emorce, liée à un hameçon, pendante à une petite 
cordelle : et prennent grande quantité d’ Hirondelles à leur nouvel advenement : car trouvants 
icelle plume pendue, la veulent prendre avec le bec pour porter en leur nid : mais ayants 
trouvé l’hameçon qui les accroche, demeurent pendues à la ligne du pescheur : tellement 
qu’un homme en prend quelquesfois cinq ou six douzaines par jour, et celles qui sont grasses 
et tendres sont très bonnes à manger. Nature en son endroict s’est monstrée maistresse 
ouvrière, car cette Espèce d’LIirondelle est le plus soubdain des Oyseaux. » 

Toutefois, la répartition inégale des facultés locomotrices du Martinet, faite par la nature 
au bénéfice exclusif de ses ailes, frappe cet Oiseau d’une complète impuissance, lorsque, par 
accident, il vient à toucher la terre : il ne peut plus s’enlever; l’excessive brièveté de ses 
tarses l’empêche de prendre son vol ; la longueur de ses ailes devient pour lui un embarras 
plutôt qu’un avantage, et l’on peut le prendre à la main. Aussi, guidé par une défiance 
instinctive, a-t-il soin de choisir une retraite inaccessible. 

Le Martinet alpin (Cypselus mclba, d’JIliger; Hirundo melba, de L'inné), vulgairement 
nommé Martinet à ventre blanc , est long de neuf pouces; le dessus du corps est d’un gris 
brun uniforme, le dessous d’un blanc pur, avec une large bande brune sur la poitrine et les 
sous-caudales; le bec est brun, l’iris noisette. Cette Espèce habite principalement les Alpes et 
les Pyrénées; elle niche dans les fentes des rochers. Sa ponte est de trois ou quatre œufs 
allongés, d’un blanc pur, sans taches; leur grand axe est de dix lignes et demie, le petit axe 
de sept lignes et demie. Elle arrive et repart vers les deux équinoxes. 

Le Martinet vélocifère ( Hirundo velox , de Vieillot) est une Espèce que Levail- 
lant a observée en Afrique, et qu’il a nommée le Vélocifère , à cause de la rapidité de son 
vol. Son plumage est d’un noir foncé, à reflets bleus sur la tête, les ailes et la queue, et d’un 
noir pur sous le corps. Cet Oiseau fréquente les forêts, et se retire dans les trous d’arbres 
pour se reposer et y passer la nuit. Le soir et le matin , il vole à la lisière des bois , et saisit 
en passant les Insectes et les Moucherons qu’il aperçoit en l’air, ou posés sur les feuilles. On 
ne l’entend jamais faire de cri quelconque, et on ne le voit pas non plus se poser sur les 
branches des arbres. «De tous les Oiseaux que j’ai connus, dit Levaillant, c’est celui dont le 
vol est le plus rapide; il parcourt, ainsi que je l’ai estimé plus d’une fois sur un terrain 
mesuré, un espace de cent toises en cinq secondes. Ainsi, en supposant qu’il voulût ou pût 
continuer son vol avec la même rapidité, il ferait une lieue en deux minutes, et, par consé- 
quent, ne mettrait pas quinze jours à faire le tour du monde. » 


HiS 


PASSER K \ l \ DÆORACTA LES FISSI ROSTRES. 



( Genre CAP RI MU LGUS , de Linné.) 

CARACTÈRE. — Bec très-court, crochu a la pointe, énormément fendu et dilaté à la 
base, garni latéralement de poils gros et roules; tarses courts, tantôt faibles, à doigts 
réunis à leur base par une membrane, tantôt robustes, ainsi que les doigts, qui sont 
libres à leur base; ailes grandes; plumage lâche , mollet et duveteux, comme chez les 
Rapaces nocturnes. 

« Cette Famille, dit le savant ornithologiste AI. de la Fresnaye, répandue sur tout le globe, 
semble se rapprocher des Oiseaux de nuit, non-seulement par la nature etdes couleurs sombres 
de son plumage, mais encore par la grandeur de ses yeux, la versatilité de son pouce, et ses 
habitudes crépusculaires. Là se bornent, toutefois, ses rapports avec eux, et c’est avec la 
Famille des Hirondelles qu’elle offre les points de contact les plus immédiats dans ses formes, . 
comme dans son genre et son mode d’alimentation, et surtout dans son ostéologie, absolu- 
ment semblable. On pourrait dire, à bon droit, que les Engoulevents sont des Hirondelles 
nocturnes, chez lesquelles les Ibijaus, (pii ne marchent jamais, et ne peuvent se tenir à terre, 
sont les représentants des Martinets. » 


TRIBU des CAPRIMULGIENS. 

SYNOPSIS DES TRIBUS ET GENRES DE LA FAMILLE DES CAPRIMULGIDÉS. 

Doigt médian beaucoup plus long que les latéraux = TRIBU DES CAPRIMULGIENS. 

Bec très-large et très-robuste Podarge. Podargus. 

Bec très-atténué en avant Engoulevent. Caprimulgus. 

Doigt médian presque égal aux latéraux. 

Pouce dirigé en arrière = TRIBU DES NVCTIBIENS. 

Genre unique Irijau. Nyctibius. 

Pouce dirigé latéralement ou en avant = TRIBU DES STÉATORN IENS. 

Genre unique Gu ac haro. Stentor nis. 

Genre ENGOULEVENT, Caprimulgus , de Linné ( capram mulgere , traire la chèvre). 
La partie cornée du bec est très-peu développée; les narines sont basales, tubuleuses; les 
ailes sont subaiguës; les tarses sont entièrement ou à moitié emplumés, courts; les doigts 
antérieurs réunis à leur base par une membrane, le médian allongé et toujours terminé par 
un ongle denticulé, les latéraux très-courts, ainsi que le pouce qui s’unit au doigt interne, et 
peut se diriger en avant. 

Les Engoulevents sont des Passereaux nocturnes et crépusculaires dont le plumage est 
nuancé de gris et de brun comme les Rapaces de nuit; ils ont de grands yeux que la lumière 
du jour éblouit ; leur bec est garni de fortes moustaches, et peut engloutir les plus gros Insectes, 
qu’ils retiennent au moyen d’une salive gluante, et auxquels ils donnent la chasse' pendant le 
crépuscule. Ils vivent isolés, ouvrent largement le bec quand ils volent, et l’air qui s’y engouffre 
produit un bruissement singulier, auquel ils doivent leur nom générique français. Quant à leur 
nom générique latin, il vient de ce que l’Oiseau, fréquentant les parcs des Moutons et des 
Chèvres pour y chercher les Scarabées Rousiers que les crottins attirent, a passé, aux yeux 


FAMILLE DES C APRIM ULGi DÉS. 109 

des ignorants, pour teter les mères; de là le nom de Tette-Chèvre , en latin Caprimulgus , et 
l’erreur a été d’autant plus facile à admettre (pie ces Oiseaux ne chassent qu’au déclin du jour 
ou au clair de lune. 

Les Engoulevents ne se donnent pas la peine de construire un nid : un petit trou en terre 
ou entre les pierres, au pied d’un arbre, ou même dans le milieu d’un sentier leur suffit; ils y 
déposent deux ou trois œufs, et s’ils s’aperçoivent qu’un de leurs œufs a été dérangé ou manié, 
ils l’examinent longtemps en tournant autour, le saisissent dans leur bec et vont le porter 
ailleurs. 

L’Engoulevent d’Europe ( Caprimulgus Europœus , de Linné) est de la taille d’une 
Grive; son plumage est d’un gris brun ondulé et moucheté de noirâtre; une bande blanche 
s’étend du bec à la nuque, se dessine sur la gorge et sur l’extrémité des rectrices latérales; il 
se nourrit de Hannetons, de Bourdons et de Guêpes; son cri a quelque ressemblance avec un 
coassement de Reptile : de là son nom vulgaire de Crapaud-Volant. 



Engoulevent d'Europe ( Caprimulgus Europœus ) 


Cette Espèce se trouve presque partout en Europe, mais elle est plus commune dans le 
Midi que dans le Nord; sa ponte est de deux œufs allongés, blanchâtres ou jaunâtres, avec 
des taches et des marbrures cendrées , violettes et brunes. 

M. Florent Prévost a fait sur les mœurs de l’Engoulevent des observations pleines d’intérêt : 
ayant trouvé des petits à terre, sans apparence de nid, il les prit, les examina, et les replaça à 
terre à peu près au même endroit où il les avait trouvés. A l’approche du crépuscule, il se 
plaça à peu de distance, derrière un tronc d’arbre, pour mieux observer les père et mère. 11 
les vit s’approcher de leurs petits, et les pousser au-devant d’eux avec constance, jusqu’à ce 
qu’ils se trouvassent à l’endroit où ils avaient été pris et touchés. D’après le même observa- 
teur, l’Engoulevent fait aux Hannetons une guerre meurtrière; lorsque le mâle ou la femelle a 
reconnu une bande de ces coléoptères, il fait claquer ses ailes en les rapprochant violemment 
par leur face dorsale; à ce signal, son compagnon arrive, et tous deux se mettent à la pour- 
suite des Hannetons, dont ils font ainsi une immense destruction. C’est surtout à la petite 
Espèce blonde et velue ( Mélolonthe solsticial) qu’ils s’attaquent de préférence; ils les avalent 
tout entiers, et on trouve souvent dans leur estomac ces Scarabées vivants. 

G F. n r e 1*0 D A RG E , Podargm, de Cuvier (Ttoôapyoç , pieds légers) . Le bec est énorme, très- 

22 


170 


A S SE HE Al X IMË O DACTYLES FISS1HOSTKES. 


déprimé, épais et voûté; ses bords ont un développement corné extraordinaire; la mandibule 
supérieure porte une arête vive, et sa pointe est recourbée; l’inférieure est terminée par une 

échancrure destinée à recevoir 


la pointe de la mandibule supé- 
rieure ; la bouche est démesuré- 
ment fendue; les narines sont 
linéaires , percées en fente paral- 
lèle au bec et recouvertes par 
une membrane cachée sous des 
plumes sétacées. Les ailes sont 
allongées, puissantes, obtuses; pooarok cendré. 

la queue est assez allongée; les 
tarses robustes, largement écussonnés; les doigts libres, les deux latéraux plus courts que 
le médian; les ongles sont comprimés. 

Les Podarges sont des Oiseaux appartenant exclusivement aux îles d’Asie et à l’Australie. 

Le Podarge cendré ( Podargus cinereus , de Vieillot; Podargus Cuvieri, de Vigors) est 
un Oiseau robuste, à plumage brun, varié de noir, de gris, de blanc et de roussâtre. La 
queue est médiocre, étagée; le bec et les tarses sont brunâtres. Cette Espèce habite la Nou- 
velle-Hollande et l’île de Tasmanie; M. Jules Verreaux a complètement étudié ses mœurs. Les 
Podarges sont nocturnes , ils habitent les grands bois, et se tiennent constamment dans les 
lieux exposés aux rayons du soleil et aux intempéries de l’air. Perchés sur les Eucalyptus, 
dont ils occupent les grosses branches horizontales, non loin du tronc, et à peu de distance 
du sol , ils restent immobiles , les plumes ébouriffées , et le cou rentré, ils restent dans cette 
attitude tout le jour; si quelque bruit se fait entendre, ils ouvrent à demi les yeux, font cla- 
quer leurs mandibules, puis se rendorment si profondément qu’on peut les prendre à la main. 
Dès le crépuscule, cette léthargie cesse, et les Podarges commencent leurs ébats. La nuit 
venue, ils pénètrent dans les buissons et en parcourent toutes les branches pour y saisir au 
repos les Insectes qui y passent la nuit. L’hiver, ils exploitent les grands arbres, et s’emparent 
des Insectes cachés dans les rugosités de leur écorce. S’ils manquent d’insectes, ils vont man- 
ger des Mollusques dans les marais; leur chasse se termine deux heures après le coucher du 
soleil, et recommence deux heures avant son lever. Pendant la ponte, ils deviennent plus car- 
nassiers; ils vont prendre au nid de petits Oiseaux, les saisissent par la tête, les assomment 
en les frappant sur une grosse branche d’arbre, et les avalent tout entiers, en commençant 
par la tête; quand la digestion est terminée, ils rejettent un paquet de plumes en forme de 
boule. Dans la saison des amours , le mâle appelle sa femelle en roucoulant comme un 
Pigeon; celle-ci accourt, et si un rival se présente, l’époux hérisse ses plumes, fait claquer 
son bec, et pousse des cris qui rappellent les mugissements d’un Taureau; le combat s’engage, 
le vaincu n’abandonne le champ de bataille que quand il est blessé grièvement, et le vainqueur 
vient roucouler autour de la femelle. Le nid est établi dans l’enfourchement d’une branche 
horizontale à cinq ou six pieds du sol ; il est grossièrement construit avec des bûchettes et des 
débris de Graminées; la femelle pond de deux à quatre œufs, d’un blanc pur et d’une forme 
allongée. Lorsque les petits ont pris de l’accroissement , et que le nid se trouve trop exposé 
au soleil, le couple les transporte dans un trou d’arbre, où ils sont abrités et cessent d’être à 
l’étroit. 




Podarge cendré. 


M. Jules Verreaux a remarqué que le Podarge tombe dans un état léthargique pendant les 
grands froids, et se tient immobile sur la même branche jusqu’au retour de la chaleur. 


F A M I L LE DES G A P R I M U L G I D É S. 


17 I 


TRIBU des NŸCTIBÏENS 

Genre 1BIJAU, Ngclibius, de Vieillot (vu;, êtow, vivant la nuit). Bec plutôt membraneux 
(lue corné, complètement aplati, à ouverture plus ample encore que chez les Podarges, et 
s’étendant au delà de l’œil; l’arête seule est cornée et légèrement crochue à son extrémité; les 
narines sont fendues et à peine visibles; les ailes sont très-allongées et subaiguës; les tarses 
sont gros, courts, charnus, sans écailles; les doigts sont réunis par une membrane jusqu’à la 
première articulation , les ongles latéraux sont comprimés. 

Les Ibijaus habitent l’Amérique mé- 
ridionale; Levaillant en a observé une 
Espèce en Afrique. Ces Oiseaux sont 
sédentaires ; ils se tiennent dans les 
grands bois, et se perchent toujours 
sur les arbres les plus élevés. Leur cri, 
long, bruyant, mélancolique, se fait 
entendre par intervalles pendant toute 
la nuit , et les dénonce aux chasseurs , 
qui s’approchent d’eux , et les prennent 
au moment où le soleil est à son midi. 

On a remarqué que ces Oiseaux , pen- 
dant le jour, s’accrochent verticalement 
aux branches des arbres morts , à la 
manière des Pics , et qu’ils dorment ainsi en s’appuyant sur leur queue ; comme leur plumage 
est de la même couleur que l’écorce et qu’ils demeurent immobiles, il est difficile de les décou- 
vrir. Ils pondent deux œufs bruns et tachés dans un petit creux d’arbre sec. 

L’Ibijau de Cayenne ( Nyctibius grandis, de Vieillot; Caprimulgm grandis, de Gmelin) 
est l’Espèce-tvpe du Genre : elle a la taille du Hibou barré; son plumage est roux, coupé de 
bandes noires obliques et irrégulières , parsemé çà et là de quelques taches blanches, et de 
taches carrées , alternativement rousses et noires ; les pieds sont couleur de chair. 



TRIBU des STÉATORNIENS 


Genre GLACHARO, Steatornis , de Humboldt (cxs'ap, suif, opviç, oiseau). Le bec est 
fort solide, comprimé, terminé par un crochet, à mandibule supérieure pourvue d’une arête 
vive, et d’une forte dent; très-fendu, à com- 
missures garnies de soies roides , fasciculées , 
pectinées à leur base, simples à leur sommet; 
les narines sont nues et obliques ; les ailes 
sont obtuses, très - grandes ; les tarses sont 
gros , courts ; les doigts bien séparés et ter- 
minés par des ongles tranchants. 

LeGüACHARO de G a mi 1 e ( Steatornis cari- 
pensis, de Humboldt) , Espèce unique du Genre, 
a le fond du plumage roux marron , mêlé de 
brun à reflets verdâtres, barré, piqueté et vermiculé de 



Guacharo de C\ripe ( Steatornis caripensis) • 


noir, marqué de taches blanches, 


172 


P A S S E R E A U X D Æ 0 1) A C TYPES F I S S 1 R 0 S T R E S. 


petites, cordiformes ou rhomboïdales, à la tête, au cou, sur les parties inférieures, demi- 
rondes ou triangulaires, plus grandes et plus rares sur les ailes et la queue ; le bas du cou, 
le dos et les autres parties inférieures sont plus pâles que le reste du plumage, qui a moins 
de moelleux que celui des Chouettes et des Engoulevents. Le liée est gris rougeâtre; la taille 
celle de la Poule. 

Les Guacharos fuient la clarté du jour, leurs grands yeux en sont éblouis. Ils sortent pen- 
dant la nuit, et surtout au crépuscule. On les rencontre fréquemment par un beau clair de 
lune. Ils sont frugivores. 

Cette Espèce a été découverte, en Amérique, par MM. de Humboldt et Bonpland, dans leur 
excursion à la Cueva del Guacharo , caverne immense, creusée dans les montagnes calcaires 
de Caripe, province de Cumana. Nous allons extraire de la relation historique du Voyage aux 
régions équinoxiales du nouveau continent, les principaux détails de cette curieuse excursion: 

« Il est difficile de se former une idée du bruit épouvantable que des milliers de ces Oiseaux 
font dans la partie obscure de la caverne. On ne peut le comparer qu’au bruit de nos Cor- 
neilles, qui, dans les forêts de Sapins du Nord, vivent en société, et construisent leurs nids 
sur des arbres dont les cimes se touchent. Les sons aigus et perçants des Guacharos se réflé- 
chissent contre les voîltes des rochers, et l’écho les répète au fond de la caverne. Les Indiens 
nous montraient les nids de ces Oiseaux , en fixant des torches au bout d’une longue perche. 
Ces nids se trouvaient à cinquante ou soixante pieds de hauteur au-dessus de nos tètes , dans 
des trous en forme d’entonnoir, dont le plafond de la grotte est criblé. Le bruit augmente à 
mesure que l’on avance, et que les Oiseaux sont effrayés par la lumière (pie répandent les 
torches de Copal. Lorsqu’il cessait pendant quelques minutes autour de nous, on entendait de 
loin les cris plaintifs des Oiseaux nichés dans d’autres embranchements de la caverne : on 
aurait dit que ces bandes se répondaient alternativement. 

« Les Indiens entrent dans la Cueva del Guacharo une fois par an, vers la fête de saint 
Jean, armés de perches, au moyen desquelles ils détruisent la majeure partie des nids. On 
tue, à cette époque, plusieurs milliers d’Oiseaux, et les vieux, comme pour défendre leurs 
couvées, planent autour de la tête des Indiens, en poussant des cris horribles. Les jeunes, 
qui tombent à terre, sont éventrés sur-le-champ. Leur péritoine est fortement chargé de 
graisse, et une couche adipeuse se prolonge depuis l’abdomen jusqu’à l’anus, en formant une 
espèce de pelote entre les jambes de l’Oiseau : cette abondance de graisse dans des Animaux 
frugivores, non exposés à la lumière, et faisant très-peu de mouvements musculaires, rap- 
pelle ce que l’on a observé depuis longtemps dans l’engraissement des Oies et des Bœufs. 
A l’époque que Ton appelle vulgairement à Caripe la récolte de l’huile (la cosecha de la man- 
teca), les Indiens construisent des cases en feuilles de Palmier dans le vestibule même de la 
caverne : c’est là qu’à un feu de broussailles on fait fondre et découler , dans des pots d'ar- 
gile, la graisse des jeunes Oiseaux récemment tués. Cette graisse est connue sous le nom de 
beurre du Guacharo ; elle est à demi fluide , transparente et inodore. Sa pureté est telle qu’on 
la conserve au delà d’un an, sans qu’elle devienne rance. Au couvent de Caripe, et dans la 
cuisine des moines, on n’employait d’autre huile que celle de la caverne, et jamais nous 
n’avons observé qu’elle donnât aux mets un goût ou une odeur désagréables. 

d La race des Guacharos serait éteinte depuis longtemps, si plusieurs circonstances n’en 
favorisaient la conservation. Les indigènes, retenus par leurs idées superstitieuses, n’ont sou- 
vent pas le courage de pénétrer bien avant dans la grotte. Il paraît aussi que des Oiseaux de 
la même Espèce habitent des cavernes voisines, qui sont trop étroites pour être accessibles à 
l’homme. Peut-être la grande caverne se repeuple-t-elle de colonies qui abandonnent ces 
petites grottes, car les missionnaires ont assuré que, jusqu’ici, on n’observe pas que le 
nombre des Oiseaux oit diminué sensiblement. Lorsque, dans la caverne, on ouvre le jabot 
et l'estomac des jeunes Oiseaux , les naturels y trouvent toutes sortes de fruits durs et secs , 
qui fournissent, sous le nom bizarre de graine ou Semilla del Guacharo, un remède très- 


173 


FAMILLE DES CAPRIM ULGIDÉS. 

célèbre contre les fièvres intermittentes. Ce sont les vieux Oiseaux qui portent ces graines à 
leurs' petits. On les ramasse soigneusement pour les envoyer aux malades, à Cariaco, et dans 
d’autres endroits fiévreux des autres régions. 

<( Nous avions eu beaucoup de peine à persuader aux Indiens de dépasser la partie anté- 
rieure de la grotte, la seule qu’ils fréquentent annuellement pour recueillir de la graisse. 11 
fallut toute l’autorité de los padres pour les faire avancer jusqu’à l’endroit où le sol s’élève 
brusquement avec une inclinaison de soixante degrés, et où le torrent forme une petite cas- 
cade souterraine. Les indigènes attachent des idées mystiques à cet antre habité par des 
Oiseaux nocturnes. Ils croient que les âmes de leurs ancêtres séjournent au fond de la caverne. 
L’homme, disent-ils, doit craindre des lieux qui ne sont éclairés ni par le soleil ( zis ) ni par 
la lune ( nuna ). Aller rejoindre les Guacharos , c’est rejoindre ses pères, c’est mourir. Auss 
les magiciens ( pinclics ) et les empoisonneurs ( imorons ) font leurs jongleries nocturnes à 
l’entrée de la caverne, pour conjurer le chef des mauvais esprits ( Ivoro Kiamo). C’est ainsi 
que se ressemblent, dans tous les climats, les premières fictions des peuples, celles surtout 
qui tiennent à deux principes gouvernant le monde, au séjour des âmes après la mort, au 
bonheur des justes et à la punition des coupables. Les langues les plus différentes et les plus 
grossières offrent un certain nombre d’images qui sont les mêmes , parce qu’elles ont leur 
source dans la nature de notre intelligence et de nos sensations. Les ténèbres se lient partout 
à l’idée de la mort : la grotte de Caripe est le Tartare des Grecs, et les Guacharos qui planent 
au-dessus du torrent, en poussant des cris plaintifs, rappellent les Oiseaux stygiens. 

« Nous avions déchargé nos fusils comme au hasard, partout où les cris des Oiseaux noc- 
turnes et le battement de leurs ailes faisaient soupçonner qu’un grand nombre de nids étaient 
réunis. Après plusieurs tentatives inutiles, M. Bonpland réussit à tuer deux Guacharos, qui, 
éblouis par la lumière des torches , semblaient nous poursuivre. 

« Nous marchâmes dans une boue épaisse (mélange de silice, d’alumine et de détritus 
végétal) jusqu’à un endroit où nous vîmes avec étonnement les progrès de la végétation sou- 
terraine. Les fruits que les Oiseaux portent dans la grotte pour nourrir leurs petits germent 
partout où ils peuvent se fixer dans le terrain qui couvre les incrustations calcaires. Des tiges 
étiolées et munies de quelques rudiments de feuilles avaient jusqu’à deux pieds de hauteur. Il 
était impossible de reconnaître spécifiquement les plantes, dont la forme, la couleur, et tout 
le port avaient été changés par l’absence de lumière. Ces traces de l’organisation , au milieu 
des ténèbres, frappaient vivement la curiosité des naturels, d’ailleurs si stupides et si diffi- 
ciles à émouvoir. Ils les examinaient dans ce recueillement silencieux (pie leur inspire un lieu 
qu’ils redoutent. On aurait dit que ces végétaux souterrains, pâles et défigurés, leur parais- 
saient des fantômes bannis de la surface de la terre. 

« Les missionnaires, malgré leur autorité, ne purent obtenir des Indiens qu’ils pénétrassent 
plus avant dans la caverne. A mesure que la' voûte du souterrain s’abaissait, les cris des 
Guacharos devinrent plus perçants. Il fallut céder à la pusillanimité de nos guides et retourner 
sur nos pas. 

«Arrivés enfin à l’ouverture, assis au bord du ruisseau, nous nous reposâmes de nos 
fatigues. Nous étions bien aises de ne plus entendre les cris rauques des Oiseaux, et de quitter 
un lieu où les ténèbres n’offrent guère le charme du silence et de la tranquillité. Nous avions 
fie la peine à nous persuader que le nom de la grotte de Caripe ait pu rester jusqu’alors 
inconnu en Europe. Les Guacharos seuls auraient suffi pour la rendre célèbre. Hors les mon- 
tagnes de Caripe et de Cumanacoa, on n’a jusqu’ici découvert nulle part de ces Oiseaux 
nocturnes. » 

Voilà ce qu’écrivait, en 1814, l’illustre voyageur de Humboldt, et pendant vingt ans on ne 
connut en Europe le Guacharo que sur la description qu’il en avait faite. Mais, grâce au zèle 
infatigable et à la persévérance de M. Lherminier, qui n’épargna ni peines ni sacrifices, et qui 
expédia en Colombie un voyageur avec l’unique mission d’y chercher l< * Guacharo, on posséda 


174 


PASSER E A ü X D Æ 0 D A G T Y L E S T É N U I R 0 S T R E S. 

en France trois Guacharos tués dans la caverne de Caripe. Bientôt de nouveaux voyageurs 
explorèrent les lieux visités par M. de Humboldt : celui-ci s’était avancé dans la caverne jus- 
qu’à 472 mètres de son ouverture. Aujourd’hui les Indiens, moins superstitieux ou plus 
aguerris , consentent à accompagner les curieux bien au delà de ce point. M. Codazzi , officier 
italien, et, plus tard, M. de Bauperthuy, voyageur français, ont parcouru avec eux une dis- 
tance de plus de 1,200 mètres dans ce conduit souterrain, sans en atteindre toutefois l’extré- 
mité. Ils ont reconnu qu’au delà du point où s’est arrêté M. de Humboldt , la caverne perd sa 
régularité, et se tapisse de stalactites, qui, dans certains endroits, ferment presque le pas- 
sage. Dans des grottes latérales , situées à 550 mètres de l’ouverture , M. Codazzi a trouvé les 
Guacharos en troupes innombrables. Depuis cette époque, le Guacharo a été retrouvé dans la 
province de Bogota, par MM. Roulin et Goudot. 

Quoiqu’on n’ait encore trouvé dans l’estomac du Guacharo que des débris de substances 
végétales, quelques naturalistes, se fondant sur la ressemblance extérieure qui rapproche cet 
Oiseau des Rapaces nocturnes, et sur l’analogie de son tube intestinal avec celui des Engou- 
levents et des lbijaux, persistent à croire que le Guacharo est à la fois insectivore et fru- 
givore. 


PASSEREAUX DÆODACTYLES TÉNUIROSTRES 


FAMILLE des TROC fl IL! DÉS 

( Genre TROCHILUS, de Linné.) 

CARACTÈRE. — Bec ordinairement plus long que la tête, droit ou recourbé ; la mandi- 
bule supérieure un peu élargie à la base , carénée et s’amincissant en pointe ; V inférieure 
rentrant dans la supérieure , se dilatant un peu vers la pointe et l’égalant en longueur; 
narines basales, petites, recouvertes par les plumes du front , placées dans une fossette 
latérale , et séparées l’une de l’autre par une arête peu prononcée; ailes suraiguës; queue 
de six à directrices ; tarses minces, grêles, emplumés jusqu’aux talons, écussonnés,plus 
courts que le doigt médian. 

Les Tiochilidés, connus vulgairement sous le nom de Colibris et d’ Oiseaux-mouches, appar- 
tiennent tous à l’Amérique, et habitent, sans la dépasser, la zone intertropicale. Leur bec est 
long, grêle et renferme une langue qui s’allonge comme celle des Pics, et se divise en deux 
filets, servant à l’Oiseau de siphon pour pomper le nectar des fleurs ; ils se nourrissent sur- 
tout d’insectes ; leurs pieds , très-courts , sont impropres à la marche ; mais les organes du 
vol compensent complètement chez eux l’absence de cette faculté, qui leur serait inutile. Ces 
Oiseaux, les plus petits de leur classe, sont aussi ceux que la nature a parés des plus bril- 
lantes couleurs ; chacune de leurs plumes est pourvue d’une prodigieuse quantité de barbules, 
véritables réflecteurs qui , suivant l’angle d’incidence sous lequel tombe la lumière, décom- 
posent ce fluide, et réfléchissent de la manière la plus variée les rayons colorés qu’ils n’ont 
pas absorbés. Les Péruviens leur donnaient le nom de Cheveux du soleil , et faisaient avec 
leurs plumes des tableaux d’un éclat éblouissant. Leur caractère est peu sauvage, ils se lais- 
sent approcher de très-près, mais ils partent comme un trait lorsqu’on veut les saisir; iras- 
cibles en proportion de leur petitesse, ils se battent entre eux avec acharnement; s’il s’agit de 
défendre leur couvée, ils attaquent courageusement des Oiseaux dix fois plus gros qu’eux, et 


FAMILLE DES TROCHILIDÉS. 


175 


réussissent quelquefois à les mettre en fuite ; mais leur plus terrible ennemi est la Mygale-Crabe. 
Cette monstrueuse Araignée ourdit sa galerie tubuleuse dans le voisinage des nids d’Oiseaux- 
mouches; elle guette le moment où les petits viennent d’éclore, fait irruption dans leur nid, et 
les suce avidement ; si le père et la mère se laissent surprendre par elle, ils subissent le sort de 
leurs petits. Le nid des Colibris , tout à la fois délicat et solide , est une petite capsule feutrée 
de soie et de coton, suspendue à un rameau, à une feuille et même souvent à un brin de 
chaume qui recouvre les cases dans l’Amérique méridionale ; il renferme deux œufs blancs, 
ayant à peine la grosseur d’un petit pois, et d’où sortent, après une incubation constante de 
douze jours, des Oiseaux qui ont le volume d’une mouche ordinaire. 

Les Colibris vivent difficilement en captivité ; la cage les fait bientôt périr de langueur, en 
les privant du mouvement qui est une des conditions essentielles de leur existence : on peut 
cependant les conserver pendant quelques mois, en les nourrissant avec une pâtée très-fine, 
composée de biscuit, de vin d’Espagne et de miel , dont ils prennent la substance en passant 
dessus leur langue longue et flexible. Un général anglais est parvenu à les alimenter pendant 
quatre mois avec du sirop qu’il plaçait au fond de fleurs artificielles, imitant parfaitement les 
corolles en cloche que les Colibris aiment le plus à visiter. On a vainement essayé de les trans- 
porter et de les conserver vivants en Europe. L’ornithologiste Latham rapporte qu’un jeune 
homme, partant de la Jamaïque pour retourner en Angleterre, coupa la branche portant le nid 
où couvait la femelle du Coli b ni iiausse-col veut ( Trocliilus gramineus , de Linné). La 
mère se familiarisa bientôt, et accepta la nourriture qui lui fut offerte. Elle continua de cou- 
ver avec assiduité sur le navire, et quand ses petits furent éclos, elle mourut : ceux-ci arri- 
vèrent vivants en Angleterre. Us résistèrent à l’influence du climat pendant deux mois chez 
lady Hamon , et leur familiarité était devenue telle, qu’ils allaient prendre leur nourriture sur 
les lèvres de leur maîtresse. 


SYNOPSIS DES GENRES DE LA FAMILLE DES TROCHILIDÉS. 


Bec moins long que le reste de la tête, droit, aciculaire.. 

R AM PHO MICRON. 

Rampliomicron. 

Dec un peu plus long que le reste de la tête , 
droit ; 

en alêne 

U ELIOT R IX. 

Héliotlirix. 

très-atténué , seulement à l’extrême pointe. 

Tarses dénudés 

Oiseau-mouche. 

Ornismyia. 

Tarses emplumés 

Eriope. 

Eriopus. 

ayant la pointe recourbée en haut 

A VOCE T T I N E. 

Avocettinus. 

Bec beaucoup plus long que la tête , 
droit, très-atténué seulement à l’extrême pointe .... 

1 1 É L 10 M A S T 1! E . 

Heliomaster. 

ayant l’extrême pointe recourbée en bas et formant 
crochet 

G I! Y P E. 

Grypus. 

recourbé en bas , 

Tige des rémiges ordinaire 

Colibri. 

Trocliilus. 

Tige des rémiges très-dilatée 

Campyloptère. 

Campylopterus. 

Bec aussi long que le corps de l’Oiseau, un peu recourbé 
en haut 

D 0 C I M A S T R E . 

Docimaster. 


G e n r F. R A M P H O M 1 C R O N , Rampliomicron , de Ch. Iîo- 
naparte (pdp.cpoç, bec, puxpoç, petit). L’Espèce-type de ce Genre 
est l’ O i s e a u - m o u c n e microrhynque ( Ornismyia micro- 
rhyncha, de Lesson) dont le bec n’a que trois lignes de lon- 
gueur ; le dessus du corps est d’un violet luisant , à reflets 
pourprés rouges; le dessous est vert émeraude, à reflets cui- 
vrés; le plastron guttural, d’un beau vert à reflets dorés, est 



170 


P A S S E R E A U X I) Æ 0 1) A G TYPES T É N LS I R O S T R E S. 

terminé en pointe arrondie; les ailes sont noires, à reflets violets; la queue est noire, à reflets 
pourprés. Il habite l’Amérique méridionale. 

Genre HÉLIOTRIX, Heliothrix, de Boié (vjXtoç, soleil, 6ptE, cheveu). L’Héliotrix 
a oreilles d’azur {Heliothrix aurita , de Boié ; Trocliilus auritus , de Gmelin; Ornismyia 
aurita, de Lesson) habite la Guyane ; le bec est fort, robuste ; la queue étagée, les rectrices 
moyennes blanches, les latérales noires; le plumage vert en dessus, blanc de neige en des- 
sous ; un trait noir derrière l’œil , précédant des plumes écailleuses d’un bleu d’azur. 

Genre ORNISMYE , Ornismyia , de Lesson (opvtç, Oiseau, paa, mouche). L’Oiseau- 
mouche minime {Ornismyia minirna, de Lesson) habite les Antilles. Son plumage est, en 
dessus d’un blanc sale , en dessous d’un vert doré ; les rectrices moyennes sont vertes ; les 
latérales, blanches à leur extrémité. 

Genre ÉBIOPE, Eriopus , de Gould (Ipcov, duvet, Tiouç, 
pied). L’Oiseau-mouche vêtu ( Ornismyia vestita , de 
Longuemare) habite Santa-Fé de Bogota ; son plumage est 
vert brillant; la cravate et les tectrices sous -caudales sont 
dorées; les sous-caudales bleues d’azur; la queue est four- 
chue; le ventre est vert; les 
pieds revêtus de plumes blan- 
ches. 

Genre AVOCETTINE {Avoccltinus , de Ch. Bonaparte). 
Ce Genre , ainsi nommé à cause de la forme du bec , qui rap- 
pelle celui de VAvocetle , a pour Espèce-type I’Avocettine 
a bec recourbé ( Ornismyia recurvirostris , de Lesson), 
Espèce péruvienne, dont le plumage est d’un vert doré métal- 
lique, le plastron émeraude sur le devant du cou; l’abdomen est marqué d’une raie longitu- 
dinale ; les plumes des cuisses sont blanches. 

Genre HÉLIOMASTBE, Helioniaster, de Ch. Bonaparte (vjXtoç, p.acrT7]p, qui cherche le 

soleil) . L’ II É l i o m a s t r e d’Angèle {Ornismyia Angel œ , de 
Lesson) habite le Chili et Buenos-Ayres ; le bec est allongé, 
noir; la queue médiocre, fourchue, parsemée de petites 
taches glauques ; le dos et la croupe sont émeraude ; une 
goutte blanche se voit derrière l’œil ; la gorge est brillante 
d’écailles rubis ; les plumes jugulaires sont étalées en deux 
éventails d’azur; le ventre est bleu foncé. 

L’Héliom astre Corinne {Ornismyia superba, de Les- 
son) habite l’île de la Trinité. Son bec est très-long ; le plumage de la tête est bleu, la gorge 
rubis , bordée de blanc ; le dessus du corps est vert doré ; le dessous gris ; les rectrices sont 
inégales, vertes; les deux externes terminées de blanc. 

Genre COLIBBI, Trocliilus, de Linné (xpoyyXoç, Roitelet). Le Colibri petit rubis 
{Trochilus colubris, de Linné) habite la Floride et la Caroline. On le nomme aux États-Unis 
I’Oiseau- mur mure ( Humming-Bird ) , à cause du bourdonnement de ses ailes. Sa taille est 
de trois pouces; il est vert doré en dessus; blanc grisâtre en dessous, et sa gorge est d’une 
couleur de rubis très-brillante, qui est remplacée, chez la femelle, par une cravate blanche ; 
la queue est peu fourchue, composée de rectrices grêles ; le bec est droit, noir, ainsi que les 
tarses. 

Genre GBYPE, Grypus , de Spix (ypuTio;, bec recourbé). Le Grype iiuficole {Grypus 
ruficollis, de Spix ; Trochilus nœvius, de Dumont) habite l“s environs de Rio-Janeiro. Son bec 
est noir et blanc; le dos est vert cuivré ; la gorge noirâtre; les côtés du cou sont d’un jaune 
de buffle; le ventre est gris, tacheté de noir. La queue est verte, pourprée et rousse en des- 
sus, noire et rousse en dessous. 









' "S "t/f 





# 


FAMILLE DES TKOCHILI DÉS. 


177 





Campyloptere latipenne. 


< AMPVI.OI'l ÈRE I VT IPKMVK. 


G en u e CAMPYLOPTERE, Campyloptems , de Swainson ( xafxifuXo;, -te pov, aile recour- 
bée). Le Campyloptère latipenne ( Ornismyia latipcnnis , de Lesson) habite la Guyane; 

son bec est robuste, légèrement 
recourbé, long d’un pouce; les 
parties supérieures sont d’un 
vert-doré brillant; les parties 
inférieures d’un gris cendré. 

Les ailes ont les tiges de leurs 
pennes aplaties, dilatées et cou- 
dées, ce qui leur donne l’aspect 
d’un sabre. 

Genre DO Ci MAST RE, Docimaster, de Gould (Soxifixav^ç, inquisiteur). Le Docimastre 
ensifère ( Trocliilus ensi férus , de Boissonneau) est une Espèce des plus connues, à cause 

de son bec gigantesque. L’Oiseau est long de sept pouces , 
et son bec forme à lui seul la moitié du corps. Le plumage 
est d’un vert brillant, à reflets cuivreux, surtout en dessus et 
en arrière de la tête; le bec est noir, plus haut que large, 
un peu renflé au bout, terminé en pointe aiguë, et faiblement 
arqué dans sa longueur; le dessus de la tête est noirâtre, 
avec chaque plume finement bordée de brun pâle ; le ventre 
est vert, ainsi que les sous-caudales; les ailes sont noirâ- 
dôcim astre ensifère. très , à reflets d’un violet sombre, avec les rectrices vertes; 

la queue est fourchue, d’un vert sombre; les pieds courts, 


jaunâtres ; les ongles bruns. 

Aux Espèces-types que nous venons de décrire succintement , nous joindrons quelques 
autres Espèces appartenant à divers Genres , non mentionnés dans le tableau synoptique de 
Aï. ls. Geoffroy Saint-Hilaire. Nous commencerons par la plus grande Espèce de la Famille, 
l’Ois eau -mouche géant ( Trocliilus gigas , de Vieillot; Ornismyia tristis , de Lesson), 
dont M. Gray a fait le type de son genre Patagona. Sa taille est presque égale à celle de notre 
Martinet. Son bec est long, fort, renflé ; le plumage vert et brillant en dessus, plus foncé sur 
les petites couvertures et les rectrices; le corps est d’un roux brun, avec des tlammettes 
brunes. 

L’Oiseau-mouche huppe-col {Ornismyia ornata , de Lesson), Espèce-type du Genre 
Bellatrix , de Boié, habite la Guyane et le Brésil. Le bec est petit, jaune, noir à la pointe ; le 
front et la gorge sont émeraude ; la tête porte une huppe effilée, allongée , couleur de rouille ; 
les plumes sont longues, fasciculées sur les côtés du cou, colorées en rouge, terminées en 
vert-doré; le corps est vert-doré; le croupion porte une ceinture blanche; la queue est rousse; 
les deux rectrices moyennes vertes. 

L’Oiseau-mouche am É t h y s t e ( Ornismyia ametliystina , de Lesson ) , Espèce-type d u 
Genre Trypliœna , de Gould, habite la Guyane; le bec est grêle, droit, mince; le corps est 
brun, doré en dessus; la gorge est améthyste ou rouge de rubis; les parties inférieures 
sont grises. 

L’Oiseau-mouche Delalande ( Ornismyia Delalandi , de Lesson), vulgairement 
nommé Plumet bleu, est le type du Genre Cephalepis, de Ch. Bonaparte; la tête est surmontée 
d’une huppe , mélangée de vert et de bleu ; le corps est vert en dessus , azuré en dessous ; la 
queue est brune, à rectrices œillées de blanc. Il habite le Brésil. 

L’Oiseau-mouche Sa^ho {Ornismyia Saplio , de Lesson ; Trocliilus radiosus , de Tem- 
minck) , type du Genre Cometes , de Gould, vulgairement nommé Colibri chatoyant , et, au 
Brésil, Béja-Flor, est une magnifique Espèce du Brésil, à queue très-fourchue, resplendis- 
sante d’or, de pourpre et de velours noir; le dessous du corps est d’un vert-doré brillant. 


23 


178 


PASSEREAUX DÀÈOD ACT YLES T É N U I R O S T R E S. 

Si quelques Espèces de Colibris sont peu farouches et recherchent les lieux habités , il en 
est qui préfèrent les retraites solitaires des forêts vierges ; de ce nombre est le Béja-Flor. Il se 
plaît sous les ombrages touffus des Mate-Virgem’s , au milieu des rochers granitiques parmi 
lesquels les torrents se frayent un passage sinueux , et coulent en bouillonnant, sous les haies 
de Bambous qui bordent leur lit. L’éternelle fraîcheur de ces lieux favorise le développement 
d’une multitude de plantes parasites : les Vanilles , les Amaryllis , les Tillandsia , serpentent 
à l’ envi sur une même branche, ou sur la surface aride d’un roc, et s’entremêlent avec les 
Arums et les Scolopendres. C’est là que vit le Béja-Flor. Son caractère sauvage rend ses 
mœurs difficiles à observer : il a le vol rapide , et sa fuite est accompagnée d’un cri fort et 
plaintif; s’il est en colère, ou s’il se défend contre l’attaque d’un autre Oiseau, il étale sa 
queqe richement nuancée de pourpre incandescent. 



1. Spathure roux botté. — 2. Rubis topaze. — 3. Améthyste. — 4. Colibri grenat. — 5. Colibri Eurynome. 
— 6. Huppe-col. — 7. De Lalande. 


Le Colibri topaze (Trochilus pella , de Linné), Espèce-type du Genre Topaza, de Gray, 
a les rectrices moyennes terminées en brins étroits et prolongés. Il habite la Guyane; son 
plumage est rouge de rubis ; la gorge est de couleur topaze chatoyant en or. 

Le Colibri grenat ( Trochilus auratus , de Linné), Espèce-type du Genr eLophornis, de 
Lesson, habite aussi la Guyane ; la queue est à peine fourchue; le plumage est bleu noir, les 
ailes vertes , la gorge grenat. 

Le Spathure roux-botté ( Ocreatus rufo-caligatus , de Gould) doit son nom spécifique 
à la couleur rousse des plumes qui recouvrent ses jambes. Il habite les montagnes de la Paz 
et la Bolivie. 

Le Colibri a brins blancs {Trochilus superciliosus , de Linné) , qui appartient aujour- 
d’hui au Genre Phaetornis, de Swainson, est une Espèce du Brésil, dont le plumage est vert- 



. / 





FAMILLE DES TR0CHIL1DÉS. 179 

doré en dessus, gris en dessous, avec un trait gris sous l’œil ; la queue est étagée, brune , 
bordée de blanc ; les deux rectrices moyennes sont terminées en brins droits et allongés. 



Colibri \ brins blancs (TrochHus sitperciliosus) 
et son nid. 


Le Colibri Eurynome ( TrochHus Eurynomus , de Lesson) appartient aussi au Genre 
Phaetornis. La tête est verte, frangée de roux, le corps est vert émeraude en dessus, gris 
en dessous, avec la gorge écaillée de noir. Cet Oiseau habite le Brésil. 

Le plus petit Oiseau-mouche ( TrochHus minimus , de Linné) , type du Genre Mclli- 
suga, de Brisson , n’est pas plus gros qu’une Abeille ; son plumage est vert doré en dessus ; 
le dessous du corps est d’un blanc sale; les rémiges sont d’un brun violet ; les rectrices inter- 
médiaires d’un noir bleuâtre ; les latérales sont grises , terminées de blanc ; le bec est noir et 
les pieds bruns. 

C'est surtout à l’occasion de l’Oiseau-Mouche qu’il convient de citer Buffon. « De tous les 
êtres animés, dit-il , voici le plus élégant pour la forme et le plus brillant pour les couleurs. 
Les pierres et les métaux polis par notre art ne sont pas comparables à ce bijou de la nature ; 
elle l’a placé dans l’Ordre des Oiseaux , au dernier degré de l’échelle de grandeur : maxime 
miranda in minimis. Son chef-d’œuvre est le petit Oiseau-Mouche ; elle l’a comblé de tous les 
dons qu’elle n’a fait que partager aux autres Oiseaux : légèreté, rapidité, prestesse, grâce et 



180 


PASSE li E AUX D Æ O D A G T Y L E S T É N U 1 R O S T H E S. 

riche parure, tout appartient à ce petit favori. L’émeraude, le rubis, la topaze, brillent sur 
ses habits ; il ne les souille jamais de la poussière de la terre, et , dans sa vie tout aérienne, 
on le voit à peine toucher le gazon par instants : il est toujours en l’air, volant de fleurs en 
fleurs ; il a leur fraîcheur comme il a leur éclat ; il vit de leur nectar, et n’habite que les cli- 
mats où sans cesse elles se renouvellent. C’est dans les contrées les plus chaudes du nouveau 
monde que se trouvent toutes les Espèces d’Oiseaux-Mouches. Elles sont assez nombreuses, 
el paraissent confinées entre les deux tropiques ; car celles qui s’avancent en été dans les 
zones tempérées n’y font qu’un court séjour : elles semblent suivre le soleil , s’avancer, se 

retirer avec lui, et voler sur l’aile des zéphirs à la suite d’un printemps éternel Leur bec 

est une aiguille fine, et leur langue un fil délié ; leurs petits yeux noirs ne paraissent que deux 
points brillants. Leur vol est continu, bourdonnant et rapide ; le battement des ailes est si vif 
que l’Oiseau, s’arrêtant dans les airs, paraît non-seulement immobile, mais tout à fait sans 
action. On le voit s’arrêter ainsi quelques instants devant une fleur, et partir comme un trait 
pour aller à une autre. Il les visite toutes, plonge sa petite langue dans leur calice, les flat- 
tant de ses ailes, sans jamais s’y fixer, mais aussi sans les quitter jamais : il ne presse ses 
inconstances que pour mieux suivre ses amours et multiplier ses jouissances innocentes : car 
cet amant léger des fleurs vit à leurs dépens sans les flétrir; il ne fait que pomper leur miel, 
et c’est à cet usage que sa langue paraît uniquement destinée. » 

Voilà une de ces pages brillantes qu’on ne saurait trop admirer, et qui ont placé Buffon 
parmi les premiers prosateurs de notre langue. Le plumage de l’Oiséau-Mouche n’a pas plus 
d’élégance, de richesse et de coloris que cette magnifique description ; mais il s’agit ici d’his- 
toire naturelle et non pas d’allégories mythologiques : l’esprit le plus disposé aux illusions 
ne saurait voir dans l’Oiseau-Mouche un volage amant des /leurs , espèce de petit-maître en 
miniature, paré de velours, d’or et de pierreries, voltigeant de belle en belle, et distribuant 
ses faveurs à des êtres qui ne sont pas de son Espèce. Si l’Oiseau-Mouche boit le nectar des 
fleurs, il y cherche, avant tout, une proie vivante : voilà les jouissances innocentes qu'il leur 
demande, et son inconstance en amour consiste à quitter une fleur où il vient de becqueter un 
Insecte, pour se diriger vers une autre fleur, ou il espère en becqueter un second. Comparons 
avec ces gracieuses fictions la biographie authentique du petit Rubis de la Caroline , contée 
sans exagération, mais non sans chaleur, par un homme qui dit ce qu’il a vu, et nous pour- 
rons juger comparativement le poète et l’historien. 

« Quel est celui qui, voyant cette mignonne créature bourdonner dans le vague des airs, 
soutenue par ses ailes harmonieuses, voler de fleur en fleur avec des mouvements vifs et gra- 
cieux, et parcourir les vastes régions de l’Amérique, sur lesquelles on dirait qu’elle va semer 
des rubis et des émeraudes : quel est celui, dis-je, qui, voyant briller cette particule de l’arc- 
en-ciel , ne sentira pas son âme s’élever vers l’auteur d’une telle merveille ? Car si Dieu n’a 
pas doté tous les hommes du génie qui crée à sou exemple, il ne refuse à aucun le don d’ad- 
miration. — Quand le soleil ramène le printemps, et fait, éclore par milliers les germes du 
Règne végétal, alors apparaît ce petit Oiseau-Mouche , se jetant çà et là, porté sur ses ailes 
de fée; il inspecte avec soin chaque fleur épanouie, et en retire les Insectes qui s’y étaient 
introduits, de même qu’un fleuriste diligent veille sur sa plante chérie pour la délivrer des 
ennemis intérieurs qui pourraient altérer le tissu délicat de ses pétales. On le voit suspendu 
dans les airs, qu’il frappe d’un frémissement si rapide, que son vol simule une complète 
immobilité : il plonge un regard scrutateur dans les recoins les plus cachés des corolles, et, 
par les mouvements légers de ses plumes, il semble, éventail vivant, rafraîchir la fleur qu’il 
contemple; il produit en même temps au dessus d’elle un murmure doux et sonore, bien 
propre à assoupir les Insectes qui y sont occupés à butiner. Tout à coup il enfonce dans la 
corolle son bec long et menu ; sa langue molle, fourchue et enduite d’une salive glutineuse, 
s’allonge délicatement, et va toucher l’Insecte, qu’elle ramène aussitôt avec elle dans le gosier 
de l’Oiseau. Celte manœuvre s’exécute eu un clin d’œil, et ne coûte à la fleur qu’une goutte- 


181 


FAMILLE DES TR.OCHILIDÉS. 

lette de nectar, enlevée en même temps que le petit Scarabée ; larcin qui n’appauvrit pas la 
plante , et la délivre d’un parasite nuisible. 

« Les prairies, les vergers, les champs et les forêts sont tour à tour visités par Y Humming- 
Bird , et partout il trouve plaisir et nourriture. Sa gorge est au-dessus de toute description : 
c’est tantôt l’éclat mobile du feu, tantôt le noir profond du velours : son corps, qui brille en 
dessus d’un vert doré, traverse l’espace avec la vitesse de l’éclair, et tombe sur chaque fleur 
comme un rayon de lumière. Il se relève, se précipite, puis revient, monte ou descend, tou- 
jours par bonds aussi brusques que rapides.... C’est ainsi qu’il nous apparaît dans les pro- 
vinces septentrionales de l’Union, s’avançant avec les beaux jours, et se retirant prudemment 
aux approches de l’automne. 



« Que de plaisirs n’ai-je pas éprouvés à étudier les mœurs, et à suivre la vive expression 
des sentiments d’un couple de ces créatures célestes pendant la saison des œufs ! Le mâle 
étale son riche poitrail pour en faire reluire les écailles, pirouette sur une seule aile, et tour- 
noie autour de sa douce compagne ; puis se jette sur une fleur épanouie, charge son bec de 
butin, et vient déposer dans le bec de son amie l’Insecte et le miel qu’il a recueillis pour elle... 
Lorsque ses attentions délicates sont accueillies, son allure est vive et peinl le bonheur, et 


182 


PASSEREAUX DÆODACT YLES TÉNUIROSTRES. 

tandis que la femelle se régale des mets qu’il lui a présentés, il l’évente avec ses ailes. Quand 
la ponte approche, le mâle redouble de soins et manifeste son dévouement par un courage 
supérieur à ses forces : il ne craint pas de donner la chasse à V Oiseau-Bleu et au Martin ; il 
ose même se mesurer avec le Gobe-Mouche tyran, et, tout fier de son audace, il retourne vers 
sa compagne en agitant joyeusement ses ailes résonnantes.... Chacun peut comprendre, mais 
nul ne peut exprimer par des paroles ces témoignages de tendresse courageuse et fidèle, que 
le mâle, si débile en apparence, donne à sa femelle, pour justifier sa confiance et la sécurité 
qu’elle devra conserver sur le nid oh va bientôt la retenir l’amour maternel. 

« Dans le nid de cet Oiseau-Mouche, que de fois j’ai jeté un regard furtif sur sa progéniture 
nouvellement éclose ! deux petits, gros comme une Abeille, nus, aveugles et débiles, pouvaient 
à peine soulever le bec pour recevoir leur nourriture : mais combien d’alarmes douloureuses 
ma présence faisait éprouver au père et à la mère ! Us rasaient d’un vol inquiet mon visage, 
descendaient sur le rameau le plus voisin, remontaient, volaient à droite, à gauche, et atten- 
daient avec une anxiété manifeste le résultat de ma visite; puis, dès qu’ils s’étaient assurés 
que ma curiosité était inoffensive, quels transports de joie ils faisaient éclater! Je croyais 
voir, dans leur expression la plus naïve, les angoisses d’une pauvre mère qui craint de perdre 
son fils atteint d’une maladie dangereuse, et le bonheur de cette mère quand le médecin vient 
d’annoncer que la crise est passée et que l’enfant est sauvé. 

« Le nid du Ruhis est de la texture la plus délicate ; la partie extérieure est formée d’un 
Lichen gris, et semble faire partie intégrante de la branche, comme une excroissance déve- 
loppée par accident. La partie attenante consiste en substances cotonneuses, et le fond en 
fibres soyeuses, obtenues de différentes plantes. Contre l’axiome qui dit que le nombre d’œufs 
est en rapport avec la petitesse de l’Espèce, la femelle ne dépose dans ce berceau confortable 
que deux œufs d’un blanc pur. Dix jours sont nécessaires pour les faire éclore, et l’Oiseau 
élève deux couvées dans la même saison. Au bout d’une semaine , les petits peuvent voler, 
mais ils sont encore nourris par leurs parents pendant près d’une autre semaine : ils reçoi- 
vent leur nourriture directement du bec des vieux, qui la leur dégorgent comme des Pigeons ; 
puis, quand ils sont en état de se pourvoir eux-mêmes, les petits s’associent à d’autres nou- 
velles couvées, et font leur migration à part des vieux Oiseaux. Us n’ont qu’au printemps 
suivant leur coloris complet, quoique déjà la gorge du mâle soit fortement empreinte de teintes 
rubis, avant la migration d’automne. 

« Ces Oiseaux affectionnent surtout les fleurs dont la corolle est tubuleuse, telles que le 
Datura stramonium , le Bignonia radicans et le Chèvrefeuille , non pas seulement pour étan- 
cher leur soif en pompant le nectar qu’elles renferment , mais surtout pour se nourrir des 
petits Coléoptères et des Mouches que ce nectar attire. Ils sont peu farouches, ne fuient pas 
l’Homme, et entrent même dans les appartements où se trouvent des fleurs fraîches ; ils abon- 
dent surtout dans la Louisiane. On les prend en les tirant avec un fusil chargé d’eau, pour 
ménager leurs plumes, ou mieux encore en employant un filet à Papillons. » 


FAMILLE des CERTHIDÉS 

( Genre CEBTHIA , de Linné.) 

CARACTÈRE. — Bec allongé, recourbé, pointu ; queue médiocre, ordinairement élargie, 
égale ou légèrement fourchue; rectrices parfois dépassées par deux brins, à tige souvent 
terminée en pointe nue, roule, un peu recourbée. 


F A M J L I, F 1) E S C E K T H I D É S. 

SYNOPSIS DUS GENRES DE LA FAMILLE DES CERTIIIDÉS . 


I <s:î 


Queue entière. 

Dec prismatique , 
un peu recourbé , 

excessivement long. 

long. 

Couleurs irisées métalliques 

Couleurs vives, mais non métalliques, 
seulement aussi long que la tête. 

Couleurs métalliques 

Couleurs non métalliques 

recourbé en demi-cercle 

Bec comprimé 

Queue un peu usée, bec déprimé à la base 

Queue très-usée, bec comprimé 


Arachnothère. 

Sout-MANGA, 

Guitguit. 

Dicée. 

Sucrier. 

HÉ O ROT AI R E. 

Fournier. 

Tichodrome. 

G R 1 M P E R E A U. 


Arachnothera . 

Cynniris. 

Cœreba. 

Dicceum. 

Nectarinia. 

Melithreptus. 

Furndrius. 

Tichodroma. 

Certhia. 


Genre SOUI-MANGA {Cynniris, de Cûvier). Le bec est médiocre, arrondi, légèrement 
recourbé, élargi à la base, comprimé, à bords dentelés; les narines sont basales, à demi 
closes par une membrane un peu voûtée; la langue est longue, extensible, profondément 
fourchue à son extrémité ; les tarses sont grêles et nus; les ailes médiocres ; la queue souvent 
terminée par deux brins. 



Soui-manga ( Cyniris ) 
et son nid. 


Ils vivent sur les fleurs dont ils pompent le miel ; c’est de là que leur vient le nom de Soui- 
Manga, qui signifie, en langue madécasse, mangeur de sucre. Ils se nourrissent aussi d’in- 
sectes. Ces petits Oiseaux, dont le plumage, chez les males, et à l’époque des amours, brille 



184 


PASSE R EUX I ) Æ ODA G T Y LES T É N U I H O S T R E S. 



Araciinothère a LONG MX. 


îles couleurs métalliques les plus éclatantes', appartiennent à l’ancien continent, et y repré- 
sentent les Colibris ; leur naturel est gai et leur chant agréable ; leurs mouvements sont vifs 
et leurs mœurs sociables ; ils construisent leur nid dans les buissons et sur les arbustes, ou 
sur les arbres : la ponte est de deux à quatre œufs. 

Le Soui-Manga a longue queue ( Cynniris famosus , de Lesson ; Certlria famosa, de 
(Imelin) a le plumage vert foncé métallique , une tache dorée sous les ailes, et les rectrices 
moyennes terminées en longs brins. Il habite le cap de Bonne-Espérance. 

Genre ARACHNOTHÈRE , Arachnothera , de Tèmminck (apàyyviç, araignée, Or, pd«, 

chasser). Ce Genre, démembré du précédent, est caractérisé 
par un bec extrêmement long, à bords presque lisses, à na- 
rines longitudinales ; les ailes sont obtuses ; les tarses ro- 
bustes et écussonnés , la queue arrondie, la langue courte, 
entière et cartilagineuse. 

Ces Oiseaux se nourrissent d’ Araignées et d’insectes mous. 
Leur plumage est sans éclat. 

L’Arachnotiière a long bec ( Arachnothera longiros- 
tris , de Gray ; Certhia lomirostra , de Lathanf) habite Java et Sumatra ; elle a le bec noir 
et blanc, le plumage gris en dessus, blanchâtre sur la gorge et le thorax ; le ventre et les 
flancs jaunes. 

Genre G LIT GUI T {Cærcba , de Brisson ) . Le bec est allongé, recourbé, comprimé, 
légèrement déprimé à la base, à pointes égales, à arête convexe; les narines sont basales, 
couvertes d’une membrane ; les ailes sont aiguës, les tarses médiocres, à doigts grêles. 

Les Guitguits sont des Oiseaux de l’Amérique méridionale, à formes trapues, à plumage 
métallisé ; ils ont les mœurs et le régime des Colibris ; leur nid est construit avec une indus- 
trie remarquable. 

LeGuiTGUiT azur ( Cærcba cyanea, de Lesson; Certhia cyanea, de Gmelin) a le plu- 
mage d’un noir velours et bleu lapis; la tête est bleue, dorée ou verte; le bec et les ongles 
sont noirs et les tarses jaunes. Il habite le Brésil et la Guyane. 

« Cet Oiseau, dit Montbeillard , fait son nid avec beaucoup d’art; en dehors, de grosse 
paille et de brins d’herbe un peu fermes ; en dedans, de matériaux plus mollets et plus doux : 
il lui donne à peu près la forme d’une cornue; il le suspend, par sa base, à l’extrémité d’une 
branche faible et mobile ; l’ouverture est tournée du côté de la terre; par cette ouverture, 
l’Oiseau entre dans le col de la cornue, qui est presque droit, et long d’un pied, et il grimpe 
jusqu’au ventre de cette même cornue, qui est le vrai nid. La couvée et la couveuse y sont à 
l’abri des Araignées, des Lézards et de tous leurs ennemis. Partout où l’on voit subsister des 
Espèces faibles, non protégées par l’homme, il y a à parier que ce sont des Espèces indus- 
trieuses. » 

Genre 1)1 CEE ( Dicæum , de Cuvier). Le bec est aigu, arqué, pas plus long que la tête, 

élargi à la base, à bords rentrés et très- finement denticulés ; 
les narines sont petites , basales , arrondies ; les ailes sont sub- 
aiguës; la queue courte, un peu échancrée; les tarses moyens; 
la langue conformée en pinceau. 

Les Dicées vivent dans les îles de l’archipel d’Asie ; leurs 
plumes sont à facettes, mais non métalliques comme celles des 
Colibris ; ils vivent de graines et d’insectes. 

Le Dicée rouge-cap ( Dicæum rubri-capilla , de Lesson; 
Certhia erythronotos , de Latham ) a la tête et le croupion d’un rouge vif ; le dessus du corps 
est brun; le devant du cou blanc; le ventre gris cendré; les couvertures inférieures blanches. 

Genre SUCRIER ( Alectarinià , d’Illiger). Le bec est plus court que la tête, arrondi , 
pointu, légèrement recourbé, à bords lisses, à pointe égale ; les narines sont petites, basales; 



Dicéi: sont. 




FAMILLE DES CE RT H I DÉS. i 85 

les ailes courtes, aiguës; la queue est légèrement étagée; les tarses moyens, écussonnés. 

Les Sucriers sont des Oiseaux américains, à plumage dépourvu d’éclat métallique, ce qui 
les distingue des Guitguits. 

Le Sucrier des Antilles ( Nectarinia / laveola , d’Illiger; Certïiia flaveola , de Gmelin) 
est une Espèce des Antilles, dont le corps est brun en dessus, jaune d’or en dessous, avec la 
gorge cendrée, et deux larges sourcils blancs. 

Genre HÉOROTAIRE, Meüthreptus , de Vieillot ( (/.sXi , Tpscpoj , qui se nourrit de miel). 

Le bec est très-long, très-arqué, gros et triangulaire à la 
base, très-effilé à la pointe, à mandibule supérieure dépas- 
sant l’inférieure; les narines sont basales, latérales, à demi 
couvertes d’une membrane ; la langue est divisée en deux 
filets; les ailes sont allongées, pointues, subobtuses; la queue 
médiocre, un peu fourchue ; les tarses grêles, écussonnés, à 
doigts faibles. 

Les Héorotaires sont des Oiseaux de l’Océanie, qui s’accro- 
chent aux branches , en sautant à la manière des Mésanges , 
plutôt qu’en grimpant et en s’accolant aux troncs des arbres. On suppose qu’ils se nour- 
rissent de miel et d’insectes. 

L’Héorotaire rouge (. Melithreptus vestiarius, de Vieillot; Certhia coccinea , de Gmelin) 
a le bec corné, les tarses jaunes, le plumage d’un rouge éclatant, les ailes et la queue noires. 
Cette Espèce habite les îles Sandwich , où ses plumes sont recherchées pour composer les 
manteaux des Chefs. 

Genre FOURNIER ( Furnarius , de Vieillot). Le bec est de la longueur de la tête, élargi 
à la base et comprimé , à bords lisses, à arête convexe, à pointe égale ; la langue est entière, 
cartilagineuse, et comme usée à la pointe; les narines sont latérales, ovalaires; les ailes 


Fournif.r ( Furnarius ) 
et son nid. 


21 


18(5 PASSEREAUX l)B 0 DACTYLES TÉ N U J ROSTRES. 

courtes , subobtuses ; la queue est ample , un peu échancrée ; les tarses sont forts , allongés , 
écussonnés. 

Les Fourniers sont de petits Oiseaux habitant l’Amérique tropicale du Sud ; leur plumage 
est sombre, sans éclat métallique ; ses couleurs dominantes sont le roux et le brun, variés de 
blanc et de noir ; leurs mouvements sont vifs, leur vol est court et bas ; ils sont sédentaires 
et d’un naturel très-peu farouche ; ils se nourrissent d’insectes et de graines ; ne se réunissent 
jamais en troupe, et vivent par couples ou seuls, leur cri est un tchi, tchi , rapidement répété. 

Le Fournier hornéro ( Furnarius rufus , de Vieillot; Merops rufus , de Gmelin) habite 
le Brésil et le Paraguay. Son plumage est roux clair, sa gorge est blanche, et sa queue d’un 
roux vif. Sa taille est de cinq à sept pouces. 

Cet Oiseau construit un nid d’argile de trois pieds de circonférence, qui offre la forme d’un 
four à parois peu épaisses; l’ouverture est sur le côté, et l’intérieur est divisé en deux com- 
partiments par une cloison partant de l’ouverture; c’est dans la partie inférieure que la femelle 
dépose, sur une couche d’herbe, quatre œufs, d’environ huit lignes et demie de diamètre, 
pointus et blancs, piquetés de roux. Le mâle et la femelle travaillent de concert, et apportent 
chacun une boulette d’argile, grosse comme une petite noix, qu’ils arrangent et vont chercher 
alternativement. Ce nid, malgré ses dimensions, est quelquefois terminé en deux jours; ils 
l’établissent dans le voisinage des habitations, le long des palissades, sur les croix, sur les 
poteaux, sur les fenêtres des maisons. Quelquefois, des Oiseaux étrangers se servent des 
vieux nids du Fournier pour y faire leur ponte; mais celui-ci en chasse Tes usurpateurs, 
quand il en a besoin, parce qu’il ne se donne pas la peine de faire chaque année de nouveaux 
nids. «Lorsque le Fournier marche, dit Azara, il s’appuie vivement sur un pied, et lève 
l’autre en même temps, avec la même promptitude; et, après l’avoir tenu un peu en l’air, il 
le pose en avant et loin, pour lever l’autre. Après avoir répété plusieurs fois ce manège, il se 
met à courir avec rapidité, et s’arrête ensuite tout à coup, puis, il reprend sa marche lente et 
grave. Il s’avance ainsi, alternativement, à pas majestueux et précipités, d’un air libre et 
dégagé, la tête haute et le cou élevé. Quand il chante, il avance le corps, allonge le cou et 
bat des ailes. » 

Genre TICHODROME, Tichodroma , d’Illiger (xst^oç, muraille; Spépw, courir). Le bec 

est très- long, grêle, arqué, pointu, déprimé, et très-angu- 
leux à la base; les narines sont basales, nues, à moitié fer- 
mées par une membrane; les ailes sont obtuses, la queue 
légèrement arrondie, composée de pennes à tige faible; les 
tarses sont grêles , allongés , écussonnés , terminés par des 
doigts longs. 

Le Tichodrome Échelette ( Tichodroma muraria, de 
Ch. Bonaparte; Certhia muraria, de Linné) est une Espèce 
européenne; son plumage est gris cendré; la gorge et les joues sont d’un noir profond; les 
tectrices de l’aile, et les parties supérieures des barbes externes des rémiges, sont d’un roux 
vif ; les rémiges sont noires partout ailleurs , avec deux taches blanches sur les barbes 
internes; la queue est noire, avec les deux rectrices externes terminées de blanc; le bec, les 
pieds et l’iris sont noirs. La taille est d’environ six pouces. 

Cet Oiseau se trouve assez communément en France; il vit d’insectes, de larves, et surtout 
d’ Araignées. 11 niche dans les fentes de rochers, et dans les trous des vieux murs; sa ponte 
est de six œufs , d’un blanc pur, dont le grand axe est de huit lignes et demie, et le petit axe 
de six lignes. «Le Tichodrome, dit M. Degland, vit solitaire, sur les montagnes élevées, d’où 
il ne descend qu’aux approches de l’hiver. Il est si peu farouche , qu’on peut l’approcher à la 
distance de quelques pas , sans qu’il montre beaucoup d’inquiétude , et même sans chercher à 
fuir; seulement, lorsqu’on est trop près de lui, il suspend les actes auxquels il se livrait, et 
paraît surveiller nos mouvements. Le nom d 'Échelette, qu’il a reçu, lui vient de l’habitude 



FAMILLE DES PICUCULIDES. 


187 



qu’il a de grimper contre les murailles des édifices , des places fortes , et contre les rochers 
coupés à pic, pour y chercher sa nourriture. Lorsqu’il grimpe, à chaque saut qu’il lait, il 
agite et déploie légèrement ses ailes; en d’autres termes, il papillonne continuellement. » 

Genre GRIMPEREAU (Certhia, de Linné). Le bec est grêle, allongé, plus ou moins 
arqué , comprimé et pointu ; les na- 
rines sont basales, à demi -closes, 
placées dans un sillon longitudinal; 
les ailes sont courtes, obtuses; la 
queue est étagée, à pennes roides, 
usées et pointues ; les tarses sont 
courts, les ongles allongés, très-cour- 
bés , le postérieur le plus long. 

Les Espèces de ce Genre grimpent 
sur les arbres à la manière des Pics ; 
ce sont des Oiseaux très-agiles , qui 
parcourent en tous sens l’écorce des 
arbres, et s’emparent adroitement des 
Insectes qu’ils rencontrent ; ils habi- 
tent surtout les Chênes, dans les trous 
desquels ils pondent, au printemps, 
six à huit œufs. 

Le Grimpereau familier ( Cer- 
thia familiaris , de Linné) est d’un 
brun gris, flammé de blanc en dessus ; 
la gorge est blanchâtre, et les sous- 
caudales sont rousses. La taille est 
de quatre pouces et demi. Cet Oiseau 
habite l’Europe, l’Asie et l’Amérique. 

11 ne se perche jamais sur les bran- 
ches horizontales, et, même en dor- 
mant, il garde une position verticale. 

Ses œufs sont oblongs, blancs ou 
légèrement grisâtres , ponctués de 

rouge ; leur grand axe est de sept Giumpeiieao C Certhia J . 

lignes , le petit axe de cinq lignes. 


FAMILLE des PICUCULIDES 

( Groupe non indiqué par Linné.) 

CAR ACTÈRE.— Bec généralement grêle et long, comprimé et pointu; narines basales, 
arrondies ou ovalaires , ouvertes; ailes obtuses ou subobtuses; queue longue, élargie, 
à pennes un peu arquées, et terminées par une pointe aiguë et roule. 

Les Picuculidés, ainsi nommés à cause de leur analogie avec les Pics, habitent, comme 
eux, les forêts, se nourrissent de vers, qu’ils cherchent sous l’écorce des arbres, pondent 
dans des trous, creusés au sein des troncs, et ne marchent point à terre. Ils se tiennent seuls, 
ou par paires. Ils commencent à grimper le long des arbres, environ à trois pieds du sol; ils 



1 88 PASSER K AUX DÆODACT YLES TÉNU I ROSTRES. 

ne tirent point avec leur langue les Insectes de dessous l’écorce, comme le font les Pics; mais 
ils se servent de leur bec, qu’ils enfoncent jusqu’à ce qu’ils saisissent leur proie : si celle-ci 
est trop profondément cachée, ils frappent l’arbre avec leur bec, à la manière des Pics, et 
s’en servent môme souvent comme d’un levier, pour soulever l’écorce. Les Picuculidés appar- 
tiennent à l’Amérique tropicale. 

SYNOPSIS DES GENRES DE LA FAMILLE DES PICLCU L1DÉS. 

Hue plus court que In tête Sylviette. Sittasomus. 

Hue plus long que la tête, il arête supérieure courbe Pieu eu le. Dendrocolaptes. 

Hue excessivement long , 

triangulaire , droit, infléchi à la pointe Nasican. Nasica. 

comprimé , très-recourbé Falcirostre. Xiphorhyncfws . 

(îen r e P I G U C U L E , Dendrocolaptes , d’Ilüger (Ssvopov, arbre ; xo/â-rrroj, frapper). Le bec 

est plus long que la tête, élargi à la base, renflé, et légère- 
ment arqué, à mandibule supérieure un peu recourbée en 
pointe; les tarses sont courts et robustes. 

Le PicucuLE commun {Dendrocolaptes cayennensis , d’11- 
TMsIP' lïger) habite la Guyane; le dos, le croupion, les ailes et la 
queue sont d’un rouge brun, 
rayé de noir; la gorge, la poi- 
trine et le ventre sont d’un blanc 
sale , avec des bordures noirâtres. 

Le PicucuLE T al api ot ( Dendrocolaptes guttatus , de 
Spix ; Oriolus picus , de Gmelin) est le type du Genre Dm- ip^v v ' 

droplex, de Swainson. Le bec est presque droit, corné; la naitaor. 

tête, le cou et la poitrine sont tachés de roux et de blanc; le 

dessus du corps est roux ; le ventre , les ailes et la queue sont d’un brun roussàtre. Cette 
Espèce habite Cayenne. 

Genre SYLVIETTE ( Sittasomus , de Swainson). Ce Genre diffère du précédent par la 

longueur moindre du bec, et les tarses plus grêles. Son nom 
de Sylviette lui vient de ce qu’il établit le passage des Grim- 
.-y , pereaux aux Sylvia ou Fauvettes; celui de Sittasomus, de 

/$&&/' la ressemblance avec les Sitta ou Sittelles. 

La Sylviette fauvette ( Sittasomus Temrninckii , de 
1§§F Lesson ; Dendrocolaptes Sylvicttus, de Temminck) a le dessus 

de la tête, du cou et du dos, d’une seule teinte rousse, assez 
vive, et toutes les parties inférieures de la même couleur, 
mais d’une teinte plus claire; les plumes de la queue sont terminées par de longues pointes, 
contournées en spirale. Cette Espèce habile le Brésil. 

Genre NASICAN {Nasica, de Lesson). Le bec est deux 
fois plus long que la tête, et arqué seulement au bout; les ^ËËËjfpP 
tarses sont épais, et courts. Ènm $-Ï- 

Le Nasican grimpai! {Nasica nasal is , de Lesson) ali 1 ^P|||||| 
bec corné, le plumage roux vif en dessus , la gorge blanche, * XS ic^ 

le dessous du corps roux , maillé de taches oblongues , blan- 
ches, bordées de roux brun. Il habite le Brésil. 

Genre F A L C 1 B O S T B E , Xiphorhynchus , de Swainson 
(£tcpoç, sabre ; puy/o c, bec) . Le bec est très-long, très-recourbé, ÆBŒIM 
très-comprimé, élargi seulement au niveau de la bouche, à 
mandibules égales; les tarses sont médiocres et courts. 




l' A LOI ROS IR I . 


189 


FAMILLE DES UPUP1DÉS. 

Le F alc ut os tr K des orgues (X iphorhgnchus falcularius , de Swainson; Dendrocopus 
fnlcularius , de Vieillot) a tout le plumage roux, avec la tête, la gorge et le cou rayés lon- 
gitudinalement de blanc roussâtre. Cette Espèce habite le Brésil. 


FAMILLE des UPUPIDÉS 

( Genre UPUPA, de Linné.) 

CAB AC I ÈRE. — Bec comprimé ; narines ouvertes en fente, ou arrondies ; ailes médiocres, 
obtuses; queue médiocre ou allongée, égale ou étagée; tarses ordinaires, nus, écussonnés, 
à doigts médian et externe inégaux. 

SYNOPSIS DES GENRES DE LA FAMILLE DES UPLP1DÉS. 

Bec grêle; 

Narines linéaires Promérops. Promerops . 

Narines rondes Huppe. Upupa. 

Bec haut , 

un peu recourbé Cravuppe. Fregilupus. 

très -recourbé Falculie. Falculia. 

Genre PROMÉROPS (Promerops , de Brisson). Le bec est allongé, grêle, mince, 

terminé en pointe effilée , un peu convexe en dessus ; les 
narines sont ouvertes en fente longitudinale ; la langue est 
extensible et fourchue; la queue est très -longue, étagée, 
composée de rectrices rubanées. — Les Promérops sont des 
Espèces africaines, qui ont le bec des Soui-Manga, et qui 
doivent en avoir les habitudes. 

Promerops. 

Le Promérops du Cap (Promerops capensis; de Lesson; 
Upupa promerops , de Gmelin) est gris brun en dessus; le thorax est roux, et le ventre jaune; 
la gorge est blanche, bordée de deux traits noirs. Cette Espèce habite le cap de Bonne-Espé- 
rance. 

Genre HUPPE (Upupa, de Linné). Le bec est plus long que la tête, légèrement fléchi , 
triangulaire à sa base, à pointe mousse, à mandibules égales, se terminant en pointe; les 
narines sont ovales; la queue médiocre, égale, à dix rectrices. 

Les Huppes ont sur la tête un ornement formé d’une double rangée de longues plumes , qui 
se redressent au gré de l’Oiseau; le bec est plus long que la tète, faiblement arqué, triangu- 
laire à sa base; la mandibule supérieure est plus longue que l’inférieure. Les Huppes sont 
très-friandes de Scarabées : elles les froissent à coups de bec jusqu’à ce qu’elles en aient formé 
une sorte de bol allongé ; puis elles le jettent en l’air, de manière à pouvoir le saisir et l’avaler 
par sa longueur; s’il tombe en travers, elles recommencent. Tout en faisant leur repas, elles 
se tiennent en garde contre les Oiseaux de proie, qui pourraient venger sur elles les insectes 
qu’elles viennent d’immoler. Dès qu’un Corbeau passe au-dessus d’elles, elles se couchent à 
plat ventre , en étalant leurs ailes et leur queue, qui les entourent comme d’une couronne, la 
tête, renversée sur le dos, présente le bec en l’air; et, dans cette posture singulière, on pren- 
drait l’Oiseau pour un vieux chiffon. Les Huppes ont aussi une manière particulière de boire ; 
elles le font en plongeant brusquement leur bec dans l’eau, et en aspirant, d’un seul trait, 
toute la quantité qui leur est nécessaire. Barement elles se baignent, mais elles aiment à se 
rouler dans la poussière. 



190 


PASSEREAUX DÆODACTY LES TÉN UIROSTRES. 



La Huppe commune ( Upupa Epops de Linné) est la seule Espèce que nous ayons en 
Europe. Ce bel Oiseau a onze pouces de longueur totale; la tête, le cou, le manteau, la poi- 
trine et le ventre d’un roux vineux; le bas-ventre et les couvertures inférieures de la queue 
sont d’un blanc pur, avec quelques taches longitudinales noirâtres sur les flancs ; les couvertures 
supérieures des ailes sont rayées transversalement de blanc et de noir. Les pennes primaires 
sont noires et traversées, vers le tiers de leur longueur, par une bande d’un blanc pur; les 
rectrices sont noires et traversées dans leur milieu par une bande blanche. Les plumes de 
l’aigrette qui ornent sa tête sont terminées par une tache noire que précède une nuance blan- 
châtre. Cette aigrette a reçu le nom de huppe , à cause du cri de l’Oiseau, houp, lioup, et, par 
extension, le terme de huppe a servi à désigner ce genre d’ornement dans tous les Oiseaux où 
on le retrouve. La Huppe vit solitaire, et se plaît à terre, dans les lieux humides, sur la lisière 
des bois, dans les pâturages et les terrains incultes, où elle cherche des vermisseaux, des 
Insectes aquatiques et des Scarabées, en fouillant la terre ou la mousse avec son bec. Sa 
démarche est grave et gracieuse à la fois; rarement elle se pose sur les arbres. Elle habite 
surtout les parties méridionales de l’Europe, où on ne la voit que pendant une partie de 
l’année; elle y arrive au printemps, et en repart en automne, pour passer, dit-on, en Afrique. 
La Huppe niche dans les trous des arbres vermoulus , ou dans les crevasses des rochers ; elle 
pond quatre ou cinq œufs oblongs, d’un gris cendré ou roussâtre, ou vineux sans taches. 

Genre CRAVUPPE (. Fregilupus , de Lesson). Le bec est un peu plus court que la tête, 

haut, à arête supérieure légèrement recourbée; les narines sont 
arrondies , en partie couvertes par les plumes du front ; les 
tarses sont longs et robustes. Ce Genre réunit les caractères 
des Huppes et des Graves, de là ses noms latin et français. 

Le Cravuppe du Cap ( Fregilupus capensis, de Lesson; 
Upupa capensis , de Gmelin) a les plumes frontales développées 
en huppe élégante; son plumage est blanc, à teinte grise; la 
(jueue est brune, ainsi que les ailes, qui portent en outre un 
miroir blanc. — Cette Espèce habite le Cap de Bonne-Espé- 
rance. 

Genre FALGULIE (Falculia, d’Is. Geolïroy-Saint-Hilaire) . Ce Genre se distingue des 



CltAVUPPE. 


i 


I!)l 


FAMILLE DES UPUPIDÉS. 

précédents par la courbure prononcée de son bec; la queue 
est égale, et la tige des trois rectrices externes dépasse un 
peu les barbes. 

La Falculie mantelée { F aïeul ia palliat a , d’Is. Geof- 
froy-Saint-Hilaire ) a le plumage' blanc, excepté le manteau 
qui est noir, à reflet semi-métallique. 

A l’histoire de la Huppe se rattache la fable tragique de 
Térée, de Philomèle et de Prognë. Tout le monde sait que 
Térée, époux de Progné, ayant fait violence à Philomèle, les deux sœurs furent changées, 
l’une en Rossignol, l’autre en Hirondelle; mais tout le monde ne sait pas comment et à quelle 
occasion Térée fut métamorphosé en Huppe. Tout cet horrible drame est raconté par Ovide, 
et nous allons traduire les passages principaux de son récit. Nous espérons que nos lecteurs 
nous sauront gré de leur offrir de temps en temps quelques détails poétiques, pour les con- 
soler des sévérités de la science. 

« Le belliqueux tyran de la Thrace, Térée, avait délivré les champs Athéniens de l’invasion 
des Amazones : Pandion, roi d’Athènes, voulut récompenser le vainqueur, et lui donna pour 
épouse Progné, sa fille aînée. Mais ni Junon, propice aux fiancées, ni le chaste Hyménée, ni 
les Grâces décentes ne présidèrent à cette union : les Euménides l’éclairèrent de leur torche 
funèbre ; les Euménides dressèrent le lit nuptial , et le hibou profane se tint perché sur le toit 

qui abritait les époux. Ce fut sous ces tristes auspices que Progné devint épouse et mère 

Hélas! les aveugles Mortels ignorent ce qu’ils doivent craindre ou désirer, et Progné voulut 
que la Thrace mît au nombre des jours fortunés ceux où elle avait épousé Térée, et enfanté 
son cher Itys. Déjà cinq automnes s’étaient écoulés, lorsque Progné dit à son époux d’une 
voix suppliante : « Si je te suis encore chère, envoie-moi près de ma sœur, ou que Philomèle 
vienne elle-même en ces lieux; va la demander à mon père, en promettant un prompt retour; 
la joie d’embrasser une sœur chérie est un bienfait que je veux devoir à ton amour. » 

« Térée , se prêtant au désir de son épouse , tourne la proue de ses vaisseaux vers Athènes , 
et va demander Philomèle au vieux Pandion. Bientôt la jeune vierge apparaît à ses yeux, ornée 
de ses plus brillants atours, égalant en beauté les Naïades qui se cachent au fond des eaux, 
et les Dryades qui habitent les forêts. A cette vue, Térée sent s’allumer dans son âme un feu 
plus dévorant que celui qui consume les moissons jaunissantes et l’herbe desséchée des prai- 
ries. Déjà, dans son impatience, il rappelle à Pandion la demande de Progné, et ses vœux 
criminels se cachent sous ceux de son épouse; sa passion le rendait éloquent, et lorsqu’il 
redoublait ses instances, il semblait parler au nom de Progné. Le perfide joint à ces paroles des 

larmes que l’amour fraternel ne faisait pas couler Grands Dieux ! quelles épaisses ténèbres 

enveloppent le cœur des Humains! au moment ou Térée préparait le plus odieux des crimes, 
il paraissait animé de l’amitié la plus généreuse , et sa perfidie recevait des louanges qu’on 
croyait adresser à sa vertu. L’infortunée Philomèle seconde elle-même la trahison; elle entoure 
son père de ses bras caressants . et lui demande , comme une grâce , ce qui devait être pour 
elle une sentence de mort. Le vieillard est vaincu par ses prières , et Philomèle, joyeuse, le 
remercie du bonheur qu’il va donner à ses deux filles. 

«Le jour venait de naître; Pandion, serrant son gendre dans ses bras, lui recommande en 
pleurant la jeune compagne qui va traverser les mers sous sa conduite : « elles ont toutes deux 
désiré ce voyage ; tu le désirais aussi, mon cher fils; puisqu’un sentiment pieux en est le motif, 
je te confie mon enfant. Au nom de tous les Dieux, au nom de la piété filiale, par les liens du 
sang qui nous unissent, veille sur elle, je t’en supplie, avec la sollicitude d’un père; et ren- 
voie-moi au plutôt (mais ce sera toujours trop tard pour mon cœur) celle qui fait la douce 
consolation de ma triste vieillesse. Et toi, ma Philomèle, si tu as pitié de mes cheveux blancs, 
reviens vers ton père aussitôt que tu auras vu ta sœur. » Le vieillard mêle à ses paroles des 
baisers et des larmes; il leur demande à tous deux leur main droite, comme gage de leur pro- 



Falco lie mantelée. 


192 


P A S S È K E A U X D Æ 0 D A G T Y L E S T ÉNUl ROSTRES. 

messe; il les tient jointes dans la sienne, et les prie de transmettre à sa fille et à son petit-fils 
absents le témoignage de sa tendresse. Enfin, d’une voix étouffée par les sanglots, il prononce 
l’adieu suprême, et, en les voyant partir, il sent son cœur troublé par un sinistre pressen- 
timent. 

« Dès que le navire, orné de brillantes couleurs, eut reçu Plnlomèle, les rames frappent 
rapidement la plaine liquide, et bientôt la terre disparaît à ses yeux. «J’ai vaincu, s’écrie 
alors Térée, je possède l’objet de mes désirs! » et son regard étincelant reste fixé sur la jeune 
fille. Telle est l’horrible joie d’un aigle, qui de ses ongles crochus vient d’enlever un lièvre 
timide, et le dépose dans son aire inaccessible : tout espoir de fuite est perdu pour le captif, et 
le ravisseur contemple avidement sa proie 

« Philomèle tremble comme l’agneau qui, tombé de la gueule d’un vieux loup, se croit 
toujours sous sa dent meurtrière, ou comme la colombe échappée à l’autour, qui hérisse ses 
plumes ensanglantées, et craint encore les serres cruelles dont ses flancs portent l’empreinte... 
Rientôt, reprenant ses esprits, elle arrache ses cheveux épars, et se frappant les bras et la 
poitrine : « O barbare! s’écrie-t-elle, les prières et les larmes d’un père n’ont donc pu t’émou- 
voir! l’amour d’une épouse n’a donc pu te retenir! Ah! si les Dieux voient de tels forfaits, si 
leur puissance n’est pas un vain mot, si je survis à mon malheur, tu recevras un jour ton 
châtiment : j’irai dénoncer ton crime à tous les peuples; fussé-je renfermée au sein des forêts, 
je remplirai les forêts de mes plaintes; les rochers se soulèveront à ma voix, et le Ciel 
entendra mes douleurs. » 

« Les paroles de la jeune fille remplissent de colère et de crainte l’âme de son farouche per- 
sécuteur; mais la crainte l’emporte sur la colère : il la saisit par les cheveux, lui lie les bras 
derrière le dos, et tire son épée du fourreau : Philomèle tendait la gorge dans l’espoir d’une 
mort prochaine : le monstre alors serre entre des tenailles la langue de sa victime indignée , 
qui appelait en vain son père, et il la tranche de son glaive cruel; la langue tombe en murmu- 
rant, et bondit palpitante sur le sol ensanglanté, comme les tronçons d’un serpent mutilé. 
Térée, après de tels forfaits, ose retourner vers Progné. Celle-ci, à la vue de son époux, 
demande sa sœur; le perfide lui répond par des gémissements, et par le récit mensonger des 
funérailles de Philomèle; des larmes feintes confirment ses paroles. A cette funeste nouvelle, 
Progné arrache le voile brodé d’or qui couvre ses épaules; elle s’enveloppe de sombres vête- 
ments; élève à sa sœur un tombeau vide, et offre des sacrifices funéraires aux mânes de celle 
qui respire encore , et qui réclame , non le deuil , mais la vengeance. 

« Le Dieu du jour avait parcouru les douze constellations de l’année : que faisait cependant 
Philomèle? Des gardes l’empêchent de fuir, et les murailles de sa prison se dressent inébran- 
lables au milieu des rochers; sa bouche muette ne peut révéler son infortune; mais la douleur 
est ingénieuse, et les malheureux savent inventer d’adroits artifices : sur un voile phrygien, 
elle fixe une trame blanche, et coud à cette trame des fils de pourpre, dont les contours repré- 
sentent le crime de Térée. Son ouvrage achevé, elle le confie à une servante, et lui explique, 
par ses gestes, qu’elle doit le porter à Progné. L’esclave obéit, sans connaître l’accusation 
qu’elle emporte avec elle. L’épouse de Térée déroule le voile, et comprend, en l’examinant, 
le sort déplorable de sa sœur. O surprise! elle se tait; la douleur a rendu son visage immobile; 
les paroles lui manquent pour exprimer son indignation; elle ne s’arrête point à des larmes; 
mais, résolue à fouler aux pieds les lois divines et humaines, elle livre son âme toute entière 
à des pensées de vengeance. 

« C’était le temps où les femmes de la Thrace célèbrent les fêtes de Bacchus; la nuit seule 
est témoin de ces mystères , et le mont Rhodope retentit du son aigu des cymbales d’airain. 
La reine sort la nuit de son palais : elle a revêtu les insignes des Bacchantes; sa main est 
armée d’un thyrse, et sa tête couronnée de pampres; la dépouille d’un cerf orne son flanc 
gauche, et son épaule porte une lance légère. Terrible, elle s’élance à travers les forêts; elle 
pousse des cris douloureux, et les femmes qui l’accompagnent croient qu’elle est agitée par 


193 


FAMILLE DES UPUPIDÉS. 

les fureurs sacrées de Bacclius. Elle arrive enfla aux étables écartées où Philomôle était cap- 
tive; elle pousse des hurlements, crie évolié , enfonce les portes, enlève sa sœur, la déguise 
sous les vêtements des Bacchantes, cache son visage avec les feuilles du lierre, et l’entraîne 
stupéfaite jusque dans son palais. Philomèle, en touchant le seuil du séjour habité par Térée, 
pâlit et frissonne d’horreur ; Progné la conduit en lieu sûr, la dépouille de ses ornements 
sacrés, et se jette dans les bras de sa sœur. Mais l’infortunée, saisie de honte, n’ose lever les 
yeux , et donne un libre cours à ses larmes. Progné retient sa colère : « Ce ne sont pas des 
larmes qui te vengeront, dit-elle, p ma sœur! c’est le fer, ou quelque arme plus puissante 
encore, si tu en possèdes : pour moi, je suis prête à tous les forfaits. Ou je vais, la torche à 
la main, livrer ce palais à l’incendie, et précipiter dans les flammes l’atroce Térée, ou je lui 
arracherai la langue et les yeux , ou par mille blessures je chasserai de son corps son âme 
criminelle. Je ne sais encore quel sera le châtiment; mais je veux qu’il soit terrible. 

« Pendant que Progné parle et s’agite, le jeune Itys se présente devant elle, et son aspect 
révèle à sa mère la vengeance qui est en son pouvoir. Elle le regarde avec des yeux farou- 
ches. « Que tu ressembles à ton père! » dit-elle, et sans ajouter une seule parole, elle prépare 
un meurtre abominable ; sa colère silencieuse fermente dans son sein. Cependant, quand ce 
fils innocent s’approcha d’elle, en la saluant du doux nom de mère, quand il entoura de ses 
petits bras le cou maternel , et l’attira vers lui en lui prodiguant les baisers et les caresses de 
l’enfance, les entrailles de Progné s’émurent, et ses yeux se remplirent de larmes; mais dès 
qu’elle sentit son courage chanceler , elle tourna les yeux vers sa sœur, et, regardant tour à tour 
Itys et Philomèle : « Pourquoi, dit-elle, quand l’un me caresse, l’autre demeure-t-elle muette? 
Pourquoi, quand l’un m’appelle sa mère, n’entends-je pas l’autre m’appeler sa sœur? Fille de 
Pandion, connais ton époux, et sois digne de ton père! envers un monstre tel que Térée, la 
pitié serait un crime. 

« Elle dit, et entraîne Itys dans la tour la plus secrète du palais, comme une tigresse du 
Gange emporte au fond des sombres forêts le jeune faon de la biche : l’enfant, qui devine son 
sort, lui tend des mains suppliantes, s’efforce de l’embrasser, et crie en pleurant : «Ma mère! 
ma mère! » Progné, sans détourner la vue, lui enfonce un poignard à l’endroit où la poitrine 
se joint au flanc. Une seule blessure suffisait pour tarir en lui les sources de la vie : Philomèle 
lui ouvre la gorge, et déchire ses membres palpitants; les uns bouillonnent dans la chaudière, 
les autres crient devant la flamme qui les rôtit; le sol est inondé de sang. Progné convie à ce 
festin Térée, qui ne sait rien encore : elle feint d’accomplir, suivant le culte d’Athènes, une 
cérémonie sacrée, à laquelle son époux seul a droit d’assister, et, sous ce prétexte, elle éloigne 
tous ses serviteurs. Térée s’assied sur le trône de ses pères,' et se repaît avidement de la chair 
de son fils. Loin de soupçonner aucun crime : « faites venir Itys, » dit -il; en ce moment, 
Progné ne peut retenir sa joie cruelle, et, voulant elle-même lui annoncer son malheur : « Il 
est dans toi , celui que tu demandes ! » s’écrie-t-elle. Le père regarde autour de lui , il cherche 
l’enfant; il l’appelle de nouveau. Philomèle alors paraît, les cheveux épars, et lui jette au 
visage la tête sanglante d’Itys : jamais, plus qu’en ce moment, elle ne regretta d’être muette, 
et de ne pouvoir par des paroles exprimer le contentement de son âme. Le roi de Thrace 
pousse un cri d’horreur, renverse la table, appelle à lui les Furies du Tartare, et voudrait 
s’ouvrir les entrailles, pour en arracher l’affreux aliment qui les remplit; il pleure, il s’écrie 
qu’il est le tombeau vivant de son fils. Il tire son épée, et poursuit les filles de Pandion. Les 
deux sœurs prennent la fuite, et leur corps est soutenu par des ailes : l’une se retire au sein 
des bois, l’autre va s’abriter sous les toits des maisons ; la trace du meurtre est restée sur leur 
poitrine, et leur plumage est taché de sang. Le père, dont la course est accélérée par la dou- 
leur et le désir de la vengeance, devient Oiseau à son tour; une aigrette se dresse sur sa tête; 
un bec démesuré s’avance au-devant de son front, comme une longue épée : il portera désor- 
mais le nom de Huppe , et son visage conserve l’expression de la fureur. » 


25 


1 91 


P A S S E R K V U X I) ÆO I) A C T Y L ES GUE T R 1 R O S T R E S. 


PASSEREAUX DÆODACT Y LES CUETR1ROSTR ES 


FAMILLE DES SITTIDÉS 

{Genre SUT A, de Linné. ) 

CARACTÈRE. Bec plus ou moins prêle, pointu, droit, comprimé sur les côtés, renflé 
en dessous; ailes moyennes; queue égale, ou terminée en rect rires allongées; tarses 
nus, écussonnés, à doigts latéraux égaux , plus courts que le médian , a pouce robuste 
et crochu. 

Des Sittidés se servent de leur bec, comme les Pics, pour entamer l’écorce- des arbres et eu 
retirer les insectes; ils grimpent dans tous les sens aux arbres, et même le long des parois des 
rochers. Leur langue n’est point extensible, et leur queue ne sert point à les soutenir, comme 
celle des Pics et des Grimpereaux. 

SYNOPSIS DES GENRES DE LA FAMILLE DES SITTIDÉS. 

Bec légèrement convexe en dessus ; 

grêle Synallaxe. Synallaxis. 

recourbé, très-comprimé Anabate. Anabates. 

Bec droit,. 

Mandibules égales ; arête inférieure légèrement convexe Sittelle. SU ta. 

Mandibule inférieure plus courte, plus étroite que la supérieure, 
et très-convexe Sittine. Xenops. 

Genre SITTELLE {Sitta, de Linné). Le bec est entier, droit, en forme de coin; les 
narines sont basales, ovalaires, recouvertes par les plumes du front; la langue est courte, 
bifide à sa pointe; la queue est égale, les tarses grêles. 

Les Sittelles sont de petits Oiseaux qu’on trouve dans toutes les parties du monde. La plu- 
part d’entre elles se tiennent constamment sur les arbres, dont elles parcourent les branches 
en tous sens; leur caractère est taciturne et leurs mœurs solitaires. 



Sittelle (Sitta). 


La Sittelle torche -pot {Sitta Europœa, de Linné) est de la taille du Rouge-Gorge; 


195 


FAMILLE DES SITTIDÉS. 

son plumage est cendré bleuâtre eu dessus, roussâtre en dessous, avec une bande noirâtre 
descendant derrière l’œil. — Ce petit Oiseau vit solitaire dans les bois. Il se suspend souvent 
à l’extrémité des rameaux, comme les Mésanges; il a un cri monotone, qu’il répète continuel- 
lement, même en cherchant sa nourriture. Pendant l’été, il établit son nid dans un trou 
d’arbre; si l’ouverture est trop grande, il la rétrécit avec de la terre grasse, de là son nom 
vulgaire de Pic-Maçon ; il est granivore autant qu’insectivore. La Sittelle s’éloigne peu des 
lieux de sa naissance, où le trou d’arbre qui lui a servi de berceau lui tient aussi lieu de 
magasin pour y amasser des noisettes, et différentes graines, qu’elle casse à coups de bec après 
les avoir fixées entre ses pattes. Sa ponte est de cinq à sept œufs , un peu allongés , blancs , 
nuancés de jaunâtre, avec de petites taches brunes disséminées; leur grand axe est de huit 
lignes et demie , le petit axe est de six lignes. 

La Sittelle Syiiiaque (Sitta Syriaca, d’Ehremberg) ressemble à la précédente Espèce 
par la couleur du dessus du corps ; les joues, la gorge, le devant du cou, la poitrine, sont d’un 
blanc pur ; l’abdomen, les flancs, et les sous-caudales sont roussâtres. Sa taille est de six pouces. 
Elle habite le littoral de la Méditerranée ; elle niche parmi les rochers , et son nid , construit 
avec de la terre gâchée, en forme de calebasse et à ouverture latérale, est attaché dans sa lon- 
gueur aux parois verticales des rochers. C’est aussi dans les crevasses et les fentes des rochers 
qu’elle cherche sa nourriture. Elle pond quatre ou cinq œufs, blancs, avec quelques taches d’un 
rouge de brique pâle ; leur grand axe est de neuf lignes , le petit axe de six lignes. 

La Sittelle soyeuse (Sitta Uralensis , do Lichtenstein) a le plumage d’un cendré 
bleuâtre, très-clair en dessus; les parties inférieures et les joues sont d’un blanc éclatant et 
lustré; les sous-caudales sont rousses, terminées de blanc; le front et les sourcils également 
blancs ; une bande noire , interrompue par l’œil , part du bec et s’étend sur le méat auditif. 
Cette Espèce habite le Caucase et la Sibérie, et se montre accidentellement en Europe. 

Genre SITT1NE ( Xenops , d’Illiger). Ce Genre ne diffère 
du précédent que par un bec plus comprimé, dont l’arête 
inférieure est plus convexe. Les narines ne sont pas recou- 
vertes par les plumes. 

La Sittine a queue rousse ( Xenops riitilans , de Lich- 
tenstein; Neops ruftcauda, de Vieillot) appartient, comme 
toutes les autres Espèces du même Genre , au nouveau conti- 
nent. 

Genre SYNALLAXE (Synallaxis , de Vieillot). Le bec est légèrement convexe, peu 
allongé, très-comprimé, grêle et pointu; les rectiices sont terminées par des brins, ou usées. 
— Les Synallaxes appartiennent aux contrées chaudes de l’Amérique. Ils se tiennent dans les 
broussailles et les petits bois , et vivent de moucherons. 

Le Synallaxe a tête rousse (Synallaxis ruficapilla , de Vieillot) habite le Brésil. La 
gorge est blanchâtre, nuancée de noir; le menton et le milieu du ventre sont blancs; le dessus 
de la tête est d’un roux vif; le reste du plumage d’un cendré roussâtre. 

Genre ANABATE, Anabates , de Temminck (<xv aëouw, grimper). Le bec a son arête 
supérieure un peu recourbée, presque comme un bec de Merle qui ne serait pas échancré. 

Les Anabates sont américains. Leur plumage est généralement roussâtre ; tel est PAnabate 
\ aigrette (Anabates cristatus, de Spix). 



PASSEREAUX D Æ 0 DA G T V LES G U LT R I R 0 S T R E S. 


190 

FAMILLE des CORVIDÉS 

CARACTÈRE. — Bec comprimé, robuste; narines ordinairement recouvertes par des 
plumes décomposées ; tarses écussonnés. 

SYNOPSIS DES TRIBUS DE LA FAMILLE DES CORVIDÉS. 


Narines plus ou moins recouvertes par des plumes 

sétacées ; bec à mandibule supérieure courbée, dentée 3. Corviens. 

veloutées; bec sans échancrure 1 . Paradiséf.ns. 

Narines nues, placées au bord des plumes 2. Couac iens. 


TRIBU des PARADISÉENS 

( Genre PABAD1SÆA , de Linné.) 

Le bec est médiocre; les narines à demi ou entièrement recouvertes par des plumes 
veloutées; les tarses sont allongés; la langue est barbelée au bout, et divisée en filets mem- 
braneux. 

Les Paradiséens, nommés vulgairement Oiseaux de paradis, ont, comme les Corbeaux, les 
narines emplumées; mais ces plumes, au lieu d’être roides et grêles, sont veloutées; et brillent 
d’un éclat métallique. Les Paradiséens sont originaires de la Nouvelle-Guinée et des îles voi- 
sines ; ils ont les plumes des lianes effilées et allongées en panaches plus longs que le corps ; 
ces plumes donnent prise au vent , qui les emporte malgré eux , et les force à s’élever à de 
grandes hauteurs pour y trouver une atmosphère plus tranquille. Souvent aussi deux des 
plumes attachées à la croupe prennent la forme de longs filets ébarbés, et se prolongent autant 
et plus que les plumes des flancs. Les Paradiséens sont frugivores et insectivores. — Ces 
Oiseaux magnifiques n’ont été connus en Europe que par les échantillons desséchés et mutilés 
dont on se sert pour faire des panaches. Les naturels du pays leur arrachent les pieds et les 
ailes, de sorte que l’on a cru qu’ils manquaient réellement de ces membres, et vivaient toujours 
dans l’air, soutenus par les longues plumes de leurs flancs ; mais dès qu’on a pu se procurer 
des individus complets , on a vu qu’ils ne présentaient aucune anomalie. 


SYNOPSIS DES GENRES DE LA TRIBU DES PARADISÉENS. 


Bec très-long , très-comprimé ; 

recourbé en arc de cercle 

presque droit 

Bec long ; 
faible ; 

prismatique à sa base 

prismatique sur toute sa longueur, 
fort. 

Fosses nasales moyennes 

Fosses nasales très-grandes 


E PIM A QUE. 
Falcinelle. 


A ST R A PI E. 

M AN U C O D E. 

Paradisier. 
C ai. ybé. 


Epimachus. 

Falcinellus. 


Astrapia. 

Cicinnurus. 

Paradisœa. 

Chalgbceus. 


Genre EP1MAQUE, Epimachus , de Cuvier (i-xujÂyoç , aisé à prendre). Le bec est plus 
long que la tête, arqué, comprimé, à pointe courbée, à bords lisses; les narines sont basales, 


197 


FAMILLE DES CORVIDÉS. 

triangulaires, à demi couvertes par les plumes du front; les 
ailes sont amples , concaves , obtuses ; la queue est très-longue 
et étagée ou médiocre et carrée ; les tarses sont moyens , à 
pouces et ongles robustes. 

L’Epimaque royal ( Epimaclms regius , de Lesson) , type 
du Genre Ptiloris, de Swainson , a le plumage noir de velours, 
à reflets pourprés ; la gorge émeraude acier. 

L’Epimaque magnifique ( Epimaclms magnifiais, de Cu- 
vier) , nommé Proméfil par Levaillant , diffère de l’Espèce précédente par les parures des 
flancs, effilées et filamenteuses. 

L’Epimaque superbe (Epimaclms superbus, de Lesson; Upupa magna , de Gmelin) est 
noir velouté, à teinte pourprée; les parures des flancs sont largement développées et terminées 
par un rebord d’acier bruni et émeraude ; le dos est vert-doré ; la queue est longue de deux 
pieds et demi, brillante en dessus. 

Genre FA LC 1 N EL LE ( Falcinellus , de Vieillot). Ce 
Genre diffère des Epimaques par le bec, qui est presque droit. 

La Falcinelle éclatante ( Falcinellus resplendes- 
cens , de Vieillot) , vulgairement Paradis à douze filets , a le 
haut du corps noir de velours; la parure de la poitrine ter- 
minée de vert-doré; le ventre et les longues plumes du flanc 
d’un blanc pur, ces dernières terminées par des brins grêles , 
filiformes , noirs. 

Genre ASTRAP1E, Astrapia , de Vieillot ( aarpairaTo? , éclatant). Le bec est plus long- 

que la tête, convexe, pointu, comprimé, à mandibule supérieure 
entaillée et fléchie à la pointe; les narines sont rondes et peu 
recouvertes par les plumes du front; la queue est très -longue 
et très-étagée. 

L’Astrapie a gorge d’or (Astrapia gularis, de Vieillot; 
Paradisœa nigra , de Gmelin) porte sur la tête deux huppes laté- 
rales de plumes longues et soyeuses; la gorge est cuivre rouge 
brillant ; le manteau et le dessous du corps sont d’un vert éme- 
raude; le dos est acier rouge; les ailes et la queue noires. La 
taille est de vingt-huit pouces , dont vingt et un pour la queue. 

Genre MANUCODE , Cicinnums , de Vieillot (xi'xiwoç, 
boucle; ôupoc , queue). Le bec est petit, peu élevé, mince, 
couvert dans ses deux tiers supérieurs par des plumes velou- 
tées; la queue est courte, carrée, à douze rectrices, dont deux 
brins filiformes , recoquillés et élargis à leur sommet ; les 
plumes des flancs sont tronquées. 

Le Manucode royal (Cicinnums regius, de Vieillot ; 

Paradisœa regia , de Linné) est de la taille d’un Moineau. 

Son plumage est marron pourpré, avec une ceinture verte; 
le ventre est blanc grisâtre ; les plumes de la queue sont ter- 
minées par une palette recourbée , émeraude. 

Genre PARADISIER (Paradisœa, de Linné). Le bec est allongé, presque droit, comprimé, 
recourbé à la pointe ; les narines sont marginales , à moitié cachées par les plumes du front ; 
les tarses sont robustes; la queue a dix rectrices , dont deux très- longs brins , sans barbes , 
tordus ou recourbés ; les plumes des flancs sont longues , effilées , et forment des faisceaux 
épais. 

Le Paradisier Émeraude (Paradisœa apoda , de Linné) est l’espèce la plus ancienne- 



Manucode. 



Astrapie 




P A S S E R E A U X I) ÆODACTYL.ES G U L T R I R O S T R E S. 


1 9<S 

ment connue; il a la taille d’une Grive. Son plumage est marron; le dessus de la tête et du 
cou est jaune; le tour du bec et de la gorge vert d’émeraude. C’est le mâle qui porte ces longs 
faisceaux de plumes jaunâtres dont les femmes ornent leur coiffure. Cet Oiseau se perche la 
nuit sur le sommet des plus grands arbres ; il en descend pendant la chaleur du jour, et se 
tient caché sous le feuillage. Les Papous lui font une guerre active : ils grimpent à l’arbre 
pendant la nuit, s’approchent de l’Oiseau jusqu’à ce que les branches refusent de les porter, 
et attendent patiemment le lever de l’aurore; au point du jour, avant le réveil de l’Éme- 
raude, ils lui décochent des flèches acérées que leur ont fournies les nervures de la feuille du 
Latanier. 

Le Paradisier rouge ( ParacLisœa rubra , de Vieillot) a les faisceaux des flancs d’un 
beau rouge, et ses filets plus larges, concaves d’un côté. 

Le Paradisier Sifilet ( Paraclisæa aurea , de Gmelin) , type du Genre Parotia , de 
Vieillot, a les narines entièrement cachées par les plumes du front. 11 a la taille d’un Merle; 
son plumage est noir, velouté, avec un plastron vert-doré sur la gorge; trois des plumes 
de chaque oreille sont prolongées en longs filets, que termine un petit disque de barbules 
vert-doré. 

Genre CAL Y RÉ, Chahybœm , de Cuvier (ycDajgç, acier). Ce Genre est caractérisé par 

l’extrême grandeur des fosses nasales, qui sont recouvertes 
d’une membrane au centre de laquelle sont percées les na- 
rines, à demi cachées par les plumes veloutées du front; les 
tarses sont robustes, à pouce armé d’un ongle puissant; les 
ailes sont subobtuses; la queue arrondie, composée de douze 
rectrices. 

Le Calybé paradisier (Chalybœus paradisœus , de Cu- 
vier; Paradisœa viridis , de Linné) a les plumes du cou et du 
thorax gaufrées , sablées d’or et d’argent sur un fond vert 
bleuâtre métallique, à teintes irisées et violettes. 

Les Oiseaux composant la Famille des Paradiséens ont longtemps été en Europe et sont 
encore chez les Indiens d’origine malaise l’objet des plus absurdes croyances. Les Mahomé- 
tans sont persuadés que les Manucode-Wata (Oiseaux de Dieu) viennent du paradis de leur 
prophète, qu’ils ne vivent que de rosée et de vapeurs, que leur ventre est dépourvu de vis- 
cères et que la mort seule les fait appartenir à la terre. Dans plusieurs contrées de la Malaisie, 
les chefs attribuent à leurs plumes la vertu de rendre invulnérable, et s’en font à la fois un 
talisman et une parure. Les premiers naturalistes qui écrivirent sur ces Oiseaux admirèrent et 
amplifièrent ces erreurs : « Des volatiles que l’on croyait sans pieds, dit Vieillot, des êtres si 
étonnants par la richesse, le luxe et la position de leurs plumes, ne devaient pas avoir la même 
manière de vivre que les autres : on leur chercha donc des mœurs et des habitudes analogues 
à leur prétendu physique. Acosta assura que, privés de la faculté de se percher et de se 
reposer à terre, ils se suspendaient aux arbres avec leurs filets; qu’ils n’avaient d’autre élé- 
ment que l’air; qu’ils dormaient, s’accouplaient, pondaient et couvaient en volant. D’autres, 
pour rendre la chose plus vraisemblable, dirent que le mâle avait une cavité sur le dos, dans 
laquelle la femelle déposait ses œufs, et les couvait au moyen d’une autre cavité correspon- 
dante qu’elle avait à l’abdomen; et que, pour assurer sa position, la couveuse entrelaçait ses 
deux filets aux deux filets du mâle. D’autres publièrent qu’ils se retiraient dans le paradis ter- 
restre, pour nicher et élever leurs petits, d’où leur est venu le nom qu’on leur a généralement 
imposé. » 



IM VU U, K DES SITTIDÉS. 


I !)!) 


TRIBU des COR AGI ENS 

( Genre CO BAC I AS, de Linné.) 

Les Goraciens ou Rolliers ont le bec fort, convexe, crochu au bout, souvent dilaté à la base; 
les narines sont nues, placées au bord des plumes; les tarses sont courts el robustes; le corps 
trapu et épais. — Les Goraciens sont généralement insectivores et frugivores. 

SYNOPSIS DES GENRES DE LA TRIBU DES GORACIENS. 

Narines ovalaires. 

Bec comprimé seulement vers la pointe ; 

Mandibule supérieure convexe Kit te. 

Mandibule supérieure prismatique G h o u c a r i . 

Bec un peu comprimé sur toute sa longueur. 

point de caroncules Pi rolle. 

des caroncules Mainate. 

Bec fortement comprimé sur toute sa longueur Myophone. 

Na rin es linéai res. 

Bec comprimé seulement vers la pointe Rolle. 

Bec comprimé sur toute sa longueur Molli e r. 

Genre KITTE, Kitta , de Lesson (x£tt<x, pie). Le bec est court, comprimé, voûté, à 
mandibule supérieure armée d’une forte dent à la pointe; la commissure du bec est déjetée et 

garnie de quelques petites soies; les ailes sont obtuses; la 
queue échancrée, à douze rectrices. — Les Kittes appartien- 
nent à l’Australie. Ils sont très-farouches, ne se laissent pas 
approcher, et leurs mœurs sont inconnues. 

Le Kitte velouté ( Kitta holosericea, de Temminck), 
nommé par les Anglais Oiseau soyeux, a le plumage d’un 
bleu noirâtre très-brillant; les rémiges et les rectrices sont 
d’un noir mat ; le bec et les piedsjaunes ; la base du bec est 
garnie d’une double rangée de plumes soyeuses et veloutées, 
d’un noir bleuâtre. La taille est de treize pouces. 

Genre CHOUCARI (Graucalus, de Cuvier). Le bec est fort, convexe, assez élargi, à 
arête vive , à commissure fendue et dejetée ; la mandibule supérieure est recourbée, dentée, 
l’inférieure convexe en dessous; les ailes sont subobtuses, la queue moyenne, égale, à douze 
rectrices. — Les Choucaris sont des Oiseaux de la mer des Indes et de l’Australie. 

Le Choucari calédonien ( Graucalus calédoniens , de Lesson; Corvus papuensis , 
de Gmelin) a le plumage d’un brun ardoisé uniforme; le devant du cou et la face, d’un noir 
intense ; la queue terminée de blanc. 

Genre PI ROLLE ( Corapica , de Lesson). Le bec est 
élargi, assez long; la mandibule supérieure offre deux petites 
échancrures à son extrémité, et ses bords sont un peu renflés ; 
la commissure du bec est droite. — Les Pirol les sont des 
Oiseaux de la Malaisie. 

Le Pi rolle thalassin ( Corapica thalassina, de Lesson) 
a près d'un pied de longueur; la majeure partie du plumage 
est d’un vert céladon très-brillant; la queue est d’un vert 
foncé terne; les ailes sont d’un roux mordoré très- vif. — Gef Oiseau habite Java et Sumatra. 




Kitta. 

Graucalus. 

Corapica. 

Mainatus. 

Myophonus. 

Eurystomus. 

Coracias. 


200 


1» A S SE H E V U X D Æ O D V G T Y I, E S G U LT K 1 KO ST HE S. 

Genre MAINATE (Mainatus , de Brisson). Le bec est très-comprimé, à arête recourbée, 
à bords dilatés et repliés vers la bouche; les joues sont garnies de deux lambeaux charnus el 

membraneux; les ailes sont allongées, pointues; la queue est 
courte, droite, à douze rectrices. 

Les Mainates sont des Oiseaux de la Malaisie, qui vivent 
en troupes, recherchent les Insectes et les fruits succulents. 
Ils apprennent à parler avec une grande facilité. 

Le Mainate de Sumatra ( Mainatus swnatranus , de 
Lesson ; Gracula religiosa , de Latham) a la taille de notre 
Geai; son plumage est noir violet, soyeux, avec un miroir 
blanc sur l’aile; le bec est orangé et les tarses jaunes. — Cet 
Oiseau est vendu fort cher par les Javanais. Bontius rapporte qu’une femme musulmane 
se refusa à laisser peindre par un Européen un de ces Oiseaux, qu’elle nourrissait en cap- 
tivité; de là le nom d 'Eulabes (àiAa&y) ç), qui signifie religieux, donné par Cuvier au Genre 
Mainate. 

Genre MYOPIIONE, Myophonus , de Temminck (tWioc, 
mouche; cpoveuw, tuer). Le bec est robuste, fort, crochu, 
convexe, très-recourbé à la pointe; les ailes sont amples et 
subaiguës ; la queue est longue et arrondie. 

Le Mvophone luisant (Myophonus metallWus, de Tem- 
minck) a le plumage d’un bleu noir métallisé, le bec jaune 
et les tarses noirs. Il habite Java et Sumatra. 

Genre ROLLE, Eurystomus , de Vieillot (eopùç , large; 

bouche). Le bec est court, déprimé à sa base, et 
dilaté sur les côtés ; la mandibule supérieure est crochue et 
dentée; l’inférieure droite, plus courte, et débordée par les 
bords de la supérieure; les narines sont linéaires, la bouche 
très-ample. — Les Rolles sont des Oiseaux de la Malaisie. 

lie Rolle a gorge bleue ( Eurystomus cyanicollis , de 
Vieillot; Coracias orientalis , de Gmelin) a le plumage vert 
d’eau, la gorge azur, la tête brunâtre, le bec rosé. La femelle 
a le plumage roux, vert sale, le bec noirâtre. 

Genre ROLLIER ( Coracias , de Linné). 

Le bec est plus haut que large, comprimé sur 
toute sa longueur, droit , un peu crochu à la 
pointe; les narines sont linéaires; les ailes sont 
longues, aiguës, la queue égale, à douze rec- 
trices. — Les Rolliers sont des Oiseaux de l'an- 
cien continent; nous en avons une Espèce en 
Europe. 

Le Rollier commun (Coracias garrula, 
de Linné) est de la taille du Geai; son plumage 
est vert d’aigue - marine , le dos et les pennes 
scapulaires fauves, l’extrémité de l’aile bleue. 

— On trouve cette Espèce dans presque toute 
l’Europe, et surtout dans les régions méditer- 
ranéennes; elle vit dans les bois, et sur les 
coteaux ; elle se nourrit de vers , d’insectes 
orthoptères, et, particulièrement, de petites 
Grenouilles. En automne , le Rollier devient 





Myojmione. 



FAMILLE DES SITTIDES. 


201 


très-gras, et est fort recherché par les habitants de la Morée et des Cyclades. 11 niche dans les 
trous des arbres et dans les vieux édifices. Sa ponte est de quatre à sept œufs , courts , d’un 
blanc lustré, sans taches; leur grand axe est de quinze lignes, le petit de huit lignes et demie. 
Cet Oiseau est très-sauvage; on peut cependant l’élever en captivité, mais il conserve son 
caractère farouche, et ne se recommande que par la beauté de son plumage; sa voix rauque 
est un croassement, crag , crnng , qu’il fait entendre en relevant la tête. 


TRIBU des CORVIENS. 

CARACTÈRE. — Le bec est fort, robuste, solide, toujours comprimé sur les côtés, à 
mandibule supérieure un peu courbée, dentée, à narines ordinairement recouvertes par 
des plumes sétacées; les tarses sont robustes, la queue carrée ou étagée, les doigts égaux 
en force . 

Les Corviens sont généralement omnivores; leur corps est trapu et robuste. 


SYNOPSIS DUS GENRES DE LA TRIBU DES CORVIENS. 


Mandibule supérieure très-arquée ; 

Des caroncules 

Point de caroncules 

Mandibule supérieure arquée ; 

Queue très-étagée 

Queue étagée 

Queue égale , carrée , ou presque carrée ; 

Bec assez long , fort 

Bec long 

Bec très-long 

Mandibule supérieure sensiblement droite ; 

jusque vers la pointe 

sur toute sa longueur 


Glaucope. 

T k mi a. 

Pie. 

Dendrocitte 

Corbeau. 

Chocard. 

Cr ave. 

Geai. 

Casse-noix. 


Glaucopis. 

Temia. 

P ica. 

Dendrocitta. 

Gorvus. 

Pyrrhocorax. 

Fregilus. 

Garrulus. 

Nucifraga. 


Genre GLAUCOPE, Glaucopis, de Forster (yXauxoç , cty , œil bleu). Le bec est court, 

épais, convexe, à mandibule inférieure taillée en biseau; les 
narines sont marginales, en partie cachées; la base du bec 
est garnie de deux barbillons charnus, arrondis; les tarses 
sont longs, la queue ample, largement étagée. 

Le Glaucope cendré ( Glaucopis cinerea, de Latham) 
appartient à la Nouvelle-Zélande; son plumage est entière- 
ment ardoisé; les caroncules pendant à la base du bec sont 
jaunes. Il a la taille d’une Pie, vit d’insectes et de baies, 
et se perche peu ; sa chair 

passe pour excellente. 

Genre TÉ MI A {Temia, de Levaillant). Le bec est voûté, 
à mandibules égales , rentrées en leurs bords ; les narines 
sont placées sous le rebord des plumes veloutées du front; 
les ailes sont allongées, obtuses; la queue est étagée, à dix 
rectrices , les tarses médiocres. 

Le Té mi a de Levaillant {Temia Levaillantii , de Les- 
son ; Gorvus varions, de Latham) est l’Espèce unique du Genre ; 

20 






202 


0 A S S E K E A E \ D Æ 0 1) A C l' Y L ES CE L T IU K O S T R 1-1 S. 


son plumage est d’un vert bronzé, métallisé; la tête est noire. — Elle habite Java et Banda; 
les naturels le nomment Cheketut. 

Genre P JE (P ica, de Brisson). Le bec est droit, convexe, à bords tranchants, garni à sa 
base de plumes sétacées; les narines' sont oblongues , les ailes courtes, la queue très-longue 
et étagée; les tarses sont longs et forts. 

Les Pies sont omnivores, comme les Corbeaux; elles nichent dans les arbres, marchent en 
sautillant; elles ont l’habitude de cacher le surplus de leur nourriture, quand elles sont suffi- 
samment repues; elles cachent même des objets qui leur sont inutiles, et surtout ceux qui ont 
un éclat métallique. 

La Pie ordinaire (Corvus pica *, et Pica caudata, 'de- Linné) a dix-huit pouces de lon- 
gueur, la queue longue et étagée; son plumage est d’un noir soyeux, à reflets pourpres, bleus 
et dorés, à ventre blanc, avec une grande tache de même couleur sur l’aile ; le bec, les pieds 
et l’iris sont noirs. — Elle est omnivore, fait des amas de provisions: se nourrit de graines, de 
Souris , d’insectes , de Vers , de chairs corrompues , et attaque même les Poulets et les petits 
Canards dans les basses-cours. Son bavardage est passé en proverbe, ainsi que son penchant 
au vol , qui n’a, bien entendu, aucune signification morale, et n’est autre chose que l’instinct 
des approvisionnements. 

lia Pie se tient de préférence à proximité des habitations, et vit toujours par couple, même 
en hiver. Elle est défiante, querelleuse, et audacieuse. Elle chasse les Oiseaux .de proie de son 
voisinage, et lorsque, seule, elle ne peut y parvenir, elle appelle, par ses cris, les Pies des 
environs, qui se liguent contre l’ennemi commun. Ii’été, elle détruit beaucoup de jeunes 
Oiseaux dans leur nid. 

Elle niche sur les arbres. élevés , et quelquefois sur les édifices; son nid est composé, exté- 
rieurement, de bûchettes et de terre gâchée; intérieurement , de' racines flexibles, et de débris 
de végétaux; il est surmonté,' eh outre, d’un 'déifié à claire-vôi'e , et placé au sommet des 
branches verticales les plus flexibles; elle le construit pendant l’hiver. 'Vieillot avait remarqué 
qu’elle construisait plusieurs nids' à là fois,' mais qu’elle fie perfectionnait que celui qui devait 
recevoir ses œufs. M. Nordmann a confirmé' Ce fait',' et' Son observation' montre dans la Pie 
une combinaison d’idées tout à fait remarquable. 

«Quatre ou cinq couples de Pies, dit cet ornithologiste’, nichent, depuis plusieùrs années, 
dans le jardin botanique d’Odessa, où j’ai îfia' demeure. Ces Oiseaux ifie connaissent très-bien, 
moi et mon fusil et, quoiqu’ils n’aient jamais 'été Tdbj’et 'd’àùCùne poursuite, ils mettent en 
pratique toutes sortes de moyens pour donner, lé change ,à' l’observateur . Non loin des habita- 
tions se trouve un petit bois de vieux Frênes,, dans les, branches desquels les Pies établissent 
leur nid. Plus près de la maison, entré cette dernière- et le petit bois, sont plantés quelques 
grands Ormeaux, et quelques Robiniers ; zdans -ces', arbres*, les rusés Oiseaux établissent des 
nids postiches,- dont chaque couple fait au moins trois ou quatre, et dont la construction les 
occupe jusqu’au mois de mars. Pendant la journée, surtout quand ils s’aperçoivent qu’on les 
observe, ils y travaillent avec beaucoup d’ardeur, et si quelqu’un vient par hasard les déran- 
ger, ils volent autour des arbres, s’agitent, et font entendre des cris inquiets; mais tout cela 
n’est que ruse et fiction; car, tout en faisant ces démonstrations de trouble et de sollicitude 
pour ces nids postiches , ils avancent insensiblement la construction du nid destiné à recevoir 
les œufs, en y travaillant dans le plus grand silence, et, pour ainsi dire, en cachette, durant 
les premières heures de la matinée, et vers le soir. Si , parfois, quelque indiscret vient les y 
surprendre, soudain ils revoient, sans faire entendre un son, vers leurs autres nids, et se 
remettent à l’œuvre, comme si de rien n’était, en montrant toujours le même embarras, et la 
même inquiétude , afin de détourner l’attention , et de déjouer la poursuite. » 

I.,a ponte de cette Espèce est de trois à six ou sept œufs verdâtres, tachetés de brun; leur 
grand axe est de quatorze lignes, le petit axe de neuf lignes et demie. 

«Quoique, dans son état sauvage, la Pie soit extrêmement défiante, dit Bechstein , c’est 










FAMILLE DES SITT1DÉS. 203 

cependant l’Oiseau le plus facile à apprivoiser que nous ayons : il se laisse toucher et prendre 
dans les mains , ce que les autres , même les plus dociles , ne souffrent pas. Élevée du nid , la 
Pie apprend à parler mieux encore que le Corbeau, et se familiarise autant et plus que le 
Pigeon. La viande crue, le pain, et tous les débris de la table, deviennent tellement de son 
goût, qu’elle ne désire aucune autre nourriture, ce qui la ramène constamment au logis; si 
elle rencontre quelque ver ou Insecte , elle ne les mange que par friandise. Je reçus dernière- 
ment une lettre dans laquelle un de mes amis, s’exprime ainsi : J’ai élevé une Pie , qui, 
comme un Chat, vient se frotter autour de moi, jusqu’à ce qu’enfin je la caresse. Elle a 
appris d’elle-même à voler à la campagne et à revenir; elle me suit partout, à plus d’une 
lieue de distance, en sorte que j’ai beaucoup de peine à m’en défaire; et lorsque je ne veux 
pas d’elle dans mes promenades ou mes visites, je suis obligé de l’enfermer. Farouche pour 
toute autre personne , elle lit dans mes yeux les moindres altérations de mon humeur. Elle 
vole , de temps en temps , assez loin avec les autres Pies sauvages , sans cependant jamais se 
lier avec elles. » 

La Pie bleue {P ica cyanea, de Charles Bonaparte; Corvas cyaneus, de Gmelin) , vulgai- 
rement nommée Pie turdoïde, habite l’Espagne et la Daourie. Sa taille est de treize à quatorze 
pouces; les ailes et la queue sont bleues; la partie postérieure des rémiges primaires est 
bordée de blanc; les rectrices sont terminées de blanc ; le bec et les pieds sont noirs. Les 
mœurs de cette Espèce sont semblables à celles de la Pie ordinaire. 

Genre DEN DBOCITTE, Dendrocitta, de Vieillot (SsvSpov, arbre; xvrra, pie). Ce Genre 

ne diffère du précédent (pie par la queue moins étagée. 

Le Dendrocitte vagabond (Pica vagabunda , de \iei\- 
lot) est une Espèce des Grandes -Indes. Le bec est un peu 
arqué, noir, ainsique les pieds, la tête, le cou et les rémiges 
primaires; le dos, une partie des tectrices alaires et le ventre, 
sont d’un fauve clair ; les autres tectrices et les rémiges 
secondaires sont d’un blanc lavé de bleu; les rectrices in- 
termédiaires sont très-longues, noires au bout, d’un blanc 
bleuâtre dans le reste de leur étendue; les autres sont d’un 
gris bleuâtre dans la première moitié, et noires dans la deuxième; l’iris est jaune. La taille 
est de quinze pouces. 

Genre CORBEAU {Corvvs , de Linné). Le bec est gros, bombé à la base, arrondi en 
dessus, comprimé, à bords tranchants, entier ou échancré à sa pointe; les narines sont 
■ basales, rondes, couvertes de plumes sétacées, les tarseslongs ; les doigts presque entièrement 
divisés; les ailes sont allongées, pointues; la queue est égale ou arrondie. 

Les Corbeaux sont des Oiseaux défiants, vivant généralement en société; ils sont omni- 
vores; leur vol est élevé et soutenu, leur cri est rauque et discordant. Ils s’apprivoisent faci- 
lement, et apprennent à articuler quelques mots; ils cachent, comme les Pies, le superflu de 
leur nourriture, et même les objets qui leur sont inutiles. 

Le Grand Corbeau ( Corvvs Corax, de Linné) est le plus grand des Passereaux d’Europe : 
il a vingt-trois pouces de longueur; sa taille est égale à celle du Coq; son plumage est entiè- 
rement noir, avec des reflets pourpres et bleuâtres sur les parties supérieures du corps ; le 
ventre a des nuances verdâtres, légèrement chatoyantes; la queue est arrondie, le dos de la 
mandibule supérieure arqué en avant. — Il vit solitaire, vole bien et haut, et sent, dit-on, les 
cadavres d’une lieue. Son vol , les diverses inflexions de sa voix, et ses moindres actions, fai- 
saient à Rome le fond de la science des Augures. J1 s’apprivoise facilement, imite le cri des 
animaux et la voix humaine, et aime à dérober tout ce qui brille. On le trouve dans toutes les 
parties du monde. Il est très-commun dans les régions boréales de notre hémisphère, et vit 
sédentaire dans différentes localités de la France; il n’émigre pas, et s’attache à la localité où 
il a niché. Son nid est placé sur les arbres les plus élevés, sur les rochers escarpés, ou sur 



DKiS’DROC.IT'I F. 


204 


PASSER E A ü X I > Æ O ü A G T Y L E S GUE T R 1 R O S T R E S. 

les vieilles tours ; il pond trois à six œufs verdâtres , irrégulièrement tachetés de brun , dont le 
grand axe est de vingt lignes, et le petit axe de treize lignes. 



Grand Corbeau ( Corons Corax) 


Le Corbeau, en domesticité, se défend très-bien contre les Chats et les Chiens. Lorsqu’on 
le laisse libre dans mie basse-cour, il attaque et dévore les jeunes Poulets jusqu’au dernier. 
Ceux qui l’élèvent pour lui apprendre à parler, ont coutume de lui couper le frein de la langue. 
Ce sont , en général , des artisans à profession sédentaire qui s’occupent de ce genre d’édu- 
cation. A Rome, après la victoire d’Actium, plusieurs Corbeaux furent présentés à Auguste, 
et lui adressèrent cette phrase : Ave , Cæscir , victor, imperator : Salut à César victorieux et 
empereur! Auguste les acheta fort cher. Un pauvre cordonnier, alléché par la récompense, 
entreprit de dresser un Corbeau de la même manière, et, comme les progrès de son élève 
étaient lents, il répétait souvent, d’un ton triste : J’ai perdu ma peine et ma dépense ! Enfin, 
le Corbeau put articuler la phrase adulatrice, et le cordonnier alla se placer, avec son Oiseau, 
sur le passage d’Auguste; mais, celui-ci ayant dit qu’il avait dans son palais assez de courti- 
sans semblables, le Corbeau répéta la phrase qu’il avait tant de fois entendue : J’ai perdu ma 
peine et ma dépense! Auguste se mit à rire, et l’acheta plus cher que les autres. 

Le Go r b r a u corneille ( C or vu s Corone , de Linné), vulgairement nommé Corbine , 
Cornouaille , Corneille , est d’un quart plus petit que le Corbeau; la queue est plus carrée, et 
le bec moins arqué. — Les Corneilles se tiennent, durant l’été, dans les grandes forêts, et se 
nourrissent de tout, de graines, de Vermisseaux , d’insectes, de chairs gâtées; elles pêchent 
même de petits Poissons sur le bord des rivières et sur les grèves que la mer abandonne. En 
hiver, elles approchent par bandes des habitations, et se tiennent dans les terres fraîchement 
labourées, pour enlever le grain et les Insectes; le soir, elles se retirent dans les bois, qu’elles 
font retentir de leurs croassements. Comme le grand Corbeau, la Corneille s’apprivoise, 
apprend à parler et dérobe tout ce qui brille. Elle habite tout l’hémisphère nord. Elle niche 
dans les bois et les vergers , sur les arbres élevés; sa ponte est de quatre à six œufs allongés. 



FAMILLE DES SITT1DES 


205 

d’un bleu verdâtre irrégulièrement tacheté de gris et d’olivâtre; leur grand axe est de dix-neuf 
lignes , le petit axe de neuf lignes. 



Corbeau Corneille (Corvus Corone). 


Le Corbeau mantelé ( Corvus cornix, de Linné) est un peu plus gros que la Corneille; 
il a le corps cendré, avec la tête, les ailes et 
la queue noires. — Cet Oiseau habite la Sibérie 
et l’Europe septentrionale; il fréquente les 


bords de la mer et des étangs, et vit de Pois- 
sons, de coquillages et de Reptiles. Il exploite 
aussi les terres ensemencées, et y cause de 
si grands dommages , que les femmes et les 
enfants montent la garde dans leurs champs , 
en criant et faisant retentir des instruments 
bruyants pour l’éloigner. Il niche dans les 
bois , sur les arbres et dans les dunes ; sa 
ponte est de quatre à six œufs oblongs, d’un 
bleu ou d’un vert pâle , tacheté irrégulière- 
ment de points olivâtres et bruns; leur grand 
axe est de dix-huit lignes, le petit axe de onze 
lignes. 

Le Corbeau Freux ( Corvus frugilegus , 
de Linné) est plus petit que la Corneille; son 
bec est plus droit et plus pointu; il est aussi 
frugivore qu’insectivore ; il vit avec les Cor- 
neilles, mais il ne recherche pas les chairs 
corrompues ; aussi , sa chair n’est pas fétide 
et de mauvais goût, comme celle de ces der- 
nières. Cet Oiseau habite, de préférence, les 
régions septentrionales de l’Europe ; il passe 
l’hiver dans les pays les moins froids, et remonte 
champs dit, dans sa Faune belge, qu’à la lin de 



Corukaü MAM'Ki.É [Cor eus cornix) • 

vers le Nord en été. M. île Selys-Long- 
mars les Freux se réunissent par milliers 


2 ( 1(5 


PASSER B A U X D Æ 0 1) V G T Y L E S C U E T R 1 R 0 S T R E S 


clans certaines localités de la Belgique, et construisent souvent jusqu’à quarante nids sur un 
peuplier blanc. Us semblent y travailler en commun; une fois établis, on ne peut plus les en 
déloger; ils reconstruisent sans cesse les nids que l’on abat, sans s’inquiéter des coupsj de 
fusil. La ponte est de trois à cinq œufs oblongs ou arrondis, de couleur variable, verdâtres ou 
bleuâtres, tachetés ou non tachetés, dont le grand axe est de dix-huit lignes, et le petit axe 
de treize lignes. 



Coït bea o l'itEUx ( Corvns 'friujilegiis ) . 


Le Go k b eau Choucas ( Corvus monedula, de Linné), que l’on nomme aussi la Corneille 
des clochers, est plus petit d’un quart que la Corneille; sa couleur est moins noire, et tire 
même au cendré autour du cou et sous le ventre. — Il niche dans les clochers, les vieilles tours, 
vit en troupes, et a le même régime que les Corneilles. Il fait une guerre acharnée aux Oiseaux 
de proie. Ses œufs, au nombre de quatre à sept, sont d’un bleu pâle vert grisâtre, avec des 
taches arrondies, noirâtres et bistres; leur grand axe est de quatorze lignes, le petit axe est de 
dix lignes, lie Choucas se réunit l’hiver, en troupes, et se mêle à celles que forment les Cor- 
neilles et les Freux; pendant l’été, il vit en famille, et pénètre souvent dans les villes. Il se 
nourrit de fruits, graines, vers et Insectes. 



Coubeai 'Choucas ( C omis monedula) 


207 


FAMILLE DES S ITT l DÉS. 

Genre G H OC A. RD, Pyrrliocorcix , de Cuvier (-iruppoç, roux; xo'paç, corbeau). Le bec est 
médiocre, un peu recourbé, légèrement échancré à sa pointe ; les narines sont ovoïdes, cachées 
par les plumes sétacées ; les tarses sont ceux des Corbeaux ; les ongles arqués et très-aigus ; 
les ailes longues et pointues ; la queue arrondie. 



CuocAitü alpin C Pyrrhocnrux alpinus ). 


Le Chocard alpin ( Pyrrhocorax a/pinus , de Cuvier, Corvus pyrrhocorax , de Linné), 
vulgairement nommé Choucas des Alpes, a le plumage entièrement noir, à rellets verdâtres, 
plus éclatants en dessus; le bec est jaune citron; les pieds rouge vermillon; l’iris brun. La 
taille est de quinze pouces. — Cet Oiseau niche sur les rochers les plus inaccessibles des 
Alpes et des Pyrénées, très-rarement sur les arbres. Sa ponte est de quatre ou cinq œufs blan- 
châtres, tachetés de jaune. Il se tient l’été dans les montagnes, et l’hiver il descend dans les 
vallées. Il se nourrit de graines, baies, vers, Crustacés, Insectes, et au besoin de charognes. 

Genre CR A VE ( Fregilus , de Cuvier). Le bec est entier, allongé, grêle, arrondi, arqué 

et pointu ; les narines sont arrondies , recouvertes par des 
plumes sétacées; les pieds, les ailes et la queue sont ceux des 
Corbeaux. — Les Graves vivent de fruits et d’insectes. 

Le Grave d’Europe ( Fregilus Graculus , de Cuvier; 
Corvus Graculus , de Linné), vulgairement nommé Coracias 
à bec rouge, a seize pouces de longueur. Le plumage est noir, 
à reflets brillants verts, bleus et pourpres ; le bec et les pieds 
sont rouges. — Cette Espèce habite les hautes montagnes de la 
France ; elle se réunit moins en troupes que les Chocards et 
les Corbeaux. Sa ponte est de trois ou quatre œufs d’un gris verdâtre, tacheté de gris et de 
roux. L’hiver, elle descend des montagnes, et son arrivée dans les plaines annonce les neiges 
et le mauvais temps. Les Craves vont alors sur les chemins, fouiller dans les excréments des 
bêtes de somme, pour y trouver quelque nourriture. Pris jeunes, ils s’apprivoisent facilement. 

Genre GEAI, Garrulus, de Vieillot ( garrire , babiller). Le bec est médiocre, épais, droit, 
à bords tranchants, courbé, brusquement et légèrement denté à sa pointe; les narines sont 
ovalaires et cachées par des plumes sétacées ; les pieds sont ceux des Corbeaux; les ailes sont 
médiocres ; la queue carrée ou légèrement arrondie , les plumes de la tête allongées, et érigibles 
en huppe. 

Le Geai ordinaire (Corvus gland arins , de. Linné) a les deux mandibules peu allongées 



208 


P \ SSE II K A l \ 1) Æ O I) V C T Y L E S G U I, T H I R O S T R E S. 


et se terminant subitement par une courbure presque égale. Sa taille est de treize pouces; son 
plumage est d’un gris vineux, remarquable surtout par une grande tache d’un bleu éclatant, 
rayé de bleu foncé, que forment les couvertures de l’aile; les pennes sont noires, ainsi que les 
moustaches. — Les Geais sont d’un naturel vif et pétulant, et les plumes de leur front se redres- 
sent dans la colère; ils se nourrissent d’insectes, de graines et surtout de glands. Ils cachent 
les objets, et font des provisions comme la Pie. Ils sont éducables, et ont du penchant à imiter 
tous les sons; ils rendent même assez bien 
de petits airs de trompette et d’autres mélo- 
dies courtes. On peut aussi les accoutumer à 
aller aux champs et à revenir à la maison. 

Le Geai imitateur [Garrulus infaustus, 
de Vieillot; Corvus infaustus, de Linné), vul- 
gairement nommé Geai boréal , Geai de Sibé- 
rie , habite les régions boréales de l’Europe. 

Il est de deux pouces plus petit que le Geai 
ordinaire; le dessus de la tête et les joues sont 
brunâtres; la queue est rousse et cendrée. Il 
niche sur les arbres verts, et pond cinq ou six 
œufs d’un gris bleuâtre avec des taches plus 
foncées. 


Geai ordinaire Ç Corvus glandarius ). 

Genre CASSE-NOIX, NucÀfraga , de 
Brisson ( nux , noix; frangere , briser). Le 
bec est droit, entier, avec la mandibule supé- 
rieure plus longue que l’inférieure , aplatie et 
émoussée au bout; les narines sont basales, 
petites, cachées par des plumes ; les tarses mé- 
diocres; les ailes pointues; la queue arrondie. 

Le Casse-noix ( Corvus caryocatactes , 
do Linné) a les deux mandibules également 
pointues, droites et sans courbures. Sa taille 
est de treize pouces ; il est brun , tacheté de 
blanc sur tout le corps. Le Casse-noix est 
le moins défiant des Corvidés. En le voyant 
grimper sur les arbres, et frapper du bec contre 
l’écorce pour en faire sortir les larves d’insectes cachées dans son épaisseur, on le prendrait 
pour un Oiseau de l’Ordre des Pics. 11 se nourrit aussi de fruits et même de petits Oiseaux. Il 
pond cinq ou six œufs d’un gris jaunâtre, pointillé et tacheté de brun. 




FAMILLE DES TURDIDÉS. 


209 


PASSEREAUX DÆODACTYLES DENTIROSTRES 


FAMILLE des TURDIDÉS 

( Genres LA NI US, TURDUS, ORIOLUS, AM PE LIS , MUSCICAPA, MOTACILLA , 

de Linné. ) 

CARACTÈRE. — Bec nettement échancré , plus ou moins allongé et atténué. 
SYNOPSIS DES TRIBUS DE LA FAMILLE DES TURDIDÉS. 


Bec conique ou comprimé ; 

plus ou moins crochu au bout Laniens. 

non crochu à la pointe, et à dent moins prononcée. Turdiens. 

Bec déprimé horizontalement , à pointe crochue et échancrée Ampé liens. 

Bec droit , menu , effilé en poinçon Motacillîens. 


TRIBU des LANIENS 

( Genre LANIUS, de Linné.) 

Les Oiseaux très-variés qui constituent cette Tribu, se rapprochent par le bec conique ou 
comprimé, plus ou moins crochu au bout. Ils vivent d’insectes et mangent quelquefois des 
petits Vertébrés. 

SYNOPSIS DES GENRES DE LA TRIBU DES LANIENS. 

Tarses moyens. 

Bec fort ; 

comprimé seulement à la pointe ; 
allongé ; 

arête supérieure droite ; 


une plaque frontale 


Barita. 

point de plaque frontale 


Psaris. 

arête supérieure courbe ; 

Ailes suraiguës 


Ocypterus. 

Ailes obtuses 


Artamia. 

court. 

Queue longue et étagée 


Bethylus. 

Queue courte et carrée 


Pardalotus. 

comprimé sur toute sa longueur ; 

Mandibules très-hautes 


Falcunculus. 

Mandibules moyennes 


Lanius. 

Bec grêle. 

Queue fourchue « 


Enicurus. 

Queue carrée 


Ramphocenus. 

Tarses très-longs. 

Bec triangulaire , comprimé à la pointe 


Pitta. 

Bec comprimé sur toute sa longueur 


Myiothera. 

Bk 

27 


210 


P A S S E R E A U X 1) Æ 0 D A C T Y LE S I) E i\ T 1 R O S T R E S. 


Genre CASSICAN, Barita, de Cuvier 
(papi'toi, nom grec d’un Oiseau inconnu). Le 
bec est grand conique, droit, rond à sa base, 
entamant les plumes du front par une échan- 
crure circulaire , arrondi au dos , comprimé 
sur les côtés , à pointe crochue et échancrée 
latéralement; les narines sont basales, liné- 
aires ; les ailes sont médiocres ; la queue 
généralement égale; les tarses robustes, écus- 
sonnés. 

Les Cassicans sont de gros Oiseaux de 
l’Australie, remuants, criards et omnivores, 
comme les Corbeaux ; leur nom est formé 
des mots Cassique et Toucan. 

Le Cassican flutf.ur ( Barita tibicen , 
de Lesson) a le plumage gris brunâtre. I l est 
très-vorace , et sa voix diffère par sa douceur 
de celle de scs congénères. 

Le Cassican ré veilleur (Coracias stre- 
pera, de Latham) est très-commun dans l’île 
de Norfolck. Son caractère est doux; il ne 
dort jamais la nuit, et ne cesse de faire re- 
tentir l’air de ses cris aigus. 

Genre RÉCARDE, P saris , de Cuvier 
(<}apiç, nom grec d'un Oiseau inconnu). Le 

bec est conique , très-gros , et rond à sa base , mais n’échan- 
crant point le front ; sa pointe est légèrement comprimée et 
crochue ; les narines sont ovalaires ; les tarses médiocres , 
écussonnés ; les ailes moyennes , aiguës. 

Les Bécardes sont des Oiseaux de l’Amérique méridionale. 
La Bécarde grise {P saris Cayanus, de Swainson; Ta- 
nins Cayanus, de Gmelin) a le plumage gris cendré; la tête, 
les ailes et la queue noirs; le cou et le dessus du cou gris 
cendré clair. Elle habite la Guiane. 

Genre LANG R A YEN, Ocypterus , de Cuvier ( wxùç , léger; Tvrspov, aile). Le bec est 
conique, arrondi de toutes parts, sans arête, à peine un peu arqué vers le bout, à pointe très- 

fine , légèrement échancrée de chaque côté ; les narines sont 
arrondies, ouvertes; les tarses courts, écussonnés, et les ailes 
suraiguës, au moins aussi longues que la queue. 

Les Langrayens habitent les côtes et les îles de la mer des 
Indes. 

Le Lan g ra y en a ventre rlanc ( Ocypterus albiventer , 
de Valenciennes; Lanius leucorhynchos et dominicamis , de 
Gmelin) habite file Luçon et la Nouvelle-Calédonie. Le dessus 
du corps est cendré, ainsi que la tête; le dessous est blanc; le 
bec est bleuâtre. — Le Langraven est ennemi du Corbeau, et, quoique beaucoup plus petit, 
il le provoque et le harcèle jusqu’à ce qu’il lui ait fait prendre la fuite. 

Genre ARTAMIE, Arlawia , d’Isid. Geoffroy (àprapiw, dépecer). Le bec est allongé, 
non renflé à sa base, triangulaire, à arête bien marquée; la mandibule supérieure est terminée 
par un crochet bien prononcé, et présentant une échancrure bien distincte ; les narines sont 



Langrayen. 




Cassican (Barita): 


21 I 


FAMILLE DES TURDIDÉS. 


basales, triangulaires; les ailes obtuses; la queue carrée; les tarses courts, écussonnés. 
L’Artamif, sanguinolente ( Artamia sanguinolenta , d’Isid. Geoffroy; Ocypterus san- 


guinolentus, de Temminck) est noire, avec le \ 

Genre BÉTHYLE, Bethylus, de Cuvier 
( (3 e0uXoç , nom grec d’un Oiseau inconnu). 
Le bec est court, épais, robuste, fort, convexe, 
à bord dilaté dans son milieu , à pointe re- 
courbée, dentée; la mandibule inférieure est 
arrondie, à bords lisses; les narines arron- 
dies, creusées, nues; la commissure du bec 
est garnie de quelques soies ; les plumes du 
front sont veloutées; les ailes sont courtes, 
obtuses, la queue étagée; les tarses médio- 
cres , courts , écussonnés. 

Le Béthyle Pie ( Bethylus Picatus , de 
Levaillant; Lanius Picatus, de Latham) a le 
haut du corps d’un noir bronzé , le bas varié 
de noir et de blanc. Il habite le Brésil et la 
Guyane. 

Genre PARDALOTE, Pardalotus , de 
Vieillot (toxpSxXmtoç, couleur de Panthère). 
Le bec est court, conique, obtus, convexe, 
comprimé , à arête convexe , à pointe échan- 
crée ou simplement entamée; les narines sont 
basales , petites , nues , percées dans une 
membrane; les ailes sont aiguës; la queue 
courte, égale; les tarses médiocres, grêles, 
écussonnés. 


entre rouge. Elle habite Sumatra. 



Béthyle ( Bethylus ) 
sur un Dipladenia atropurpurea . 


Les Pardalotes, nommés communément Pies-Grièches Boitelets, sont de très-petits Oiseaux 
à queue courte, appartenant aux deux continents. 

Le Pardalote pointillé ( Pardalotus punctatus , de Vieillot; Pipra punctata, de 
Shaw) a le dessus du corps gris, ondulé de fauve; la tête et les ailes noires, pointillées de 
blanc; le croupion rouge de feu. Il habite les forêts de la Nouvelle-Galles du Sud. Les colons 
le nomment Oiseau-diamant. 

Le Pardalote huppé ( Pardalotus cristalus , de Vieillot) est une Espèce de l’Amérique 
méridionale. Sa taille est de trois pouces; les parties supérieures sont d’un vert olive, tirant 
sur le jaune ; les plumes du sommet de la tête, du front et de la nuque sont terminées de brun ; 
près de la nuque est une huppe de couleur rouge; les petites couvertures des ailes ont leur 
moitié extérieure blanche; les rémiges sont brunes, bordées extérieurement de vert olive; les 
rectrices sont vertes et d’une médiocre longueur ; la gorge et les parties inférieures sont d’un 
beau jaune, plus foncé sur le devant du cou et sur la poitrine; le bec est noir, avec le milieu 
grisâtre; les pieds sont noirs. — Cet Oiseau habite les montagnes, et se tient sur les bords des 
rivières qui y prennent leur source. Au-dessus du lit écumeux de ces eaux, qui descendent en 
grondant parmi les blocs de granit vers la plaine où leur cours sera silencieux et paisible, des 
bambous taquorussus inclinent leurs panaches ondoyants réunis par des guirlandes de lianes : 
c’est là que l’on voit les Pardalotes voltiger, toujours par couple, de branche en branche, boire 
la rosée contenue dans les feuilles du Tidlansia, et se répaître de fruits succulents et d’insectes. 
Mais ces joyeux festins sont bien souvent interrompus par un événement tragique : dans les 
fissures du chaume desséché d’un bambou se tient en embuscade une monstrueuse Araignée : 
c’est la Mygale-Crabe, aux longues pattes, aux mandibules vigoureuses, à la morsure empoi- 


212 


PASSEREAUX DÆODA.CTYLES DENTIROSTRES 


sonnée. Tandis que les Pardalotes, sans défiance, poursuivent gaiement les Insectes parmi les 
leuilles, la Mygale, tapie à l’entrée de son trou, arrête au passage l’un des imprudents con- 
vives, lui enfonce dans la gorge ses crochets venimeux, et suce avidement son sang, en pré- 
sence de sa compagne, saisie de terreur. Ainsi le Vertébré, qui avait immolé à sa faim des 
centaines d’insectes, devient à son tour la proie d’un Articulé plus puissant que lui : la Provi- 
dence, dans sa mystérieuse sagesse, a permis cette sanglante compensation. 



Pauualotte huppée ( Pardalotm cristatus) 



Genre FALCONELLE, F alcunculus , de Vieillot {faix, faucille). Le bec est fort, court, 
haut, très-comprimé, un peu recourbé, fortement denté; les narines sont arrondies, ouvertes; 
les ailes sont aiguës; la tête comme huppée; les tarses sont assez allongés et écussonnés. - — 
Ce Genre est australien. 

La Falconelle a casque ( Fmconéllus frontatus , de Vieillot; Lanius frontatus , de 
Latham) est de la taille d’un Moineau, et son plumage ressemble à celui de notre Mésange 
charbonnière. Les plumes de la tête des mâles se relèvent en huppe. 

Genre PIE-GRIÈCHE ( Lanius , de Linné). Le bec est fort, comprimé, très-crochu, 
très-denté , de hauteur médiocre ; les narines sont arrondies , ouvertes ; les ailes sont courtes , 
subaiguës ; la queue étagée , ou carrée et peu arrondie ; les tarses écussonnés ; les doigts 
séparés. — Les Pies-Grièches sont des Oiseaux vifs, courageux, querelleurs, cruels; qui se 
nourrissent de gros Insectes et quelquefois de petits Mammifères et de petits Oiseaux ; ils se 
défendent avec succès contre les gros, et attaquent même ceux-ci quand il s’agit de les éloi- 
gner de leur nid. Ils se tiennent dans les bois pendant le printemps, et, vers la fin de l’été, 
descendent dans les plaines et dans les vergers. Les Pies-Grièches vivent en famille, volent iné- 
galement et précipitamment, en jetant fies cris aigus. Elles ont l’habitude d’imiter sur-le-champ 
quelques parties du ramage des Oiseaux qui vivent dans leur voisinage. 

La Pie-Grièche grise ( Lanius excubitor, de Linné) est l’Espèce la plus commune en 
Europe. Elle est grande comme une Grive; sa taille est par conséquent d’environ neuf pouces; 


FAMILLE DES TURDIDÉS. 


213 



Pie-Grièche crise ( Lanius excubitor ) . 


le dessus de la tête, la nuque, le dos et les couvertures de la queue sont d’un gris cendré clair ; 
les ailes, la queue et une bande autour de l’œil sont noires; la gorge, la poitrine et toutes les 
parties inférieures sont blanches, de même que l’origine des rémiges primaires, le bout des 
rémiges scapulaires et le bord externe des deux rectrices latérales; les yeux, le bec et les pieds 
sont noirs. La femelle a le ventre un peu gris, les jeunes ont le ventre de la même couleur, 
avec un plus grand nombre de lignes brunes circulaires. — Cette Pie-Grièche a pour cri troûi, 
troûi, qu’elle répète sans cesse lorsqu’elle est perchée sur le haut des arbres. Elle est très- 
courageuse, et ne fuit pas toujours à l’approche du chasseur; elle défend son nid contre les 
attaques du Corbeau, avec tant de vigueur, qu’elle met ce dernier en fuite. Elle vit d’insectes 
qu’elle saisit en volant, elle se nourrit également de Souris, de Mulots, et même de jeunes 
Oiseaux , dont elle déchire la chair en lambeaux après en avoir mangé la cervelle. Elle niche 
dans les embranchements des arbres , voisins du tronc principal , et pond six œufs d’un blanc 
roussâtre , tachetés de gris et de brun clair, dont le grand axe est de onze lignes , et le petit 
axe de huit lignes. Cette Espèce n’émigre point. 

La Pie-Grièche d’Italie ( Lanius minor, de Gmelin), vulgairement nommée Pie- 
Grièche à front noir, Pie-Grièche à poitrine rose , est longue de huit pouces; la tête, le cou et 
le corps sont d’un gris cendré, le front et les joues, d’un noir profond ; la poitrine, l’abdomen 
et les flancs sont d’un blanc lavé de rose; les ailes sont noires, avec un miroir sur les rémiges 
primaires; le bec et les pieds sont noirs; l’iris est brun grisâtre. — Cette Espèce habite le midi 
de l’Europe, et ne vient en France que pour se reproduire; elle construit un nid avec des plantes 
odoriférantes; elle y pond cinq ou six œufs obtus, verdâtres ou bleuâtres, tachetés de gris 
violet et d’olivâtre; leur grand axe est de dix lignes, le petit axe de sept lignes. 

La Pie-Grièche rousse ( Lanius rufus , de Brisson), vulgairement nommée Açjachette 
rousse , est longue de sept pouces; la penne bâtarde de l’aile est très-petite et étroite, à miroir 
blanc ; le vertex et la nuque sont d’un roux ardent ; le haut du dos est d’un noir profond , le 
bas du dos d’un cendré foncé; les parties inférieures sont d’un blanc plus ou moins lavé de 
roussâtre; le bec et les pieds sont noirs; l’iris est brun. — Elle habite l’Europe, et arrive en 
France au printemps, pour en repartir vers l’automne : elle construit son nid avec des herbes 
odoriférantes, et y dépose six œufs d’un blanc sale, quelquefois bleuâtre, tacheté de brun vers 


214 


PASSEREAUX DÆODACT YLES I) EX Tl RO ST R ES. 


le gros bout; leur grand axe est de dix lignes, et le petit axe de sept lignes. Elle se tient de 
préférence sur la lisière des grands bois et dans les taillis; c’est chez elle qu’on a remarqué 
le talent d’imiter et de s’approprier le chant des autres Oiseaux qui vivent dans son voisinage. 

La Pi e-Grièche écorcheur ( Lanias collurio, de Linné ) habite aussi l’Europe, et passe 
en France le printemps et l’été. Sa taille est de six pouces; le dessus de la tête est d’un cendré 
bleuâtre, ainsi que le haut du dos; une bande noire, partant du bec, entoure l’œil et couvre 
l’orifice des oreilles; la gorge et le ventre sont blanchâtres; le manteau et les couvertures des 
ailes sont d’un roux brun; les rémiges sont noires, bordées de fauve; les rectrices du milieu 
sont noires, et les latérales sont blanches à la base. — Cette Pie-Grièche détruit des Oiseaux, des 
Lézards, des Grenouilles, et surtout des Insectes, qu’elle enfile aux épines des buissons; son 
nom d’Écorcheur lui vient de la manière dont elle dépèce ses victimes après les avoir accro- 
chées. On dit que, pour attirer les Oiseaux, elle contrefait leur cri et une partie de leur ramage, 
mais cette ruse ne réussit complètement que vis-à-vis des jeunes. L’Écorcheur niche dans les 
buissons; sa ponte est de cinq ou six œufs d’un blanc sale, ponctué ou tacheté de rouge ou de 
brun ; leur grand axe est de neuf lignes et demie , le petit axe de six lignes et demie. 

La Pie-Grièche fiscal [Lanius cullaris , de Gmèlin) est une Espèce africaine. Elle a 
neuf pouces de longueur, comme notre Pie-Grièche grise; la tête, le derrière du cou et le man- 
teau sont d’un brun noirâtre; les ailes sont noires, avec une tache blanchâtre sur le milieu des 
grandes pennes, qui sont bordées de blanc; la queue, plus longue et plus large que celle de la 
Pie-Grièche grise, avec les deux rectrices du milieu, noires. — Cette Espèce est commune au 
cap de Bonne-Espérance. Elle chasse avec une infatigable activité; dès qu’elle aperçoit une 
Sauterelle, une Mante, ou un petit Oiseau, elle fond dessus, l’emporte, et va l’empaler sur 
un buisson épineux. Elle s’y prend toujours de manière à faire passer l’épine à travers la tête 
de sa victime; s’il n’y a pas d’épines sur l’arbre, elle assujettit adroitement la tête de l’Oiseau 
dans l’enfourchure de deux 
petites branches; puis, quand 
la faim se fait sentir, elle va 
visiter ses gibets, et décroche 
les morceaux qu’elle préfère. 

C’est à cette rapacité qu’elle 
doit son nom de Fiscal, allu- 
sion assez peu llatteuse pour 
l’Administration des finances. 

Hâtons-nous de dire, pour la 
satisfaction de notre orgueil 
national , que ce sont les co- 
lons hollandais du Cap ([ui ont 
baptisé la Pie-Grièche dont il 
est ici question. Au reste, 
l’instinct destructeur de cet 
Oiseau le pousse à des ra- 
pines superflues ; car il ne 
mange pas toutes ses victi- 
mes , et il y en a un grand 
nombre qui se dessèchent sur leur pal. Le Fiscal est criard, querelleur, vindicatif; ennemi de 
toute concurrence, il chasse de son domaine les Oiseaux qui vivent de la même proie que lui ; 
mais il a beau faire, ceux-ci trouvent toujours moyen de décrocher quelques pièces du gibier 
qu’il a recueilli. 

La Pie-Grièche Bacbackiri ( Lanius Bacbackiri , de Shaw ; Tardas zeylonus , de 
Gmelin) est aussi une Espèce commune dans l’Afrique méridionale. Son bec est moins fort 



Pie-Grièche Fiscal ( Lanius coUaris )■. 


215 


FAMILLE DES TE RDI DÉS. 

que celui des précédentes, et son port la rapproche un peu des Merles. Elle a sept pouces et 
demi de hauteur; les parties supérieures sont d’un vert olive, le sommet de la tête est gris; un 
trait noir part du bec, descend sur les côtés du cou, et s’élargit en plastron sur la poitrine; de là 
son nom vulgaire de Merle à collier. La gorge et les parties inférieures sont jaunes; le hec et les 
pieds sont noirs. Cette Pie-Grièche est peu farouche et très-babillarde. — Elle fait entendre un 
chant particulier qui lui a valu son nom spécifique de Bacbaekiri, et que Levaillant a noté : les 
deux premières syllabes sont bien détachées, graves et sonores; les deux dernières sont aiguës 
et liées; quelquefois l’avant-dernière note est haussée d’une tierce, mais dans tous les cas elle 
ne diffère de la suivante que d’un demi-ton. Le mâle entonne ce chant d’appel qui n’appartient 
qu’à lui : bacbaekiri ; et aussitôt la femelle lui répond sur un ton moins élevé : couït , couït. Il 
suffit de bien répéter ces deux couplets pour faire approcher les Pies-Grièches du chasseur, 
qui peut alors les tirer de près; du reste, quoique peu farouches, elles n’en ont pas moins les 
mœurs sanguinaires de leur Genre : elles livrent une guerre cruelle aux Insectes et aux jeunes 
Oiseaux, et si, par mégarde, on les place dans une volière, elles mettent tout à mort. On a 
remarqué qu’elles vivent par couple, et se séparent rarement. Leur nid est placé dans les buis- 
sons touffus ; les petits suivent leurs parents pendant la première année, et forment une petite 
famille, vivant dans une concorde parfaite, ce qui contraste avec l’humeur hargneuse que mon- 
trent les Pies-Grièches à l’égard des autres Oiseaux. 

Genre ÉNICURE, Enicurus , de Temminck (Ivtxoç, singulier, oupà, queue). Le bec est 
médiocre , robuste , presque droit , triangulaire à sa base , à arête vive , convexe , terminée en 
pointe recourbée, dentée; la commissure est garnie de cils roides; les narines sont nues, 
ouvertes, percées dans une membrane; les ailes sont courtes, obtuses, les tarses faibles, 
écussonnés ; la queue est profondément fourchue. 

L’Énicure couronné ( Enicurus coronatus, de Temminck) habite Java et Sumatra; son 
plumage est mi-partie de noir et de blanc; le vertex d’un blanc de neige, tranche sur le fond 
noir du cou et du dos , et forme une espèce de couronne. 

Genre RAMPHOCÈ1NE, Ramphoceniis , de Vieillot (papepoç, bec, xsvoç, vide). Le bec 
est très-long, droit, à bords déprimés dans la première moitié, ensuite étroit et très-grêle; la 
mandibule supérieure est arrondie sur le dos, crochue et légèrement échancrée à la pointe; les 
narines sont percées en fente, en avant d’une fosse recouverte par une membrane; les ailes 
sont courtes, arrondies, obtuses; la queue est arrondie, étagée. — Ce Genre appartient à 
l’Amérique tropicale. 

Le Ramphocène a queue noire ( Ramphocemis melanurus , de Vieillot) a le plumage 
roux-brun en dessus ; la gorge et le milieu du ventre blancs ; les ailes brunes, lisérées de jaune ; 
la queue noire, excepté les deux rectrices latérales , qui sont jaunes. — Cette Espèce habite le 
Brésil; elle se tient cachée dans les buissons, pour y prendre les Insectes dont elle fait sa prin- 
cipale nourriture. 

Genre BRÈVE , ( Pilla , de Vieillot). Le bec est allongé, fort, robuste, convexe en dessus, 

crochu, à bords rentrés , à na- 
rines amples, latérales, à com- 
missure fendue ; la mandibule 
inférieure est convexe, pointue, 
entière; les tarses sont très-al- 
longés , écussonnés , les doigts 
courts; les ailes sont médiocres, 
arrondies, aiguës; la queue est 
brève. courte , quelquefois en coin. brève. 

Les Brèves sont des Oiseaux de 

l’Afrique, de l’Asie et de l’Australie, à plumage brillant, à formes lourdes et massives, mieux 
organisés pour courir que pour voler; leur nourriture consiste en Fourmis et en Termites. 






21 (i 


PASSEREAUX DÆODACTYLES DENTIROSTRES. 


La Brève a queue courte [Pitta brachyurus , de Vieillot; Corvus brachyurus, de Gmelin) 
habite la côte d’Angole; son plumage est vert, le dessous du corps est fauve, ainsi que les 
lignes de la tête; les ailes sont marquées d’une tache blanche. 

Genre FOURMILIER, Myiothera, d’Uliger (pjîa, 6spad>, chasser aux mouches). Le 

bec est moyen, allongé, fort, convexe en dessus, comprimé sur 
les côtés , à mandibules égales, dont l’inférieure est un peu ren- 
flée en dessous; les narines sont arrondies, ouvertes au-devant 
du front; les ailes sont très-courtes, concaves, obtuses; la 
queue est courte; les tarses sont grêles, allongés, écussonnés. 

Les Fourmiliers vivent dans les forêts vierges de l’Amérique 
tropicale, au milieu des buissons : ils s’y nourrissent de Four- 
mis et autres Insectes; leurs ailes sont courtes, et leur vol 
peu soutenu, mais ils marchent et sautent avec agilité. Us déposent à terre, sur des feuilles 
sèches ou sur une pierre moussue, deux à cinq œufs d’un blanc plus ou moins pur, et tachetés 
de roussâtre, que couvent alternativement lernâle et la femelle. 

Le Fourmilier roi ( Corvus grallarius, de Shaw; Turdusrex, de Gmelin), Espèce type 
du Genre Grallaria, de Vieillot, est le plus grand, le plus haut monté, et celui qui a la queue 
la plus courte; on le prendrait, au premier coup d’œil, pour un Échassier; sa taille est celle 
d’une Caille, et son plumage gris est agréablement bigarré; on lui donne le nom de roi des 
Fourmiliers. Il habite le Brésil et la Guyane. 

Le Fourmilier grand r effroi ( Turdus tinniens s de Gmelin) , Espèce type du Genre 
Myrmothera, de Vieillot, est brun en dessus, blanc en dessous; la poitrine est tachetée de noir ; 
la queue est égale; le bec est noir en dessus, blanc en dessous; les tarses sont plombés. La 
taille est de six pouces et demi. — Il habite Cayenne; le soir et le matin, il vocifère pendant 
une heure , et son cri ressemble au tintement d’une cloche. Sa chair est comestible. 



Fourmilier. 


TRIBU des TURDIENS 

( Genres TURDUS , ORIOLUS, de Linné.) 

Les Turdiens ont le bec comprimé ou triangulaire, à arête supérieure droite ou arquée, et 
recourbée ou dentée à la pointe; les narines sont latérales; les tarses sont écussonnés, les ailes 
subaiguës ou subobtuses. Ces Oiseaux sont baccivores , frugivores , larvivores ou vermivores. 

SYNOPSIS DES GENRES DE LA TRIBU DES TURDIENS. 

Bec comprimé , 


à arête supérieure droite 

à arête supérieure un peu arquée. 

. Cingle. 

Cinclus. 

court ; chaque narine recouverte par une écaille. 

moyen. 

Rhinomye. 

Rhinomyia. 

Narines ordinaires 

Narines ouvertes dans de larges fossettes à la base du bec ; 

. Merle. 

Turdus. 

sans écailles 

. Martin. 

Gracula. 

avec écailles. 

. Philédon. 

Philédon. 

Bec triangulaire ; 



assez grêle ; tarses longs 

gros. 

. Gralline. 

Grallina. 

Des nudités à la tête 

. Goulin. 

Gymnops. 

Point de nudité à la tête. 

. Loriot. 

Orio/us. 


217 


FAMILLE DES TL ISD IDE S. 

(j km me Cl MLLE, CAndm, de Bechstein ( xtyxXoç , Merle aquatique).- Le bec est grêle, 
droit, arrondi et emplumé à sa base, légèrement ilécbi et échancré à sa pointe; les narines 
sont oblongues, linéaires, recouvertes par une membrane; les tarses sont médiocres et gla- 
bres; les doigts longs, forts, avec de petites pelotes saillantes en dessous, le médian uni à la 
base avec l’externe; les ongles robustes, très-arqués; les ailes courtes, arrondies; la queue 
courte , carrée. 



Cingle plongeur ((/inclus aquaticvs). 


Le Cincle PLOPtGEur, ( G inclus nquaticus , de Bechstein; Turdus Cinclus , de Latham) a 
les parties supérieures brunes, noirâtres, nuancées de cendré; la gorge, le devant du cou et 
la poitrine, blancs; le ventre roux, le bec noirâtre, l’iris gris; sa longueur est de sept pouces; 
la femelle a les teintes plus pâles, le sommet de la tête et la partie postérieure du cou d’un 
cendré foncé. — Cet Oiseau habite l’Europe; ses jambes sont un peu élevées; il fréquente 
le bord des ruisseaux clairs et rapides pour y chercher les Insectes aquatiques, les Mollusques 





218 


I» V S S E R E A U X DÆ ODA G T Y LE S D E N T I P. O ST R E S. 


et les Crevettes dont il se nourrit; mais ce qui donne à son histoire un intérêt tout particulier, 
c’est la singulière faculté qu’il possède de marcher au fond de l’eau. Les Oiseaux nageurs ont 
les pieds palmés,, les Oiseaux à longues jambes ne s’enfoncent dans l’eau qu’autant que leur 
corps n’y trempe point ; le Cincle , qui n’est ni Palmipède ni Échassier, y entre tout entier, s’y 
promène comme s’il était sur terre, y marche à pas comptés, soit en suivant la pente du lit, 
soit en le traversant d’un bord à l’autre. Dès que l’eau est au-dessus de ses genoux, il déploie 
ses ailes, les laisse pendre, et les agite par une sorte de tremblement, puis se submerge jus- 
qu’au cou, et ensuite par-dessus la tête, qu’il porte sur le même plan que si elle était en l’air, 
descend au fond, va et revient sur ses pas, le parcourt en tous sens, tout en gobant les Che- 
vrettes et les Insectes d’eau douce, dont il fait sa principale nourriture. L’eau est donc pour 
cet Oiseau un élément aussi naturel que l’air; il n’hésite et ne se détourne pas pour y entrer; 
ses plumes sont enduites, comme celles du Canard, d’une espèce de graisse (pii empêche l’eau 
de les imprégner, et lorsqu’il se promène au fond de l’eau, il paraît revêtu d’une couche de 
bulles d’air, qui lui donnent un éclat argenté. 

Le chant de cet Oiseau est très-doux; il fait entenlre, en outre, deux cris différents, l’un 
aigu, l’autre dur et crépitant. Il niche sur le bord des cascades; son nid est volumineux, et 
ouvert sur le côté; il se compose de mousse et d’herbes entrelacées; la ponte est de quatre à 
six œufs, d’un blanc mat, dont le grand axe est de dix lignes, et le petit axe de huit lignes. 

Genre RHINOMYE, fthinomyia, d’Isid. Geoffroy Saint-Hilaire et Alcide d’Orbigny 
(ptv, nez; [Wîa, mouche). Le bec est triangulaire, à mandibule supérieure un peu arquée; les 

narines sont recouvertes par une sorte d’écaille. 

La Rhinomye lancéolée ( Rhin&piyia lanceolata , d’Isid. 
Geoffroy Saint-Hilaire et d’Orbigny) habite la Patagonie. Sa taille 
est de huit pouces; le dessus de la tête est couvert de plumes 
effilées, que l’Oiseau tient toujours relevées en huppe. Le dessus 
de la tête, la huppe et le dessus du cou sont d’un brun fauve; 
la gorge et la poitrine d’un gris ardoisé; le dos et toutes les par- 
ties supérieures olive foncé; le ventre blanc; les flancs d’un roux 
vif; la queue noirâtre, légèrement olive à sa base et au bord des 
rèctrices. — Cet Oiseau se tient toujours à terre dans les buissons, d’où il sort pour courir, en 
sautillant, aux environs, et y rentrer à la moindre alarme; il tient toujours sa queue dressée 
verticalement; de là son nom vulgaire de Gallito (petit Coq) ; il se nourrit d’Araignées, d’in- 
sectes, et niche presque à terre, dans les buissons. 

Genre MERLE (Turdus , de Linné). Le bec est médiocre, tranchant, comprimé, légère- 
ment convexe, et terminé en pointe à peine courbée, et faiblement écbancrée; les narines 
sont ovalaires, bordées par les plumes du front; les ailes sont médiocres, pointues et subai- 
guës; la queue -est variable; les tarses sont allongés, grêles, écussonnés, à doigt externe 
soudé, à son origine, avec le médian. 

Le Merle noir (Turdus merula, de Linné), vulgairement dit le Merle. Sa taille est de neuf 
pouces et demi; le plumage est entièrement noir, le bec et l’auréole des yeux sont jaunes; la 
femelle est d’un brun fuligineux en dessus, brune roussâtre en dessous; la gorge est tachetée 
de roussâtre, et le ventre cendré ; le bec et les pieds sont noirâtres. — Les Merles sont répandus 
dans toutes les parties de l’Europe; ils sont sédentaires, et semblent s’attacher aux lieux qu’ils 
ont une fois adoptés pour leur résidence ; leur nourriture consiste en Insectes et en baies de 
toute espèce. Pendant l’hiver, ils recherchent les bois plantés d’arbres verts, tels que Sapins' et 
Genévriers; c’est alors seulement qu’ils se réunissent en troupes; hors ce temps, ils vivent 
isolés ou par couple. Leur queue est fréquemment en mouvement, surtout lorsqu’ils éprouvent 
de la crainte ou de la colère. Leur naturel est défiant, sauvage; mais ils s’apprivoisent facile- 
ment, et l’on peut leur faire retenir des airs, siffler et même parler. Le chant du mâle est éclatant ; 
il le fait entendre au printemps, à l’époque où il travaille, conjointement avec sa femelle, à la 



Hminomyf. 


FAMILLE DES TL RDI DÉS. 


2Ü) 

construction du nid qui doit recevoir leur progéniture. Ce nid, placé dans les broussailles, à 
peu d’élévation du sol , se compose de petites racines , de mousse et d’herbes sèches , liées 
ensemble avec de l’argile, et tapissées intérieurement de laine et de plumes : le Merle y 
dépose quatre ou cinq œufs, d’un vert bleuâtre, avec des taches brunes, nombreuses et peu 
distinctes; leur grand axe est de douze lignes, et le petit axe dé neuf lignes. 



Meule soin ( Turdns merulaj. 


Le Merle a plastron ( Turdus torquatus , de Linné) a le plumage noirâtre, avec un 
plastron blanc ou blanchâtre sur la poitrine, et les rémiges lisérées, en dehors, de cette der- 
nière teinte, il habite les montagnes boisées de presque tout le Nord de l’Europe; il est de 
passage en France, à la fin d’avril et à la fin de novembre. Il niche à terre, au pied d’un 
buisson, dans les haies. Sa ponte est de quatre à six œufs verdâtres, tachetés de brun ou de 
gris; leur grand axe est de douze lignes, le petit axe de neuf lignes. 

Le Merle Grive [Turdus imisicus , de Linné), vulgairement nommé la Grive, est, de 
toutes les Espèces de nos climats, celle qui chante le mieux, et dont on estime le plus la chair. 
Sa taille est de huit pouces et demi ; les parties supérieures sont d’un brun olivâtre, les tectrices 
de l’aile sont bordées et terminées de jaune roussâtre; les joues sont jaunâtres; la gorge est 
blanche; les côtés du cou et la poitrine sont d’un jaune roussâtre, tacheté triangulairement de 
brun; le ventre et les flancs sont blancs, avec des taches ovoïdes brunes ; le bec est jaunâtre et 
les pieds bruns. — Cet Oiseau voyage en grandes troupes, et fait dans nos contrées deux appa- 
ritions par an ; il arrive à la fin de septembre, passe chez nous le temps des vendanges, et descend 
ensuite vers le Midi, pour y vivre pendant l’hiver; il revient en France au printemps, et bientôt 
les chaleurs de l’été, qui semblent l’incommoder beaucoup, le font remonter vers le Nord. Pen- 
dant la première apparition des Grives, c’est-à-dire en automne, les fruits, qu’elles trouvent en 
abondance, communiquent à leur chair une saveur délicate qui les fait rechercher du chasseur; 
mais, au printemps, les baies manquant tout à fait, elles ne vivent que d’insectes et de Coli- 
maçons, et deviennent un gibier sans valeur. Quelquefois, elles passent en France la belle 
saison, et nichent sur les pommiers, ou dans les buissons. Le chant du mâle est très-agréable; 
il le répète pendant plusieurs heures, perché à la cime d’un arbre; son cri ordinaire est un 
petit sifflement, par lequel il semble prononcer zipp , zipp. Hors l’époque de l’arrivée et du 
départ, les Grives ne sont réunies que par petites bandes de huit à dix individus, qui paraissent 
composer une famille. Cette Espèce établit son nid sur les arbres peu élevés, et le construit 
artistement , avec des brins d’herbe, de la mousse, des bûchettes, maintenus ensemble par 


22i) 


P VSSEHEA l \ !) Æ.0 D A ® Y L Ë S DENTI RO ST H ES 


une forte couche de terre gâchée. La ponte est de quatre à six œufs d’un bleu verdâtre, ordi- 
nairement tachetés de noir ou de brun ; leur grand axe est de dix lignes, leur petit axe de 
six lignes. 



Mkii'.ü Gitivii ( T ardus musicus 1 


Cette industrie culinaire n’a pas été continuée depuis la chute 


La chair de la Grive était 
grandement estimée chez les 
Romains : nil melius Tar- 
da , rien rie meilleur que la 
Grive, disait Horace. Ce fut, 
selon Plutarque , Lucullus 
qui inventa l’art de les en- 
graisser; il y avait aux en- 
virons de Rome des gri- 
vières , sorte de volières 
sombres et étroites , oii l’on 
renfermait ces Oiseaux , qui 
y trouvaient une nourriture 
abondante et choisie, con- 
sistant en baies de Lentis- 
que, de Myrte, de Lierre, 
et surtout en une pâte de 
millet broyé avec des figues, 
de l’Empire romain. 

Le Merlf. doré (Tardas aurons, de Hollandre ; Tardas Withei ou varias, de Temminck) 

est le type du Genre Oreo- 
cincla , de Gould. Sa taille 
est de dix pouces; son plu- 
mage est brun olivâtre en 
dessus , à reflets dorés ob- 
scurs; jaunâtre en dessous, 
marqué de taches en forme 
de croissants ; les rectrices 
sont noires, à l’exception des 
quatre médianes, d’un roux 
olivâtre en dessus; les sui- 
vantes terminées de blanc. 
— Cette Espèce habite la 
Sibérie et le Japon, et se 
montre accidentellement en 
Europe. Ses mœurs , son 
régime et sa propagation 
sont inconnus. 

Le Merle Draine, de Linné, vulgairement nommé Grosso Grive, est plus gros que la 
Grive ordinaire. Sa taille est de onze pouces; le plumage est brun olivâtre en dessus, jaunâtre 
en dessous, avec des taches brunes lancéolées et ovales; le dessous des ailes est blanc. — Cet 
Oiseau a les mêmes mœurs que la Grive, mais il est moins estimé comme gibier; son carac- 
tère est plus défiant, et il se laisse rarement prendre au piège. Il vit de Chenilles, de Lima- 
çons, et de fruits succulents, tels que le raisin, les cerises, les baies de genièvre, de Lierre, et 
surtout de Gui ; et comme les graines de cette dernière plante ne sont pas altérées par la diges- 
tion, l’Oiseau les dépose au loin, enveloppées de sa fiente, et contribue de la sorte à ressemer 
le Gui, qui vil parasite sur le Chêne et le Pommier. Les Draines, outre leur défiance naturelle. 


Meule doré ( Turdus aureus ) . 



FAMILLE DES TLRDIDËS. 


221 




ont une humeur querelleuse, qui les fait se battre souvent entre elles; mais, quand il s’agit 
d’attaquer ou de repousser un Oiseau plus fort qu’elles, elles se réunissent avec empressement 
contre l’ennemi commun; c’est ainsi qu’on les voit attaquer les Coucous, les Corbeaux, les 
Pies-Grièches, les Chouettes, et même les Rapaces diurnes, tels que l’Épervier, l’Émeri lion, 
la Crécerelle. Cette Espèce est répandue en Europe; elle est de passage dans le Midi de la 
France, et sédentaire dans les provinces septentrionales. Elle niche dès le commencement du 
printemps; son nid, artistement construit, renferme quatre ou cinq œufs oblongs, d’un blanc 
grisâtre ou roussâtre, tacheté de brun rougeâtre; leur grand axe est de treize lignes, le petit 
axe de huit lignes et demie. 

Le M'EBlk Litornu [Turdus pii avis, de Linné), vulgairement nommé Tuurdelle , est long 

de dix pouces; son plu- 
mage est brun châtain en 
dessus , blanc en dessous, 
avec la tête et la nuque 
cendrées , la gorge et la 
poitrine tachetées de noir; 
le liée est noirâtre à sa 
pointe, et jaunâtre dans le 
reste de son étendue; les 
pieds et l’iris sont bru- 
nâtres. 

La Litorne habite les fo- 
rêts du Nord de l’Europe, 
et se montre de passage 
régulier en France ; c’est 
l’Espèce qui arrive et émi- 
gre le plus tard; sa chair 
m i:nu: i.noitisiv (Turdus pitarisj. est moins estimée que Celle 

du Mauvis et de la Draine. 

Elle niche sur les arbres élevés; sa ponte est de quatre à six œufs, d’un gris verdâtre, tacheté 
de rouille; leur grand axe est de douze lignes, et le petit axe de huit lignes et demie. 

Le Miüilk Mauvis ( Turdus ï/incus , de Linné) est long de neuf pouces; son plumage est 
brun olive en dessus, blanc 
tacheté de noir en dessous; 
les flancs sont d’un roux 
vif; les yeux sont surmon- 
tés d’une large raie sour- 
cilière blanchâtre ; le bec- 
est brun, ainsi que l’iris; 
les pieds sont grisâtres. — 

Get Oiseau habite le Nord 
de l’Europe , et passe an- 
nuellement en France; il 
niche sur les Sorbiers , les 
Sureaux, les Aulnes; sa 
ponte est de cinq ou six 
œufs d’un blanc verdâtre, 
tacheté de noir. Il a le vol 

a ~ i iv • Mkki.k Mauvis (Tardas iliacus). 

plus rapide que la Drame 

et la Grive; sa chair esl aussi délicate que celle de cette dernière. 


T12 


PASSE R E A U X I) Æ 0 1) A C T Y L ES 1 ) E N T 1 R 0 S T R E S. 


Le Meule Giiivrou ( Turdus olivaceus , de Latham) est une Espèce africaine, analogue à 
notre Grive commune; il fait entendre le même cri d’appel, zipp, zipp; dans la saison des 
œufs, le mâle a un chant sifflé, qu’il commence une heure avant le lever du soleil, et qu’il 
continue le soir, quelquefois même pendant toute la nuit. Cet Oiseau est de passage au cap 
de Bonne-Espérance; le passage dure quinze jours. 11 fréquente les lieux humides, et donne 
la chasse aux Insectes, le long des haies et des buissons. Sa taille est de huit pouces et demi ; 
les parties supérieures sont d’un brun olivâtre; le devant du cou et la poitrine sont brunâtres, 
nuancés d’orangé; la gorge est blanchâtre, striée de brun; le reste des parties inférieures est 
d’un jaune orangé, le bec et les pieds sont jaunes. 

Le Merle de roche (Turdus saxatilis , de Linné; Petrocinclu saxatilis, de Vigors) , 
Espèce européenne, a le fond du plumage roux, ou roussàtre en dessous; la tête et le cou 
sont d’un bleu cendré, le dos noir, tacheté d’un peu de blanc au milieu, d’ün blanc pur au 
croupion; les deux rectrices médianes sont plus courtes que les autres, et d’un brun moins 
ardent; le bec et les pieds 
sont noirâtres , l’iris brun 
clair. — Il habite le Midi de 
l’Europe; il est beaucoup 
plus insectivore que les 
Merles et les Grives; il se 
tient, l’été, sur les hautes 
montagnes nues, et, à l’au- 
tomne, il descend sur les 
coteaux arides ; il aime à 
se percher sur les branches 
mortes qui couronnent le 
sommet des arbres; il fré- 
quente les vieux édifices, 
et pénètre même quelque- 
fois dans les villes. A l’au- 
tomne , il se nourrit des 
baies du Pistachier Lentis- 
que et de figues , qui don- 
nent à sa chair un goût excellent. Il niche dans les fentes des rochers et des vieilles tours; 
sa ponte est de quatre ou cinq œufs, presque ronds, d’un blanc verdâtre, sans taches, dont 
le grand axe est de douze lignes, et le petit de huit lignes. Son naturel est solitaire, et jamais 
il n’émigre en bande. 

Le Merle bleu ( Turdus cyaneus , de Linné; Petrocincla cyanea, de Keyserling) habite 
l’Europe méditerranéenne. Sa taille est de huit pouces et demi, son plumage est d’un bien 
assez foncé, à reflets partout ailleurs qu’aux ailes et à la queue; les deux rectrices médianes 
de la queue sont un peu plus longues que les autres; le bec et les pieds sont noirâtres, et 
l’iris brun foncé. — Cet Oiseau est encore plus insectivore que le Merle de roche, et il ne se 
repose que rarement sur les arbres ; il préfère le sommet des rochers et des édifices , et il y 
établit son nid, composé de feuilles, de racines, de bourre et de crins; sa voix est suave et 
mélancolique; il vit solitaire, comme l’Espèce précédente; sa ponte est de cinq ou six œufs 
oblongs, d’un bleu verdâtre, pâle et sans taches; leur grand axe est de douze lignes, le petit 
axe de huit lignes et demie. 

Le Merle Rocar ( Turdus rupestris, de Latham) est une Espèce africaine , analogue au 
Merle de roche de nos climats : il a huit pouces de longueur; les parties supérieures sont 
brunes, avec le bord des plumes roux, la gorge et le cou d’un gris bleuâtre, les rémiges d’un 
gris foncé, bordées de bleuâtre; la croupe, les rectrices latérales et les parties inférieures, 



Merle de roche (Turdus saxatilis). 


FAMILLE DES Tl) RDI DÛS. 


22 J 


d’un roux vif, le bec et les pieds noirs. — Cet Oiseau est très-méfiant, et difficile à obtenir, 
parce qu’il se percbe toujours au-dessus des précipices, et niche dans les cavités des rochers, 
oii il est impossible de pénétrer, lors môme qu’on a trouvé l’entrée du trou. Sa voix est très- 
belle, et il possède la faculté d’imiter celle des autres animaux. 

Le Merle Espion (Turdus explorator, de Vieillot) est une Espèce très-voisine, comme le 
Rocar, du Merle de roche, et appartenant aussi à l’Afrique méridionale. Sa taille est de huit 
pouces; les parties supérieures sont brunes; les tectrices de l’aile et les rémiges sont noi- 
râtres, bordées de blanc ; la tête, le cou et les scapulaires, sont d’un gris bleuâtre; les tec- 
trices caudales et les rectrices latérales sont rousses; la poitrine est d’un roux marron, le 
ventre est roussâtre ; le bec et les pieds sont noirs. — L’Espion vit sur les montagnes, parmi les 
rochers, et y élève ses petits; il est plus svelte, plus agile que le Rocar, et ses ailes ont plus 
d’envergure. La chasse de cet Oiseau est très-difficile : il semble se moquer du chasseur, en 
s’éloignant à mesure que celui-ci s’approche, et se posant toujours à distance sûre; arrivé sur 
un rocher, il se retourne vite, pour ne pas perdre de vue celui qui a l’air de le poursuivre; il 
le nargue alors, en se redressant brusquement, relevant sa queue épanouie, battant des ailes, 
et poussant un cri aigu. Si le chasseur, lassé de ses courses inutiles, se cache derrière une 
roche pour le guetter et l’attendre, l’Espion vient aussitôt, par un grand détour, se poster de 
manière à découvrir son ennemi, et à surveiller tous ses mouvements. Il faut une grande 
dextérité pour le tirer, car, aussitôt que la pierre frappe le bassinet , il se plonge à terre , et 
évite le plomb; si on le manque, il se tient caché pour longtemps ; s’il est blessé, il se traîne- 
sous quelque roche , où il meurt , victime inutile. Le seul moyen de le tirer à coup sûr est*de 
cacher le fusil dans une broussaille, et de se montrer ensuite les mains vides, sans paraître 
s’occuper de lui; on le voit d’abord se poser, et suivre de loin tous les détours du chasseur. 
Mais quand il aperçoit que l’homme est sans arme ou sans bâton , il s’approchera davantage : 
à mesure qu’il perdra de sa défiance , il faut gagner insensiblement le lieu où est caché 
l’instrument de mort, et, au moment favorable, on le tirera à bonne portée. Il est moins 
timide dans la saison des œufs; lorsqu’on a découvert le lieu où est caché leur nid, le mâle et 
la femelle le défendent, sans craindre l’approche du ravisseur. Au reste, ce nid est situé si 
profondément dans les trous des rochers, qu’il est presque impossible de s’en rendre maître. 

Le Merle Réclameur (Turdus réel amator, de Vieillot) a sept pouces de longueur, les 
parties supérieures brunes, variées de gris bleuâtre et d’olivâtre, les rémiges noires, bordées 
de gris bleuâtre, les rectrices intermédiaires noirâtres, les latérales jaunes, bordées de noir, les 
parties inférieures fauves, le bec cendré, les pieds jaunes. — Cet Oiseau a un cri d’appel fort 
bizarre, qui remplit de terreur l’âme superstitieuse d’un des Hottentots, compagnons de 
Levaillant. Ce pauvre garçon , nommé Piet , ayant tué une femelle de l’Espèce en question, 
entendit un mâle répéter sans cesse autour de lui : Piet, myn vroiv ! Ces mots, qui, en 
hollandais, signifient : Pierre , ma feimne , lui semblèrent une réclamation de l’Oiseau qu’il 
avait privé de sa compagne, et, depuis ce moment, il ne voulut plus tirer sur cette espèce de 
Merle : de là le nom de Réclameur, que Levaillant lui a donné. Outre ce cri d’appel, le mâle 
chante d’une voix élevée et mélodieuse, dans la saison des œufs, le matin, le soir, et même 
pendant la nuit; il se tient sur la cime la plus élevée des arbres, et il est facile de l’approcher 
quand il chante. 

Le Merle Importun (Turdus importunus , de Vieillot) a les mêmes formes et la même 
taille que le Réclameur; le dessus est d’un vert olivâtre; les rémiges et les rectrices latérales 
sont bordées de jaunâtre; les parties inférieures sont d’un vert foncé; le bec et les pieds sont 
bruns. — Il est aussi turbulent, mais moins divertissant que le Réclameur ; son chant n’est autre 
chose qu’un pit pit continuel. Il est très-commun le long des côtes orientales de l’Afrique. 
Levaillant était importuné par ces Oiseaux, qui le suivaient en voltigeant d’arbre en arbre, et 
l’empêchaient de chasser d’autre gibier : ils le cernaient dans son camp, et, quand il voulait 
travailler, il lui fallait se débarrasser à coups de fusil de ces Oiseaux curieux et bavards. 


22 \ 


PA S SE 11E AUX DÆOI) VCTYLËS DE N TI RO ST 11 ES. 

Le J kan Frédric ( Turdus phœnicurus , de Latham) appartient à une section du grand 
Cenre des Merles, dont les Espèces ont le bec court, faible, fléchi dès la base, les pieds courts, 
les ongles grêles. Il a six pouces et demi de longueur, les parties supérieures d’un brun 
olivâtre, le front et les sourcils blancs, l’auréole des yeux noire; la gorge, la poitrine, la 
croupe et les rectricés latérales, d’un rouge vif; la queue étagée, le bec et les pieds cendrés. 
Le bec grêle de cette Espèce la rapproche des Traqûets , dont nous parlerons bientôt. — Cet 
Oiseau s’est donné lui-même son nom de Jean Frédric : le mâle répète ces trois syllabes, 
le matin et le soir, sur tous les tons; il modifie sa phrase de manière à dire Jean Frédric, 
dric dric Frédric , avec mouvement de queue et battement d’ailes. Il court à terre avec rapi- 
dité; sa vue est perçante, et distingue de loin le plus chétif Insecte; il est très-curieux, et peu 
farouche : il suffit, pour l’attirer, de remuer un peu la terre; il donne dans tous les pièges, 
mais il meurt en esclavage. C’est le mâle seul qui chante; la femelle n’a qu’un tic tic , ana- 
logue au cri du Rouge-Gorge. Le Jean Frédric abonde dans le Sud de l’Afrique, ou on le 
recherche à cause de la délicatesse de sa chair. 

Nous terminerons le Genre des Merles par l’histoire du Merle Polyglotte ( Turdus 
polyglottns , de Linné; Orpheus leucoptems , de Vigors) , que l’on connaît, dans l’Amérique 
septentrionale, sous le nom de Moqueur. Il appartient à une Section où le bec est plus mince 
et plus convexe que dans les Merles, Grives, Mau vis, Draines, etc. Sa taille est de neuf 
pouces; les parties supérieures sont d’un gris brunâtre : une grande tache oblique se fait 
remarquer sur les tectrices de l’aile, accompagnée ordinairement de petites mouchetures; les 
sourcils sont blancs; les rectriçes sont très-étagées , noirâtres, bordées de blanc; les parties 
inférieures blanchâtres, tachetées de blanc; le bec et les pieds noirs. — Le cri habituel de 
cet Oiseau a une expression triste; mais, dans la saison des œufs, le chant du mâle est d’une 
mélodie ravissante : « L’Européen, qui entend cette voix vigoureuse et passionnée à travers le 
feuillage du Magnolia de la Louisiane, la compare avec l’hymne nocturne du Rossignol, et 
ressent, dit Audubon, un secret mépris pour ce qu’il admirait autrefois. Le Bignonia et les 
Vmpelopsis s’enlacent autour des gros arbres, les dépassent, les couronnent, et retombent en 
festons; des fleurs balsamiques, des grappes mûrissantes, des corvmbes empourprés, une 
atmosphère tiède et lumineuse enivrent tous vos sens à la fois. Levez les yeux : sur une 
branche de Magnolia la femelle repose; le mâle, aussi léger que le Papillon, décrit autour 
< Telle des cercles rapides, remonte, descend, remonte encore, ses belles plumes un peu déve- 
loppées, saluant de la tête sa douce compagne, et, toutes les fois que son vol s’élance vers 
le ciel , recommençant son chant de joie, le plus brillant de tous les chants. R ne débute pas, 
comme le Rossignol , par de longs et mélancoliques soupirs : il attaque franchement son 
thème musical , qu’il module ensuite, qu’il gradue, qu’il varie avec un art incroyable, ayant 
soin de faire entrer dans la composition de son œuvre l’imitation des plus doux bruits dont 
la nature lui a fourni le modèle, le murmure des feuilles, le roulement lointain de la cataracte, 
le gazouillement du ruisseau voisin. Ce chant accompagne son vol , mais ce n’est qu’un 
prélude encore. Lorsqu’il vient se poser sur le rameau qui soutient. sa compagne, ses notes 
deviennent moins brillantes, plus moelleuses, plus exquises. Puis il repart, s’abaisse, remonte, 
parcourt de l’œil tous les environs, pour s’assurer que nul ennemi ne menace son repos; il 
bat des ailes, et semble, par ses mouvements cadencés, exécuter dans les airs une danse 
folâtre; puis, il revient se percher près de sa compagne, et, pour finale de ce grand concerto, 
lui donne la traduction la plus exacte de toutes les mélodies, de tous les cris, de tous les 
sifflements, de tous les accents qui appartiennent aux autres Oiseaux, et même aux Quadru- 
pèdes : c’est l’aboiement du Chien, le beuglement du Bison, le miaulement du Chat-Cervier ; 
c’est le chant de la Linotte et de la Perdrix, le glapissement du Renard et le caquet de la 
Poule; c’est la voix stridente du Hibou, voix si fidèlement imitée, qu’elle jette la terreur parmi 
les petits Oiseaux du voisinage, et les met en fuite au milieu du jour, comme si leur ennemi 
nocturne les poursuivait à la clarté du soleil. Enfin, une note particulière de la femelle se fail 


225 


FAMILLE DES TURDIDÉS. 

entendre, c’est un son triste, étouffé, qui impose silence au Moqueur; aussitôt celui-ci cesse 
son chant , et le couple s’occupe à chercher un lieu favorable pour l’établissement de son nid. 
Ce nid est toujours placé à la proximité de quelque maison habitée; le Polyglotte sait que son 
langage amuse l’homme, et il n’est nullement farouche. C’est sur l’Oranger, le Figuier, le 
Poirier, à la jonction de deux rameaux, qu’il construit le petit édifice : cinq œufs y sont 
déposés; leur forme est ovale, ramassée, leur couleur est d’un vert léger, tacheté de brun. 
[1 y a trois couvées, de deux mois en deux mois, du printemps à l’automne. Pendant l’incu- 
bation, le mâle va chercher des Insectes, et les apporte à sa femelle, qui le remercie par un 
petit cri plein de tendresse; celle-ci ne s’éloigne que rarement de son nid, pour se rafraîchir 
ou se rouler dans le sable; si, à son retour, elle trouve un de ses œufs déplacé, elle pousse 
un cri bas et triste, qui fait accourir son compagnon, et on les voit se consoler mutuellement. 
Ne croyez pas que, pour cela, elle abandonne ses œufs : elle redouble, au contraire, d’assi- 
duités et de soins, et ne les quitte plus jusqu’à l’éclosion; lorsque cette dernière époque est 
sur le point d’arriver, la mère se laisse prendre dans son nid plutôt que de l’abandonner. 
L’incubation dure quinze jours, et les petits, également, ont quinze jours d’enfance : pendant 
ce temps, leurs parents les nourrissent avec des vermisseaux. Les planteurs respectent ces 
aimables voisins, et défendent à leurs enfants de les inquiéter; leurs ennemis les plus dan- 
gereux sont les Chats domestiques et les Serpents. Quant aux Oiseaux de proie, il en est peu 
qui attaquent le Moqueur, car il se défend toujours avec énergie, et va même au-devant de 
l’agresseur; le seul qui le surprenne quelquefois, est le Faucon de Stanley. Ce Faucon vole 
bas, et enlève le Moqueur sans s’arrêter; mais, s’il manque son coup, le Passereau devient 
l’assaillant à son tour; il poursuit le brigand, en appelant à lui ses pareils, et, quoiqu’il ne 
puisse atteindre le Faucon, l’alarme donnée, mettant tout le monde sur ses gardes, décon- 
certe le maraudeur. » 

Les Polyglottes de la Louisiane n’émigrent pas ; vers la fin d’octobre arrivent du Nord des 
émigrants, que les sédentaires reçoivent d’abord à coups de bec; cet accueil intimide singu- 
lièrement les nouveaux venus, mais, pendant l’hiver, la sociabilité se rétablit. Le Moqueur 
s’apprivoise facilement, et suit l’homme comme un Chien; quelquefois il sort, et va chanter 
dans les bois, puis il revient quand revient son maître, mais l’éducation ne perfectionne point 
ses qualités musicales. 

Genre MARTIN ( Graculn , de Cuvier). Le bec est encore allongé, droit, comprimé, 
courbé vers la pointe, qui est légèrement écbancrée ; les narines sont basales, ovales, recou- 
vertes par une membrane en partie emplumée ; le tour des yeux est nu ; les ailes sont lon- 
gues, pointues; les tarses allongés, nus. 

Les Mutins sont des Oiseaux sociables, qui se dispersent dans le jour pour chercher pâture, 
et se réunissent le soir sur un même arbre où ils babillent confusément jusqu’à la nuit. Leur 
vol est vif et saccadé, et leur caractère peu défiant. Ces Oiseaux sont insectivores par excel- 
lence. Ils détruisent surtout les Sauterelles et Criquets, qu’ils dévorent à l’état de larve et 
d’œuf aussi bien qu’à l’état parfait. Ils émigrent par bandes considérables. 

Le Martin triste ( Gracula tristis, de Latham ; Paradisea tristis , de Gmelin) habite le 
Bengale, l’île de France et Java. 11 a la tête et le cou noirâtres; le dessus du corps d’un brun 
marron, la poitrine et la gorge grises. 

C’est cette Espèce que Poivre, intendant de l’île Bourbon, fit venir des Indes pour faire la 
guerre à des Sauterelles qui, ayant été apportées de Madagascar, dans de la terre, à l’état 
d’œufs, s’y étaient développées et multipliées d’une manière effrayante. Le Martin triste fixe son 
nid, grossièrement construit, aux aisselles des feuilles du Palmier-Latanier ; quelquefois même 
il l’établit dans les greniers ; il y pond quatre à six œufs, et fait deux couvées par an. 

Le Martin roselin (Acridotheres roseus, de Vieillot) a la tête, le cou, les rémiges et les 
rectrices noirs , avec des reflets verts et pourpres ; la poitrine , le ventre , le dos , le croupion 
et les petites couvertures des ailes sont roses. La taille est de huit pouces. 


29 


226 



Martin rosi: un ( Acridotheres rosetts). 


PA S S K H E A l \ IJ EO 1) A C T Y L E S I) E N T f li O ST 1! E S. 

Cette Espèce habite 1 Afrique et I Asie; elle est accidentellement de passage dans l’Europe 
méridionale , et visite irrégu- 
lièrement la France. Il en 
passa beaucoup dans le Midi 
de la France , en 1837 et 
1838; M. Crespon les a vu 
séjourner pendant un mois 
aux environs de Nîmes ; il 
en trouvait tous les matins 
dans les Luzernes, chassant 
les Sauterelles. Ceux , pris 
aux filets, qu'il conserva en 
volière , étaient d’un naturel 
gai , pétulant , et devinrent 
très-familiers, lin d’eux par- 
vint à prononcer quelques 
mots, qu’on lui répétait sou- 
vent. Il chantait du matin au 
soir en toute saison. 

M. Nordmann, auteur d’une Faune de Ut Mer nuire, rapporte que les Arméniens et les Tar- 
tares considèrent le Roselin comme un Oiseau destiné par la Providence à la destruction des 
Sauterelles. Quand ils sont menacés d’une invasion de ces Insectes , ils vont puiser, à une 
source qui coule au pied du mont Arara, une eau qu’ils regardent comme sacrée, et dès que 
l’eau est arrivée dans leur pays, les Martins paraissent pour commencer la destruction. 

Le Martin roselin choisit, pour faire ses deux pontes annuelles, les gradins escarpés des 
montagnes ou les ruines des édifices, et quelquefois les arbres creux. Chaque ponte est de 
quatre à six œufs. 

Philedon, de Cuvier (cpiJvÉw, aimer, -Tjouç , doux). Le bec est mé- 
diocre, un peu convexe en dessus, fléchi et aigu à la pointe 
•lui est légèrement échancrée ; les narines sont grandes , cou- 
vertes par une écaille cartilagineuse, et leur langue est terminée 
par un pinceau de poils. 

Les Philédons sont, pour la plupart, insectivores et melli- 
vores; tous appartiennent à l’Australie et aux grandes Jndes. 

Le Philédon Goruck ( Philedon Goruck , de Cuvier) a 
toutes les parties supérieures d’un vert foncé rembruni , la plu- 
part des plumes frangées et terminées de blanc, l’espace entre 
l'œil et le bec et la peau nue des joues rougeâtres. — Il habite 
la Nouvelle-Galles du Sud, et guerroie sans cesse avec le Perroquet à ventre blanc, auquel il 
dispute le miel , qui est leur aliment commun. 

Le Philédon a cravatte frisée {Philedon Cincinnatus , de Cuvier) a le plumage d’un 
noir verdâtre, très-brillant sur quelques parties du corps ; un croissant d’un beau bleu forme 
un large demi-collier sur le devant du cou , dont les plumes sont longues, effilées et frisées à 
leur pointe; les tectrices caudales sont bleues. 

Genre GRALLINE ( Grallina , de Vieillot). Le bec est médiocre, allongé, convexe; les 
ailes longues et pointues ; les tarses, longs et robustes, donnent à l’Oiseau l’apparence d’un 
échassier : de là le nom générique. 

La Gralline noire et blanche [Grallina melanoleuca , de Vieillot) a le dessus noir, 
ainsi que la gorge, le haut de la poitrine et l’extrémité de la queue; les parties inférieures, les 
sourcils, les côtés du cou , le croupion , une large bande sur les ailes et l’origine de la queue, 


Genre PHILEDON 



FAMILLE DES TL R DI DÉ S. 227 

sont d’un blanc pur; le bout du bec et les pieds sont noirs. La taille est de onze pouces. Cette 
Espèce habite la Nouvelle-Hollande. 



(iiui.LiNE noire et rlancue ( (îr'allina melanoleuca ) . 


Genre GO U LIN, Gymnops , de Cuvier (yup.voç, œil nu). Le bec est triangulaire, 
un peu plus fort que celui des Merles ; les narines sont rondes, sans écailles et sans entou- 
rage membraneux ; les joues sont revêtues d’une peau nue ; les tarses sont robustes, médiocres, 
largement écussonnés. 

Le G o cl in chauve ( Gracula culva , de Gmelin) habite les Philippines; son plumage est 
gris, le bec et les pieds sont bruns; la peau nue de la tête est hérissée de papilles érectiles, 
qui prennent une couleur rouge quand l’Oiseau est irrité. 

Cette Espèce est vorace , se nourrit de fruits , niche dans les trous des arbres , et notam- 
ment du Cocotier. 

Genre LORIOT (Oriolus , de Linné). Le bec est triangulaire, comprimé à la pointe; les 
narines sont nues, ovales, percées dans une membrane; les tarses sont courts, fortement 
écussonnés ; les ailes allongées , la queue échancrée. 

Le Loriot jaune ( Oriolus Golbula, de Linné), vulgairement dit Loriot, Compère Loriot, 
est une des plus belles Espèces d’Oiseaux que nous ayons en Europe : sa taille est à peu près 
celle du Merle; le mâle est d’un beau jaune ; les ailes, la queue, et une tache entre l’œil et le 
bec sont noirs, le bout de la queue est jaune; mais dans sa jeunesse, il a (comme la femelle 
pendant toute sa vie) le jaune remplacé par de l’olivâtre, et le noir par du brun. 

Le passage du Loriot a lieu au mois d’avril, quand il revient d’Afrique, et au mois d’août, 
quand il y retourne pour passer l’hiver. Dès leur arrivée, les Loriots s’apparient , et travaillent 
à leur nid, qu’ils établissent sur de grands arbres, dont la construction est admirable; ils 
l’attachent à la bifurcation de deux petites branches , enlacent autour des deux rameaux qui 
forment cette bifurcation de longs brins de paille, de chanvre ou de laine, dont les uns, allant 
droit d’un rameau à l’autre, forment le bord du nid par-devant, et les autres, pénétrant dans 
son tissu en passant par-dessous , et venant se fixer à la branche opposée , donnent de la soli- 
dité à l’ouvrage. L’intérieur du nid est tapissé d’une couche de mousse, de toiles d’Araignées , 
de soies de Chenilles et de plumes, sur lesquelles la femelle dépose quatre ou cinq œufs allongés, 
blanchâtres, semés de petites taches d’un brun noirâtre, dont le grand axe est de douze lignes, 
le petit axe de huit lignes. — C’est avec des Insectes et des Larves que les Loriots alimentent 
leurs petits. Ils les défendent contre leurs ennemis, et même contre l’homme. Guéneau de 


228 


PA S S E R E A U X DÆO DACTYLES I) E N T I K O S T RJ-] S 



Loriot jaune ( Orioius Galbula). 


Montbelliard rapporte qu’une mère, enlevée avec son nid, est morte en cage avec ses œufs, 
sans les abandonner. — Les Loriots mangent, outre les Insectes, des cerises et des baies 
succulentes, quand ces fruits sont mûrs; et alors leur chair devient grasse et savoureuse. Ils 
s’habituent diflicilement à la captivité, et il est rare qu’on puisse conserver un Loriot en cage 
plus de trois ou quatre mois. L’alimentation qui réussit le mieux est un mélange de mie de 
pain, de chènevis broyé et de viande cuite; il est aussi, comme le Rossignol, très-friand de 
Vers de farine. 


TRIBU des AMPÉLIENS 

[Genres AMP ELIS et MUSC IC AP A, de Linné.) 

Les Oiseaux de cette Tribu ont le bec court, déprimé, large à sa base, très-fendu jusqu’au 
dessous des yeux, à pointe plus ou moins échancrée ; ils sont insectivores et frugivores, et 
mangent quelquefois de petits Vertébrés. 


FAMILLE DES TURDllËS. 22î) 

SYNOPSIS DES GENRES DE LA TRIBU DES AM PÉ LIEN S. 

Bec légèrement argué, 
allongé. 


Tête surmontée d’une huppe érigible 

Céphaloptère. 

Ccphalopterus. 

Tête à téguments ordinaires 

Cor ac in e. 

Coracina. 

Tête dénudée 

assez élevé, prismatique. 

G Y M N 0 C É P H A L E. 

Gymnocephala . 

Arête supérieure très-marquée ’ . 

A rête supérieure mousse , 

I) RONGO. 

Edolius. 

Plumes du croupion roides 

Plumes ordinaires , 

Éc HE N ILLE U R. 

Ceblepyris. 

Narines couvertes 

Narines non couvertes. 


Bombycilla . 

Queue fourchue • 

Phi B ALU R E. 

Phibalura. 

Queue carrée 

Mandibule supérieure convexe , sans arête dis - 

C 0 T I N G A . 

Ampelis. 

tincte 

très-élargi et déprimé , 

G Y M N 0 1) È R E. 

Gymnodera. 

à bords latéraux rectilignes 

T E USINE. 

Procnias. 

il bords latéraux concaves 

Bec sensiblement droit jusqu’il la pointe , 
assez élevé , 

A VER AN 0. 

Chasmarhyuchos. 

avec crochet terminal très-marqué 

Tyran. 

Tyran-nus. 

avec crochet terminal faible 

Gobe-Mouches. 

Muscicapa. 

déprimé , et il bords latéraux rectilignes . . . 

M OUCHEROLLE. 

Muscipeta. 

très-déprimé , et il bords latéraux convexes 

P L A T Y R H Y N Q U E. 

Platyrhynchos. 

Genre CÉPHALOPTÈRE, Ccphalopterus , de 

Geoffroy ( xecfaXr) , 

7TT£pov , tête ailée ) 


Le bec est puissant, allongé, triangulaire, à 
pointe crocbue et dentée; les narines sont en 
croissant , et ouvertes dans une membrane 
sur une large l'osse nasale ; les pieds sont 
courts , robustes , à doigts latéraux allongés ; 
les ailes longues , la queue courte. La tête est 
surmontée d’une buppe épanouie en parasol ; 
la partie antérieure du cou est dénudée, un 
large fanon de plumes retombe sur le thorax. 

Le Céphaloptère orné ( Ccphalopterus 
ornatus , de Geoffroy) est de la grosseur d’une 
Corneille ; son plumage en a la teinte noire à 
reflets bleus; les plumes du vertex ont leurs 
tiges dénudées et rayonnantes , puis garnies de- 
barbes qui s’épanouissent en élégant parasol.. 
Cette Espèce habite les forêts du Brésil, et tout 
annonce qu’elle est baccivore. 

Genre CORACINE, Coracina, de Vieillot 
(xopa?;, Corbeau). Le bec est fort, droit, en 
triangle allongé, à extrémité légèrement cro- 
chue et échancrée ; les narines sont frontales ,. 
ovalaires , en partie cachées par les plumes 



CÉPIIM.OPTÈHi: ORNÉ. 


P A S S E B E A l X DÆ 0 1 ) A C T V L E S I ) E N T I H 0 S T II E S. 


230 


implantées très avant sur la mandibule; les tarses sont courts, à doigt externe prolongé; les 
ailes sont subobtuses. 

lia Coracine ensanglantée ou Pavaô ( Coracina scutata , de Temminck) est une 
Espèce du Nouveau Monde, qui a quinze pouces de longueur, tout le plumage noir, à l’excep- 
tion d’un plastron rouge vif, qui s’étend depuis le haut de la gorge jusque bien avant sur la 
poitrine, et offre l’aspect d’une large blessure ; le bec est jaunâtre, l’iris et les pieds d’un gris 
bleuâtre. La femelle a les couleurs rouges plus ternes et moins tranchées sur le fond noir ; 
elle a le bec brun. 

Le Pavaô est un des Oiseaux les plus sauvages de l’Amérique méridionale; c’est dans les 
forêts vierges du Brésil, sous les sombres voûtes de verdure supportées par les élégantes 
colonnes des Palmistes, qu’il vit solitaire pendant une partie de l’année, sans jamais 
sortir des fourrés où croissent ses arbres favoris. Lorsque les fruits du Laurier à glands sont 
mûrs, il s’en nourrit, ayant pour commensaux les Toucans, avec lesquels il vit en bonne 
intelligence; mais, quand l’abondance diminue, il retourne à son isolement, et consomme 
alors une grande quantité de baies de Myrtacées, surtout celles du Jnbuticaba, qui renferment 
une pulpe aigrelette. Les chasseurs regardent le Pavaô comme un excellent gibier ; ils l’at- 
tendent à l’affût, ou bien, marchant en silence et avec précaution au milieu des hautes herbes 
qui cachent le Serpent à sonnettes, ils se dirigent vers le lieu d’oii partent' les accents sonores 
du Pavaô : ce cri s’exprime par les syllabes b ou bon bou , et ressemble au son de la trompe 
employée dans certains pays pour rassembler les troupeaux. 

Genre GYMNOCEPHALE, Gymnocephala , de Geoffroy (yuizvôç, nu, xscpaXy), tête). Le 
bec est large, triangulaire, très-fendu, recourbé, crochu, à arête convexe et vive ; les narines 

sont arrondies, grandes, percées dans une membrane; les 
commissures du bec sont ciliées, les ongles longs; une partie 
de la face et de la tête est dénudée. 

Le GymiÎocepiiale capucin ( Gymnocephala capucina, 
de Lesson ; Corvus cal vus , de Gmelin), nommé, par Buffon . 
le Choucas - chauve , et par les nègres de Cayenne, Oiseau - 
mon-père , habite la Guyane; il a la taille d’une Corneille; 
son plumage est de couleur tabac d'Espagne, et ses ailes sont 
noires. 



Gymnocéphvle capucin. 


G e N r e I) B O N G O ( Edolius 
arête supérieure est vive ; les 
deux mandibules sont légère- 
ment arquées dans toute leur 
longueur ; les narines sont 
couvertes de plumes , et il 
existe en outre de longs poils 
qui forment des moustaches. 
Les ailes sont subaiguës ; la 
queue, plus ou moins four- 
chue, est composée de douze 
rectrices. — Les Drongos ha- 
bitent les pays qui bordent la 
mer des Indes. 

Le Drongo huppé ( La - 
nius forficatus, de Gmelin) est 
de la taille de notre Grive des 
vignes; son plumage est noir, 
à reflet irisé vert ; une huppe 



, de Cuvier). Le bec est déprimé et éehancré au bout; son 


Drongo huppé ( LmUits forficatus,' . 


FAMILLE DES TU DD I DÉS. 231 

formée île longues plumes étroites s’élève immédiatement sur le front, et so recourbe eu avant 
sur le bec ; le bec, les pieds et les ongles sont noirs; l’œil est brun. 

Les Drongos habitent les forêts par petites troupes ; ils en sortent le soir et le matin, avant 
et après le coucher du soleil , et se tiennent sur la lisière, pour guetter les Abeilles qui vont à 
la picorée ou qui en reviennent. C’est une scène fort animée que ce manège d’une trentaine 
d’Oiseaux voltigeant pêle-mêle autour d’un arbre et donnant la chasse aux Abeilles, suivant 
leurs crochets multipliés, et les saisissant au vol, ou, s’ils ont manqué leur proie, revirant 
lestement pour en attraper une autre, avec pirouettes et cabrioles dans tous les sens, puis 
venant se reposer après avoir happé l’Abeille, et accompagnant leurs évolutions d’un cri, pia, 
griacli griali, qu’ils répètent sur un grand nombre de tons. « Ce manège nocturne, dit Levait 
lant, est regardé par les Hottentots comme une conversation de ces Oiseaux avec les sorciers; 
de là l’épithète de diabolique , que le Drongo a reçue de ces peuples superstitieux. » 

Genre ÉC II EN ILLE U R, Ceblepyris , de Cuvier (nom 
grec d’un Oiseau inconnu). Le bec est triangulaire , convexe 
en dessus, terminé en pointe recourbée et dentée, et ciliée à 
la commissure; les ailes sont subobtuses, les tarses courts, 
la queue un peu fourchue, les plumes du croupion roides et 
piquantes. - — Ces Oiseaux habitent l’Afrique et les Indes, et y 
vivent de chenilles. 

L’Echenilleur rouge ( Ceblepyris phœnicopterus , de 
Temminck) est noir, avec des épaulettes rouges ; la femelle ÉCUENILLEUR. 

est variée de jaune, de noir et de gris. 

Genre JASEUH {Bombycilla , de Brisson). Le bec est court, triangulaire à sa base ; les 
narines sont basales et cachées par des plumes ; les tarses sont courts, les ailes médiocres, la 
queue arrondie. — Les Jaseurs habitent le nord des deux continents. 




Jasedh dk Bohême ( .impolis garrulvs). 


Le J as eur de Bohême ( Bombycilla garrula, de Vieillot; Ampelis garrulus , de Linné) 
est un peu plus grand qu’un Moineau ; le plumage offre une agréable distribution de teintes 
grises et vineuses; la gorge est noire, la queue noire, bordée de jaune, et l’aile noire, variée 
de blanc; la tête est ornée d’un toupet de plumes un peu plus allongées que les autres, et les 
pennes secondaires de l’aile sont élargies à leur extrémité en un disque ovale, lisse et rouge. 

Le Jaseur est très-silencieux, malgré le nom qu’il porte; il ne fait entendre qu’un cri faible, 


n-i 


PASSER K AU X I) Æ (J I ) A G T Y L E S DE N T 1 R 0 S T R E S. 


zi, zi, zi. Il habite, pendant l’été, le nord de l’Europe; et là, peut-être, à l’époque de la 
ponte et de l’incubation des œufs , son ramage est plus accentué , plus bruyant que dans les 
pays oii il vient passer l’hiver ; il émigre régulièrement dans les contrées orientales, mais il ne 
paraît qu’accidentellement dans nos régions tempérées, ce qui l’a fait regarder comme un 
Oiseau de mauvais augure; il voyage toujours en grandes, troupes , est stupide, facile à 
prendre, et mange de tout. Sa chair est, dit-on, d’un goût exquis. Il niche dans les fentes de 
rochers, et pond quatre à six œufs oblongs, d’un blanc sale, pointillé et tacheté de noir ; leur 
grand axe est de neuf lignes, le petit axe est de sept lignes. 

Genre PHIBÀLURE, Phibalura, de Vieillot (îpiêaXo;, 
grêle, oüpoc, queue). Ee bec est court, arqué comme celui des 
Drongos; les narines ne sont pas couvertes; la queue esl pro- 
fondément fourchue. — Ce Genre est américain. 

Le Piiibalure a bec. jaune (Phibalura flavirostris , de 
Vieillot) habite le Brésil, où on le nomme Tanmanack ; son 
plumage est tacheté de noir et de jaune, avec du rouge aux 
plumes de la tête. 

Genre COTINGA ( Ampelis , de Linné). Le bec est triangulaire, peu élevé, recourbé à 
la pointe; les narines sont basales, arrondies, et recouvertes par des poils; les ailes sont 
longues, aiguës ; la queue est médiocre et élargie ; les tarses sont à peu près de la longueur 

du doigt médian. — Les Cotingas sont des Oiseaux de l’Amé- 
rique équatoriale, remarquables par l’éclat de leur plumage. 
Les religieuses du Brésil mêlent ces plumes aux bouquets 
dont elles ornent leurs chapelles. 

Le Cotinga ouette (Ampelis car ni f ex , de Linné) est 
nommé par Buffon le Cotinga rouge de Cayenne ; son nom 
A 1 Ouette exprime son cri. Sa taille est d’environ sept pouces; 
les parties supérieures sont d’un rouge sombre, qui s’éclaircit 
et devient écarlate vers la croupe et la queue ; la tête porte 
une espèce de huppe d’un rouge vif, composée de plumes 
étroites et roides ; l’extrémité des rectrices est d’un rouge brun ; les tectrices de l’aile sont 
d’un brun roux, bordées de rouge; les rémiges sont brunes - rougeâtres ; les parties infé- 
rieures sont rouges, nuancées de brun ; le bec est rougeâtre, les pieds jaunâtres et garnis en 
arrière d’un léger duvet. La femelle est dépourvue de huppe, et son plumage offre une teinte 
plus brune. 

Cet Oiseau, comme tous ses congénères, est sauvage, défiant et taciturne ; il vit solitaire 
dans les lieux humides et ombragés, mais il ne pénètre jamais dans l’intérieur des forêts; 
seulement, vers le milieu du jour, il gagne le penchant des mornes, à la hauteur où croît le 
Laurier à glands , dont les fruits font sa principale nourriture. De septembre à janvier, cet 
arbre suffit à l’alimentation de l’Ouette ; mais au moment de la maturité des graines de l’L va- 
ria, il voyage de contrée en contrée, visitant d’abord le Nord, où l’activité de la végétation 
lui fournit un butin précoce , puis le Sud , où les fruits sont plus tardifs. C’est dans la saison 
«les œufs que l’Ouette arrive dans les provinces méridionales du Brésil ; il place son nid sur les 
arbres les plus élevés, pour soustraire sa couvée aux attaques des Mammifères rongeurs, qui 
en sont très-friands. 

Le Cotinga cordon bleu (Ampelis cotinga , de Linné) est du plus beau bleu d’outre- 
mer, avec la poitrine violette, souvent traversée d’un large ruban bleu, et marquée de taches 
aurores. 

Le Cotinga Pompadour (Ampelis Pompadora, de Linné) est d’un brun pourpre clair, 
avec les rémiges blanches ; les tectrices ont les barbes roides et disposées sur deux plans , en 
angle aigu , comme un toit. 




PlIlllALÜRF. 



Oymnouèiu:. 



Tl- USINE. 


FAMILLE DES TURDIDÉS. 233 

Genre G Y M N O D È R E , Gymnodera, de Geoffroy (yupoç, 

Ssçv), cou nu). Le bec est médiocre, triangulaire, élargi à 
la base , convexe , pointu ; les narines sont recouvertes par- 
les plumes veloutées du front ; le tour des yeux et les côtés 
du cou sont nus ; les ailes sont aiguës ; la queue égale , les 
tarses courts. 

Le G ym n on ère cou nu (Gymnodera fœtida, de Strickl ; 

Corvus nudus et fœtidus , de Linné) habite la Guyane; sa 
taille est celle d’un Pigeon ; son plumage est noir, et ses 
ailes bleuâtres. 

Genre TERSINE (Procnias , d’Illiger). Le bec est triangulaire , terminé en pointe vive , 
à mandibule supérieure convexe , pointue ; les narines sont ou- 
vertes, basales, percées dans une membrane nue ou en partie 
couverte par les plumes du front ; les tarses sont médiocres , les 
ailes aiguës , la queue échancrée. 

La Tersine bleue ( Procnias ventralis , d’Illiger ; Ampelis 
tersa , de Linné; Tersina cœrulea , de Vieillot) habite le Brésil, 
et se nourrit surtout d’insectes; son plumage est bleu vert, la 
gorge noire, le milieu du ventre blanc. La femelle est verte, 
rayée de jaune; la gorge et le front sont gris. — Le chant du mâle 
est un sifflement très-doux, qui a les plus grands rapports avec celui de notre Bouvreuil. 

Genre AVER A NO, Chasmarhynchos , de Temminck (y_a<>p.a, gouffre, §uyy_oç, bec). Le 
bec est très-déprimé , faible et flexible à la base , comprimé et corné à la pointe ; les fosses 
nasales sont très-amples, recouvertes par une membrane garnie de petites plumes rares ; les 
narines sont placées vers la pointe du bec ; les tarses sont plus longs que le doigt médian ; les 
ailes sont subobtuses. Le mâle est remarquable , soit par la nudité de la gorge et du devant 
du cou, soit par une caroncule charnue s’élevant de dessus le front. — Les Averanos appartien- 
nent à l’Amérique méridionale ; dans la saison des amours, ils font retentir les forêts de cris 
sonores, imitant le bruit du marteau sur l’enclume ou le tintement d’une cloche fêlée. Les 
Portugais ont donné à ces Oiseaux le nom de Ave de verano , parce que leur chant se fait 
entendre au retour du printemps. 

L’A verano guira-punga (Chasmarhynchos. variegata , de Temminck ; Ampelis varie- 
gata, de Gmelin) a la tête et l’occiput roux, le plumage gris clair, les ailes noires ; delà 
gorge dénudée du mâle pend un faisceau d’appendices charnus , aplatis, larges d’une ligne et 
longs d’un pouce , d’une teinte bleuâtre devenant rouge quand l’Oiseau est animé. 

L’Averano caroncule (Ampelis carunculata, de Gmelin; Arapunga carunculata, de 
Lesson) habite la Guyane; son plumage est neigeux; le front porte une caroncule vermi- 
forme. 

L’Averano a gorge nue (Chasmarhynchos nndicollis , de Temminck; Arapunga nudi- 
collis , de Lesson) habite le Brésil; son plumage est neigeux; la face, les joues et le devant 
du cou sont revêtus d’une peau nue, ridée, verdâtre. 

Genre TYRAN ( Tyrantws , de Cuvier). Le bec est droit, long, très-fort, à arête supé- 
rieure mousse, à pointe subitement crochue. — Les Tyrans sont des Oiseaux d’Amérique, de la 
taille de nos Pies-Grièches, et aussi braves qu’elles : ils défendent leurs petits, même contre 
les Aigles, et savent éloigner de leur nid tous les Oiseaux de proie. Les plus grandes Espèces 
prennent de petits Oiseaux, et ne dédaignent pas toujours les cadavres. 

Le Tyran bec en cuiller (Lanius sulplmratus , de Gmelin), Bem te veo , des Bré- 
siliens, habite l’Amérique méridionale. Le bec est aussi large qu’épais, volumineux, tran- 
chant par les bords; la tête épaisse et élargie; le cou accourci; la tête et le haut du cou, 
tout le dos, les ailes et la queue d’un brun roux; la gorge blanche, ainsi que la bandelette sur 

30 


Tyran bec en couler ( Lanius sulphuratus ) ■ 


l’œil; la poitrine et le ventre jaunes, et les petites pennes de l’aile frangées de roussâtre; la tête 
est couronnée d’une tache orangée. — Cette Espèce fait surtout la chasse aux Papillons, et a 
reçu son nom de Bem le veo d’un cri qu’elle fait entendre constamment pendant le jour. 

Genre GOBE-MOUCHES, Muscicapa, de Cuvier ( muscas capere). Le bec est médiocre, 
triangulaire, garni latéralement de soies longues et roides, déprimé à sa base, comprimé à sa 
pointe, qui est courbée et échancrée. Les narines sont basales, ovales, couvertes, en partie, 
par quelques poils dirigés en avant; les tarses sont grêles, les ailes allongées, la queue 
échancrée. — Les Gobe-Mouches ont les yeux grands et clairvoyants ; ils vivent d’insectes , 
qu’ils saisissent au vol. 

Le Gobe-Mouches grisâtre ( Muscicapa grisola, de Linné), commun dans l’Europe 
tempérée, est d’un gris rembruni; le bord des rémiges et des rectrices est d’un blanc sale, le 
dessous est blanchâtre, avec quelques mouchetures grisâtres sur la poitrine; la longueur 
totale est de cinq pouces et demi. — Cette Espèce prend les Insectes au vol ; elle se tient silen- 
cieuse et solitaire, perchée au sommet des arbres, dans les forêts et les vergers. On la con- 



Gobe- Mougiiks v coi.uib (Muscivapu atbicol/is ) . 




235 


FAMILLE DES TURDIDÉS. 

serve quelquefois dans les appartements, pour y détruire les Mouches. Elle niche dans les 
buissons ; sa ponte est de quatre ou cinq œufs d’un blanc verdâtre , tacheté de roussàtre, dont 
le grand axe est de huit lignes, le petit de six lignes. 

Le Gobe-Mouches a collier (. Muscicapa albicollis, de Temininck) est une Espèce euro- 
péenne, qui peut donner lieu à des erreurs, à cause des changements que prend le plumage du 
mâle dans la saison des œufs : pendant l’hiver, il est, comme la femelle, gris, avec une bande 
blanche sur l’aile; mais, en été, le bec, les pieds, la tête, le dos, les ailes et la queue sont 
noirs, et de ce noir se détache un blanc de neige, figurant un demi-collier sur le dessus du 
cou, occupant en outre le front, tout le dessous du corps, le bord extérieur de la queue, 
enfin formant une grande tache sur l’aile , et une plus petite en avant. — - Cet Oiseau fait son 
nid dans un trou d’arbre, et le compose de mousse et de poils d’animaux; il fréquente l’inté- 
rieur des forêts touffues et vastes , se tient perché à la cime des arbres , et n’en descend que 
dans les temps pluvieux, pour chercher sa proie, qui consiste en moucherons. Le mâle jette 
un cri plaintif; dans la saison des œufs, son ramage devient assez agréable, et ressemble à 
celui du Rouge-Gorge. La ponte est de cinq ou six œufs d’un bleu verdâtre, sans taches, dont 
le grand axe est de huit lignes , et le petit de cinq lignes et demie. 

Le Gobe-Mouches Bec-Figue ( Muscicapa atricapilla, de Linné; Muscicapa luctuosa, 
de Temminck) est sujet aux mêmes variations chez le mâle, mais la nuque est noire, comme 
le dos , et il n’y a pas de petite tache blanche au bord de l’aile. — Cet Oiseau est connu en 
Provence sous le nom de vrai Bec-figue ; il est peu méfiant; on le rencontre fréquemment sur 
les Figuiers; il saisit les Insectes à la surface des feuilles et des fruits, et Vieillot a observé 
qu’il se nourrit aussi de figues à leur maturité. Ses œufs sont d’un bleu clair ; leur grand axe 
est de sept lignes, le petit axe de cinq lignes. 

Le Mignard ( Muscicapa scita, de Vieillot) est une jolie petite Espèce de l’Afrique méri- 
dionale; sa queue est étagée, et frangée de blanc de chaque côté; le milieu est noir; les pre- 
mières rémiges sont noires , les dernières sont en partie blanches , et leur blanc se fond dans 
celui qui borde les couvertures; l’œil est brun rouge, et reçoit un grand éclat d’une tache 
noire, qui, partant de l’angle du bec, s’étend, en le traversant, jusqu’à l’oreille; une belle 
couleur rougeâtre teint légèrement le milieu de la gorge et le milieu du sternum; on dirait du 
sang coulant d’une blessure; le reste du plumage est d’un gris bleuâtre. — Le Mignard se 
met en embuscade pour saisir les Moucherons qui se présentent à sa portée, et, quand il en 
passe une troupe près de lui, on le voit traverser en tous sens, et du même vol, ces colonnes 
tournoyantes, dont il suit les mouvements pour se repaître à loisir. Aux heures les plus 
chaudes du jour, les Moucherons étant en repos , il cherche sa proie dans les arbres : ce sont 
des Chenilles, des Araignées, etc. ; son petit cri, zi zi zit , le décèle continuellement parmi le 
feuillage touffu, où l’œil aurait peine à le distinguer, à cause de son agilité et de sa taille 
petite et svelte, analogue à celle de notre petite Mésange. 

Genre MO U C IIER O LL E, Muscipeta, de Cuvier (muscas petere) . Le bec est long, très- 
déprimé, deux fois plus large que haut, même à sa base; l’arête est très-obtuse, et cepen- 
dant quelquefois vive; les bords sont un peu en courbe ovale, la pointe et l’échancrure 
faibles; la base du bec est garnie de longues soies ou moustaches; les narines sont basales, les 
ailes obtuses ou subobtuses ; les pieds sont faibles. — Les Moucherolles sont des Oiseaux de 
petite taille, dont le plumage est orné des plus vives couleurs ; plusieurs portent de belles huppes 
sur la tête, et, souvent, leur queue est terminée par de longues plumes; ils sont insectivores. 
La plupart habitent l’Afrique ou les Indes ; quelques-uns se rencontrent en Amérique. 

Le Moucherolle a huppe transverse (Todus regius, de Latham) , vulgairement 
nommé le Roi des Gobe-Mouches , ne dépasse guère huit pouces de longueur. Une huppe d’un 
beau rouge bai, terminée de noir, couronne son front; les parties supérieures du corps sont 
d’un brun foncé; les tectrices alaires sont d’un brun fauve; les rémiges sont rousses, ainsi 
que le ventre; la poitrine est blanche, maculée de brun, et la gorge jaunâtre ; le collier est 


23(i 


PASSEREAUX DÆODACTYLES DENTIROSTRES. 



Koi des Gobe - Moulues (fodus regins ) 

noir et les sourcils blanchâtres; le bec est noir, ainsi que les pieds. — Cette belle Espèce, la 
plus grande du Genre , habite l’Amérique méridionale. 

Le Mouciïerolle Rubin ( Muscicapa coronala, de Latham), nommé par Buffon le 
Gobe- Mouches huppé , à cause de la crête dressée et arrondie qui orne sa tête, a le corps 

brun en dessus, et le dessous d’un beau rouge, ainsi que la 
huppe et les côtés de la tête; la femelle est privée de huppe. 
— Le Rubin a la vigilance patiente , l’œil clairvoyant et le vol 
rapide de ses congénères ; il se tient immobile sur l’extrémité 
des branches, guettant sa proie, et faisant entendre de temps 
en temps un cri plaintif. 11 vit par couple, est peu farouche, et 
habite les plaines humides et ombragées , séjour ordinaire des 
moucherolle iicbin. Insectes. 11 fréquente surtout les Cotonniers, et y donne la 

chasse aux Papillons qui viennent se poser sur les corolles pour 
(>n pomper le nectar. C’est un Oiseau de plaine, qui ne pénètre dans les forêts vierges qu’ acci- 
dentellement , en suivant les sinuosités des vallées. 

Genre PLATYRHYNQUE, Plalyrhynchos , de Desmarest (TrXaxùç, plat; puy/oç, bec). 

Le bec est très-déprimé , très-élargi , à mandibule supérieure for- 
tement échancrée à sa pointe, garnie à sa base de longues soies 
roides; les narines sont latérales, étroites, les tarses faibles, courts, 
les ailes courtes. — Les Platyrhvnques sont des Oiseaux de la 
zone intertropicale , à chant agréable ; ils se nourrissent d’insectes 
ailés , qu’ils saisissent au vol , en s’élançant des arbres ou arbris- 
seaux au milieu desquels ils se tiennent embusqués. 

Le Platyrhynque brun (Platyrhynchos fuscus, de Vieillot) 
habite le Sénégal, et, dit-on, le Brésil. Son plumage est d’un brun 
jaunâtre, la tête d’un gris plombé, une bandelette sur le vertex blanche, ainsi que la gorge. 

Le Platyrhynque cancrome ( Platyrhynclios ccincromus , de Temminck ; T 'odus platyr- 
hynchos , de Gmelin) est une Espèce de la Guyane et du Brésil , dont le plumage est d’un brun 
jaunâtre, jaune en dessous; la gorge est blanchâtre, le vertex d’un bleu de plomb, les ailes et 
la queue brunes; les pieds et les ongles sont jaunâtres. La taille est celle du Rossignol. 







Ci 


M/t'U’- -{>T<T/i'Uv('uv <V C ^rlt) hm/U’P . 









FAMILLE DES TU RDI DÉ S. 


237 


TRIBU des MOTACILLIENS 

(i Genre lMOTACILLA , de Linné.) 

Les Motacilliens , ou Becs-fins, sont tous reconnaissables à leur bec droit, menu, semblable 
à un poinçon. Ils sont insectivores , granivores , et baccivores. 


SYNOPSIS D1ÎS GENRES DE LA TRIBU DES MOTACILLIENS. 


Ongle du pouce , moyen, et très-recourbé. 
Tectrices al aires , ordinaires. 

Bec un peu déprimé à la base 

Bec très-fin, 

un peu comprimé 

conique , à bords un peu rentrés . . 
Bec aciculaire; 

droit 

à arête supérieure courbe 

Tectrices alaires , extrêmement longues . 
Ongle du pouce , long , et peu recourbé. 
Tectrices alaires , extrêmement longues 
Tectrices alaires , ordinaires 


Traque t. 

Saxicola. 

Fauvette. 

Sgi via. 

Accenteur. 

Acceutor. 

Roitelet. 

Begulus. 

T R 0 G L 0 D Y T E. 

Troglodyte 

Lavandière. 

Motacilla. 

Bergeronnette. 

Budytes. 

F ARLOUSE. 

Anthus. 


Genre TRAQUE T, Saxicola, de Bechstein ( saxum coleré). Le bec est grêle, droit, très- 
fendu, plus large que haut à la base, qui est garnie de quelques poils; la mandibule supé- 





TmQtiKï mo i nu (Saxicola œnanthc) 


238 


PASSEREAU X ÜÆODACTYLËS DENTIROSTRES. 


Heure est un peu obtuse, échancrée, et courbée seulement à la pointe. Les narines sont 
ovalaires , à moitié fermées par une membrane ; les tarses longs , grêles , comprimés ; les ailes 
atteignent le milieu de la queue ou la dépassent; la queue est moyenne, légèrement arrondie, 
ou carrée. 

Les Traquets vivent , les uns dans les lieux incultes ou dans les terres labourées , les autres 
dans les prairies humides, sur les bords des ruisseaux et des rivières; il en est qui se tiennent, 
de préférence, dans les lieux pierreux, sur les montagnes arides : tous aiment à se percher 
sur des points culminants, soit d’un végétal, soit d’une roche. Us sont insectivores et bacci- 
vores, et leur chair est exquise, surtout vers la fin de l’été. 

Le Traquet motteux ( Saxicola œnanthe, de Meyer et Wolf; Motacilla œnanthe , de 
Linné) est long de six pouces; le croupion et la moitié des rectrices latérales sont blancs; 
le mâle a le dessus cendré, le dessous blanc roussâtre, l’aile et une bande sur l’œil, noires. La 
femelle est brunâtre en dessus, roussâtre en dessous. — Le Motteux, nommé aussi Cul-blanc , 
habite les régions tempérées de l’Europe; il arrive en France au printemps, et en part à 
l’automne; il se tient dans les champs qu’on laboure, pour prendre les vers que le sillon met 
à nu. 11 niche dans les champs, sous des fagots, sous des pierres, dans des trous de 
murailles; sa ponte est de cinq ou six œufs, d’un bleu verdâtre pâle, ordinairement sans 
taches , dont le grand axe est de neuf lignes , et le petit axe de six lignes et demie. 

Le Traquet Staeazin ( Saxicola stapazina, de Temmirïck; Motacilla stapazina , de 
Linné) , nommé vulgairement Motteux roux , Motteux à gorge noire , est long de cinq pouces 
et demi; les plumes de la gorge sont noires; les deux rectrices médianes noires , avec leur 
base blanche; les autres blanches partout, excepté au bout, avec une bordure noire externe 
sur la plus latérale. — Le Stapazin habite l’Europe méridionale; il vit, au printemps, dans 
les régions élevées, sur les grandes montagnes nues et rocailleuses; vers la fin de l’été, il 
descend vers les plaines caillouteuses. 11 se nourrit d’insectes, qu’il saisit au vol. Suivant 
M. Grespon, il contrefait le chant de tous les Oiseaux qui habitent dans son voisinage. 

Le Traquet rieur ( Saxicola cachinnans , de Temminck; Turdus leucurus , de Gmelin) 
habite les contrées méditerranéennes de l’Europe. Sa taille est de six pouces et demi; il est 
noir; le croupion est blanc, ainsi que les deux tiers supérieurs de la queue. — 11 niche dans 
des trous de rochers et entre des rocailles; son nid, artistement composé de fibres des Grami- 
nées, contient cinq ou six œufs oblongs, d’un bleu pâle, tacheté de roux. Ce Traquet est 
farouche; il se tient sur les collines arides, et reste des heures entières immobile, au sommet 
d’un rocher. Il vit d’insectes. 

Le Traquet ta hier ( Saxicola rubetra, de Meyer; Motacilla rubetra, de Linné) est long 
de quatre pouces et demi ; les 
joues et le dessus du corps sont 
d’un brun noirâtre, le devant du 
cou, la poitrine, et les flancs, 
d’un roux plus clair; le ventre 
est blanc au milieu ; les sourcils, 
le bas des joues, la gorge, et les 
côtés du cou, sont d’un blanc 
pur; une grande tache blanche 
et un miroir de même couleur 
sur l’aile. — Cette Espèce habite 
presque toute l’Europe tempérée; 
elle arrive en France en mars, et 
la quitte en octobre; elle niche 
dans les prairies, ou sur le revers 
des fossés; son nid, composé de 



Tuaqiet tauieu (Saxicola rubetra). 


FAMILLE DES TU R DI DÉ S. 


23 !) 


brins d’herbe, de mousse, de bourre, de crins, contient cinq à sept œufs, d’un bleu ver- 
dâtre pale, ordinairement sans taches, dont le grand axe est de sept lignes, et le petit de 
cinq lignes. Le Tarier aime les lieux découverts , mais moins arides que ceux qui sont pré- 
férés par les Espèces précédentes. 

Le Traquet pâtre ( Saxicola rubicola , de Meyer; Motacilla rubicola, de Linné) est un 
petit Oiseau dont la taille est de 
quatre pouces et demi ; il est 
brun , à poitrine rousse , à gorge 
noire, avec du blanc aux côtés 
du cou, sur l’aile et à la croupe. 

— Il habite l’Europe et l’Afrique. 

On le voit sans cesse voltiger 
avec légèreté sur les buissons et 
les ronces, de là le nom spéci- 
fique de Rubicola ; quant à son 
nom de Traquet, il lui vient du 
petit cri , semblable au tic tac 
d’un moulin , qu’il fait entendre , 
ou, selon quelques auteurs, de 
l’agitation continuelle de ses ailes 
et de sa queue. Il se nourrit d’in- 
sectes , qu’il attrape en courant ; 
il dépose son nid dans les sou- 
ches des buissons et les crevasses 
de rochers; il est de passage au printemps et à l’automne, mais en Afrique il est sédentaire. 

Le Traquet familier ( Sylvia sperata, de Vieillot) est une Espèce de l’Afrique méri- 
dionale, dont la taille est de cinq pouces environ; les parties supérieures sont brunes ver- 
dâtres, les rémiges et leurs couvertures brimes, à bordure plus claire; les rectrices intermé- 
diaires noirâtres, les deux latérales fauves, marquées obliquement de noirâtre; les parties 
inférieures sont grises, nuancées de roux; le bec et les pieds noirs. — Cet Oiseau a pour tic de 
battre des ailes à chaque instant, ainsi que de baisser et de hausser la queue par intervalles. 
Il se pose rarement à terre , et n’y reste jamais que pendant le temps nécessaire pour happer 
un Vermisseau. C’est le moins farouche des Passereaux : il se laisse attraper et caresser, dit 
Levaillant, sans donner aucun signe d’effroi; il suffit, pour l’attirer, de lui présenter un Ver : 
il vient aussitôt se poser familièrement sur la main. 

Genre FAUVETTE ( Sylvia , de Wolf). Le bec est très-fin, un peu comprimé. — Ce 
grand Genre renferme un grand nombre de Sous-Genres, que M. Degland a très-nettement 
séparés, et placés, ainsi que nos Genres Traquet, Accenteur, et Troglodyte , dans sa Famille 
des Merles. La première Division.de celte Famille comprend les Merles proprement dits, les 
Traquets, les llubiettes {Rossignols , Rouges-Queues , Rouges-Gorges , Gorges- RI eues , et Cal- 
liopes), c’est-à-dire toutes les Espèces qui, avec un œil très-dilaté, des tarses allongés, grêles, 
comprimés, ont des mœurs à demi terrestres, un chant flûté , la faculté de m, archer plutôt 
que de sauter, et l’habitude d’imprimer à leur queue des mouvements vibratoires. 

La seconde Division est celle des Fauvettes , partagée en deux Sections : 1° les vraies 
Fauvettes, qui comprennent les Accent eurs , les Fauvettes, les Poui/lots; 2° les fausses 
Fauvettes, qui comprennent les Hypolaïs , les Agrobates , les Rousserol/es , les Cetties , 
les Phragmites , les Locustel/es , les Cisticoles , les froglodytes. Les Espèces appartenant à 
cette seconde Division ont l’œil peu dilaté, des tarses médiocres assez forts, et, pour la 
plupart, ne descendent à terre qu’accidentel lement, sautent au lieu de marcher (excepté la 
Locustelle) , et ont un chant de gorge au lieu d’un chant de bec. 



Traquet pâtre (Saxicola rubicola ). 


240 


PASSEREAUX DÆOD ACTYLES DENTJROSTRES. 


Nous conserverons cette classification , qui s’accorde avec celle de M. fs. Geoffroy, en ce 
que les Rubiettes , Vraies-Fauvettes et Fausses- Fauvettes sont comprises dans le grand Genre 
Sylvia; seulement les Genres de M. Degland seront pour nous des Sous-Genres. 

RUBIETTES. — Les Rubiettes, par leurs mœurs et même par leurs caractères exté- 
rieurs, ont, selon M. Degland, plus d’analogie avec les Merles qu’avec les vraies Fauvettes; 
M. Z. Gerbe fait observer que les Rubiettes ont les allures, la gloutonnerie, le vol, le chant 
flûté des Merles; elles se distinguent des Fauvettes par leurs tarses plus longs, plus grêles, 
revêtus en avant d’un seul écusson, par l’ongle du pouce moins robuste, plus droit, par l’œil 
plus largement ouvert. 

Sous-Genre RUIîIETTE, Erythacus, de Cuvier (êpuOfoç, rouge). Le bec est fin, mince, 
droit, plus large que haut depuis la base jusqu’au milieu, ensuite plus haut que large jusqu’à 
la pointe, qui est échancrée de chaque côté; les narines sont elliptiques, et couvertes par une 
membrane; la bouche est très-fendue; les yeux sont grands, les tarses longs, presque entière- 
ment recouverts en avant par une grande plaque écailleuse; le doigt médian est plus court que 
le tarse; la queue est ample, élargie à l’extrémité, qui est carrée ou légèrement échancrée. 

M. Degland subdivise ainsi les Rubiettes : 

1° 1ms Rossignols {Philomela, de Swainson). Queue légèrement arrondie, unicolore; arête 
de la mandibule supérieure saillante; doigts externe et interne égaux. — Ex. : le Rossignol 
commun , le grand Rossignol. 

2° Les Rouges-Queues (. Ruticilla , de Brisson). Queue égale, bicolore; les deux rectrices 
médianes d’un brun noir; arête de la mandibule supérieure mousse. — Ex. : Le Rossignol de 
muraille , le Rouge-Queue tithys. 

3° Les Rouges-Gorges ( Rubecula , de Brisson). Queue à peu près égale, unicolore, 
toutes les rectrices terminées en pointe, et légèrement échancrées à l’extrémité sur les barbes 
internes; arête de la mandibule supérieure peu saillante. — Ex. : le Rouge-Gorge. 

4° Les Gorges-Bleues ( Cyanecula , de Brisson). Queue égale, bicolore; les deux bords 
des mandibules légèrement rentrants, arête de la mandibule supérieure assez vive. — Ex. : la 
Gorge-Bleue. 

5° Les Calliopes ( Calliope , de Gould). Queue égale, unicolore. —Ex. : la Calliope. 

La Fauvette Rossignol (Sylvia-Luscinia , de Latharn; Mota'cilla Luscinia, de Linné) 
est l’Espèce la plus célèbre du Genre. Sa taille est de six pouces deux lignes; les parties supé- 



Fauvette Hossioisoi. (Sylvia Luscinia). 


F \ MILLE DES Tl lî 1)1 DÉS. 


241 


rieures sont d’un brun roux; la gorge et le ventre blanchâtres; la poitrine et les flancs cendrés; 
la penne bâtarde est courte et étroite; la première rémige est égale à la quatrième, ou plus 
longue. — Voilà le signalement du Rossignol ; mais ce qui fait surtout connaître cet Oiseau, c’est 
la mélodieuse variété de son chant. Il y a dans Buffon une page admirable, dont l’auteur, 
Guéneau de Montbelliard , s’est élevé à la hauteur de son sujet. A part quelques exagérations, 
qui font du Rossignol un artiste un peu trop civilisé, et qui d’ailleurs prenaient leur source 
dans un enthousiasme sincère, le chapitre du Rossignol est un morceau achevé. On est tenté 
de croire que l’auteur avait une de ces Fauvettes chantant devant la fenêtre de son cabinet, et 
qu’il écrivait en quelque sorte sous la dictée de l’Oiseau, quand il énumère avec tant de 
bonheur les merveilleuses qualités de sa voix : « Coups de gosier éclatants; batteries vives et 
« légères; fusées de chant, oh la netteté est égale à la volubilité; murmure intérieur et sourd, 
« qui n’est point appréciable à l’oreille, mais très-propre à augmenter l’éclat des tons appré- 
« ciables; roulades précipitées, brillantes et rapides, articulées avec force, et même avec une 
«dureté de bon goût; accents plaintifs, cadencés avec mollesse; sons filés sans art, mais 
« enflés avec âme; sons enchanteurs et pénétrants, vrais soupirs d’amour et de volupté, qui 
« semblent sortir du cœur, et font palpiter tous les cœurs. » — L’Allemand Reelistein a cherché 
à écrire les paroles que prononce cet habile chanteur. Ses premières phrases sont ainsi con- 
çues : Tiouou , tiouou, tiouou , tiouou, schpe tiou tokoua. — Tio , tio, tio, tio, tiotia. — 
Kououtio , kououtio , kououtio , kououtio, kououtio , etc. Mais cette traduction, ne rendant 
fidèlement que les consonnes articulées, et ne pouvant reproduire dans tout leur charme les 
voyelles sonores du Rossignol, est une lettre morte pour quiconque n’a pas entendu l’Oiseau. 

Le Rossignol est d’un naturel timide; il voyage, arrive, et part seul. C’est au commence- 
ment d’avril qu’il paraît dans nos contrées; il n’attend pas sa femelle pour chanter, mais son 
chant redouble d’expression pendant la saison des œufs. Il place son nid dans un buisson, à une 
petite hauteur de terre, quelquefois même entre des racines; il le construit avec des herbes, 
des feuilles de Chêne', du crin et de la bourre. Ce nid, très-profond et peu solide, contient 
quatre ou cinq œufs arrondis, d’un brun verdâtre, dont le grand axe est de huit lignes et 
demie, et le petit axe de six lignes. Il chante la nuit comme le jour, durant l’incubation, mais 
dès (pie les petits sont éclos, ce qui arrive à la fin de mai, sa voix s’altère, et devient une 
sorte de croassement, rauque comme celui d’une Grenouille. Il nourrit ses petits de Vermis- 
seaux et de larves d’insectes, qu’il dégorge dans leur bec. Vers la fin de septembre, il émigre 
pour aller chercher dans l’Égypte, la Syrie et l’Asie, la nourriture animale qu’il ne trouverait 
plus chez nous. 

La Fauvette Philomèle ( Sylvia Philomela, de Reelistein; Motacilla Luscinia major, 
de Gmelin) , vulgairement le grand Rossignol , a le plumage en dessus d’un brun sombre; la 
première rémige est presque aussi longue que la seconde, et plus longue que la quatrième; la 
penne bâtarde est large de huit lignes et demie. La taille est de six pouces et demi. — La Philo- 

mèle habite les contrées orientales de l’Europe, et 
l’Asie méditerranéenne; elle niche sous les buissons, 
tout à fait à terre, et fréquente les lieux bas et hu- 
mides; ses œufs, au nombre de quatre à six, sont 
d’un brun olivâtre; leur grand axe est de neuf lignes, 
et le petit axe de six lignes et demie. Son chant est 
moins varié, moins doux et plus étendu que celui du 
Rossignol commun. 

La Fauvette Rouge-Queue ( Sylvia phœnicu- 
rus , de Latliam ; Motacilla phœnicurus , de Linné), 
vulgairement nommée Rossignol de muraille , Bec-fin 
de muraille, est très-répandue en Europe et en France. 
Sa laille est de cinq pouces; son plumage est brun 

31 



Ml u b t la l'Ali V Li rt; Kouc.E-QoEiii:. 


242 


PASSER E A U X I ) E 0 D A CT VL ES I ) E N T I ROS T R ES. 



en dessus; la gorge est noire; la 
croupe et les pennes de la queue 
sont d’un roux clair. — Elle niche 
dans les vieux murs , sous les 
toits des maisons isolées et dans 
des trous d’arbres; la ponte est 
de six à huit œufs d’un bleu cé- 
leste; leur grand axe est de huit 
lignes, le petit axe de cinq lignes 
et demie. Le mâle fait entendre, 
au printemps, surtout le soir et 
le matin , un ramage mélodieux , 
oii domine parfois un accent de 
tristesse. 

La Fauvette ïithys (Syl- 
vie/ Tithys, de Latham ; Motacilla 
erytliacus, de Linné) , vulgaire- 
ment nommée Bouge-Queue , est 
longue de cinq pouces et demi; 
les rémiges secondaires sont lar- 
gement frangées de blanc, ce qui forme une sorte de miroir sur l’aile ; les suscaudales et les 
rectrices sont d’un roux vif, excepté les deux médianes; la première rémige dépasse la 
sixième; les troisième et quatrième sont égales et les plus longues. — Cette Espèce habite la 


I'acveite Kocge - Qükee (Sylvia phœnicurusj. 



r.voVETTn Tituys ( Sylvia Tithys). 


France, et est sédentaire dans la Provence; elle niche dans les crevasses des rochers, les trous 
des murailles, et sous les toits des édifices; sa ponte est de cinq ou six œufs d’un blanc pur, 
dont le grand axe est de huit lignes, et le petit de cinq lignes et demie. 

La Fauve t t e R o uge- G o 11 g f. ( Sylvia rubecula, de Latham ; Motacilla rubecula, de Linné) , 
vulgairement nommée Bouge-Gorge , Marie-Godrie , Maroyctte , a le bec un peu plus étroit à 
la base que les Traquets; sa taille est de cinq pouces et demi; son’plumage est gris brun en 
dessus; la gorge et la poitrine sont rousses, et le ventre est noir. — On rencontre les Rouges- 
Gorges en France, dans presque toutes les saisons. Ceux qui sont restés en hiver viennent, 


F \ MILLE l)K S TU K DI DES. 


i ï 



I’aovette Hoüoe-Cobge f Sylviu rubecula) . 


pendant les grands froids, se réfugier jusque dans les maisons; au printemps, ils retournent 
dans les bois pour y construire leur nid sous les buissons, entre les racines, sur le revers des 
fossés; la ponte est de quatre à sept œufs d’un blanc jaunâtre, pointillés de roux; leur grand 
axe est de huit lignes et demie, le petit axe de six lignes et demie. Le Rouge-Gorge est très- 
matinal; on entend dès l’aurore le ramage doux et modulé du mâle, qui se tient à quelque 
distance de la femelle couvant ses œufs. 

La Fauvette Gorge-Bleue ( Sylvia cyanecula, de Meyer; Motacïlla Suecica , var. B, 
de Gmelin) est longue de six pouces; la gorge et le milieu du cou sont bleus, avec une tache 
d’un blanc argenté au centre; l’aile porte une bande transversale; les rectrices sont d’un roux 
vif, depuis leur insertion jusqu’au milieu de leur longueur. — Cette Espèce se trouve en France ; 
elle niche dans les buissons, les trous d’arbres ; le nid, fait sans art, contient cinq ou six œufs 
bleuâtres ou verdâtres , dont le grand axe est de huit lignes et demie , et le petit axe de six 
lignes. 

La Fauvette Calliope ( Motacïlla Calliope , de Pallas) a six pouces et demi de lon- 
gueur; la gorge et le devant du cou sont d’un rouge clair brillant, encadré par une bande d’un 
gris noirâtre. — Cette Espèce habite la Sibérie, et se montre accidentellement en Russie. 

FAUVETTES VRAIES ou SYL VIES. — Le front et le dessus de la tête sont arrondis; 
la queue est carrée ou arrondie; l’ongle du pouce médiocre, et plus court que ce doigt. 

Sous-Genre Accenteuii ( Accentor , de Bechstein). M. Isid. Geoffroy ayant séparé les 
Accenteurs du grand Genre Fauvette , nous en parlerons après avoir terminé l’histoire de ce 
dernier. 

Sous-Genre Fauvette ( Sylvia , de Scopoli). Le bec est mince, comprimé dans la 
moitié antérieure, à mandibule supérieure échancrée vers la pointe, à arête formant un angle 
mousse, et dessinant une ligne légèrement concave au niveau des narines, qui sont oblongues, 
operculées, ouvertes de part en part; les tarses sont de longueur moyenne, mais assez forts, 
recouverts en avant par une série d’écussons; les doigts sont médiocres, les ongles faibles, 
recourbés; les ailes allongées, ainsi que la queue, qui est inégale, arrondie ou carrée. 

Les Fauvettes sont gaies, vives, d’une grande mobilité et d’un naturel doux; elles habitent 
les bois, les vergers et les buissons, sont insectivores et frugivores, et avides surtout de fruits 
sucrés, dont elles font leur nourriture principale : le régime frugivore les engraisse, et donne 
a leur chair une saveur exquise. Elles descendent très^ra rement à terre; leur vol est bas, vif, 
irrégulier, sautillant; elles émigrent presque toutes vers la fin fie l’été, et voyagent isolément. 


244 


J» A S S E 11 E A IX I) Æ 0 J) A G T Y L E S 1) E N T I li 0 S T H E S. 


aux crépuscules du soir et du matin; la plupart ont un chant agréable. Elles font ordinairement 
deux couvées par an. 

La Fauvette a tête noire ( Sylvia atricapilla, de Latham; Motacilla atricapilla , de 
Linné) a des ailes atteignant le milieu de la queue, qui est unicolore, médiocre, égale, 
carrée. La taille est de cinq pouces 
et demi; le dessus de la tête, dans 
le mâle, est d’un noir profond; 
cette couleur s’étend sur la nuque, 
et passe sur le haut de l’œil en 
partant de l’origine de la mandi- 
bule supérieure; le reste du corps 
est d’un gris qui s’éclaircit en des- 
cendant vers le ventre. — Cette 
Fauvette est commune en Europe ; 
elle habite les haies de nos jardins 
et ne s’épouvante guère de l’ap- 
proche de l'homme. Le mâle a un 
chant brillant et modulé, qui rap- 
pelle celui du Rossignol. Le nid, 
établi dans les buissons à peu de 
distance du sol , contient quatre à 
six œufs d’un gris glacé de jau- 
nâtre et de rougeâtre, pointillé, 
tacheté ou linéolé de brun; leur grand axe est de huit lignes et demie, le petit de six lignes. 

La Fauvette des jardins ( Sylvia hortensis, de Meyer et Wolf; Sylvia Ædonia, de 
Vieillot; Motacilla hortensis, de Gmelin), vulgairement nommée Fauvette bretonne, petite 
Fauvette , Passerinette , Bec-fin Fauvette , habite presque toute l’Europe tempérée. Les ailes 
atteignent le milieu de la queue, qui est unicolore, égale, carrée; le dessus du corps est d’un 
gris un peu rembruni, et légèrement lavé de vert olive; les parties inférieures sont blanchâtres 

sur le ventre, l'abdomen, les tec- 
trices de la queue et la gorge ; la 
poitrine et les flancs sont d’un gris 
roussâtre; il y a du blanc entre le 
bec et l’œil ; les pennes de l’aile 
et de la queue sont d’un brun clair, 
ainsi que le bec et les pieds. La 
femelle a le dessus du corps par- 
semé de nuances verdâtres; le des- 
sous est d’un cendré clair. La taille 
est de cinq pouces et demi. — Cet 
Oiseau fréquente nos vergers , nos 
bosquets et les taillis de nos jar- 
dins, même au sein des villes les 
plus populeuses. Il nous quitte en 
automne , et va hiverner en Asie 
et en Afrique; à cette époque, sa 
chair est grasse et d’un goût très- 
délicat. La voix du mâle ressemble un peu à celle de la Fauvette à tête noire, mais elle est 
plus mélodieuse, et le ramage est plus varié. Le nid est placé presque à découvert dans les 
charmilles et sur les grands arbrisseaux; il est fait à claire-voie, composé de tiges d’herbes 




Fauvette a tète noire (Sylcia af ricapiUu 


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FAMILLE DES T ÜR 1)1 DÉS. 

à l’extérieur, et garni de crins en dedans. La ponte est de de quatre à six œufs d’un blanc 
grisâtre, glacé de fauve, avec des taches café au lait; leur grand axe est de huit lignes et 
demie, le petit de six lignes. 

La Fauvette babillarde ( Sylvia curruca, de Latham; Motacilla curruca, de Linné), 
ulgai rement nommée Bec-fin ba- 
billard , a des ailes atteignant le 
milieu de la queue, qui est bico- 
lore, allongée, arrondie. Sa taille 
est de quatre pouces et demi ; la tête 
est cendrée , le dos brunâtre ; les 
rémiges sont frangées de cendré, la 
deuxième est la plus longue ; les 
deux rectrices latérales sont blan- 
ches en dehors. — Cette Espèce est 
répandue dans les régions tempé- 
rées de l’Europe et de l’Asie; elle 
niche dans les taillis épais , pond 
quatre ou cinq œufs d’un blanc rous- 
sàtre ou gris, tacheté de brun, dont 
le grand axe est de sept lignes , et 
le petit de cinq lignes. 

La Fauvette ü r p ii É e ( S/jl via 
Orphea, de Temminck), vulgaire- 
ment nommée la Fauvette , la Columbaude , le Bec-fin-Orjmée , est une des plus grandes 
Fauvettes de France; les ailes atteignent le milieu de la queue, qui est bicolore, allongée et 
arrondie. La taille est de six pouces; le plumage est brun cendré en dessus, blanchâtre en 
dessous ; il y a du blanc au fouet de l’aile : la penne externe de la queue est aux deux tiers 
blanche; la suivante est marquée d’une tache au bout, les autres sont marquées d’un liséré. 
— La Fauvette nous arrive au printemps. Son caractère est timide, mais très-gai; le moindre 
bruit l’effraye et la fait se cacher dans le feuillage; mais l’instant d’après elle reprend son 
joli chant, et voltige d’arbre en arbre à la poursuite des Insectes. Elle niche dans les arbustes 
ou sous les ramées ; son nid , négligemment construit avec des brins d’herbe , des toiles 
d’ Araignées et de la laine, renferme quatre ou .cinq œufs d’un blanc sale, jaunâtre, pointillé 
et tacheté de brun et de gris; leur grand axe est de huit lignes, le petit axe de six lignes et 
demie. Cet Oiseau, insectivore au printemps, devient frugivore en automne, et sa chair alors 
est très-estimée. 

La Fauvette rayée ( Sylvia nisoria , de Be'chstein) , nommée vulgairement Fauvette 
Épervière, Bec-fin rayé, est la plus grande Espèce d’Europe. Sa taille est de six pouces et 
demi; ses ailes atteignent le milieu de la queue, qui est bicolore, allongée et arrondie; les 
rémiges secondaires sont frangées de grisâtre; les rectrices moyennes et les sous-caudales sont 
largement bordées de blanc; les quatre rectrices latérales de chaque côté sont terminées par 
une tache blanche; la deuxième rémige est la plus longue. — Cette Espèce habite le nord de 
l’Europe: Elle se tient dans les taillis, les haies qui avoisinent les prairies; sa ponte est de 
quatre ou cinq œufs un peu ventrus, blancs ou blanchâtres ou grisâtres, pointillés de rous- 
sâtre; leur grand axe est de neuf lignes, leur petit axe de six lignes et demie. La Fauvette 
Épervière a l’iris d’un jaune vif, qui lui donne le regard étincelant d’un Oiseau de proie. 

La Fauvette grisette [Sylvia cinerea , de Latham; Motacilla Sylvia, de Linné), vul- 
gairement nommée Fauvette cendrée, Fauvette roussCitre , a les ailes et la queue conformées 
comme dans les trois Espèces précédentes. La taille est de cinq pouces; le dessus est gris brun 
roussâtre, le dessous blanc; les rémiges secondaires sont frangées de roux vif; la rectrice la 





MU PASSEKE Al \ DÆODACTYLES DENT J H O ST H ES. 


Fauvette grisette ( Sylvia cinerea). 


plus extérieure de chaque 
côté est blanche sur les 
barbes externes et sur la 
grande étendue des barbes 
internes ; la première ré- 
mige est égale à la troi- 
sième, la deuxième est la 
plus longue. — Cette Es- 
pèce est commune dans 
toute l’Europe; elle nous 
arrive au printemps , et 
repart à l’automne ; elle 
se tient dans les bois hu- 
mides , les haies et les 
champs de légumes. «On 
la voit, dit M. üegland , 
sans cesse s’élever perpen- 
diculairement , pirouetter 
en chantant, retomber sur 
le buisson d’où elle est 
sortie, et s’y enfoncer en continuant son ramage. » Son nid a la forme d’une coupe; il est con- 
struit d’herbes sèches , de laine 
et de crins , et renferme quatre à 
six œufs d’un blanc grisâtre , 
glacé de verdâtre , et finement 
pointillé de cendré et de brun. 
Leur grand axe est de huit li- 
gnes , leur petit axe de six lignes. 

La Fauvette Passeuine 
( Sylvia Passerina , de Tem- 
minck) a les ailes et la queue 
conformées comme dans la pré- 
cédente Espèce; la taille est de 
quatre pouces et demi; les ré- 

kio de la Fauvette cu, S ette. secondaires sont frangées 

de gris roussâtre , la plus exté- 
rieure de chaque côté est blanche sur les barbes externes, avec une grande tache de même 
couleur à l’extrémité sur les barbes internes; la première rémige est égale à la quatrième; 
les deuxième et troisième sont les plus longues. — Cette Espèce habite l’Europe et l’Afrique, 
et vit sédentaire dans le midi de la France; elle se tient dans les localités montueuses, cou- 
vertes de buissons; elle y établit son nid, construit en coupe, et contenant quatre ou cinq 
œufs d’un blanc cendré, pointillé de gris roussâtre, 

La Fauvette Pitchou {Sylvia pruvincia/is , de Temminek ; Motacilla provincialis , de 
Gmelin) vit sédentaire dans le midi de l’Europe, et passe accidentellement dans le nord de la 
France. Ses ailes 11e dépassent pas de beaucoup la base de la queue, qui est bicolore, longue 
et étagée. La taille est de quatre pouces et demi ; les franges des rémiges secondaires sont 
roussatres ; les troisième et quatrième rémiges sont égales et les plus longues; la rectrice la 
plus extérieure est blanchâtre sur les barbes externes et à l’extrémité. — Le Pitchou se plaît 
sur les coteaux arides; il est vif, pétulant, et tient constamment la queue relevée; il demeure 
presque toujours caché dans le plus épais des broussailles. Son vol est bas et saccadé. 


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FAMILLE DES T U R DI DÉ S. 

La Fauvette tachetée ( Sylvia œstivn, de Latham ; Motacilla œstivn , de Gmelin) vul- 
gairement